𓅱𓈙𓃀𓏴𓀁 wšb / ousheb
Répondre — et faire retour
Du répondant funéraire au repentir — la racine w-š-b
Égyptien pharaonique · Copte · Hébreu · Araméen · Arabe
Sous les auspices de 𓅝𓏏𓏭𓅆𓇋𓈎𓂋𓏝 (Ḏḥwty íḳr | Djehouty L’Excellent) ! ق ر ء
𓆓𓂧𓀀𓈖𓎡𓄣𓏤𓀀 ḏd.j n.k jb.j — « Je te parle, mon cœur ! »
𓏲𓈙𓃀𓏴𓀁𓎡𓈖𓀀 wšb.k n.j — « Puisses-tu me répondre ! »
La prophétie de Khâ-Kheper-Rê-Séneb, recto 6, in Les Prophéties de l’Égypte ancienne, textes traduits et commentés par André Fermat et Michel Lapidus, p. 210, édit. MdV.
إِنَّهُۥ هُوَ ٱلتَّوَّابُ ٱلرَّحِيمُ
ʾInnahu huwa t-Tawwābu r-Raḥīmu
« Vraiment Lui, Celui qui fait toujours retour, le Très-Rayonnant d’Amour ! »
Sourate 2, البقرة / Al-Baqara, verset 37. Trad. M. Maurice Gloton, p. 6, Albouraq 2018.
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Introduction — répondre, c’est faire retour
Le verbe 𓅱𓈙𓃀𓏴𓀁 (lire wšb / ousheb) signifie en égyptien pharaonique répondre : répondre à quelqu’un ou à quelque chose, répliquer, rétorquer, riposter — mais aussi intercéder et défendre. Le déterminatif de l’homme portant la main à la bouche 𓀁 en fixe le domaine : celui de la parole.
C’est à ce verbe que les oushebtis doivent leur nom. Ces figurines momiformes — 𓆷𓄿𓃀𓏏𓏭𓀾 (šȝbty), que l’on appelle aussi chaouabtis — apparaissent au Moyen Empire. On les déposait dans la tombe du défunt pour qu’elles travaillent à sa place dans l’au-delà. Leur nom signifie littéralement « les répondants » : elles sont là pour répondre quand on les appelle.
Or cette racine mène plus loin qu’on ne l’imagine. L’hébreu שׁוּב (šūḇ) signifie à la fois répondre et revenir, retourner — car répondre, c’est faire retour d’une parole. De là תְּשׁוּבָה (təšūḇā), qui est à la fois la réponse et le retour, et qui devient dans le judaïsme le nom même du repentir : la teshuva. Puis l’araméen תּוּב (tūḇ), et enfin l’arabe تَابَ (tāba) : se repentir, revenir à Dieu — d’où تَوْبَة (tawba), le repentir, et التَّوَّاب (At-Tawwāb), l’un des Noms divins, que Maurice Gloton rend admirablement par « Celui qui fait toujours retour ».
Une seule racine court donc du serviteur funéraire qui répond « me voici » au pécheur qui revient vers son Dieu. Nous en suivrons le trajet, et nous verrons que la lexicographie confirme le chemin de la transmission — de l’Égypte à l’hébreu, de l’hébreu à l’araméen, de l’araméen à l’arabe.
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I. Correspondances phonétiques inter-langues
| Égyptien | Arabe | Hébreu |
|---|---|---|
| 𓅱 w | و (wāw) | ו (waw) |
| 𓈙 š / sh | ش (šīn) — ت (tāʾ) | שׁ (šin) |
| 𓃀 b | ب (bāʾ) | ב (bet) |
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II. Phonèmes de l’égyptien pharaonique
2.1 𓅱 — La caille (w )
Spirante labiale sonore du moyen égyptien ; signe alternatif 𓏲, variante d’écriture 𓍯.
Copte : Ⲩ / ⲩ [u, w, i, v] · Ⲙ / ⲙ [m] · Ⲃ / ⲃ [b, v, w] ; et les voyelles Ⲁ [a, ʕ, ʔ], Ⲉ [e], Ⲱ [oː].
Hébreu : ו (waw / vav) — Arabe : و (wāw) — Syriaque : ܘ (waw).
2.2 𓈙 et 𓆷 — La chuintante (š)
Chuintante apico-palatale sourde, identique en copte, où elle s’écrit Ϣ / ϣ (šai) [ʃ] — signe précisément inspiré du hiéroglyphe 𓆷.
Hébreu : שׁ (šin) /ʃ/ — Arabe : ش (šīn) et ت (tāʾ).
Sémitiques : š, t, ṯ, ś, z ; ǧ, ḥ (assez rare).
2.3 𓃀 — La jambe (b)
Occlusive bilabiale sonore.
Copte : Ⲃ / ⲃ [b, v, w] · Ⲙ / ⲙ [m] · Ⲡ / ⲡ [p] · Ⲩ / ⲩ [u, w].
Hébreu : ב (bet) — Arabe : ب (bāʾ).
2.4 Signes complémentaires
𓄿 (Ȝ) — valeurs /l/, /r/, /a/. Hébreu : א (aleph) — Arabe : أ, ء (hamza). Sémitiques : ˀ, r, l ; w, ʿ (rare).
𓏭 — double trait oblique (y, i, j), lettre alternative au double roseau fleuri 𓇋𓇋. Similaire à l’hébreu י (yod) et au phénicien 𐤉 (yodh, « main »). Arabe : ي (yāʾ). Sémitique : y.
𓏏 (t) — occlusive apico-dentale sourde, aboutissant en copte à Ⲧ / ⲧ (tau) [t, d], ou à zéro.
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III. Déterminatifs hiéroglyphiques
𓀁 L’homme assis portant la main à la bouche — déterminatif de tout ce qui touche à l’organe buccal et à la cavité orale : manger, boire, exprimer la faim ou la soif, parler, se taire, penser.
𓏴 Les deux bâtons entrecroisés (swȝ) — on notera son emploi dans le vocable 𓏴𓌪𓂝 (swȝ), qui signifie briser, rompre, casser, couper.
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IV. Vocables de l’égyptien pharaonique
𓅱𓈙𓃀𓏴𓀁 (lire wšb / ousheb) — verbe : répondre, répondre à quelqu’un ou à quelque chose, répliquer, rétorquer, riposter, intercéder, défendre.
𓏲𓈙𓃀𓏴𓀁 (lire wšbw) — verbe : répondre, reconnaître un service.
𓏲𓈙𓃀𓏏𓏴𓀁 (lire wšbt) — nom : réponse, réplique, réaction, demande, énoncé.
𓅱𓈙𓃀𓅱𓏏𓏴𓀁𓁐 (lire wšbt) — celui qui répond ; femme qui gémit.
𓅱𓈙𓃀𓅱𓏴𓀁 (lire wšbw / oushebou) — nom : répondant, consolateur, défenseur.
𓆷𓍯𓄿𓃀𓏏𓏭𓀾 (lire šȝwȝbtj / chaouabty) ou 𓆷𓄿𓃀𓏏𓏭𓀾 (lire šȝbty / shabty) — nom, traduisible par « les répondants, ceux qu’on appelle auprès de soi, qui répondent » : statuette ou figurine funéraire momiforme apparue au Moyen Empire, déposée dans la tombe du défunt et destinée à le servir, à travailler pour lui dans l’au-delà.
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V. L’héritage copte
ⲟⲩⲱϣⲃ (dialecte sahidique) — verbe : répondre ; et comme nom masculin : réponse. Le vocable procède directement du moyen égyptien 𓅱𓈙𓃀𓏴𓀁 (wšb), avec les mêmes acceptions : répondre à quelqu’un ou à quelque chose, répliquer, rétorquer, riposter.
Valeurs phonétiques mobilisées : Ⲟ / ⲟ [o] · Ⲩ / ⲩ [u, w] · Ⲱ / ⲱ [oː] · Ϣ / ϣ (šai) [ʃ] · Ⲃ / ⲃ [b, v, w].
Le copte conserve donc l’ordre des consonnes de l’égyptien — w-š-b — et l’on voit dans ⲟⲩⲱϣⲃ la caille, la chuintante et la jambe se succéder sans déplacement.
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VI. La métathèse — de w-š-b à š-w-b
Voici le point de forme sur lequel repose la comparaison. L’égyptien porte l’ordre w-š-b ; l’hébreu porte š-w-b. Les deux premières consonnes ont permuté, la troisième restant en place.
Égyptien : 𓅱 (w) · 𓈙 (š) · 𓃀 (b) → w – š – b
Hébreu : שׁ (š) · ו (w) · ב (b) → š – w – b
Il s’agit d’une métathèse au sens propre : un déplacement de position, portant sur les deux premières radicales. Le troisième radical, la labiale, ne bouge pas — ce qui est le cas ordinaire de ce type de permutation.
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VII. L’hébreu שׁ-ו-ב et la teshuva
שׁוּב (šūḇ) — verbe : rapporter, répondre, donner une récompense, retourner, revenir, se détourner du mal, revenir à Dieu, se repentir, reprendre, rétablir, ramener à l’esprit.
תְּשׁוּבָה (təšūḇā, prononcé tesh-oo-baw) — nom féminin, dérivé de שׁוּב : une réponse, une réplique, un retour, une répétition, l’achèvement ou le retour d’une année.
De là procède la charge théologique du mot. תְּשׁוּבָה (təšūḇā) devient dans le judaïsme le nom même du repentir — la teshuva —, non pas comme châtiment de soi mais comme retour : retour à sa nature droite, retour vers Dieu. Les dix jours entre Roch Hachana et Yom Kippour en portent le nom.
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VIII. L’araméen et l’arabe — le relais documenté
תּוּב (tūḇ) — verbe araméen, correspondant exact de l’hébreu שׁוּב : revenir, retourner, répondre, redonner.
تَابَ / يَتُوبُ (tāba / yatūbu) — verbe arabe, forme I : se repentir, revenir à Dieu.
تَوْبَة (tawba) — nom féminin : repentir, pénitence, retour vers Dieu.
تَوَّاب (tawwāb) — repentant, pénitent ; et, comme Nom divin, Celui qui revient sans cesse vers le pécheur repentant.
8.1 Ce que la lexicographie établit
L’hypothèse d’un cheminement passant d’abord par l’hébreu se trouve confirmée par un point technique précis, et il vaut la peine de s’y arrêter.
Les langues sémitiques ont hérité d’un son ancien, une interdentale que les comparatistes notent *ṯ — proche du th anglais de think. Chacune l’a fait évoluer à sa manière, et toujours de la même façon :
| Langue | Devenu | « trois » |
|---|---|---|
| Arabe | ث (ṯāʾ) — conservé | ثَلَاثَة (ṯalāṯa) |
| Hébreu | שׁ (š) — chuintante | שָׁלוֹשׁ (šālōš) |
| Araméen | ת (t) — dentale | תְּלָת (təlāt) |
La règle qui en découle est simple : si un mot hébreu à שׁ et un mot arabe désignent la même chose et que chacune des deux langues l’a reçu de son propre fonds, alors l’arabe doit porter un ث.
La règle se vérifie sur quantité de mots courants : à l’hébreu שׁוֹר (šōr, taureau) répond l’arabe ثَوْر (ṯawr) ; partout, au שׁ hébreu répond un ث arabe, et un ת araméen.
Or le mot du repentir islamique fait exception. تَوْبَة (tawba) et تَابَ (tāba) portent un ت (tāʾ) — c’est-à-dire la consonne de l’araméen, et non celle qu’un héritage direct aurait donnée. La lexicographie étymologique en tire la conclusion qui s’impose : ce mot n’a pas été hérité, il a été emprunté. Il serait venu à l’arabe avant l’islam, de l’araméen תְּתוּבְתָּא (təṯūḇtā), dans le milieu judaïque.
Sur cet emprunt : S. Fraenkel, De vocabulis in antiquis Arabum carminibus et in Corano peregrinis, Leyde, E. J. Brill, 1880, p. 22 ; K. Ahrens, « Christliches im Qoran. Eine Nachlese », Zeitschrift der Deutschen Morgenländischen Gesellschaft, vol. 84, 1930, p. 27.
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IX. At-Tawwāb — un Nom divin
التَّوَّاب (At-Tawwāb) figure parmi les quatre-vingt-dix-neuf Noms, et paraît onze fois dans le Coran. Les lexiques classiques lui donnent, pour la racine ت-و-ب, les connotations suivantes : revenir ; revenir au bien, se repentir ; être rétabli ; et — le détail mérite d’être relevé — être appelé ou convoqué de manière répétée.
On notera enfin que la neuvième sourate du Coran porte ce nom : التوبة (At-Tawba), que Maurice Gloton traduit précisément par « Le Retour ».
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X. Les oushebtis — les répondants de l’au-delà
Les 𓆷𓍯𓄿𓃀𓏏𓏭𓀾 (šȝwȝbtj) ou 𓆷𓄿𓃀𓏏𓏭𓀾 (šȝbty) — « les répondants » — étaient déposés dans la tombe pour servir le défunt dans les Champs des Souchets, 𓇏𓏏𓈅𓇋𓄿𓂋𓅱𓆰𓊖 (sḫt jȝrw, Sekhet Ialou), et travailler à sa place. Le chapitre 6 du Livre des Morts en donne la formule, où l’on entend la statuette répondre :
« Formule pour faire qu’un oushebti exécute des travaux pour un homme dans la nécropole. »
« Formule à réciter par le scribe des contours Nebseny dans les temples de Haute Égypte (et) Basse Égypte, le scribe Nebseny [titulaire d’une pension] dans le Château de Ptah. Qu’il dise : »
« Ô oushebti que voici, appartenant au scribe Nebseny, agis pour le scribe [Nebseny] J.V. qu’a mis au monde la Maîtresse de maison Moutresti J.V. ! »
« Si l’on m’appelle (et) si l’on me désigne pour faire toutes sortes de travaux qui sont faits (habituellement) dans la nécropole, alors on t’infligera une corvée [là-bas comme un homme] à sa tâche (et) tu te désigneras à ma place à tout moment pour cultiver les champs, pour irriguer les rives (ou) pour transporter le sable de l’Est (ou) de l’Ouest. »
« « Me voici ! » diras-tu là ! »
Le Livre des Morts de l’Égypte ancienne, chapitre 6 (Papyrus de Nebseny, BM EA 9900), page 21. Translittération et traduction de M. Claude Carrier, édit. CYBELE, 2009.
On peut rapprocher cette conception d’un passage coranique où circulent, dans les jardins, des serviteurs d’éternelle jeunesse :
Yaṭūfu ʿalayhim wildānun mukhalladūna · bi-ʾakwābin wa ʾabārīqa wa kaʾsin min maʿīnin · lā yuṣaddaʿūna ʿanhā wa lā yunzifūna · wa fākihatin mimmā yatakhayyarūna · wa laḥmi ṭayrin mimmā yashtahūna
« Parmi eux circuleront des serviteurs d’une éternelle jeunesse, portant des coupes et des aiguières remplies d’un vin puisé à une source vive, ne provoquant ni maux de tête, ni ivresse, ainsi que des fruits de leur choix, et la chair des oiseaux les plus désirables. »
Sourate 56, الواقعة / Al-Wāqiʿa, versets 17 à 21, Coran.
Le rapprochement porte sur la conception, non sur le lexique : dans les deux traditions, l’au-delà des bienheureux comporte des serviteurs qui pourvoient aux besoins du défunt. Nous le signalons comme un parallèle de représentation, sans en tirer d’argument étymologique.
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XI. Attestations pharaoniques
11.1 Répondre, reconnaître un service — Le Conte du Naufragé
𓈗 𓁷𓏤 𓂭𓏥 𓎡𓇋𓐍𓏛𓅱𓈙𓃀𓀁𓎡
« de l’eau sur tes doigts, et tu pourras répondre »
Le Conte du Naufragé, 14, textes hiéroglyphiques, translittération et traduction commentée, M. Patrice Le Guilloux, Cahier de l’Association d’Égyptologie Isis n° 1, pages 20-21, deuxième édition revue et corrigée, Angers 2005.
𓊢𓂝𓈖𓅱𓈙𓃀𓏴𓀁 𓈖𓀀
« Alors je lui répondis »
Le Conte du Naufragé, 14, textes hiéroglyphiques, translittération et traduction commentée, M. Patrice Le Guilloux, Cahier de l’Association d’Égyptologie Isis n° 1, pages 32-33, deuxième édition revue et corrigée, Angers 2005.
11.2 Répondre, contredire — Sinouhé et le Paysan éloquent
𓅾𓏲𓀁𓀀𓊪𓂋𓆵𓆓𓂧𓏏𓈖𓀀 𓎟𓀀𓀀𓇋𓏛𓅱𓈙𓃀𓏴𓀁𓀀𓋴𓏏𓂜𓈖 𓁷𓏤𓂝𓏤𓀀
« …un peureux : « Que va me dire mon maître si je réponds cela : ‘ce n’est pas de mon fait’ » »
Les Aventures de Sinouhé, B261, textes hiéroglyphiques, translittération et traduction commentée, M. Patrice Le Guilloux, Cahier de l’Association d’Égyptologie Isis n° 4, pages 68-69, deuxième édition, Angers 2005.
𓉻𓂝𓄿𓈐𓂜𓈖 𓅱𓈙𓃀𓏴𓀁𓂋𓆓𓂧𓏏𓆑𓎟𓏏𓇋𓈖𓌻𓂋𓅱𓏏𓀁𓃹𓈖𓆑
« Ici, sans contredire aucune de ses paroles, de sorte qu’il continue »
Le Conte du Paysan éloquent, B1-110, textes hiéroglyphiques, translittération et traduction commentée, M. Patrice Le Guilloux, Cahier de l’Association d’Égyptologie Isis n° 2, pages 40-41, deuxième édition, Angers 2005.
𓏥 𓊪𓈖𓇋𓂋 𓋴𓆑𓈖𓂉𓀁 𓏥 𓐍𓂋𓎡𓋴𓆑𓈖𓂉𓎡𓅓
« …ces trois-là ; si les trois étaient corrompus auprès de toi, tu serais (également) corrompu ! (Alors) ne »
Le Conte du Paysan éloquent, B1-182, textes hiéroglyphiques, translittération et traduction commentée, M. Patrice Le Guilloux, Cahier de l’Association d’Égyptologie Isis n° 2, pages 52-53, deuxième édition, Angers 2005.
𓏲𓈙𓃀𓏴𓀁 𓄤𓆑𓂋𓅓𓃀𓇋𓈖𓏏𓅪𓅓𓂋𓂝𓎡𓏏𓅓 𓊨𓏏𓉐 𓎡𓏏
« …réponds pas à une bonne chose par une mauvaise, et ne mets pas l’une à la place de l’autre ! »
Le Conte du Paysan éloquent, B1-183, textes hiéroglyphiques, translittération et traduction commentée, M. Patrice Le Guilloux, Cahier de l’Association d’Égyptologie Isis n° 2, pages 52-53, deuxième édition, Angers 2005.
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XII. Attestations bibliques
12.1 Retourner, revenir
bə·zê·ʿaṯ ʾap·pe·ḵā ṯō·ḵal le·ḥem ʿaḏ šū·ḇə·ḵā ʾel-hā·ʾă·ḏā·māh kî-mim·men·nāh luq·qā·ḥə·tā kî-ʿā·p̄ār ʾat·tāh wə·ʾel-ʿā·p̄ār tā·šūḇ
« C’est à la sueur de ton visage que tu mangeras du pain, jusqu’à ce que tu retournes dans la terre, d’où tu as été pris ; car tu es poussière, et tu retourneras dans la poussière. »
Genèse 3 : 19, Bible (traduction Louis Segond).
way·šal·laḥ ʾêṯ hā·ʿō·rêḇ way·yê·ṣê yā·ṣō·w wā·šō·wḇ ʿaḏ yə·ḇō·šeṯ ham·mā·yim mê·ʿal hā·ʾā·reṣ
« Il lâcha le corbeau, qui sortit, partant et revenant, jusqu’à ce que les eaux eussent séché sur la terre. »
Genèse 8 : 7, Bible (traduction Louis Segond).
way·yî·yā·ḥel ʿō·wḏ šiḇ·ʿaṯ yā·mîm ʾă·ḥê·rîm way·šal·laḥ ʾêṯ hay·yō·w·nāh wə·lō yā·sə·p̄āh šūḇ ʾê·lāw ʿō·wḏ
« Il attendit encore sept autres jours ; et il lâcha la colombe. Mais elle ne revint plus à lui. »
Genèse 8 : 12, Bible (traduction Louis Segond).
way·yê·leḵ mō·šeh way·yā·šāḇ ʾel-ye·ṯer ḥō·ṯə·nōw way·yō·mer lōw ʾê·lə·ḵāh nā wə·ʾā·šū·ḇāh ʾel-ʾa·ḥay ʾă·šer bə·miṣ·rā·yim wə·ʾer·ʾeh ha·ʿō·w·ḏām ḥay·yîm way·yō·mer yiṯ·rōw lə·mō·šeh lêḵ lə·šā·lōm
« Moïse s’en alla ; et de retour auprès de Jéthro, son beau-père, il lui dit : Laisse-moi, je te prie, aller rejoindre mes frères qui sont en Égypte, afin que je voie s’ils sont encore vivants. Jéthro dit à Moïse : Va en paix. »
Exode 4 : 18, Bible (traduction Louis Segond).
12.2 Répondre, réponse, envoyer dire
ḥaḵ·mō·wṯ śā·rō·w·ṯe·hā ta·ʿă·nen·nāh ʾap̄ hî tā·šîḇ ʾă·mā·re·hā lāh
« Les plus sages d’entre ses femmes lui répondent, et elle se répond à elle-même. »
Juges 5 : 29, Bible (traduction Louis Segond).
wā·ʾā·šîḇ ʾō·w·ṯām dā·ḇār wā·ʾō·w·mar lā·hem ʾĕ·lō·hê haš·šā·ma·yim hū yaṣ·lî·aḥ lā·nū, wa·ʾă·naḥ·nū ʿă·ḇā·ḏāw nā·qūm ū·ḇā·nî·nū wə·lā·ḵem ʾên ḥê·leq ū·ṣə·ḏā·qāh wə·zik·kā·rō·wn bî·rū·šā·lim
« Et je leur fis cette réponse : Le Dieu des cieux nous donnera le succès. Nous, ses serviteurs, nous nous lèverons et nous bâtirons ; mais vous, vous n’avez ni part, ni droit, ni souvenir dans Jérusalem. »
Néhémie 2 : 20, Bible (traduction Louis Segond).
way·yō·mer mā·rə·do·ḵay lə·hā·šîḇ ʾel-ʾes·têr ʾal-tə·ḏam·mî ḇə·nap̄·šêḵ lə·him·mā·lêṭ bêṯ ham·me·leḵ mik·kāl hay·yə·hū·ḏîm
« Mardochée fit répondre à Esther : Ne t’imagine pas que tu échapperas seule d’entre tous les Juifs, parce que tu es dans la maison du roi. »
Esther 4 : 13, Bible (traduction Louis Segond).
wat·tō·mer ʾes·têr lə·hā·šîḇ ʾel-mā·rə·do·ḵāy
« Esther envoya dire à Mardochée : »
Esther 4 : 15, Bible (traduction Louis Segond).
wə·ʾêḵ tə·na·ḥă·mū·nî hā·ḇel ū·ṯə·šū·ḇō·ṯê·ḵem niš·ʾar-mā·ʿal
« Pourquoi donc m’offrir de vaines consolations ? Ce qui reste de vos réponses n’est que perfidie. »
Job 21 : 34, Bible (traduction Louis Segond).
ʾā·ḇî yib·bā·ḥên ʾî·yō·wḇ ʿaḏ-ne·ṣaḥ ʿal-tə·šu·ḇōṯ bə·ʾan·šê-ʾā·wen
« Ha ! mon père, que Job soit éprouvé jusqu’à ce qu’il soit vaincu, puisqu’il a répondu comme les impies. »
Job 34 : 36, Bible (traduction Martin).
ʿal-miš·mar·tî ʾe·ʿĕ·mō·ḏāh wə·ʾeṯ·yaṣ·ṣə·ḇāh ʿal-mā·ṣō·wr wa·ʾă·ṣap·peh lir·ʾō·wṯ mah-yə·ḏab·ber-bî ū·mah-ʾā·šîḇ ʿal-tō·w·ḵaḥ·tî
« J’étais à mon poste, et je me tenais sur la tour ; je veillais, pour voir ce que l’Éternel me dirait, et ce que je répliquerais après ma plainte. »
Habacuc 2 : 1, Bible (traduction Louis Segond).
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XIII. Attestations coraniques
La racine ت-و-ب compte quatre-vingt-sept occurrences dans le corpus coranique — l’une des plus abondantes. Nous en présentons cinq, dans la traduction de Maurice Gloton, qui rend systématiquement التَّوَّاب par « Celui qui fait toujours retour » — restituant ainsi au Nom divin son sens premier de retour.
Fa-talaqqā ʾādamu min rabbihi kalimātin fa-tāba ʿalayhi, ʾinnahu huwa t-Tawwābu r-Raḥīmu
« Alors, Adam se fit projeter des paroles de son Enseigneur qui ainsi revint à lui. Vraiment Lui, Celui qui fait toujours retour, le Très-Rayonnant d’Amour ! »
Sourate 2, البقرة / Al-Baqara / La Vache, verset 37, page 6, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, édition bilingue Arabe-Français, éditions Albouraq 2018.
Rabbanā wa-jʿalnā muslimayni laka wa min dhurriyyatinā ʾummatan muslimatan laka wa ʾarinā manāsikanā wa tub ʿalaynā, ʾinnaka ʾanta t-Tawwābu r-Raḥīmu
« Notre Enseigneur ! Fais que nous deux nous nous soumettions, et de même fais de notre descendance une Patrie qui se soumette à Toi. Montre-nous nos rites et reviens à nous. Vraiment, Toi, Tu es Celui qui fait toujours retour, le Très-Rayonnant d’Amour ! »
Sourate 2, البقرة / Al-Baqara / La Vache, verset 128, page 20, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, édition bilingue Arabe-Français, éditions Albouraq 2018.
ʾIllā lladhīna tābū wa ʾaṣlaḥū wa bayyanū fa-ʾulāʾika ʾatūbu ʿalayhim, wa ʾanā t-Tawwābu r-Raḥīmu
« …à l’exception de ceux qui ont fait retour, et se sont amendés, et ont reconnu (leur erreur). Alors, vers eux Je fais retour, et Moi, Je suis Celui qui fait toujours retour, le Très-Rayonnant d’Amour. »
Sourate 2, البقرة / Al-Baqara / La Vache, verset 160, page 24, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, édition bilingue Arabe-Français, éditions Albouraq 2018.
Wa lladhāni yaʾtiyānihā minkum fa-ʾādhūhumā, fa-ʾin tābā wa ʾaṣlaḥā fa-ʾaʿriḍū ʿanhumā, ʾinna llāha kāna tawwāban raḥīman
« Sévissez alors contre les deux d’entre vous qui l’ont commise. Si alors ils font retour tous deux et s’amendent, détournez-vous d’eux. Vraiment, Allâh Se révèle toujours à faire retour, Très-Rayonnant d’Amour ! »
Sourate 4, النساء / An-Nisāʾ / Les Femmes, verset 16, page 80, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, édition bilingue Arabe-Français, éditions Albouraq 2018.
ʾA-lam yaʿlamū ʾanna llāha huwa yaqbalu t-tawbata ʿan ʿibādihi wa yaʾkhudhu ṣ-ṣadaqāti wa ʾanna llāha huwa t-Tawwābu r-Raḥīmu
« Ne savent-ils pas que Lui, Allâh, accueille le retour de Ses adorateurs, et prend les offrandes spontanées, et que Lui, Allâh, fait toujours retour, le Très-Rayonnant d’Amour ? »
Sourate 9, التوبة / At-Tawba / Le Retour, verset 104, page 203, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, édition bilingue Arabe-Français, éditions Albouraq 2018.
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Conclusion
Nous étions partis d’un verbe simple. 𓅱𓈙𓃀𓏴𓀁 (wšb) dit, dans la langue des pharaons, l’acte de répondre — et le déterminatif de l’homme portant la main à la bouche 𓀁 l’inscrit dans le domaine de la parole. De là procèdent la réponse 𓏲𓈙𓃀𓏏𓏴𓀁, le répondant 𓅱𓈙𓃀𓅱𓏴𓀁 — qui est aussi le consolateur et le défenseur, ce que le grec appellera Παράκλητος —, et les figurines funéraires 𓆷𓄿𓃀𓏏𓏭𓀾 dont le nom même signifie « ceux qui répondent ».
Le passage au sémitique se fait par une métathèse des deux premières radicales : w-š-b devient š-w-b. Et l’hébreu שׁוּב (šūḇ) révèle alors ce que l’égyptien portait sans le dire : répondre, c’est faire retour. Une réponse est une parole rendue — d’où le double sens du nom תְּשׁוּבָה (təšūḇā), à la fois la réponse et le retour, et d’où la teshuva, ce repentir qui n’est pas châtiment mais retour.
La suite du trajet est documentée jusque dans son détail phonétique. L’araméen תּוּב (tūḇ) opère l’évolution régulière š → t ; puis l’arabe emprunte, avant l’islam et dans le milieu judaïque, la forme تَوْبَة (tawba) — l’emprunt se reconnaissant à son ت là où un héritage direct aurait donné ث. L’ordre de la transmission — Égypte, hébreu, araméen, arabe — n’est donc pas une conjecture : il se lit dans les consonnes.
Reste ce qui fait la beauté de ce dossier. La lexicographie arabe classique conserve, parmi les connotations de la racine ت-و-ب, celle d’être appelé de manière répétée. Du serviteur funéraire qui dit « me voici » à l’appel de son maître, jusqu’au Dieu qui « fait toujours retour » vers celui qui revient à Lui, une seule et même structure demeure : un appel, et quelqu’un qui répond. C’est cette structure que les scribes de l’Égypte pharaonique avaient nommée, il y a quatre mille ans, 𓅱𓈙𓃀𓏴𓀁.
𓅝𓏏𓏭𓅆𓇋𓈎𓂋𓏝 Ḏḥwty íḳr — Djehouty L’Excellent