đđđ áž«r / khĂšr
Tomber · S’effondrer · Se prosterner â la racine de la chute
sous les auspices de âČâČâČâČ©âȧ !
âž»
I. Sens et acceptions
Le verbe đđđ (lire áž«r / បÚr / xĂšr / khĂšr) signifie : tomber, chuter, s’effondrer, tomber Ă terre, tomber Ă la guerre, dĂ©truire, flĂ©chir, se prosterner. Le dĂ©terminatif đ â l’homme qui tombe â fixe le sens : c’est la chute, sous toutes ses formes, du corps qui s’affaisse au combattant qui succombe, et jusqu’au fidĂšle qui se prosterne.
La racine se lit, de droite Ă gauche, đ (áž« / áž”) â đ (r). Son cognat arabe, Űź-۱-۱ (áž«-r-r), en est le prolongement exact, avec un troisiĂšme radical gĂ©minĂ©.
âž»
II. PhonĂšmes et graphie
2.1 đ â Le crible (áž« / áž”)
Crible, ou placenta humain. Phonogramme unilitĂšre, valeur áž« / kh : fricative vĂ©laire sourde. Copte : ϧ, âł (áž«ai, áž«ori) [x], Ï© (hori) [h], âČ (kh), âČ (k), ÏŁ (ĆĄai). HĂ©breu : Ś (áž„et), Ś (khaf), Śą (Êżayin). Arabe : Űź (áž«ÄÊŸ), Ű (áž„ÄÊŸ), Ù (kÄf), plus rarement Űč (Êżayn), Űș (ÄĄayn). SĂ©mitiques : x, k, áș, ĆĄ, Êż, ÄĄ, ឥ, h, áž„. Niger-Congo : k, x, g.
2.2 đ â La bouche (r)
TranslittĂ©ration r. Correspond Ă l’hĂ©breu Śš (resh) et Ś (lamed), au phĂ©nicien đ€ (resh, « tĂȘte »), Ă l’arabe ۱ (rÄÊŸ). SĂ©mitiques : r, l, n. Niger-Congo : R, L.
2.3 đ â L’homme qui tombe
DĂ©terminatif de tomber, de renverser, et de l’ennemi (le belligĂ©rant que l’on abat). Sa prĂ©sence spĂ©cialise la racine vers la chute et la mise Ă bas.
2.4 Autres signes mobilisés
đ ± â le poussin de caille : valeur w / u. HĂ©breu Ś (waw), arabe Ù (wÄw), copte âČâČ©.
đŽ â le linge pliĂ© : valeur s, marque du causatif dans sáž«r.
đ â le plan de maison : idĂ©ogramme de maison, d’Ă©difice ; dĂ©terminatif de la tombe.
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III. Vocables de l’Ă©gyptien pharaonique
đđđ (áž«r / khĂšr) â verbe : tomber, s’abattre, s’effondrer, faire tomber, tomber Ă la guerre.
đđđđđŽđĄ (áž«ráž«r / khĂšrkhĂšr) â verbe : dĂ©truire. Le redoublement dit la destruction rĂ©pĂ©tĂ©e, mise en piĂšces. En bambara, on dit de mĂȘme kĂĄrikĂĄri : casser, briser, rompre en plusieurs morceaux.
đŽđđđ (sáž«r / sĂ©kher) â verbe causatif : renverser, terrasser, abattre, jeter Ă bas. En acception mĂ©dicale : rĂ©duire une fracture, remettre en place un os dĂ©boĂźtĂ© â faire tomber l’os Ă sa juste place.
đđđ ±đ (áž«rw / khĂ©rou) â nom : l’ennemi Ă abattre, souvent abrĂ©gĂ© en đ.
đđđ đŸđđ€ (áž«r tÈ / khĂšr tA) : soumettre un pays â le faire tomber.
đđđ (áž«r / khĂšr) â nom : la tombe, la nĂ©cropole â le lieu creusĂ© dans la terre, ce qui est en bas.
La racine dĂ©ploie ainsi une cohĂ©rence remarquable : de la chute physique (tomber) Ă la dĂ©faite militaire (l’ennemi abattu, le pays soumis), de la destruction (áž«ráž«r) au geste mĂ©dical de remettre en place (sáž«r), jusqu’Ă la demeure des morts (la tombe). Partout, l’idĂ©e d’un mouvement vers le bas.
âž»
IV. Ăvolution copte
Le copte a conservĂ© la racine dans âČâȱâČŁ (khĆr, dialecte bohaĂŻrique) â verbe : dĂ©truire. Il procĂšde directement de đđđ (áž«r), « faire tomber, abattre ». Le dernier Ă©tat de la langue pharaonique garde donc le versant destructeur de la chute.
âž»
V. Attestations pharaoniques â la chute
5.1 Textes des Pyramides d’Ounas
« (Si) Horus tombe Ă cause de son Ćil, le taureau sâĂ©cartera de ses testicules ! Tombe ! Ăcarte-toi ! »
Textes des Pyramides dâOunas, antichambre, W/A/E inf., col. 1, Spruch {277}, §418 a-b. Trad. Claude Carrier, pp. 152-153, Ă©d. CYBELE 2009.
« Formule Ă rĂ©citer : (Si) le serpent tombe Ă cause du serpent-sĂ©djeh, le serpent-sĂ©djeh tombera Ă cause du serpent-ka ! Tombe ! Ăcarte-toi ! »
Textes des Pyramides dâOunas, antichambre, W/A/E inf., col. 11, Spruch {289}, §430 a-b. Trad. Claude Carrier, pp. 154-155, Ă©d. CYBELE 2009.
« Formule Ă rĂ©citer : Quâun visage tombe sur (un autre) visage ! »
Textes des Pyramides dâOunas, antichambre, W/A/E inf., col. 11, Spruch {290}, §431 a. Trad. Claude Carrier, pp. 154-155, Ă©d. CYBELE 2009.
« Tombe ! Couche-toi ! Rampe ! Que ta mÚre Nout te voie ! »
Textes des Pyramides dâOunas, antichambre, W/A/E inf., col. 21-22, Spruch {297}, §441 b. Trad. Claude Carrier, pp. 158-159, Ă©d. CYBELE 2009.
5.2 Textes des Pyramides de Téti
« Celui que TĂ©ti regarde, il nâest pas question quâil vive ! Celui sur lequel tombe le regard de TĂ©ti, on ne peut rattacher sa tĂȘte ! »
Textes des Pyramides de Téti, antichambre, T/A/E, col. 22, Spruch {389}, §682 d, f. Trad. Claude Carrier, pp. 336-337, éd. CYBELE 2009.
« (Si) lâĆil de Horus a sautĂ© quand il est tombĂ©, câest afin quâil puisse se protĂ©ger lui-mĂȘme de la main de Seth ! »
Textes des Pyramides de TĂ©ti, passage chambre funĂ©raireâantichambre, T/F-A/N, col. 1-2, Spruch {359}, §594 b-c. Trad. Claude Carrier, pp. 274-275, Ă©d. CYBELE 2009.
5.3 Le Conte du Paysan éloquent
đđđđđąđđđ°đđđđŻđżđ đđąđđčđđ đŁđ€ đđđąđđ «đ đȘđđ
« On tombe bien bas (en agissant) en faveur de la cupiditĂ© ! Lâavide, il manque toute occasion, »
Le Conte du Paysan Ă©loquent, B1 322, HuitiĂšme supplique. Trad. Patrice Le Guilloux, Cahiers de lâAssociation dâĂgyptologie Isis n° 2, 2e Ă©d., pp. 74-75, Angers 2005.
5.4 Le Désillusionné et son Ba
đđ ± đ±đđ€ đ„ đđđđŽđ đ„
« (alors que mĂȘme) les arbres tombent. »
Le Désillusionné et son Ba, Papyrus de Berlin 3024, col. 21, p. 46.
5.5 Le Papyrus médical Edwin Smith
La racine sert aussi le vocabulaire chirurgical : lâos qui tombe, la vertĂšbre qui chute dans la suivante, le blessĂ© qui choit la tĂȘte la premiĂšre. Trois passages en tĂ©moignent.
đđđđđ¶ đ đđČđ§đ»đȘđ ŻđżđđđžđȘđąđđȘđ Żđżđđđžđđđđđđđ¶ đđđȘđąđžđđ đđđ đđđčđđđ¶đ€ đđđđđđđđŸđ€đ
« …il faut comprendre quâil existe une solution de continuitĂ© au niveau de lâĂ©caille du crĂąne, et que les parties dâos fixĂ©es aux chairs de la tĂȘte ne sont pas tombĂ©es au sol. »
Le Papyrus mĂ©dical Edwin Smith, chirurgie et magie en Ăgypte antique, II-9, p. 97. Trad. François Resche, Ă©d. LâHarmattan, 2017.
đđąđđ« đŽđđ đđ đ€ đđđ đđđđčđ đđđđąđđđ€đđŽđđ đđ đ€ đđ
« Instructions pour un Ă©crasement dâune vertĂšbre du cou. Si tu es conduit Ă examiner un homme prĂ©sentant un Ă©crasement dâune vertĂšbre du cou… »
Le Papyrus mĂ©dical Edwin Smith, IV-17/18, pp. 113-114. Trad. François Resche, Ă©d. LâHarmattan, 2017.
đđđđđđđđđđ đ đŽđđ§đđ§đĄđđđŽđđ đđđ€ đ đđ đ đ đ đą
« …Ă cause de sa chute la tĂȘte en bas, qui a créé lâĂ©crasement dâune vertĂšbre dans la suivante. »
Le Papyrus mĂ©dical Edwin Smith, XI-9/10/11, p. 147. Trad. François Resche, Ă©d. LâHarmattan, 2017.
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VI. Le cognat arabe â la racine Űź-۱-۱
La racine arabe Űź-۱-۱ (áž«-r-r) prolonge exactement le champ Ă©gyptien. Ă lâorigine bilitĂšre â áž«-r, comme en pharaonique â elle a gĂ©minĂ© son second radical pour former une trilitĂšre Ă la maniĂšre sĂ©mitique.
ŰźÙ۱ÙÙ (áž«arra) / ÙÙŰźÙ۱ÙÙ (yaáž«urru) â verbe forme I : tomber, chuter, sâeffondrer, tomber Ă terre, flĂ©chir, se prosterner.
ŰźÙŰ±Ù (áž«arr) â nom verbal : trou, fente ; mort, dĂ©cĂšs.
Le verbe kharra apparaĂźt douze fois dans le Coran, toujours sous la forme verbale I, avec les acceptions mĂȘmes de lâĂ©gyptien đđđ. Sa charge sĂ©mantique y est double : positive quand la chute est prosternation devant le divin, nĂ©gative quand elle est effondrement funeste ou chĂątiment.
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VII. Le versant positif â la prosternation
LiĂ©e Ă lâacte de la prosternation (ŰłÙŰŹÙŰŻÙ, sajada), la chute devient geste dâhumilitĂ© et dâadoration. Le vocable kharra se charge alors dâun sens Ă©levĂ© : tomber, câest ici sâabaisser volontairement devant plus grand que soi.
Wa yakhirrĆ«na lil-ÊŸadhqÄni yabkĆ«na wa yazÄ«duhum khushĆ«Êżan
« Ils tombent face contre terre en pleurant, et cela accroßt leur humilité. »
Sourate 17, ۧÙۄ۳۱ۧۥ / Al-IsrÄÊŸ (Le Voyage nocturne), verset 109. Trad. M. Maurice Gloton, p. 293, Ă©d. Albouraq 2018.
…ÊŸidhÄ tutlÄ Êżalayhim ÊŸÄyÄtu r-raáž„mÄni kharrĆ« sujjadan wa bukiyyan
« Lorsque les Signes du Tout-rayonnant dâAmour leur Ă©taient communiquĂ©s, ils tombaient en prosternation et pleuraient. »
Sourate 19, Ù Ű±ÙÙ / Maryam (Marie), verset 58. Trad. M. Maurice Gloton, p. 309, Ă©d. Albouraq 2018.
ÊŸInnamÄ yuÊŸminu bi-ÊŸÄyÄtinÄ lladhÄ«na ÊŸidhÄ dhukkirĆ« bihÄ kharrĆ« sujjadan
« Ne tombent en prosternation, grĂące Ă eux, que ceux qui mettent en Ćuvre le DĂ©pĂŽt confiĂ© quand Nos Signes leur sont rappelĂ©s. »
Sourate 32, ۧÙ۳ۏۯ۩ / As-Sajda (La Prosternation), verset 15. Trad. M. Maurice Gloton, p. 416, Ă©d. Albouraq 2018.
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VIII. Le versant nĂ©gatif â la chute funeste
Ailleurs, kharra dit lâeffondrement sinistre : le foudroiement, le chĂątiment, la ruine.
Le cas de MoĂŻse est le plus saisissant. Lorsquâil demande Ă voir son Enseigneur, celui-ci se manifeste Ă la montagne et la pulvĂ©rise ; Ă ce spectacle, MoĂŻse tombe foudroyĂ©. Ici la chute nâest ni volontaire ni punitive : elle est lâeffet direct, sur une crĂ©ature, de la manifestation divine devenue insoutenable. Le verbe kharra porte alors toute la charge dâun corps terrassĂ© par ce qui le dĂ©passe infiniment â lâanĂ©antissement devant la transcendance.
…falammÄ tajallÄ rabbuhu lil-jabali jaÊżalahu dakkan wa kharra MĆ«sÄ áčŁaÊżiqan
« Quand son Enseigneur Se manifesta pleinement Ă la Montagne, Il la pulvĂ©risa, et MoĂŻse sâeffondra foudroyĂ©. »
Sourate 7, ۧÙŰŁŰčŰ±Ű§Ù / Al-AÊżrÄf (Les CrĂȘtes), verset 143. Trad. M. Maurice Gloton, p. 167, Ă©d. Albouraq 2018.
…wa man yushrik billÄhi fa-kaÊŸannamÄ kharra mina s-samÄÊŸi fa-takháčafuhu áč-áčayru
« Et qui Le codĂ©ifierait, câest comme sâil chutait du ciel et que les oiseaux le happaient, ou que le vent le faisait choir en un lieu trĂšs profond. »
Sourate 22, ۧÙŰŰŹ / Al-កajj (La QuĂȘte), verset 31. Trad. M. Maurice Gloton, p. 336, Ă©d. Albouraq 2018.
Ce verset â celui qui codĂ©ifie Dieu est comme celui qui chute du ciel, happĂ© par les oiseaux ou emportĂ© par le vent en un lieu trĂšs profond â Ă©veille une rĂ©miniscence. On y entend comme un Ă©cho lointain du mythe grec dâIcare : lâhomme qui sâĂ©leva Ă la maniĂšre des oiseaux et qui, ayant voulu, dans lâivresse de son vol, sâapprocher trop prĂšs du soleil â trop prĂšs du divin â, paya sa dĂ©mesure dâune chute vertigineuse dans les profondeurs de la mer qui porta dĂšs lors son nom. Lâassociationnisme (ŰŽÙ۱ÙÙ, shirk) est ici figurĂ© comme une prĂ©tention Ă sâĂ©galer au divin â la mĂȘme dĂ©mesure, le mĂȘme vol ambitieux, la mĂȘme chute. Nous ne donnons ce rapprochement que pour ce quâil est : une rĂ©sonance littĂ©raire entre deux imaginaires de la chute punissant lâorgueil, non une filiation dĂ©montrĂ©e.
…falammÄ kharra tabayyanati l-jinnu ÊŸan law kÄnĆ« yaÊżlamĆ«na l-ghayba
« Quand alors il sâeffondra, les djinns eurent la preuve que, sâils avaient connu le mystĂšre, ils nâauraient pas subi aussi longtemps cette correction humiliante. »
Sourate 34, ۳ۣۚ / SabaÊŸ (Les SabaÊŸ), verset 14. Trad. M. Maurice Gloton, p. 429, Ă©d. Albouraq 2018.
TakÄdu s-samÄwÄtu yatafaáčáčarna minhu wa tanshaqqu l-ÊŸarážu wa takhirru l-jibÄlu haddan
« Peu sâen faut que les cieux ne se fendent Ă cause de cela, que la terre ne se fissure, et que les montagnes ne sâeffondrent. »
Sourate 19, Ù Ű±ÙÙ / Maryam (Marie), verset 90. Trad. M. Maurice Gloton, p. 311, Ă©d. Albouraq 2018.
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IX. Les langues mandĂ© â un faisceau frappant
La racine se retrouve dans les langues mandĂ© du groupe Niger-Congo, avec une rĂ©gularitĂ© phonĂ©tique et sĂ©mantique qui mĂ©rite dâĂȘtre exposĂ©e. Le copte âČâȱâČŁ (khĆr, dĂ©truire) et le pharaonique đđđ (áž«r, faire tomber, abattre) y ont des rĂ©pondants que ni lâhĂ©breu, ni lâaramĂ©en, ni lâarabe ne prĂ©sentent avec la mĂȘme densitĂ©.
9.1 Tomber, casser, dĂ©truire â la racine k-r
| Langue | Vocable | Sens |
|---|---|---|
| Soninké | (nà à ) kårå | casser, briser, détruire, rompre |
| SoninkĂ© | (nĂ n) kĂ rĂĄ | mourir, sâĂ©teindre, ĂȘtre mort, Ă©teint |
| SoninkĂ© | kĂrĂŹ | dispute, altercation (nom) |
| SoninkĂ© | kare | ĂȘtre brisĂ©, ĂȘtre dĂ©truit (v. intr.) |
| Soninké | kari / keri | occire (v. tr.) |
| Soninké | kalla | mourir (v. intr.) ; kalli : tuer (v. tr.) |
| Bambara | kĂĄri | casser, briser, craquer, plier |
| Bambara | sókari | détruire, réduire à la misÚre (litt. « maison-casser ») |
| Maninka | kĂĄri | casser, replier |
| Maninka | kĂčru | plier, pencher, se courber |
Le bambara kĂĄrikĂĄri (briser en morceaux) rĂ©pond au redoublement Ă©gyptien đđđđđŽđĄ (áž«ráž«r, dĂ©truire) : mĂȘme forme redoublĂ©e, mĂȘme intensif de la destruction.
9.2 Le sacrifice, lâimmolation â áž«ry.t
LâĂ©gyptien đđđđđđ (áž«ry.t / khĂ©ry.t) dĂ©signe la bĂȘte Ă immoler, le sacrifice â littĂ©ralement ce quâon fait tomber pour le tuer. Le mandĂ© fait exactement le mĂȘme lien :
| Langue | Vocable | Sens |
|---|---|---|
| Soninké | kårà | tuer, sacrifier, immoler |
| Soninké | kårÏndé | tuerie, immolation, sacrifice (nom) |
| SoninkĂ© | kĂ rĂyĂš | le fait de tuer, de sacrifier |
| Maninka | kĂ lo | agonie (nom) â L pour R |
9.3 La guerre, le combat â áž«rwj
LâĂ©gyptien đ€đ ±đđđ ±đĄđ„ (áž«rwjw / khĂ©rouyou, guerre, combat) et đ€đđđđ (áž«rwj, lâennemi) trouvent leur Ă©cho dans le vocabulaire mandĂ© de la guerre :
| Langue | Vocable | Sens |
|---|---|---|
| Soninké | kuré | armée, bataille, guerre (pl. kuru-kuru) |
| SoninkĂ© | kĂčrĂ(nan) | guerroyer |
| SoninkĂ© | kĂčrĂč-gĂčmĂ© | chef de guerre |
| Bambara | kÉÌlÉ (v.) | guerroyer, combattre, attaquer |
| Bambara | kÉÌlÉ (n.) | guerre, armĂ©e |
| Bambara | kÉÌlÉkÉden | soldat, jeune militaire (litt. « enfant de guerre ») |
| Bambara | kÉÌlÉkÉla | arme, instrument de guerre |
| Bambara | kÉÌlÉtii / kÉÌlÉkuntigi | chef de guerre |
On observe ici, entre soninkĂ© et bambara, lâalternance liquide caractĂ©ristique : le R du soninkĂ© kurĂ© (guerre) devient le L du bambara kÉÌlÉ. La liquide se dĂ©place, la racine demeure â le bambara Ă©tant, pour ce champ, un rejeton du soninkĂ©.
âž»
X. Une lecture dâensemble
De lâĂ©gyptien au copte, de lâarabe coranique au mandĂ©, une mĂȘme racine â la vĂ©laire suivie de la liquide â porte partout lâidĂ©e de la chute. Elle se ramifie selon les langues et les registres : chute physique, effondrement du corps ; chute militaire, lâennemi abattu et le pays soumis ; chute rituelle, la prosternation devant le divin ; chute sacrificielle, la bĂȘte quâon immole ; chute funeste, le chĂątiment et la ruine.
Le Coran a retenu de la racine ses deux extrĂȘmes moraux â lâhumilitĂ© du croyant qui se prosterne et lâeffondrement du rĂ©prouvĂ©. LâĂ©gyptien tenait dĂ©jĂ lâĂ©ventail complet, du geste mĂ©dical qui remet lâos tombĂ© Ă sa place jusquâĂ la tombe oĂč lâhomme, Ă la fin, tombe pour de bon. Et le mandĂ©, loin Ă lâouest, redit la mĂȘme chose avec les mĂȘmes sons : casser, tuer, immoler, guerroyer â tout ce qui fait tomber.
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