𓐍𓂋𓀒  áž«r / khĂšr

Tomber · S’effondrer · Se prosterner — la racine de la chute

sous les auspices de âȑâȟâȟâČ©âȧ !

âž»

I. Sens et acceptions

Le verbe 𓐍𓂋𓀒 (lire áž«r / បÚr / xĂšr / khĂšr) signifie : tomber, chuter, s’effondrer, tomber Ă  terre, tomber Ă  la guerre, dĂ©truire, flĂ©chir, se prosterner. Le dĂ©terminatif 𓀒 — l’homme qui tombe — fixe le sens : c’est la chute, sous toutes ses formes, du corps qui s’affaisse au combattant qui succombe, et jusqu’au fidĂšle qui se prosterne.

La racine se lit, de droite Ă  gauche, 𓐍 (áž« / áž”) — 𓂋 (r). Son cognat arabe, Űź-۱-۱ (áž«-r-r), en est le prolongement exact, avec un troisiĂšme radical gĂ©minĂ©.

âž»

II. PhonĂšmes et graphie

2.1  đ“ — Le crible (áž« / áž”)

Crible, ou placenta humain. Phonogramme unilitĂšre, valeur áž« / kh : fricative vĂ©laire sourde. Copte : ϧ, ⳉ (áž«ai, áž«ori) [x], Ï© (hori) [h], âČ­ (kh), âȕ (k), ÏŁ (ĆĄai). HĂ©breu : Ś— (áž„et), Ś› (khaf), Śą (Êżayin). Arabe : Űź (ឫāʟ), Ű­ (ងāʟ), ك (kāf), plus rarement Űč (Êżayn), Űș (ÄĄayn). SĂ©mitiques : x, k, áș–, ĆĄ, Êż, ÄĄ, ឥ, h, áž„. Niger-Congo : k, x, g.

2.2  đ“‚‹ — La bouche (r)

TranslittĂ©ration r. Correspond Ă  l’hĂ©breu Śš (resh) et ڜ (lamed), au phĂ©nicien 𐀓 (resh, « tĂȘte »), Ă  l’arabe ۱ (rāʟ). SĂ©mitiques : r, l, n. Niger-Congo : R, L.

2.3  đ“€’ — L’homme qui tombe

DĂ©terminatif de tomber, de renverser, et de l’ennemi (le belligĂ©rant que l’on abat). Sa prĂ©sence spĂ©cialise la racine vers la chute et la mise Ă  bas.

2.4  Autres signes mobilisĂ©s

đ“…± — le poussin de caille : valeur w / u. HĂ©breu Ś• (waw), arabe و (wāw), copte âȟâČ©.

𓋮 — le linge pliĂ© : valeur s, marque du causatif dans sáž«r.

𓉐 — le plan de maison : idĂ©ogramme de maison, d’Ă©difice ; dĂ©terminatif de la tombe.

âž»

III. Vocables de l’Ă©gyptien pharaonique

𓐍𓂋𓀒 (áž«r / khĂšr) — verbe : tomber, s’abattre, s’effondrer, faire tomber, tomber Ă  la guerre.

𓐍𓂋𓐍𓂋𓏮𓂡 (áž«ráž«r / khĂšrkhĂšr) — verbe : dĂ©truire. Le redoublement dit la destruction rĂ©pĂ©tĂ©e, mise en piĂšces. En bambara, on dit de mĂȘme kĂĄrikĂĄri : casser, briser, rompre en plusieurs morceaux.

𓋮𓐍𓂋𓀒 (sáž«r / sĂ©kher) — verbe causatif : renverser, terrasser, abattre, jeter Ă  bas. En acception mĂ©dicale : rĂ©duire une fracture, remettre en place un os dĂ©boĂźtĂ© — faire tomber l’os Ă  sa juste place.

đ“đ“‚‹đ“…±đ“€’ (áž«rw / khĂ©rou) — nom : l’ennemi Ă  abattre, souvent abrĂ©gĂ© en 𓀒.

𓐍𓂋𓀒 đ“‡Ÿđ“ˆ‡đ“€ (áž«r tȝ / khĂšr tA) : soumettre un pays — le faire tomber.

𓐍𓂋𓉐 (áž«r / khĂšr) — nom : la tombe, la nĂ©cropole — le lieu creusĂ© dans la terre, ce qui est en bas.

La racine dĂ©ploie ainsi une cohĂ©rence remarquable : de la chute physique (tomber) Ă  la dĂ©faite militaire (l’ennemi abattu, le pays soumis), de la destruction (áž«ráž«r) au geste mĂ©dical de remettre en place (sáž«r), jusqu’Ă  la demeure des morts (la tombe). Partout, l’idĂ©e d’un mouvement vers le bas.

âž»

IV. Évolution copte

Le copte a conservĂ© la racine dans âČ­âȱâČŁ (khƍr, dialecte bohaĂŻrique) — verbe : dĂ©truire. Il procĂšde directement de 𓐍𓂋𓀒 (áž«r), « faire tomber, abattre ». Le dernier Ă©tat de la langue pharaonique garde donc le versant destructeur de la chute.

âž»

V. Attestations pharaoniques — la chute

5.1  Textes des Pyramides d’Ounas

áž«r(w) កr n jr.t=f sbn kȜ n áș–r.wy=f / j-áž«r sbn

« (Si) Horus tombe Ă  cause de son ƒil, le taureau s’écartera de ses testicules ! Tombe ! Écarte-toi ! »

Textes des Pyramides d’Ounas, antichambre, W/A/E inf., col. 1, Spruch {277}, §418 a-b. Trad. Claude Carrier, pp. 152-153, Ă©d. CYBELE 2009.

តd mdw áž«r(w) KȜ n sតងង áž«r(w) sតង n KȜ / j-áž«r sbn

« Formule Ă  rĂ©citer : (Si) le serpent tombe Ă  cause du serpent-sĂ©djeh, le serpent-sĂ©djeh tombera Ă  cause du serpent-ka ! Tombe ! Écarte-toi ! »

Textes des Pyramides d’Ounas, antichambre, W/A/E inf., col. 11, Spruch {289}, §430 a-b. Trad. Claude Carrier, pp. 154-155, Ă©d. CYBELE 2009.

តd mdw ឫr(w) ងr ងr ងr

« Formule Ă  rĂ©citer : Qu’un visage tombe sur (un autre) visage ! »

Textes des Pyramides d’Ounas, antichambre, W/A/E inf., col. 11, Spruch {290}, §431 a. Trad. Claude Carrier, pp. 154-155, Ă©d. CYBELE 2009.

mȜ(w) áčŻw mw.t=k Nw.t

« Tombe ! Couche-toi ! Rampe ! Que ta mÚre Nout te voie ! »

Textes des Pyramides d’Ounas, antichambre, W/A/E inf., col. 21-22, Spruch {297}, §441 b. Trad. Claude Carrier, pp. 158-159, Ă©d. CYBELE 2009.

5.2  Textes des Pyramides de TĂ©ti

mȜȜ(w) T n Êżnáž«(w)=f / j-áž«r(w) áž„r n(y) T áž„r=f n áčŻs(w) Ăž tp=f

« Celui que TĂ©ti regarde, il n’est pas question qu’il vive ! Celui sur lequel tombe le regard de TĂ©ti, on ne peut rattacher sa tĂȘte ! »

Textes des Pyramides de Téti, antichambre, T/A/E, col. 22, Spruch {389}, §682 d, f. Trad. Claude Carrier, pp. 336-337, éd. CYBELE 2009.

sáčŻp jr.t កr áž«r(w) m pf gs n(y) Mr NឫȜ / jnត(w)=s ត.t=s m-Êż StĆĄ

« (Si) l’ƒil de Horus a sautĂ© quand il est tombĂ©, c’est afin qu’il puisse se protĂ©ger lui-mĂȘme de la main de Seth ! »

Textes des Pyramides de TĂ©ti, passage chambre funĂ©raire–antichambre, T/F-A/N, col. 1-2, Spruch {359}, §594 b-c. Trad. Claude Carrier, pp. 274-275, Ă©d. CYBELE 2009.

5.3  Le Conte du Paysan Ă©loquent

𓐍𓂋𓀒𓏏𓍱𓈖𓎛𓆰𓈖𓏏𓆊𓍯𓄿𓈐 𓇋𓍱𓂝đ“ƒč𓈖𓂝 đ“„Łđ“€ đ“€‚đ“†„đ“ąđ“†‘đ“…«đ“…“đ“ŠȘ𓊃𓊗

áž«r.tw n áž„nt wȜ(.w) Ă­w Êżwn-Ă­b ĆĄw.f m sp

« On tombe bien bas (en agissant) en faveur de la cupiditĂ© ! L’avide, il manque toute occasion, »

Le Conte du Paysan Ă©loquent, B1 322, HuitiĂšme supplique. Trad. Patrice Le Guilloux, Cahiers de l’Association d’Égyptologie Isis n° 2, 2e Ă©d., pp. 74-75, Angers 2005.

5.4  Le DĂ©sillusionnĂ© et son Ba

𓇋𓅱 đ“†±đ“đ“€ đ“„ 𓐍𓂋𓀒𓋮𓈖 đ“„

jw ឫt.w ឫr=sn

« (alors que mĂȘme) les arbres tombent. »

Le Désillusionné et son Ba, Papyrus de Berlin 3024, col. 21, p. 46.

5.5  Le Papyrus mĂ©dical Edwin Smith

La racine sert aussi le vocabulaire chirurgical : l’os qui tombe, la vertĂšbre qui chute dans la suivante, le blessĂ© qui choit la tĂȘte la premiĂšre. Trois passages en tĂ©moignent.

đ“†“đ“ˆ–đ“ˆ–đ“đ“¶ 𓆑 𓃛đ“Čđ“‚§đ“‚»đ“ŠȘ𓅯𓄿𓈎𓏏𓏾đ“ŠȘ𓍱𓂋đ“ŠȘđ“…Żđ“„żđ“ˆŽđ“đ“žđ“ˆ–đ“đ“†“đ“ˆ–đ“ˆ–đ“đ“¶ 𓆑𓊃đ“ŠȘ𓍱𓏾𓈓𓏠𓈖𓏛𓅓 𓎛𓂝đ“„čđ“ˆ“đ“ˆ–đ“¶đ“€ đ“†‘đ“‚œđ“đ“‚‹đ“€’đ“ˆ–đ“‚‹đ“‡Ÿđ“€đ“ˆ‡

(n(y)) តnnt.f jwd pÈážłt pw r pÈážłt n(y)t តnnt.f zpw mn(w) m áž„Êżw n(yw) tp.f nj áž«r.n(.sn) r tȝ

« …il faut comprendre qu’il existe une solution de continuitĂ© au niveau de l’écaille du crĂąne, et que les parties d’os fixĂ©es aux chairs de la tĂȘte ne sont pas tombĂ©es au sol. »

Le Papyrus mĂ©dical Edwin Smith, chirurgie et magie en Égypte antique, II-9, p. 97. Trad. François Resche, Ă©d. L’Harmattan, 2017.

đ“„ƒđ“ąđ“›đ“« đ“‹Žđ“ˆŸđ“…“đ“˜đ“…“đ“€ 𓋭𓈖𓅘𓎛𓃀𓏏đ“„č𓆑 đ“‡‹đ“‚‹đ“‚đ“Žąđ“Šƒđ“€€đ“€đ“ˆ–đ“‹Žđ“ˆŸđ“…“đ“˜đ“…“đ“€ 𓋭𓈖

ĆĄzȝw (n(y)w) sáž„m m áčŻz n(y) náž„bt.f jr áž«ÈĂ­.k z n(y) sáž„m m áčŻz n(y) náž„bt.f

« Instructions pour un Ă©crasement d’une vertĂšbre du cou. Si tu es conduit Ă  examiner un homme prĂ©sentant un Ă©crasement d’une vertĂšbre du cou… »

Le Papyrus mĂ©dical Edwin Smith, IV-17/18, pp. 113-114. Trad. François Resche, Ă©d. L’Harmattan, 2017.

𓀁𓈖𓆑𓇋𓈖𓐍𓂋𓀒𓆑𓅓𓇋 đ“‹Žđ“đ“‚§đ“đ“‚§đ“€Ąđ“‚đ“‚đ“‹Žđ“ˆŸđ“…“đ“˜đ“‹­đ“€ 𓅓 𓏌𓆑 𓅠𓅓𓅓𓎱

…jn áž«r.f m jsáž«dáž«d dd sáž„m (m) áčŻz m sn-nw.f gmm.k

« …Ă  cause de sa chute la tĂȘte en bas, qui a créé l’écrasement d’une vertĂšbre dans la suivante. »

Le Papyrus mĂ©dical Edwin Smith, XI-9/10/11, p. 147. Trad. François Resche, Ă©d. L’Harmattan, 2017.

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VI. Le cognat arabe — la racine Űź-۱-۱

La racine arabe Űź-۱-۱ (áž«-r-r) prolonge exactement le champ Ă©gyptien. À l’origine bilitĂšre — áž«-r, comme en pharaonique — elle a gĂ©minĂ© son second radical pour former une trilitĂšre Ă  la maniĂšre sĂ©mitique.

ŰźÙŽŰ±ÙŽÙ‘ (áž«arra) / ÙŠÙŽŰźÙŰ±ÙÙ‘ (yaáž«urru) — verbe forme I : tomber, chuter, s’effondrer, tomber Ă  terre, flĂ©chir, se prosterner.

ŰźÙŽŰ±Ù‘ (áž«arr) — nom verbal : trou, fente ; mort, dĂ©cĂšs.

Le verbe kharra apparaĂźt douze fois dans le Coran, toujours sous la forme verbale I, avec les acceptions mĂȘmes de l’égyptien 𓐍𓂋𓀒. Sa charge sĂ©mantique y est double : positive quand la chute est prosternation devant le divin, nĂ©gative quand elle est effondrement funeste ou chĂątiment.

âž»

VII. Le versant positif — la prosternation

LiĂ©e Ă  l’acte de la prosternation (ŰłÙŽŰŹÙŽŰŻÙŽ, sajada), la chute devient geste d’humilitĂ© et d’adoration. Le vocable kharra se charge alors d’un sens Ă©levĂ© : tomber, c’est ici s’abaisser volontairement devant plus grand que soi.

ÙˆÙŽÙŠÙŽŰźÙŰ±ÙÙ‘ÙˆÙ†ÙŽ Ù„ÙÙ„Ù’ŰŁÙŽŰ°Ù’Ù‚ÙŽŰ§Ù†Ù ÙŠÙŽŰšÙ’ÙƒÙÙˆÙ†ÙŽ وَيَŰČÙÙŠŰŻÙÙ‡ÙÙ…Ù’ ŰźÙŰŽÙÙˆŰčÙ‹Ű§
Wa yakhirrĆ«na lil-ÊŸadhqāni yabkĆ«na wa yazÄ«duhum khushĆ«Êżan

« Ils tombent face contre terre en pleurant, et cela accroßt leur humilité. »

Sourate 17, Ű§Ù„Ű„ŰłŰ±Ű§ŰĄ / Al-Isrāʟ (Le Voyage nocturne), verset 109. Trad. M. Maurice Gloton, p. 293, Ă©d. Albouraq 2018.

Ű„ÙŰ°ÙŽŰ§ ŰȘُŰȘْلَىٰ Űčَلَيْهِمْ ŰąÙŠÙŽŰ§ŰȘُ Ù±Ù„Ű±ÙŽÙ‘Ű­Ù’Ù…ÙŽÙ°Ù†Ù ŰźÙŽŰ±ÙÙ‘ÙˆŰ§ ŰłÙŰŹÙŽÙ‘ŰŻÙ‹Ű§ ÙˆÙŽŰšÙÙƒÙÙŠÙ‹Ù‘Ű§
…ÊŸidhā tutlā Êżalayhim ʟāyātu r-raáž„māni kharrĆ« sujjadan wa bukiyyan

« Lorsque les Signes du Tout-rayonnant d’Amour leur Ă©taient communiquĂ©s, ils tombaient en prosternation et pleuraient. »

Sourate 19, Ù…Ű±ÙŠÙ… / Maryam (Marie), verset 58. Trad. M. Maurice Gloton, p. 309, Ă©d. Albouraq 2018.

Ű„ÙÙ†ÙŽÙ‘Ù…ÙŽŰ§ ÙŠÙŰ€Ù’Ù…ÙÙ†Ù ŰšÙŰąÙŠÙŽŰ§ŰȘÙÙ†ÙŽŰ§ Ù±Ù„ÙŽÙ‘Ű°ÙÙŠÙ†ÙŽ Ű„ÙŰ°ÙŽŰ§ Ű°ÙÙƒÙÙ‘Ű±ÙÙˆŰ§ ŰšÙÙ‡ÙŽŰ§ ŰźÙŽŰ±ÙÙ‘ÙˆŰ§ ŰłÙŰŹÙŽÙ‘ŰŻÙ‹Ű§
ÊŸInnamā yuÊŸminu bi-ʟāyātinā lladhÄ«na ÊŸidhā dhukkirĆ« bihā kharrĆ« sujjadan

« Ne tombent en prosternation, grĂące Ă  eux, que ceux qui mettent en Ɠuvre le DĂ©pĂŽt confiĂ© quand Nos Signes leur sont rappelĂ©s. »

Sourate 32, Ű§Ù„ŰłŰŹŰŻŰ© / As-Sajda (La Prosternation), verset 15. Trad. M. Maurice Gloton, p. 416, Ă©d. Albouraq 2018.

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VIII. Le versant nĂ©gatif — la chute funeste

Ailleurs, kharra dit l’effondrement sinistre : le foudroiement, le chñtiment, la ruine.

Le cas de MoĂŻse est le plus saisissant. Lorsqu’il demande Ă  voir son Enseigneur, celui-ci se manifeste Ă  la montagne et la pulvĂ©rise ; Ă  ce spectacle, MoĂŻse tombe foudroyĂ©. Ici la chute n’est ni volontaire ni punitive : elle est l’effet direct, sur une crĂ©ature, de la manifestation divine devenue insoutenable. Le verbe kharra porte alors toute la charge d’un corps terrassĂ© par ce qui le dĂ©passe infiniment — l’anĂ©antissement devant la transcendance.

ÙÙŽÙ„ÙŽÙ…ÙŽÙ‘Ű§ ŰȘÙŽŰŹÙŽÙ„ÙŽÙ‘Ù‰Ù° Ű±ÙŽŰšÙÙ‘Ù‡ÙÛ„ Ù„ÙÙ„Ù’ŰŹÙŽŰšÙŽÙ„Ù ŰŹÙŽŰčَلَهُۄ ŰŻÙŽÙƒÙ‹Ù‘Ű§ ÙˆÙŽŰźÙŽŰ±ÙŽÙ‘ Ù…ÙÙˆŰłÙŽÙ‰Ù° Ű”ÙŽŰčÙÙ‚Ù‹Ű§
…falammā tajallā rabbuhu lil-jabali jaÊżalahu dakkan wa kharra MĆ«sā áčŁaÊżiqan

« Quand son Enseigneur Se manifesta pleinement Ă  la Montagne, Il la pulvĂ©risa, et MoĂŻse s’effondra foudroyĂ©. »

Sourate 7, Ű§Ù„ŰŁŰčŰ±Ű§Ù / Al-AÊżrāf (Les CrĂȘtes), verset 143. Trad. M. Maurice Gloton, p. 167, Ă©d. Albouraq 2018.

وَمَن ÙŠÙŰŽÙ’Ű±ÙÙƒÙ’ ŰšÙÙ±Ù„Ù„ÙŽÙ‘Ù‡Ù ÙÙŽÙƒÙŽŰŁÙŽÙ†ÙŽÙ‘Ù…ÙŽŰ§ ŰźÙŽŰ±ÙŽÙ‘ مِنَ Ù±Ù„ŰłÙŽÙ‘Ù…ÙŽŰąŰĄÙ فَŰȘÙŽŰźÙ’Ű·ÙŽÙÙÙ‡Ù Ù±Ù„Ű·ÙŽÙ‘ÙŠÙ’Ű±Ù
…wa man yushrik billāhi fa-kaÊŸannamā kharra mina s-samāʟi fa-takháč­afuhu áč­-áč­ayru

« Et qui Le codĂ©ifierait, c’est comme s’il chutait du ciel et que les oiseaux le happaient, ou que le vent le faisait choir en un lieu trĂšs profond. »

Sourate 22, Ű§Ù„Ű­ŰŹ / Al-កajj (La QuĂȘte), verset 31. Trad. M. Maurice Gloton, p. 336, Ă©d. Albouraq 2018.

Ce verset — celui qui codĂ©ifie Dieu est comme celui qui chute du ciel, happĂ© par les oiseaux ou emportĂ© par le vent en un lieu trĂšs profond — Ă©veille une rĂ©miniscence. On y entend comme un Ă©cho lointain du mythe grec d’Icare : l’homme qui s’éleva Ă  la maniĂšre des oiseaux et qui, ayant voulu, dans l’ivresse de son vol, s’approcher trop prĂšs du soleil — trop prĂšs du divin —, paya sa dĂ©mesure d’une chute vertigineuse dans les profondeurs de la mer qui porta dĂšs lors son nom. L’associationnisme (ŰŽÙŰ±Ù’Ùƒ, shirk) est ici figurĂ© comme une prĂ©tention Ă  s’égaler au divin — la mĂȘme dĂ©mesure, le mĂȘme vol ambitieux, la mĂȘme chute. Nous ne donnons ce rapprochement que pour ce qu’il est : une rĂ©sonance littĂ©raire entre deux imaginaires de la chute punissant l’orgueil, non une filiation dĂ©montrĂ©e.

ÙÙŽÙ„ÙŽÙ…ÙŽÙ‘Ű§ ŰźÙŽŰ±ÙŽÙ‘ ŰȘÙŽŰšÙŽÙŠÙŽÙ‘Ù†ÙŽŰȘِ Ù±Ù„Ù’ŰŹÙÙ†ÙÙ‘ ŰŁÙŽÙ† لَّوْ ÙƒÙŽŰ§Ù†ÙÙˆŰ§ يَŰčْلَمُونَ ٱلْŰșÙŽÙŠÙ’ŰšÙŽ
…falammā kharra tabayyanati l-jinnu ÊŸan law kānĆ« yaÊżlamĆ«na l-ghayba

« Quand alors il s’effondra, les djinns eurent la preuve que, s’ils avaient connu le mystĂšre, ils n’auraient pas subi aussi longtemps cette correction humiliante. »

Sourate 34, ۳ۣۚ / SabaÊŸ (Les SabaÊŸ), verset 14. Trad. M. Maurice Gloton, p. 429, Ă©d. Albouraq 2018.

ŰȘÙŽÙƒÙŽŰ§ŰŻÙ Ù±Ù„ŰłÙŽÙ‘Ù…ÙŽÙ°ÙˆÙŽÙ°ŰȘُ يَŰȘÙŽÙÙŽŰ·ÙŽÙ‘Ű±Ù’Ù†ÙŽ مِنْهُ وَŰȘÙŽÙ†ŰŽÙŽÙ‚ÙÙ‘ Ù±Ù„Ù’ŰŁÙŽŰ±Ù’Ű¶Ù وَŰȘÙŽŰźÙŰ±ÙÙ‘ Ù±Ù„Ù’ŰŹÙŰšÙŽŰ§Ù„Ù Ù‡ÙŽŰŻÙ‹Ù‘Ű§
Takādu s-samāwātu yatafaáč­áč­arna minhu wa tanshaqqu l-ÊŸarឍu wa takhirru l-jibālu haddan

« Peu s’en faut que les cieux ne se fendent Ă  cause de cela, que la terre ne se fissure, et que les montagnes ne s’effondrent. »

Sourate 19, Ù…Ű±ÙŠÙ… / Maryam (Marie), verset 90. Trad. M. Maurice Gloton, p. 311, Ă©d. Albouraq 2018.

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IX. Les langues mandĂ© — un faisceau frappant

La racine se retrouve dans les langues mandĂ© du groupe Niger-Congo, avec une rĂ©gularitĂ© phonĂ©tique et sĂ©mantique qui mĂ©rite d’ĂȘtre exposĂ©e. Le copte âČ­âȱâČŁ (khƍr, dĂ©truire) et le pharaonique 𓐍𓂋𓀒 (áž«r, faire tomber, abattre) y ont des rĂ©pondants que ni l’hĂ©breu, ni l’aramĂ©en, ni l’arabe ne prĂ©sentent avec la mĂȘme densitĂ©.

9.1  Tomber, casser, dĂ©truire — la racine k-r

Langue Vocable Sens
Soninké (nà à) kårå casser, briser, détruire, rompre
SoninkĂ© (nĂ n) kĂ rĂĄ mourir, s’éteindre, ĂȘtre mort, Ă©teint
Soninké kírÏ dispute, altercation (nom)
SoninkĂ© kare ĂȘtre brisĂ©, ĂȘtre dĂ©truit (v. intr.)
Soninké kari / keri occire (v. tr.)
Soninké kalla mourir (v. intr.) ; kalli : tuer (v. tr.)
Bambara kĂĄri casser, briser, craquer, plier
Bambara sókari détruire, réduire à la misÚre (litt. « maison-casser »)
Maninka kĂĄri casser, replier
Maninka kĂčru plier, pencher, se courber

Le bambara kĂĄrikĂĄri (briser en morceaux) rĂ©pond au redoublement Ă©gyptien 𓐍𓂋𓐍𓂋𓏮𓂡 (áž«ráž«r, dĂ©truire) : mĂȘme forme redoublĂ©e, mĂȘme intensif de la destruction.

9.2  Le sacrifice, l’immolation — áž«ry.t

L’égyptien 𓐍𓂋𓇋𓇋𓏏𓃒 (áž«ry.t / khĂ©ry.t) dĂ©signe la bĂȘte Ă  immoler, le sacrifice — littĂ©ralement ce qu’on fait tomber pour le tuer. Le mandĂ© fait exactement le mĂȘme lien :

Langue Vocable Sens
Soninké kårí tuer, sacrifier, immoler
Soninké kårÏndé tuerie, immolation, sacrifice (nom)
Soninké kàríyÚ le fait de tuer, de sacrifier
Maninka kàlo agonie (nom) — L pour R

9.3  La guerre, le combat — áž«rwj

L’égyptien đ“Š€đ“…±đ“‡‹đ“‡‹đ“…±đ“‚Ąđ“„ (áž«rwjw / khĂ©rouyou, guerre, combat) et đ“Š€đ“‡‹đ“‡‹đ“€œđ“€ (áž«rwj, l’ennemi) trouvent leur Ă©cho dans le vocabulaire mandĂ© de la guerre :

Langue Vocable Sens
Soninké kuré armée, bataille, guerre (pl. kuru-kuru)
SoninkĂ© kĂčrĂ­(nan) guerroyer
SoninkĂ© kĂčrĂč-gĂčmĂ© chef de guerre
Bambara kɛ̀lɛ (v.) guerroyer, combattre, attaquer
Bambara kɛ̀lɛ (n.) guerre, armĂ©e
Bambara kɛ̀lɛkɛden soldat, jeune militaire (litt. « enfant de guerre »)
Bambara kɛ̀lɛkɛla arme, instrument de guerre
Bambara kɛ̀lɛtii / kɛ̀lɛkuntigi chef de guerre

On observe ici, entre soninkĂ© et bambara, l’alternance liquide caractĂ©ristique : le R du soninkĂ© kurĂ© (guerre) devient le L du bambara kɛ̀lɛ. La liquide se dĂ©place, la racine demeure — le bambara Ă©tant, pour ce champ, un rejeton du soninkĂ©.

Note de mĂ©thode. Ces rapprochements sont donnĂ©s comme un faisceau de convergences, remarquable par sa densitĂ© : une mĂȘme racine k-r distribue, en mandĂ© comme en Ă©gyptien, la chute, la destruction, le sacrifice (ce qu’on fait tomber) et la guerre (oĂč l’ennemi tombe). Établir une filiation gĂ©nĂ©alogique supposerait des correspondances rĂ©guliĂšres qui restent Ă  dĂ©montrer ; mais l’accord simultanĂ© sur plusieurs champs sĂ©mantiques, et la cohĂ©rence de l’alternance liquide interne au mandĂ©, sont prĂ©cisĂ©ment le genre de faits qui appellent l’enquĂȘte plutĂŽt que le rejet a priori.

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X. Une lecture d’ensemble

De l’égyptien au copte, de l’arabe coranique au mandĂ©, une mĂȘme racine — la vĂ©laire suivie de la liquide — porte partout l’idĂ©e de la chute. Elle se ramifie selon les langues et les registres : chute physique, effondrement du corps ; chute militaire, l’ennemi abattu et le pays soumis ; chute rituelle, la prosternation devant le divin ; chute sacrificielle, la bĂȘte qu’on immole ; chute funeste, le chĂątiment et la ruine.

Le Coran a retenu de la racine ses deux extrĂȘmes moraux — l’humilitĂ© du croyant qui se prosterne et l’effondrement du rĂ©prouvĂ©. L’égyptien tenait dĂ©jĂ  l’éventail complet, du geste mĂ©dical qui remet l’os tombĂ© Ă  sa place jusqu’à la tombe oĂč l’homme, Ă  la fin, tombe pour de bon. Et le mandĂ©, loin Ă  l’ouest, redit la mĂȘme chose avec les mĂȘmes sons : casser, tuer, immoler, guerroyer — tout ce qui fait tomber.

𓅝𓏏𓏭𓅆𓇋𓈎𓂋𓏝  ážŽáž„wty Ă­ážłr — Djehouty L’Excellent

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