đžđđ áșnm.t / khĂ©nĂšmet
La mĂšre nourriciĂšre
Joindre, unir, nourrir â de la racine áș-n-m Ă áž„-l-m
Ăgyptien pharaonique · Copte · HĂ©breu · Arabe · Langues MandĂ©
Sous les auspices de đ đđđ đđđđ (ážáž„wty Ăážłr | Djehouty L’Excellent) ! Ù Ű± ŰĄ
W pj wnnt rd(w )=f t n nty.w · áž«nmt.t=f pj JÈ.t
« C’est ledit Ounas vraiment qui donnera du pain Ă ceux qui existent, (car) c’est sa nourrice que Iat »
Textes des Pyramides d’Ounas, chambre funĂ©raire, W/F/E sup., col. 31-32, Spruch {211}, §131 c-e. Trad. M. Claude Carrier, Ă©dit. CYBELE 2009.
ۧÙŰÙÙÙÙÙ
Al-កalīm
« Le Longanime, le plus ClĂ©ment, le plus Indulgent, Celui qui est d’une patience tolĂ©rante. »
Attribut divin, l’un des quatre-vingt-dix-neuf Noms.
âž»
Introduction â celle qui joint contre soi
Le vocable đžđđ (lire áșnm.t / áșĂ©nĂšmet / khĂ©lĂšmet) dĂ©signe en Ă©gyptien pharaonique la mĂšre nourriciĂšre, la nourrice sĂšche, la gardienne d’enfants. Sa graphie est dĂ©jĂ tout un programme : le signe đž â une jarre en pierre Ă anse, rĂ©cipient oĂč l’on conserve l’eau et l’huile â, la marque du fĂ©minin đ, et le dĂ©terminatif de la femme assise đ. Le contenant, le fĂ©minin, la femme : la nourrice y est d’abord ce qui contient et donne.
Mais ce n’est pas le sens premier de la racine. Le verbe đžđ đ (áșnm) signifie rejoindre, s’unir Ă , ĂȘtre rĂ©uni, se mĂȘler, garder, protĂ©ger, prĂ©server, mettre Ă l’abri, ĂȘtre prĂšs de, se serrer, se blottir â et prĂ©cisĂ©ment, pour un enfant, se blottir contre le sein de sa mĂšre â, Ă©treindre, fusionner. Le noyau est donc celui de la jonction : ce qui vient contre, ce qui tient ensemble.
De ce noyau procĂšde tout le reste. La nourrice, qui serre l’enfant contre elle. Le nourrisson đžđžđđ đ, celui qui s’y blottit. Le puits đžđ đđ, qui rassemble l’eau. Le troupeau đžđ đđ„, qui rassemble les bĂȘtes. Et jusqu’au nom du dieu đžđ đąđ (H̱nmw, Khnoum), le potier d’Esna qui façonne l’ĂȘtre humain sur son tour â car modeler, c’est joindre la matiĂšre Ă elle-mĂȘme.
Nous soutiendrons que cette racine est Ă l’origine de l’arabe Ű-Ù-Ù (áž„-l-m) et de l’hĂ©breu Ś-Ś-Ś, et que la dĂ©monstration en est fournie par le copte lui-mĂȘme, dernier Ă©tat de la langue Ă©gyptienne, qui Ă©crit un L lĂ oĂč le hiĂ©roglyphe Ă©crivait un N. De cette racine viennent le mamelon arabe, la longanimitĂ© divine d’Al-កalÄ«m, et jusqu’au prĂ©nom de la nourrice du ProphĂšte.
âž»
I. Correspondances phonétiques inter-langues
| Ăgyptien | Arabe | HĂ©breu |
|---|---|---|
| đž áșnm (trilitĂšre) | Ű (áž„ÄÊŸ) â Űź (áž«ÄÊŸ) | Ś (áž„et) |
| đ n â l | Ù (lÄm) | Ś (lamed) |
| đ m | Ù (mÄ«m) | Ś (mem) |
âž»
II. PhonĂšmes de l’Ă©gyptien pharaonique
2.1 đž â La jarre en pierre Ă anse (áșnm)
Phonogramme trilitĂšre valant áșnm : Ă lui seul, il porte les trois consonnes de la racine. Le signe figure une jarre de pierre munie d’une anse â un contenant, destinĂ© Ă conserver les liquides, eau ou huile. Il sert aussi de dĂ©terminatif Ă l’huile d’onction et au rĂ©cipient qui la contient, Ă l’idĂ©e de joindre, et au nom du dieu Khnoum.
2.2 đ â Le corps de chĂšvre sans tĂȘte (áșn)
DĂ©terminatif de la peau ; phonogramme bilitĂšre valant áșn. Il sert Ă Ă©crire đđđđ (áșn.t) : dĂ©pouille d’animal, outre, nĂ©bride. On retiendra ce mot : l’outre est, elle aussi, un contenant.
2.3 đ° â Le couteau de boucher (nm)
IdĂ©ogramme du couteau de boucher ; phonogramme bilitĂšre valant nm. C’est par ce signe, joint au crible đ, que l’Ancien Empire Ă©crivait la racine avant l’adoption du trilitĂšre.
2.4 đ et đĄ â les deux fricatives
đ (áž«) â fricative post-vĂ©laire sourde. HĂ©breu : Ś (/h/) ou Ś (kaf, /x/) â Arabe : Űź (áž«ÄÊŸ). SĂ©mitiques : áș, ĆĄ, Êż, h, áž„ (rare).
đĄ (áș) â fricative palatale sourde ; le signe figure le ventre et la queue d’une vache. Arabe : Űź (áž«ÄÊŸ), Űș (ÄĄayn). SĂ©mitiques : áș, áž„, ÄĄ.
Copte : âł / âł (khori) [áž«] en akhmĂźmique · ÏŠ / ϧ (áž«ai) [x] en bohaĂŻrique · Ïš / Ï© (hĆri) [h] en sahidique, fayoumique et akhmĂźmique 2 · Ïą / ÏŁ (ĆĄai) [Ê] comme Ă©quivalent dans plusieurs dialectes.
Le Ïš (hĆri) dĂ©rive du áș et du áž„ pharaoniques ; ce phonĂšme se comporte comme une spirante glottale.
2.5 đ â Le filet d’eau (n â l)
Occlusive apico-dentale. C’est ici que se joue l’essentiel : ce phonĂšme correspond en copte non seulement Ă âČ / âČ [n], mais aussi Ă âČ / âČ [m], âČą / âČŁ [r] et â dĂ©cisivement â Ă âČ / âČ (laula) [l].
Arabe : Ù (lÄm), 23e lettre de l’alphabet.
2.6 đ â La chouette (m)
Occlusive bilabiale nasale. Devient en copte Ă la fois âČ / âČ [m], âČ / âČ [b, v, w] et âČš / âČ© [u, w, i, v].
Arabe : Ù (mÄ«m), 24e lettre de l’alphabet.
âž»
III. Déterminatifs hiéroglyphiques
đ La femme assise â idĂ©ogramme de la femme ; dĂ©terminatif de toute activitĂ© fĂ©minine et des noms de femme.
đ La femme accroupie donnant le sein Ă un enfant â idĂ©ogramme de la nourrice ; dĂ©terminatif d’allaiter, d’Ă©lever un enfant.
đ Le faucon sur le pavois đŸ â idĂ©ogramme d’Horus ; dĂ©terminatif de divinitĂ©, de roi. Sa prĂ©sence signale que la nourrice dont il s’agit est divine.
đ L’enfant assis, un doigt dans la bouche â idĂ©ogramme de l’enfant ; dĂ©terminatif de l’enfance, de la jeunesse, de la juvĂ©nilitĂ©.
đ Le creuset plein d’eau (ou sexe fĂ©minin) â dĂ©terminatif du puits, de la source, du bassin d’eau, de la femme, de la vulve, du creuset.
đ Le corps de chĂšvre sans tĂȘte â dĂ©terminatif de la peau. đ La peau de vache â idĂ©ogramme et dĂ©terminatif de la peau d’animal, du cuir, de la couverture, du sac de peau.
đ Les trois filets d’eau â idĂ©ogramme de l’eau ; dĂ©terminatif du liquide, de boire, de laver. đ Le bassin â idĂ©ogramme de l’Ă©tang, du point d’eau.
đ Le rouleau de papyrus scellĂ© â dĂ©terminatif de l’Ă©criture et des notions abstraites.
Une remarque annexe mĂ©rite d’ĂȘtre faite sur đ, le creuset plein d’eau, qui sert aussi Ă Ă©crire le nom de la femme đđđ (áž„m.t) et celui de l’utĂ©rus đđ°đč (áž„m.t / hĂ©mĂš.t). Ce dernier mot est Ă comparer avec le nom de l’outre en peau en hĂ©breu, ŚÖ”ŚÖ¶ŚȘ (áž„ÄmeáčŻ), dont on ne compte que quatre occurrences dans la Bible â et que l’on rattache d’ordinaire au nom du mur ŚŚÖčŚÖžŚ (áž„ĆmÄh), lui-mĂȘme issu, dit-on, d’une racine signifiant « joindre ». Le contenant, l’utĂ©rus, l’outre et le mur relĂšvent tous du mĂȘme geste : enclore en joignant.
âž»
IV. Vocables de l’Ă©gyptien pharaonique
đžđđ (lire áșnm.t) â nom : mĂšre nourriciĂšre, nourrice sĂšche, gardienne d’enfants.
đžđ đ (lire áșnm) â verbe : rejoindre, s’unir Ă , ĂȘtre rĂ©uni, s’incruster, se mĂȘler, garder, protĂ©ger, prĂ©server, mettre Ă l’abri, ĂȘtre prĂšs de, se serrer, se blottir contre une poitrine â pour un enfant, contre le sein de sa mĂšre â, Ă©treindre, fusionner. Ăgalement đžđ (áșnm), verbe transitif : endurcir, endurer, solidifier.
đžđžđđ đ (lire áșnm) â nom : nourrisson, rejeton, jeune enfant.
đžđ đđ (lire áșnm.t) â nom : puits, citerne, bassin, fontaine, point d’eau. Variantes : đžđđ et đžđđđ.
đžđ đđ (lire áșnm.t) â Ă©pithĂšte de dĂ©esse, comme Hathor ou Isis, allaitant un enfant.
đđđ°đ đđđđđ (lire áž«nm-ty) â les deux dĂ©esses-nourrices, Isis et Nephthys. Variante : đđđ°đđđ.
đžđ đđ„ (lire áșnm) â nom : troupeau (d’animaux).
đžđ đąđ (lire H̱nmw) â Khnoum, le dieu-potier d’Esna, qui modelait et façonnait sur son tour le đđ đż (rmáčŻ, l’ĂȘtre humain), secondĂ© par sa parĂšdre Heqet, la dĂ©esse-grenouille protectrice de la parturiente, qui prĂ©sentait l’Ăąnkh aux narines de l’ĂȘtre ainsi formĂ© pour lui donner la vie.
âž»
V. Le copte â la preuve interne du L
Voici le point sur lequel repose toute la dĂ©monstration comparative. Le copte, dernier Ă©tat vivant de la langue Ă©gyptienne, a conservĂ© deux mots de cette racine â et il les Ă©crit avec un lambda :
âČâČâČâČâČ (dialecte bohaĂŻrique), nom fĂ©minin â tĂ©tin du pis, de la poitrine. Le vocable vient directement de l’Ă©gyptien đžđđ (áșnm.t), la mĂšre nourriciĂšre.
âłâČâČâČâČ (copte lycopolitain), nom â source, point d’eau. Il continue l’Ă©gyptien đžđ đđ (áșnm.t), le puits.
Et le rĂ©sultat est frappant : le copte âČâČâČâČâČ Â« tĂ©tin » et l’arabe ŰÙÙÙÙ ÙŰ© (áž„alama.t) « mamelon, tĂ©tin » sont, Ă la vocalisation prĂšs, le mĂȘme mot.
Valeurs phonĂ©tiques coptes mobilisĂ©es : âČŹ / âČ (kʰi) [kʰ, Ï, Ê] · âł / âł (khori) [áž«] · âČ / âČ [a, Ê, Ê] · âČ / âČ (laula) [l] · âČ / âČ [m] · âČ / âČ [o] · âČ / âČ [e] · âČ / âČ [i, j].
âž»
VI. La descendance hĂ©braĂŻque â Ś-Ś-Ś
ŚÖžŚÖ·Ś (áž„Älam) â verbe : ĂȘtre sain, fortifiĂ©, gras â comme un enfant bien nourri â, robuste ; restaurer, recouvrer la santĂ©, se porter mieux, devenir sain. Au sens figurĂ© : rĂȘver, songer, dans l’acception ordinaire, profane ou prophĂ©tique.
ŚÖČŚŚÖčŚ (áž„ÄlĆwm) â nom masculin : rĂȘve, songe, dans l’acception ordinaire, profane ou prophĂ©tique.
On notera la cohĂ©rence du premier sens avec le champ Ă©gyptien : ĂȘtre gras, bien nourri, robuste est exactement l’Ă©tat de l’enfant qu’une nourrice a bien rempli son office de nourrir.
âž»
VII. La descendance arabe â Ű-Ù-Ù
7.1 Les vocables verbaux
ŰÙÙÙÙ Ù / ÙÙŰÙÙÙÙ Ù (áž„aluma / yaáž„lumu) : ĂȘtre doux, clĂ©ment, misĂ©ricordieux, avoir des maniĂšres douces et tendres, ĂȘtre patient, adoucir ; atteindre la pubertĂ©, penser comme un adulte, mĂ»rir mentalement.
ŰÙÙÙÙ Ù / ÙÙŰÙÙÙÙ Ù (áž„alama / yaáž„lumu) : rĂȘver quelque chose, voir en songe ; devenir pubĂšre, mĂ»rir sexuellement ; ĂȘtre doux, indulgent, longanime, plein de mansuĂ©tude.
ŰÙÙÙÙÙ Ù (áž„allama) : rendre indulgent, doux, patient, clĂ©ment ; engraisser ; remplir un rĂ©cipient d’eau.
ŰȘÙŰÙÙÙÙÙ Ù (taáž„allama) : se montrer doux, patient, indulgent ; raconter des rĂȘves qu’on n’a pas eus ; ĂȘtre gras (des animaux).
ۧÙŰÙŰȘÙÙÙÙ Ù (iáž„talama) : rĂȘver ; atteindre la pubertĂ© (premiĂšre Ă©jaculation sĂ©minale chez le jeune pubĂšre).
7.2 Les vocables nominaux et adjectivaux
ŰÙÙÙÙ (áž„ilm) : indulgence, tolĂ©rance, longanimitĂ©, patience, mansuĂ©tude, raison, sagesse.
ŰÙÙÙÙ (áž„ulum) : songe, rĂȘve, vision ; pubertĂ© ; pollution nocturne.
ŰÙÙÙÙ ÙŰ© (áž„alama.t) : mamelon, tĂ©tin du pis, lobe de l’oreille, ce qui est mou et sans os ; teigne engendrĂ©e dans la peau de la bĂȘte.
ŰÙۧÙÙÙ (áž„Älim) : rĂȘveur, pubĂšre. â ŰÙÙÙÙÙ (áž„alÄ«m) : doux, tolĂ©rant, indulgent, patient. â Ù ÙŰÙŰȘÙÙÙÙ (muáž„talim) : nubile, pubĂšre, en Ăąge de procrĂ©er.
âž»
VIII. Al-កalÄ«m et Ar-Raáž„mÄn â la maternitĂ© comme attribut divin
ۧÙŰÙÙÙÙÙ (Al-កalÄ«m) est l’un des quatre-vingt-dix-neuf Noms divins : Le Longanime, le plus ClĂ©ment, le plus Indulgent, Celui qui est d’une patience tolĂ©rante. Or ces qualitĂ©s sont exactement celles d’une nourrice affectueuse â patiente, douce, protectrice envers l’enfant dont elle a la charge.
Le rapprochement s’impose avec un autre Nom, ۧÙ۱ŰÙ Ù (Ar-Raáž„mÄn), Le Tout-MisĂ©ricordieux, que l’on pourrait rendre par « Le Matriciant ». Car ce nom procĂšde de la racine ۱-Ű-Ù (r-áž„-m), qui dĂ©signe la matrice, l’utĂ©rus de la femme (۱ÙŰÙÙ , riáž„m), le ventre maternel. Son Ă©quivalent hĂ©breu ŚšÖ·ŚÖ·Ś (raáž„am) vient de ŚšÖ¶ŚÖ¶Ś (reáž„em), qui signifie proprement l’utĂ©rus.
Ce terme hĂ©breu Ă©voque Ă son tour l’Ă©gyptien đđ°đč (áž„m.t / hĂ©mĂš.t), oĂč le signe đč â un morceau de chair â sert de dĂ©terminatif pour nommer la chair, les membres, les parties du corps, le vagin.
Et du cĂŽtĂ© Ă©gyptien, la racine đžđ (áșnm) flanquĂ©e du dĂ©terminatif de la femme assise đ ou de la nourrice allaitante đ appartient au mĂȘme ordre de reprĂ©sentations. C’est la dimension maternelle â l’attachement, le soin, la protection chaleureuse â qui fonde le vocabulaire de la clĂ©mence divine.
âž»
IX. កalīma, la nourrice du ProphÚte
Un fait, largement ignorĂ©, achĂšve de nouer le dossier. La nourrice du prophĂšte Muhammad se nommait ŰÙÙÙ Ű© â កalÄ«ma, plus prĂ©cisĂ©ment ŰÙÙÙ Ű© ۧÙŰłŰčŰŻÙŰ© (កalÄ«ma as-SaÊżdiyya). Son nom porte Ă©tymologiquement la signification mĂȘme de « nourrice » que les anciens Ăgyptiens exprimaient par đžđđ (áșnm.t) : mĂšre nourriciĂšre, nourrice sĂšche, gardienne d’enfants.
Elle Ă©tait issue d’une tribu du nord de l’Arabie, les BanĆ« SaÊżd, dont les femmes Ă©taient prĂ©cisĂ©ment connues pour exercer la fonction de nourrice et de gardienne d’enfants. Les qualitĂ©s attachĂ©es Ă ce prĂ©nom â la sustentatrice, celle qui donne le sein, la mĂšre nourriciĂšre douce, prĂ©venante, tendre, indulgente, patiente et protectrice â sont mot pour mot celles que la racine Ă©gyptienne portait dĂ©jĂ .
âž»
X. La mĂ©tathĂšse Ù-Ű-Ù â le pain, la chair, le lien
La racine Ű-Ù-Ù (áž„-l-m) possĂšde une mĂ©tathĂšse : Ù-Ű-Ù (l-áž„-m), qui recouvre la nourriture, la collation, les comestibles, la viande, le pain â mais aussi joindre, unir, souder, attacher solidement. Le second champ est celui-lĂ mĂȘme de l’Ă©gyptien đžđ đ (áșnm).
10.1 En hébreu et en arabe
ŚÖ¶ŚÖ¶Ś (leáž„em) â nom : aliment, nourriture, vivres, repas, pain.
ÙÙŰÙÙ Ù / ÙÙÙÙŰÙÙ Ù (laáž„ama / yaláž„umu) â verbe, forme I : tricoter ensemble, souder, joindre solidement, s’unir Ă une famille par le mariage (mulÄáž„ama-t).
ÙÙŰÙÙ Ù / ÙÙÙÙŰÙÙ Ù (laáž„ima / yaláž„amu) â verbe : adhĂ©rer, ĂȘtre charnu, gras ; joindre, unir (iltiáž„Äm).
ÙÙŰÙÙ (laáž„m) : chair, viande, pulpe. â ÙÙŰÙÙ ÙŰ© (laáž„ma) : un morceau de chair. â ÙÙŰÙÙ (laáž„im) : charnu, replet, grassouillet, potelĂ© â comme un enfant bien nourri. â ÙÙŰÙÙ ÙŰ© (luáž„ma) : lien, attache, liaison, affinitĂ©.
10.2 La contrepartie égyptienne
L’Ă©gyptien connaĂźt lui aussi cette mĂ©tathĂšse. Le nom d’une sorte de pain s’y Ă©crit đđđ°đ đđ (áž«nm.t / khĂ©nĂšmet), attestĂ© au Papyrus Ebers 97, 11 â et sa racine, prise en mĂ©tathĂšse, donne đ (n â l) · đ (áž« â áž„) · đ (m), soit l-áž„-m.
Le copte confirme : âČâČâČâČ, âČâČâČâČâČ et âČâČâČâČâČ (sahidique), âČâČâČâČâČ (fayoumique) signifient portion, partie, morceau, fragment. Ă comparer avec l’arabe ÙÙÙÙÙ ÙŰ© (luqma), de la racine Ù-Ù-Ù â porter Ă la bouche, nourrir â, qui dĂ©signe le morceau, la bouchĂ©e, la portion de nourriture qu’on porte Ă la bouche.
âž»
XI. Attestations pharaoniques
La racine est attestĂ©e dĂšs les Textes des Pyramides d’Ounas đčđđđŽ et de TĂ©ti đđđ, et abondamment dans les Textes des Sarcophages du Moyen Empire. Nous les prĂ©sentons par acception.
11.1 La nourrice
Dans les textes de l’Ancien Empire, la racine s’Ă©crit avec le crible đ et le couteau đ° â đđđ°đ đđ (áž«nm.t) â avant que le Moyen Empire n’adopte le trilitĂšre đž :
« Les deux nourrices, sont les deux qui ont pleuré Osiris »
Textes des Pyramides de Téti, antichambre, T/A/W, colonne 25, Spruch {259}, §313 b. Translittération et traduction de M. Claude Carrier, édit. CYBELE 2009. Pages 304-305.
áž«nmt.t=f pj JÈ.t
stt jr(w )=s Êżnáž«=f stt wnnt ms.t
« Câest ledit Ounas vraiment qui donnera du pain Ă ceux qui existent (car) câest sa nourrice que Iat : câest elle qui le fera vivre (car) câest elle vraiment qui a mis au monde Ounas ! »
Textes des Pyramides dâOunas, chambre funĂ©raire, W/F/E sup., colonnes 31-32, Spruch {211}, §131 c Ă 131 e. TranslittĂ©ration et traduction de M. Claude Carrier, Ă©dit. CYBELE 2009.
yrw=j n 2 áž«nmt.t náčŻr
áž«nt(y ).t áž„w.t-náčŻr
« Le bol que jâai prĂ©parĂ© est pour les deux nourrices du dieu qui prĂ©sident au temple. »
Textes des Sarcophages du Moyen Empire Ă©gyptien, volume 3, CT VII, Spell [1009] (papyrus P. Gard. II), page 224, sections e, f, g. TranslittĂ©ration et traduction de M. Claude Carrier, Ăditions du Rocher, 2004. Pages 2140-2141.
« Câest la nourrice des Bas dâHĂ©liopolis qui est venue, portant des provisions pour le MaĂźtre de Tout ! »
Textes des Sarcophages, volume 1, CT VII, Spell [60] (sarcophage B10CÂȘ), page 253, section b. TranslittĂ©ration et traduction de M. Claude Carrier, Ăditions du Rocher, 2004. Pages 138-139.
« (car) mâappartiennent la nourrice (et) le pain-khĂ©nĂ©met dâOsiris ! »
Textes des Sarcophages, volume 1, CT IV, Spell [329] (sarcophage S1C), page 165, section c. TranslittĂ©ration et traduction de M. Claude Carrier, Ăditions du Rocher, 2004. Pages 784-785.
11.2 Ătreindre, enserrer, protĂ©ger, rejoindre
đđČđđ€đđđ ąđ đŽđ đŽđđČđđ đđđđđđđđđđđ đđđđžđ đ đŽ
« …de Soped, de NĂ©ferbaou, de SĂ©msĂ©ou, dâHorus-lâOriental, de la MaĂźtresse dâImehet â quâelle enserre »
Les Aventures de SinouhĂ©, B208, pages 60-61, Cahier de lâAssociation dâĂgyptologie Isis n° 4, texte hiĂ©roglyphique, translittĂ©ration et traduction commentĂ©e par Patrice Le Guilloux, seconde Ă©dition, Angers 2005.
Wsjr N jmÈáž« [n(y)-sw.t] [âŠ]
áșnm Wsjr N m Êżnáž«(=w )
[m rn]=áčŻ n(y) H̱nm(w ).t Wr[.t]
« Formule Ă rĂ©citer par Nout qui Ă©treint (et) met le bras autour de lâOsiris N, pensionnĂ© du [roi] [âŠ] Ătreins lâOsiris N en tant que vivant [en] ton [nom] de « Grande Ătreigneuse » ! »
Textes des Sarcophages, volume 1, CT VII, Spell [803] (sarcophage L2Li), page 9, sections o, p, t, u. TranslittĂ©ration et traduction de M. Claude Carrier, Ăditions du Rocher, 2004. Pages 1768-1769.
áșnm(w ).t náčŻr.w m ĆĄw(y ).t=sn
« …en tant que protecteur des dieux, qui protĂšge les dieux au moyen de leur ombre ! »
Textes des Pyramides dâOunas, antichambre, W/A/E inf., colonne 27, Spruch {301}, §446 b. TranslittĂ©ration et traduction de M. Claude Carrier, Ă©dit. CYBELE 2009. Page 160.
jnk mw.t=k jnk Nw.t
j~n(=j) áșnm(w )(=j) tw áž«w(w )(=j) tw m áž«.t nb(.t) ážw.t
« Osiris N, je suis ta mĂšre, je suis Nout ! Câest (afin) que je puisse te rejoindre (et) te protĂ©ger de toute mauvaise chose que je suis venue ! »
Textes des Sarcophages, volume 1, CT VII, Spell [792] (sarcophage L1Li), page 3, sections h, i, j. TranslittĂ©ration et traduction de M. Claude Carrier, Ăditions du Rocher, 2004. Pages 1756-1757.
sÈ=k js pw
ms(w )~n MÈÊż.t
áșnm(w )=s sw mr(w )=s sw
sÈ=k js <pw> sážt(y )=k js <pw> n gs=k jr(w )~n=k ážs=k
« Puisses-tu faire que le Bel Occident sache que câest ton fils quâa mis au monde MaĂąt, afin quâelle le protĂšge (et) quâelle lâaime, que <câest> ton fils, que <câest> ton enfant de ton flanc que tu as créé toi-mĂȘme ! »
Textes des Sarcophages, volume 1, CT VII, Spell [32] (sarcophage B1P), pages 104-106, sections d, e, a, b, c. TranslittĂ©ration et traduction de M. Claude Carrier, Ăditions du Rocher, 2004. Pages 52-53.
ឫnm(w )=j Wsjr
« Les deux terrains sont dans le Champ de Hotep parmi les Sages (afin que) je prenne soin dâOsiris. »
Textes des Sarcophages, volume 1, CT VII, Spell [1159] (sarcophage B1Be), page 505, sections a, b. TranslittĂ©ration et traduction de M. Claude Carrier, Ăditions du Rocher, 2004. Pages 2364-2365.
Ces passages dĂ©ploient toute l’amplitude du verbe : enserrer, Ă©treindre, protĂ©ger, rejoindre, prendre soin. Et l’on notera que Nout y reçoit l’Ă©pithĂšte de Grande Ătreigneuse â H̱nm(w ).t Wr.t â, la dĂ©esse du ciel Ă©tant celle qui entoure et enveloppe le mort comme une mĂšre.
âž»
XII. L’Ă©chanson â le jeune qui verse
Le vocable áșnm servait aussi Ă dĂ©signer l’Ă©chanson â un jeune garçon ou adolescent, impubĂšre ou pubĂšre. La logique est celle du contenant : l’Ă©chanson est celui qui tient la jarre đž et verse Ă boire. Voici trois attestations, oĂč il s’agit de l’Ă©chanson divin :
áșnm n(y ) កr sáž«m sáž„ n(y ) RÊż smsw js.t n(y ).t Ptáž„
d n T wr wnm(w ) T jr dd(w )=k
« [Formule Ă rĂ©citer] Ă Ourkaf, Ă©chanson de Horus, puissant du pavillon de RĂȘ, ancien du palais de Ptah, donne la suffisance Ă TĂ©ti (afin) que TĂ©ti puisse manger en fonction de ce que tu lui donnes ! »
Textes des Pyramides de Téti, chambre funéraire, T/F/E sup., colonne 34, Spruch {345}, §560 a à 560 c. Translittération et traduction de M. Claude Carrier, édit. CYBELE 2009.
[áșnmw] náčŻr.w sĆĄmw n(y ) áž„nmm.t
« [Salut à toi, Grand Flot,] [échanson] des dieux, guide du peuple du soleil ! »
Textes des Pyramides de Téti, chambre funéraire, T/F/E sup., colonne 42, Spruch {348}, §565 a à 565 b. Translittération et traduction de M. Claude Carrier, édit. CYBELE 2009.
j~n=j áž«r=k áșnm n(y ) RÊż j~n=j áž«r=k
áž„t(w ) n=k áž„r n(y ) RÊż · áž„áž(w ) n=k áž„r n(y ) Psáž.ty
rd~n=k n=j t ងnq.t · jw=j ងqr=k(w ) · jw=j jb=k(w )
« QuâAgeb se tienne donc debout sur les autels dĂ©bordant (de nourriture) ! Si je suis venu prĂšs de toi, Ă©chanson de RĂȘ, si je suis venu prĂšs de toi pour qui le visage de RĂȘ est bienveillant (et) pour qui le visage des (deux) EnnĂ©ades est brillant, câest (parce que) tu mâas donnĂ© du pain (et) de la biĂšre (lorsque) jâĂ©tais affamĂ© (et) assoiffĂ© ! »
Textes des Sarcophages, volume 1, CT III, Spell [167] (sarcophage S2C), pages 17-19, sections c, a, b, c, a, b, d. TranslittĂ©ration et traduction de M. Claude Carrier, Ăditions du Rocher, 2004. Pages 416-417.
12.1 Un rapprochement Ă examiner â Űș-Ù-Ù
L’Ă©gyptien áșnm, qui dĂ©signe Ă la fois le jeune enfant et l’Ă©chanson, invite Ă considĂ©rer d’autres vocables : l’hĂ©breu ŚąÖČŚŚÖŒŚÖŽŚŚ (ÊżÄlĆ«mÄ«m, jeunesse, force, vigueur) et ŚąÖ¶ŚÖ¶Ś (Êżelem, un garçon, un jeune homme cĂ©libataire) ; l’arabe ŰșÙÙÙŰ§Ù (ÄĄulÄm) et ŰșÙÙÙÙ ÙŰ© (ÄĄilma) : jeune enfant, adolescent, jouvenceau, serviteur, page, valet, domestique.
La correspondance phonĂ©tique demanderait que la fricative palatale sourde áș de l’Ă©gyptien rĂ©ponde Ă la fricative pharyngale voisĂ©e Śą (Êżayin) de l’hĂ©breu et Ă la fricative vĂ©laire voisĂ©e Űș (ÄĄayn) de l’arabe â correspondance rare, mais non impossible â, tandis que la nasale n rĂ©pondrait Ă la liquide l, comme nous l’avons Ă©tabli. La racine arabe serait alors Űș-Ù-Ù (ÄĄ-l-m), face Ă l’Ă©gyptien áș-n-m.
Wa yaáčĆ«fu Êżalayhim ghilmÄnun lahum kaÊŸannahum luÊŸluÊŸun maknĆ«nun
« Et autour dâeux circuleront des Ă©chansons pareils Ă des perles cachĂ©es. »
Sourate 52, ۧÙŰ·Ù۱ / Aáč-áčŹĆ«r / Le Mont, verset 24, page 524, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©ditions Albouraq 2018.
Wa jÄÊŸat sayyÄratun fa-ÊŸarsalĆ« wÄridahum fa-ÊŸadlÄ dalwahu, qÄla yÄ bushrÄ hÄdhÄ ghulÄmun, wa ÊŸasarrĆ«hu biážÄÊżatan, wa llÄhu ÊżalÄ«mun bimÄ yaÊżmalĆ«na
« Or, des voyageurs vinrent, qui dĂ©pĂȘchĂšrent un des leurs qui fit descendre son outre pour puiser de lâeau. Il dit : « Bonne nouvelle ! Voici un garçon ! » Et ils le cachĂšrent comme une marchandise. AllĂąh savait fort bien ce quâils faisaient. »
Sourate 12, ÙÙŰłÙ / YĆ«suf, verset 19, page 237, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©ditions Albouraq 2018.
ru·áčÄ·pÌaĆĄ bÉ·ĆÄ·rĆw min·nĆÂ·Êżar yÄ·ƥƫហlß·mĂȘ ÊżÄ·lƫ·mÄw
« Et sa chair a plus de fraĂźcheur quâau premier Ăąge, il revient aux jours de sa jeunesse. »
Job 33 : 25, Bible (traduction Louis Segond).
âž»
XIII. Le songe et la pubertĂ© â le dossier de Joseph
La figure de l’Ă©chanson Ă©tant juvĂ©nile, il n’est peut-ĂȘtre pas indiffĂ©rent que la racine arabe Ű-Ù-Ù porte Ă la fois les sens de devenir pubĂšre et de rĂȘver. Le verbe ŰÙÙÙÙ Ù (áž„alama) recouvre l’un et l’autre : la maturation sexuelle du jeune garçon, et les premiers songes nocturnes qu’on lui attribue.
L’acception de rĂȘver pourrait tenir Ă l’omniprĂ©sence des songes dans l’enfance et Ă la tendance aux rĂȘves nocturnes chez le jeune pubĂšre â le monde de l’enfance Ă©tant celui du rĂȘve et du merveilleux. Et l’on remarquera que l’Ă©gyptien nommait prĂ©cisĂ©ment le jeune enfant đžđžđđ đ (áșnm).
Ces acceptions font songer aux passages bibliques et coraniques consacrĂ©s Ă une mĂȘme figure prophĂ©tique juvĂ©nile : Joseph, enclin lui-mĂȘme aux songes et interprĂšte de ceux des autres â notamment, dans la Bible, ceux du chef des Ă©chansons de Pharaon et de Pharaon lui-mĂȘme. Dans ces passages, le terme du rĂȘve issu de la racine hĂ©braĂŻque Ś-Ś-Ś abonde :
way·ya·ងÄ·lĆm yĆ·w·sĂȘpÌ áž„Ä·lĆ·wm way·yag·gĂȘáž lÉ·ʟe·ងÄw way·yĆ·w·si·pÌĆ« ÊżĆ·wáž ĆÉ·nĆ ÊŸĆ·áčŻĆw
« Joseph eut un songe, et il le raconta à ses frÚres, qui le haïrent encore davantage. »
GenĂšse 37 : 5, Bible (traduction Louis Segond).
way·yĆ·mer ÊŸÄ·lĂȘ·hem ĆĄimÂ·ÊżĆ«-nÄ ha·ងÄ·lĆ·wm haz·zeh ÊŸÄ·ƥer ងķlÄ·mÉ·tĂź
« Il leur dit : Ăcoutez donc ce songe que jâai eu ! »
GenĂšse 37 : 6, Bible (traduction Louis Segond).
way·ya·ងÄ·lĆm ÊżĆ·wហងķlĆ·wm ÊŸa·ងĂȘr way·sap·pĂȘr ÊŸĆ·áčŻĆw lÉ·ʟe·ងÄw way·yĆ·mer hin·nĂȘh ងķlam·tĂź ងķlĆ·wm ÊżĆ·wáž wÉ·hin·nĂȘh haƥ·ƥe·meĆĄ wÉ·hay·yÄ·rĂȘ·aáž„ wÉ·ʟa·ងaáž ÊżÄ·ĆÄr kĆ·w·បÄ·ážĂźm miƥ·ta·ងÄ·wĂźm lĂź
« Il eut encore un autre songe, et il le raconta Ă ses frĂšres. Il dit : Jâai eu encore un songe ! Et voici, le soleil, la lune et onze Ă©toiles se prosternaient devant moi. »
GenĂšse 37 : 9, Bible (traduction Louis Segond).
way·sap·pĂȘr Ćar-ham·maƥ·qĂźm ÊŸĂȘáčŻ áž„Ä·lĆ·mĆw lÉ·yĆ·w·sĂȘpÌ way·yĆ·mer lĆw ba·ងÄ·lĆ·w·mĂź wÉ·hin·nĂȘh-ឥe·pÌen lÉ·pÌÄ·nÄy
« Le chef des échansons raconta son songe à Joseph, et lui dit : Dans mon songe, voici, il y avait un cep devant moi. »
GenĂšse 40 : 9, Bible (traduction Louis Segond).
wÉ·ƥÄm ÊŸit·tÄ·nĆ« naÂ·Êżar ÊżiážÂ·rĂź Êże·ážeáž lÉ·Ćar haáč·áčab·bÄ·ងßm wan·nÉ·sap·per-lĆw way·yipÌ·tÄr-lÄ·nĆ« ÊŸĂȘáčŻ áž„Ä·lĆ·mĆ·áčŻĂȘ·nĆ« ÊŸĂźĆĄ ka·ងÄ·lĆ·mĆw pÄ·áčŻÄr
« Il y avait là avec nous un jeune Hébreu, esclave du chef des gardes. Nous lui racontùmes nos songes, et il nous les expliqua. »
GenĂšse 41 : 12, Bible (traduction Louis Segond).
way·yĆ·mer parÂ·ÊżĆh ÊŸel-yĆ·w·sĂȘpÌ áž„Ä·lĆ·wm ងķlam·tĂź ƫ·pÌĆ·áčŻĂȘr ÊŸĂȘn ÊŸĆ·áčŻĆw wa·ʟÄ·nĂź ĆĄÄ·maÊżÂ·tĂź ÊżÄ·leÂ·áž”Ä lĂȘ·mĆr tiƥ·maÊż ងķlĆ·wm lipÌ·tĆr ÊŸĆ·áčŻĆw
« Pharaon dit Ă Joseph : Jâai eu un songe. Personne ne peut lâexpliquer ; et jâai appris que tu expliques un songe, aprĂšs lâavoir entendu. »
GenĂšse 41 : 15, Bible (traduction Louis Segond).
âž»
XIV. Le puits â l’eau rassemblĂ©e
đžđđđ (lire áșnm.t) dĂ©signe le puits, la citerne, le bassin, la fontaine, la source, le point d’eau. Le scribe emploie pour l’Ă©crire le trilitĂšre đž â la jarre de pierre Ă anse, contenant destinĂ© Ă conserver les liquides. L’unitĂ© de sens est parfaite : le puits est ce qui rassemble l’eau, comme la nourrice rassemble l’enfant contre elle.
đđđ đŽđ§đđđ·đ€đŽđŠđ đ ±đ°đ„đžđ đđđ„ đŽ
« …dâelle : Ă©tant chassĂ©e des pĂąturages et des puits »
Les Aventures de SinouhĂ©, B102, pages 44-45, Cahier de lâAssociation dâĂgyptologie Isis n° 4, texte hiĂ©roglyphique, translittĂ©ration et traduction commentĂ©e par Patrice Le Guilloux, seconde Ă©dition, Angers 2005.
« Quâil boive de lâeau de son puits ! »
Textes des Sarcophages, tome 3, CT VII, Spell [908] (sarcophage G1Be), page 112, section p. TranslittĂ©ration et traduction de M. Claude Carrier, Ăditions du Rocher, 2004. Pages 1940-1941.
14.1 Le puits du salut â Hagar l’Ăgyptienne
Le puits symbolise le salut et la bĂ©nĂ©diction divine dans nombre de traditions. On se rappellera la figure maternelle de Hagar l’Ăgyptienne, servante d’Abraham, chassĂ©e au dĂ©sert avec son fils. Manquant d’eau et voyant l’enfant prĂšs de mourir de soif, elle se lamente ; Dieu lui envoie un ange et lui fait voir un puits, oĂč elle emplit son outre et sauve l’enfant.
way·yaƥ·kĂȘm ÊŸaážÂ·rÄ·hÄm bab·bĆ·qer way·yiq·qaáž„ le·ងem wÉ·ងĂȘ·maáčŻ ma·yim way·yit·tĂȘn ÊŸel-hÄ·ឥÄr ĆÄm Êżal-ĆĄiប·mÄh wÉ·ʟĂȘáčŻ hay·ye·leáž way·ƥal·lÉ·ងe·hÄ wat·tĂȘ·leáž” wat·tĂȘ·áčŻaÊż bÉ·miážÂ·bar bÉ·ʟĂȘr ĆĄÄ·ážaÊż
« Abraham se leva de bon matin ; il prit du pain et une outre dâeau, quâil donna Ă Agar et plaça sur son Ă©paule ; il lui remit aussi lâenfant, et la renvoya. Elle sâen alla, et sâĂ©gara dans le dĂ©sert de Beer-SchĂ©ba. »
GenĂšse 21 : 14, Bible (traduction Louis Segond).
way·yiប·lĆ« ham·mÄ·yim min-ha·ងĂȘ·meáčŻ wat·taƥ·lĂȘáž” ÊŸĂȘáčŻ hay·ye·leáž ta·ងaáčŻ ÊŸa·ងaáž haĆ·Ćß·ងim
« Quand lâeau de lâoutre fut Ă©puisĂ©e, elle laissa lâenfant sous un des arbrisseaux. »
GenĂšse 21 : 15, Bible (traduction Louis Segond).
wat·tĂȘ·leáž” wat·tĂȘ·ƥeáž lÄh min·ne·ឥeáž har·ងĂȘq kim·áča·ងÄ·wĂȘ qe·ƥeáčŻ kĂź ÊŸÄ·mÉ·rÄh ÊŸal-ÊŸer·ʟeh bÉ·mĆ·wáčŻ hay·yÄ·leáž wat·tĂȘ·ƥeáž min·ne·ឥeáž wat·tiĆ·ĆÄ ÊŸĂȘáčŻ qĆ·lÄh wat·tĂȘ·ážÉk
« …et alla sâasseoir vis-Ă -vis, Ă une portĂ©e dâarc ; car elle disait : Que je ne voie pas mourir mon enfant ! Elle sâassit donc vis-Ă -vis de lui, Ă©leva la voix et pleura. »
GenĂšse 21 : 16, Bible (traduction Louis Segond).
way·yiƥ·maÊż ÊŸÄ·lĆ·hĂźm ÊŸĂȘáčŻ qĆ·wl han·naÂ·Êżar way·yiq·rÄ mal·ʟaáž” ÊŸÄ·lĆ·hĂźm ÊŸel-hÄ·ឥÄr min-haƥ·ƥÄ·ma·yim way·yĆ·mer lÄh mah-lÄáž” hÄ·ឥÄr ÊŸal-tß·rÉÂ·ÊŸĂź kĂź-ĆĄÄ·maÊż ÊŸÄ·lĆ·hĂźm ÊŸel-qĆ·wl han·naÂ·Êżar ba·ʟÄ·ƥer hĆ«-ĆĄÄm
« Dieu entendit la voix de lâenfant ; et lâange de Dieu appela du ciel Agar, et lui dit : Quâas-tu, Agar ? Ne crains point, car Dieu a entendu la voix de lâenfant dans le lieu oĂč il est. »
GenĂšse 21 : 17, Bible (traduction Louis Segond).
way·yipÌ·qaáž„ ÊŸÄ·lĆ·hĂźm ÊŸĂȘáčŻ ÊżĂȘ·ne·hÄ wat·tĂȘ·re bÉ·ʟĂȘr mÄ·yim wat·tĂȘ·leáž” wat·tÉ·mal·lĂȘ ÊŸĂȘáčŻ ha·ងĂȘ·meáčŻ ma·yim wat·taĆĄq ÊŸĂȘáčŻ han·nÄÂ·Êżar
« Et Dieu lui ouvrit les yeux, et elle vit un puits dâeau ; elle alla remplir dâeau lâoutre, et donna Ă boire Ă lâenfant. »
GenĂšse 21 : 19, Bible (traduction Louis Segond).
âž»
XV. Attestations coraniques de Ű-Ù-Ù
La racine Ű-Ù-Ù figure vingt-et-une fois dans le Coran. Nous en prĂ©sentons quelques-unes, classĂ©es par acception.
15.1 Longanimité, indulgence
Qawlun maÊżrĆ«fun wa maghfiratun khayrun min áčŁadaqatin yatbaÊżuhÄ ÊŸadhan, wa llÄhu ghaniyyun áž„alÄ«mun
« Un dire reconnu convenable et un pardon valent mieux que largesse suivie de sévices. Allùh, Autosuffisant, Longanime. »
Sourate 2, ۧÙŰšÙ۱۩ / Al-Baqara / La Vache, verset 263, page 44, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©ditions Albouraq 2018.
ÊŸInna ÊŸibrÄhÄ«ma la-áž„alÄ«mun ÊŸawwÄhun munÄ«bun
« Vraiment, Abraham était longanime, sans cesse implorant, repentant. »
Sourate 11, ÙÙŰŻ / HĆ«d, verset 75, page 205, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©ditions Albouraq 2018.
Fa-bashsharnÄhu bi-ghulÄmin áž„alÄ«min
« Alors, Nous lui fĂźmes la bonne annonce dâun adolescent longanime. »
Sourate 37, ۧÙ۔ۧÙۧŰȘ / AáčŁ-áčąÄffÄt, verset 101, page 449, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©ditions Albouraq 2018.
Tusabbiáž„u lahu s-samÄwÄtu s-sabÊżu wa-l-ÊŸarážu wa man fÄ«hinna, wa ÊŸin min shayÊŸin ÊŸillÄ yusabbiáž„u bi-áž„amdihi wa lÄkin lÄ tafqahĆ«na tasbīងahum, ÊŸinnahu kÄna áž„alÄ«man ghafĆ«ran
« Pour Lui, les sept cieux, et la terre, et ceux qui sây trouvent sâimmergent dans lâInsondable… Vraiment, Lui se rĂ©vĂšle TrĂšs-Longanime, TrĂšs-Recouvreur ! »
Sourate 17, ۧÙۄ۳۱ۧۥ / Al-IsrÄÊŸ / Le Voyage nocturne, verset 44, page 286, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©ditions Albouraq 2018.
On relĂšvera le verset 101 de la sourate 37, qui rĂ©unit dans une mĂȘme expression les deux racines examinĂ©es : ŰșÙÙÙŰ§Ù (ghulÄm, l’adolescent) et ŰÙÙÙÙÙ (áž„alÄ«m, le longanime).
15.2 La puberté
YÄ ÊŸayyuhÄ lladhÄ«na ÊŸÄmanĆ« liyastaÊŸdhinkumu lladhÄ«na malakat ÊŸaymÄnukum wa-lladhÄ«na lam yablughĆ« l-áž„uluma minkum thalÄtha marrÄtin min qabli áčŁalÄti l-fajri wa ងīna taážaÊżĆ«na thiyÄbakum mina áș-áșahÄ«rati wa min baÊżdi áčŁalÄti l-ÊżishÄÊŸi
« Ă vous qui avez mis en Ćuvre le DĂ©pĂŽt confiĂ© ! Que vos captifs et ceux parmi vous qui nâont pas atteint la pubertĂ© demandent votre accord (pour entrer) en trois occurrences : avant la priĂšre de lâaube, au moment de vous dĂ©faire de vos vĂȘtements au milieu du jour, et aprĂšs la priĂšre de nuit. »
Sourate 24, ۧÙÙÙ۱ / An-NĆ«r / La LumiĂšre, verset 58, page 357, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©ditions Albouraq 2018.
Wa ÊŸidhÄ balagha l-ÊŸaáčfÄlu minkumu l-áž„uluma fal-yastaÊŸdhinĆ« kamÄ staÊŸdhana lladhÄ«na min qablihim, kadhÄlika yubayyinu llÄhu lakum ÊŸÄyÄtihi, wa llÄhu ÊżalÄ«mun áž„akÄ«mun
« Et lorsque vos jeunes enfants atteignent la pubertĂ©, quâils demandent votre accord (pour entrer) comme le font leurs aĂźnĂ©s. Ainsi, AllĂąh rend Ses Signes explicites pour vous. AllĂąh, Savant, Sage. »
Sourate 24, ۧÙÙÙ۱ / An-NĆ«r / La LumiĂšre, verset 59, page 358, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©ditions Albouraq 2018.
15.3 Le songe
QÄlĆ« ÊŸaážghÄthu ÊŸaáž„lÄmin, wa mÄ naáž„nu bi-taÊŸwÄ«li l-ÊŸaáž„lÄmi bi-ÊżÄlimÄ«na
« Et ils dirent : « Amas confus de songes ! Et concernant la signification des songes, nous ne sommes pas savants ! » »
Sourate 12, ÙÙŰłÙ / YĆ«suf / Joseph, verset 44, page 241, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©ditions Albouraq 2018.
Bal qÄlĆ« ÊŸaážghÄthu ÊŸaáž„lÄmin bali ftarÄhu bal huwa shÄÊżirun fal-yaÊŸtinÄ bi-ÊŸÄyatin kamÄ ÊŸursila l-ÊŸawwalĆ«na
« Bien plus, ils dirent : « Des mĂ©langes confus de songes ! Plus ! Il a inventĂ© cela ! Plus encore, câest un poĂšte ! Alors, quâil nous apporte un Signe semblable Ă celui avec lequel les Premiers ont Ă©tĂ© missionnĂ©s ! » »
Sourate 21, ۧÙŰŁÙŰšÙۧۥ / Al-AnbiyÄÊŸ / Les ProphĂštes, verset 5, page 322, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©ditions Albouraq 2018.
ÊŸAm taÊŸmuruhum ÊŸaáž„lÄmuhum bihÄdhÄ ÊŸam hum qawmun áčÄghĆ«na
« Ou bien est-ce leurs songes qui leur commandent ceci, ou bien sont-ils des tenants qui transgressent les limites ? »
Sourate 52, ۧÙŰ·Ù۱ / Aáč-áčŹĆ«r / Le Mont, verset 32, page 525, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©ditions Albouraq 2018.
âž»
XVI. Le for intĂ©rieur â áșn et les langues MandĂ©
Les deux premiĂšres radicales de la racine, áșn, servaient aux anciens Ăgyptiens Ă nommer l’intĂ©rioritĂ© â celle d’un lieu de vie, d’une tente, d’une maison, ou celle des sentiments. Le terme đđđ ±đđ (lire áșnw / khĂ©nou) dĂ©signe un intĂ©rieur, un contenu ; et dans le lexique mĂ©dical, les parties intimes, le sein, le vagin.
Le copte l’a conservĂ© : âłâČâČ©âČ et ÏŠâČâČ©âČ y signifient l’intĂ©rieur, et procĂšdent directement de đđđ ±đđ. L’Ă©gyptien connaĂźt par ailleurs đđŒđđżđč (ngÈyy), qui a donnĂ© le copte âČâČÏâČ : sein de la mĂšre, ventre, estomac.
16.1 Des échos en soninké, bambara et maninka
Il est remarquable que des langues de la grande famille Niger-Congo prĂ©sentent, sur les plans phonĂ©tique et sĂ©mantique, des vocables qui rappellent l’Ă©gyptien đđđ ±đđ.
SoninkĂ© : nuxu et, par mĂ©tathĂšse, noxo â le ventre, l’intĂ©rieur, les intestins.
Bambara : kÉÌnÉnugu (composĂ© de kÉÌnÉ, ventre, et nugu, intestin â littĂ©ralement « ventre-intestin »).
Bambara : kÉÌnÉ â ventre, intĂ©rieur, for intĂ©rieur, capacitĂ©, volume, et pensĂ©es intimes. Le mot peut signifier la patience, l’action de patienter, l’attente â y compris celle de l’enfant Ă naĂźtre chez la femme enceinte. Comme adverbe : dans, dedans, Ă l’intĂ©rieur de.
Dans ces mĂȘmes langues, les termes de l’affection relĂšvent du mĂȘme domaine de l’intĂ©rioritĂ© : en bambara kĂ nu, kĂ nuya (aimer, amour) ; en soninkĂ© xanuye (amour), xana (ami, amant), xanu (aimer, affectionner) ; en maninka kĂ nin (aimer). Ce sont lĂ les affects, les fibres intĂ©rieures, les tripes.
Sur le plan phonĂ©tique, la fricative palatale sourde áș de l’Ă©gyptien â que l’on peut Ă©crire đĄ, ventre de vache, idĂ©ogramme du ventre â pourrait correspondre Ă l’occlusive dorso-vĂ©laire sourde /k/ du bambara et Ă la fricative uvulaire sourde /x/ du soninkĂ©.
âž»
Conclusion
Nous Ă©tions partis du nom de la nourrice, đžđđ (áșnm.t), et nous avons trouvĂ© sous lui un geste : joindre. Le verbe đžđ đ (áșnm) dit l’union, l’Ă©treinte, le fait de se blottir contre un sein â et de lĂ procĂšdent la nourrice qui serre l’enfant, le nourrisson qui s’y blottit, le puits qui rassemble l’eau, le troupeau qui rassemble les bĂȘtes, et jusqu’au nom du dieu Khnoum, le potier qui façonne l’homme en joignant la matiĂšre.
La transmission vers le sĂ©mitique se laisse Ă©tablir sur une base solide, et c’est le copte qui la fournit : âČâČâČâČâČ Â« tĂ©tin » et âłâČâČâČâČ Â« source » Ă©crivent un L lĂ oĂč le hiĂ©roglyphe portait un N. L’alternance n â l n’est donc pas postulĂ©e pour les besoins de la comparaison : elle est une Ă©volution interne de l’Ă©gyptien, attestĂ©e par son propre dernier Ă©tat. Et le copte âČâČâČâČâČ est, Ă la vocalisation prĂšs, l’arabe ŰÙÙÙÙ ÙŰ© (áž„alama.t), le mamelon.
De cette racine viennent alors, en arabe et en hĂ©breu, tout un monde : la douceur et la patience ŰÙÙÙÙ , qualitĂ©s de celle qui nourrit ; le songe et la pubertĂ© ŰÙÙÙÙ , propres Ă l’enfant qui grandit ; l’embonpoint de l’hĂ©breu ŚÖžŚÖ·Ś, marque de l’enfant bien nourri. Et par mĂ©tathĂšse Ù-Ű-Ù , le pain ŚÖ¶ŚÖ¶Ś et la chair ÙÙŰÙÙ â ce dont on nourrit â, oĂč le mot du lien ÙÙŰÙÙ ÙŰ© et celui de la chair se confondent.
Reste le plus frappant. Deux des Noms divins les plus Ă©levĂ©s de l’islam procĂšdent du corps maternel : ۧÙ۱ŰÙ Ù (Ar-Raáž„mÄn) de la matrice qui porte, ۧÙŰÙÙÙÙÙ (Al-កalÄ«m) du sein qui nourrit et de la patience de celle qui garde. La thĂ©ologie y reconduit l’expĂ©rience la plus ancienne du soin. Et lorsque la nourrice du ProphĂšte se nomme កalÄ«ma, elle porte, sans que nul ne s’en avise, le mot mĂȘme par lequel les scribes de l’Ăgypte pharaonique dĂ©signaient, trois millĂ©naires plus tĂŽt, celle qui prend l’enfant contre elle.
đ đđđ đđđđ ážáž„wty Ăážłr â Djehouty L’Excellent