𓐍𓂋𓀒  ḫr / khèr

Tomber · S’effondrer · Se prosterner — la racine de la chute

sous les auspices de ⲑⲟⲟⲩⲧ !

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I. Sens et acceptions

Le verbe 𓐍𓂋𓀒 (lire ḫr / ḵèr / xèr / khèr) signifie : tomber, chuter, s’effondrer, tomber à terre, tomber à la guerre, détruire, fléchir, se prosterner. Le déterminatif 𓀒 — l’homme qui tombe — fixe le sens : c’est la chute, sous toutes ses formes, du corps qui s’affaisse au combattant qui succombe, et jusqu’au fidèle qui se prosterne.

La racine se lit, de droite à gauche, 𓐍 (ḫ / ḵ) — 𓂋 (r). Son cognat arabe, خ-ر-ر (ḫ-r-r), en est le prolongement exact, avec un troisième radical géminé.

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II. Phonèmes et graphie

2.1  𓐍 — Le crible (ḫ / ḵ)

Crible, ou placenta humain. Phonogramme unilitère, valeur ḫ / kh : fricative vélaire sourde. Copte : ϧ, ⳉ (ḫai, ḫori) [x], ϩ (hori) [h], ⲭ (kh), ⲕ (k), ϣ (šai). Hébreu : ח (ḥet), כ (khaf), ע (ʿayin). Arabe : خ (ḫāʾ), ح (ḥāʾ), ك (kāf), plus rarement ع (ʿayn), غ (ġayn). Sémitiques : x, k, ẖ, š, ʿ, ġ, ḡ, h, ḥ. Niger-Congo : k, x, g.

2.2  𓂋 — La bouche (r)

Translittération r. Correspond à l’hébreu ר (resh) et ל (lamed), au phénicien 𐤓 (resh, « tête »), à l’arabe ر (rāʾ). Sémitiques : r, l, n. Niger-Congo : R, L.

2.3  𓀒 — L’homme qui tombe

Déterminatif de tomber, de renverser, et de l’ennemi (le belligérant que l’on abat). Sa présence spécialise la racine vers la chute et la mise à bas.

2.4  Autres signes mobilisés

𓅱 — le poussin de caille : valeur w / u. Hébreu ו (waw), arabe و (wāw), copte ⲟⲩ.

𓋴 — le linge plié : valeur s, marque du causatif dans sḫr.

𓉐 — le plan de maison : idéogramme de maison, d’édifice ; déterminatif de la tombe.

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III. Vocables de l’égyptien pharaonique

𓐍𓂋𓀒 (ḫr / khèr) — verbe : tomber, s’abattre, s’effondrer, faire tomber, tomber à la guerre.

𓐍𓂋𓐍𓂋𓏴𓂡 (ḫrḫr / khèrkhèr) — verbe : détruire. Le redoublement dit la destruction répétée, mise en pièces. En bambara, on dit de même kárikári : casser, briser, rompre en plusieurs morceaux.

𓋴𓐍𓂋𓀒 (sḫr / sékher) — verbe causatif : renverser, terrasser, abattre, jeter à bas. En acception médicale : réduire une fracture, remettre en place un os déboîté — faire tomber l’os à sa juste place.

𓐍𓂋𓅱𓀒 (ḫrw / khérou) — nom : l’ennemi à abattre, souvent abrégé en 𓀒.

𓐍𓂋𓀒 𓇾𓈇𓏤 (ḫr tȝ / khèr tA) : soumettre un pays — le faire tomber.

𓐍𓂋𓉐 (ḫr / khèr) — nom : la tombe, la nécropole — le lieu creusé dans la terre, ce qui est en bas.

La racine déploie ainsi une cohérence remarquable : de la chute physique (tomber) à la défaite militaire (l’ennemi abattu, le pays soumis), de la destruction (ḫrḫr) au geste médical de remettre en place (sḫr), jusqu’à la demeure des morts (la tombe). Partout, l’idée d’un mouvement vers le bas.

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IV. Évolution copte

Le copte a conservé la racine dans ⲭⲱⲣ (khōr, dialecte bohaïrique) — verbe : détruire. Il procède directement de 𓐍𓂋𓀒 (ḫr), « faire tomber, abattre ». Le dernier état de la langue pharaonique garde donc le versant destructeur de la chute.

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V. Attestations pharaoniques — la chute

5.1  Textes des Pyramides d’Ounas

ḫr(w) Ḥr n jr.t=f sbn kȜ n ẖr.wy=f / j-ḫr sbn

« (Si) Horus tombe à cause de son Œil, le taureau s’écartera de ses testicules ! Tombe ! Écarte-toi ! »

Textes des Pyramides d’Ounas, antichambre, W/A/E inf., col. 1, Spruch {277}, §418 a-b. Trad. Claude Carrier, pp. 152-153, éd. CYBELE 2009.

ḏd mdw ḫr(w) KȜ n sḏḥḥ ḫr(w) sḏḥ n KȜ / j-ḫr sbn

« Formule à réciter : (Si) le serpent tombe à cause du serpent-sédjeh, le serpent-sédjeh tombera à cause du serpent-ka ! Tombe ! Écarte-toi ! »

Textes des Pyramides d’Ounas, antichambre, W/A/E inf., col. 11, Spruch {289}, §430 a-b. Trad. Claude Carrier, pp. 154-155, éd. CYBELE 2009.

ḏd mdw ḫr(w) ḥr ḥr ḥr

« Formule à réciter : Qu’un visage tombe sur (un autre) visage ! »

Textes des Pyramides d’Ounas, antichambre, W/A/E inf., col. 11, Spruch {290}, §431 a. Trad. Claude Carrier, pp. 154-155, éd. CYBELE 2009.

mȜ(w) ṯw mw.t=k Nw.t

« Tombe ! Couche-toi ! Rampe ! Que ta mère Nout te voie ! »

Textes des Pyramides d’Ounas, antichambre, W/A/E inf., col. 21-22, Spruch {297}, §441 b. Trad. Claude Carrier, pp. 158-159, éd. CYBELE 2009.

5.2  Textes des Pyramides de Téti

mȜȜ(w) T n ʿnḫ(w)=f / j-ḫr(w) ḥr n(y) T ḥr=f n ṯs(w) ø tp=f

« Celui que Téti regarde, il n’est pas question qu’il vive ! Celui sur lequel tombe le regard de Téti, on ne peut rattacher sa tête ! »

Textes des Pyramides de Téti, antichambre, T/A/E, col. 22, Spruch {389}, §682 d, f. Trad. Claude Carrier, pp. 336-337, éd. CYBELE 2009.

sṯp jr.t Ḥr ḫr(w) m pf gs n(y) Mr NḫȜ / jnḏ(w)=s ḏ.t=s m-ʿ Stš

« (Si) l’Œil de Horus a sauté quand il est tombé, c’est afin qu’il puisse se protéger lui-même de la main de Seth ! »

Textes des Pyramides de Téti, passage chambre funéraire–antichambre, T/F-A/N, col. 1-2, Spruch {359}, §594 b-c. Trad. Claude Carrier, pp. 274-275, éd. CYBELE 2009.

5.3  Le Conte du Paysan éloquent

𓐍𓂋𓀒𓏏𓍢𓈖𓎛𓆰𓈖𓏏𓆊𓍯𓄿𓈐 𓇋𓍢𓂝𓃹𓈖𓂝 𓄣𓏤 𓀂𓆄𓍢𓆑𓅫𓅓𓊪𓊃𓊗

ḫr.tw n ḥnt wȜ(.w) íw ʿwn-íb šw.f m sp

« On tombe bien bas (en agissant) en faveur de la cupidité ! L’avide, il manque toute occasion, »

Le Conte du Paysan éloquent, B1 322, Huitième supplique. Trad. Patrice Le Guilloux, Cahiers de l’Association d’Égyptologie Isis n° 2, 2e éd., pp. 74-75, Angers 2005.

5.4  Le Désillusionné et son Ba

𓇋𓅱 𓆱𓏏𓏤 𓏥 𓐍𓂋𓀒𓋴𓈖 𓏥

jw ḫt.w ḫr=sn

« (alors que même) les arbres tombent. »

Le Désillusionné et son Ba, Papyrus de Berlin 3024, col. 21, p. 46.

5.5  Le Papyrus médical Edwin Smith

La racine sert aussi le vocabulaire chirurgical : l’os qui tombe, la vertèbre qui chute dans la suivante, le blessé qui choit la tête la première. Trois passages en témoignent.

𓆓𓈖𓈖𓏏𓁶 𓆑 𓃛𓏲𓂧𓂻𓊪𓅯𓄿𓈎𓏏𓏸𓊪𓍢𓂋𓊪𓅯𓄿𓈎𓏏𓏸𓈖𓏏𓆓𓈖𓈖𓏏𓁶 𓆑𓊃𓊪𓍢𓏸𓈓𓏠𓈖𓏛𓅓 𓎛𓂝𓄹𓈓𓈖𓁶𓏤 𓆑𓂜𓐍𓂋𓀒𓈖𓂋𓇾𓏤𓈇

(n(y)) ḏnnt.f jwd pȝḳt pw r pȝḳt n(y)t ḏnnt.f zpw mn(w) m ḥʿw n(yw) tp.f nj ḫr.n(.sn) r tȝ

« …il faut comprendre qu’il existe une solution de continuité au niveau de l’écaille du crâne, et que les parties d’os fixées aux chairs de la tête ne sont pas tombées au sol. »

Le Papyrus médical Edwin Smith, chirurgie et magie en Égypte antique, II-9, p. 97. Trad. François Resche, éd. L’Harmattan, 2017.

𓄃𓍢𓏛𓏫 𓋴𓈟𓅓𓍘𓅓𓏤 𓋭𓈖𓅘𓎛𓃀𓏏𓄹𓆑 𓇋𓂋𓂝𓎢𓊃𓀀𓏤𓈖𓋴𓈟𓅓𓍘𓅓𓏤 𓋭𓈖

šzȝw (n(y)w) sḥm m ṯz n(y) nḥbt.f jr ḫȝí.k z n(y) sḥm m ṯz n(y) nḥbt.f

« Instructions pour un écrasement d’une vertèbre du cou. Si tu es conduit à examiner un homme présentant un écrasement d’une vertèbre du cou… »

Le Papyrus médical Edwin Smith, IV-17/18, pp. 113-114. Trad. François Resche, éd. L’Harmattan, 2017.

𓀁𓈖𓆑𓇋𓈖𓐍𓂋𓀒𓆑𓅓𓇋 𓋴𓐍𓂧𓐍𓂧𓀡𓂝𓂝𓋴𓈟𓅓𓍘𓋭𓏤 𓅓 𓏌𓆑 𓅠𓅓𓅓𓎢

…jn ḫr.f m jsḫdḫd dd sḥm (m) ṯz m sn-nw.f gmm.k

« …à cause de sa chute la tête en bas, qui a créé l’écrasement d’une vertèbre dans la suivante. »

Le Papyrus médical Edwin Smith, XI-9/10/11, p. 147. Trad. François Resche, éd. L’Harmattan, 2017.

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VI. Le cognat arabe — la racine خ-ر-ر

La racine arabe خ-ر-ر (ḫ-r-r) prolonge exactement le champ égyptien. À l’origine bilitère — ḫ-r, comme en pharaonique — elle a géminé son second radical pour former une trilitère à la manière sémitique.

خَرَّ (ḫarra) / يَخُرُّ (yaḫurru) — verbe forme I : tomber, chuter, s’effondrer, tomber à terre, fléchir, se prosterner.

خَرّ (ḫarr) — nom verbal : trou, fente ; mort, décès.

Le verbe kharra apparaît douze fois dans le Coran, toujours sous la forme verbale I, avec les acceptions mêmes de l’égyptien 𓐍𓂋𓀒. Sa charge sémantique y est double : positive quand la chute est prosternation devant le divin, négative quand elle est effondrement funeste ou châtiment.

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VII. Le versant positif — la prosternation

Liée à l’acte de la prosternation (سَجَدَ, sajada), la chute devient geste d’humilité et d’adoration. Le vocable kharra se charge alors d’un sens élevé : tomber, c’est ici s’abaisser volontairement devant plus grand que soi.

وَيَخِرُّونَ لِلْأَذْقَانِ يَبْكُونَ وَيَزِيدُهُمْ خُشُوعًا
Wa yakhirrūna lil-ʾadhqāni yabkūna wa yazīduhum khushūʿan

« Ils tombent face contre terre en pleurant, et cela accroît leur humilité. »

Sourate 17, الإسراء / Al-Isrāʾ (Le Voyage nocturne), verset 109. Trad. M. Maurice Gloton, p. 293, éd. Albouraq 2018.

إِذَا تُتْلَىٰ عَلَيْهِمْ آيَاتُ ٱلرَّحْمَٰنِ خَرُّوا سُجَّدًا وَبُكِيًّا
…ʾidhā tutlā ʿalayhim ʾāyātu r-raḥmāni kharrū sujjadan wa bukiyyan

« Lorsque les Signes du Tout-rayonnant d’Amour leur étaient communiqués, ils tombaient en prosternation et pleuraient. »

Sourate 19, مريم / Maryam (Marie), verset 58. Trad. M. Maurice Gloton, p. 309, éd. Albouraq 2018.

إِنَّمَا يُؤْمِنُ بِآيَاتِنَا ٱلَّذِينَ إِذَا ذُكِّرُوا بِهَا خَرُّوا سُجَّدًا
ʾInnamā yuʾminu bi-ʾāyātinā lladhīna ʾidhā dhukkirū bihā kharrū sujjadan

« Ne tombent en prosternation, grâce à eux, que ceux qui mettent en œuvre le Dépôt confié quand Nos Signes leur sont rappelés. »

Sourate 32, السجدة / As-Sajda (La Prosternation), verset 15. Trad. M. Maurice Gloton, p. 416, éd. Albouraq 2018.

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VIII. Le versant négatif — la chute funeste

Ailleurs, kharra dit l’effondrement sinistre : le foudroiement, le châtiment, la ruine.

Le cas de Moïse est le plus saisissant. Lorsqu’il demande à voir son Enseigneur, celui-ci se manifeste à la montagne et la pulvérise ; à ce spectacle, Moïse tombe foudroyé. Ici la chute n’est ni volontaire ni punitive : elle est l’effet direct, sur une créature, de la manifestation divine devenue insoutenable. Le verbe kharra porte alors toute la charge d’un corps terrassé par ce qui le dépasse infiniment — l’anéantissement devant la transcendance.

فَلَمَّا تَجَلَّىٰ رَبُّهُۥ لِلْجَبَلِ جَعَلَهُۥ دَكًّا وَخَرَّ مُوسَىٰ صَعِقًا
…falammā tajallā rabbuhu lil-jabali jaʿalahu dakkan wa kharra Mūsā ṣaʿiqan

« Quand son Enseigneur Se manifesta pleinement à la Montagne, Il la pulvérisa, et Moïse s’effondra foudroyé. »

Sourate 7, الأعراف / Al-Aʿrāf (Les Crêtes), verset 143. Trad. M. Maurice Gloton, p. 167, éd. Albouraq 2018.

وَمَن يُشْرِكْ بِٱللَّهِ فَكَأَنَّمَا خَرَّ مِنَ ٱلسَّمَآءِ فَتَخْطَفُهُ ٱلطَّيْرُ
…wa man yushrik billāhi fa-kaʾannamā kharra mina s-samāʾi fa-takhṭafuhu ṭ-ṭayru

« Et qui Le codéifierait, c’est comme s’il chutait du ciel et que les oiseaux le happaient, ou que le vent le faisait choir en un lieu très profond. »

Sourate 22, الحج / Al-Ḥajj (La Quête), verset 31. Trad. M. Maurice Gloton, p. 336, éd. Albouraq 2018.

Ce verset — celui qui codéifie Dieu est comme celui qui chute du ciel, happé par les oiseaux ou emporté par le vent en un lieu très profond — éveille une réminiscence. On y entend comme un écho lointain du mythe grec d’Icare : l’homme qui s’éleva à la manière des oiseaux et qui, ayant voulu, dans l’ivresse de son vol, s’approcher trop près du soleil — trop près du divin —, paya sa démesure d’une chute vertigineuse dans les profondeurs de la mer qui porta dès lors son nom. L’associationnisme (شِرْك, shirk) est ici figuré comme une prétention à s’égaler au divin — la même démesure, le même vol ambitieux, la même chute. Nous ne donnons ce rapprochement que pour ce qu’il est : une résonance littéraire entre deux imaginaires de la chute punissant l’orgueil, non une filiation démontrée.

فَلَمَّا خَرَّ تَبَيَّنَتِ ٱلْجِنُّ أَن لَّوْ كَانُوا يَعْلَمُونَ ٱلْغَيْبَ
…falammā kharra tabayyanati l-jinnu ʾan law kānū yaʿlamūna l-ghayba

« Quand alors il s’effondra, les djinns eurent la preuve que, s’ils avaient connu le mystère, ils n’auraient pas subi aussi longtemps cette correction humiliante. »

Sourate 34, سبأ / Sabaʾ (Les Sabaʾ), verset 14. Trad. M. Maurice Gloton, p. 429, éd. Albouraq 2018.

تَكَادُ ٱلسَّمَٰوَٰتُ يَتَفَطَّرْنَ مِنْهُ وَتَنشَقُّ ٱلْأَرْضُ وَتَخِرُّ ٱلْجِبَالُ هَدًّا
Takādu s-samāwātu yatafaṭṭarna minhu wa tanshaqqu l-ʾarḍu wa takhirru l-jibālu haddan

« Peu s’en faut que les cieux ne se fendent à cause de cela, que la terre ne se fissure, et que les montagnes ne s’effondrent. »

Sourate 19, مريم / Maryam (Marie), verset 90. Trad. M. Maurice Gloton, p. 311, éd. Albouraq 2018.

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IX. Les langues mandé — un faisceau frappant

La racine se retrouve dans les langues mandé du groupe Niger-Congo, avec une régularité phonétique et sémantique qui mérite d’être exposée. Le copte ⲭⲱⲣ (khōr, détruire) et le pharaonique 𓐍𓂋𓀒 (ḫr, faire tomber, abattre) y ont des répondants que ni l’hébreu, ni l’araméen, ni l’arabe ne présentent avec la même densité.

9.1  Tomber, casser, détruire — la racine k-r

Langue Vocable Sens
Soninké (nà à) kárá casser, briser, détruire, rompre
Soninké (nàn) kàrá mourir, s’éteindre, être mort, éteint
Soninké kírì dispute, altercation (nom)
Soninké kare être brisé, être détruit (v. intr.)
Soninké kari / keri occire (v. tr.)
Soninké kalla mourir (v. intr.) ; kalli : tuer (v. tr.)
Bambara kári casser, briser, craquer, plier
Bambara sókari détruire, réduire à la misère (litt. « maison-casser »)
Maninka kári casser, replier
Maninka kùru plier, pencher, se courber

Le bambara kárikári (briser en morceaux) répond au redoublement égyptien 𓐍𓂋𓐍𓂋𓏴𓂡 (ḫrḫr, détruire) : même forme redoublée, même intensif de la destruction.

9.2  Le sacrifice, l’immolation — ḫry.t

L’égyptien 𓐍𓂋𓇋𓇋𓏏𓃒 (ḫry.t / khéry.t) désigne la bête à immoler, le sacrifice — littéralement ce qu’on fait tomber pour le tuer. Le mandé fait exactement le même lien :

Langue Vocable Sens
Soninké kárí tuer, sacrifier, immoler
Soninké kárìndé tuerie, immolation, sacrifice (nom)
Soninké kàríyè le fait de tuer, de sacrifier
Maninka kàlo agonie (nom) — L pour R

9.3  La guerre, le combat — ḫrwj

L’égyptien 𓊤𓅱𓇋𓇋𓅱𓂡𓏥 (ḫrwjw / khérouyou, guerre, combat) et 𓊤𓇋𓇋𓀜𓀏 (ḫrwj, l’ennemi) trouvent leur écho dans le vocabulaire mandé de la guerre :

Langue Vocable Sens
Soninké kuré armée, bataille, guerre (pl. kuru-kuru)
Soninké kùrí(nan) guerroyer
Soninké kùrù-gùmé chef de guerre
Bambara kɛ̀lɛ (v.) guerroyer, combattre, attaquer
Bambara kɛ̀lɛ (n.) guerre, armée
Bambara kɛ̀lɛkɛden soldat, jeune militaire (litt. « enfant de guerre »)
Bambara kɛ̀lɛkɛla arme, instrument de guerre
Bambara kɛ̀lɛtii / kɛ̀lɛkuntigi chef de guerre

On observe ici, entre soninké et bambara, l’alternance liquide caractéristique : le R du soninké kuré (guerre) devient le L du bambara kɛ̀lɛ. La liquide se déplace, la racine demeure — le bambara étant, pour ce champ, un rejeton du soninké.

Note de méthode. Ces rapprochements sont donnés comme un faisceau de convergences, remarquable par sa densité : une même racine k-r distribue, en mandé comme en égyptien, la chute, la destruction, le sacrifice (ce qu’on fait tomber) et la guerre (où l’ennemi tombe). Établir une filiation généalogique supposerait des correspondances régulières qui restent à démontrer ; mais l’accord simultané sur plusieurs champs sémantiques, et la cohérence de l’alternance liquide interne au mandé, sont précisément le genre de faits qui appellent l’enquête plutôt que le rejet a priori.

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X. Une lecture d’ensemble

De l’égyptien au copte, de l’arabe coranique au mandé, une même racine — la vélaire suivie de la liquide — porte partout l’idée de la chute. Elle se ramifie selon les langues et les registres : chute physique, effondrement du corps ; chute militaire, l’ennemi abattu et le pays soumis ; chute rituelle, la prosternation devant le divin ; chute sacrificielle, la bête qu’on immole ; chute funeste, le châtiment et la ruine.

Le Coran a retenu de la racine ses deux extrêmes moraux — l’humilité du croyant qui se prosterne et l’effondrement du réprouvé. L’égyptien tenait déjà l’éventail complet, du geste médical qui remet l’os tombé à sa place jusqu’à la tombe où l’homme, à la fin, tombe pour de bon. Et le mandé, loin à l’ouest, redit la même chose avec les mêmes sons : casser, tuer, immoler, guerroyer — tout ce qui fait tomber.

𓅝𓏏𓏭𓅆𓇋𓈎𓂋𓏝  Ḏḥwty íḳr — Djehouty L’Excellent

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