𓎾𓏏𓁐  áș–nm.t / khĂ©nĂšmet

La mĂšre nourriciĂšre

Joindre, unir, nourrir — de la racine áș–-n-m Ă  áž„-l-m

Égyptien pharaonique · Copte · HĂ©breu · Arabe · Langues MandĂ©

Sous les auspices de 𓅝𓏏𓏭𓅆𓇋𓈎𓂋𓏝 (ណងwty Ă­ážłr | Djehouty L’Excellent) ! ق ۱ ŰĄ

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« C’est ledit Ounas vraiment qui donnera du pain Ă  ceux qui existent, (car) c’est sa nourrice que Iat »
Textes des Pyramides d’Ounas, chambre funĂ©raire, W/F/E sup., col. 31-32, Spruch {211}, §131 c-e. Trad. M. Claude Carrier, Ă©dit. CYBELE 2009.

Ű§Ù„Ű­ÙŽÙ„ÙÙŠÙ…
Al-កalīm
« Le Longanime, le plus ClĂ©ment, le plus Indulgent, Celui qui est d’une patience tolĂ©rante. »
Attribut divin, l’un des quatre-vingt-dix-neuf Noms.

âž»

Introduction — celle qui joint contre soi

Le vocable 𓎾𓏏𓁐 (lire áș–nm.t / áș–Ă©nĂšmet / khĂ©lĂšmet) dĂ©signe en Ă©gyptien pharaonique la mĂšre nourriciĂšre, la nourrice sĂšche, la gardienne d’enfants. Sa graphie est dĂ©jĂ  tout un programme : le signe 𓎾 — une jarre en pierre Ă  anse, rĂ©cipient oĂč l’on conserve l’eau et l’huile —, la marque du fĂ©minin 𓏏, et le dĂ©terminatif de la femme assise 𓁐. Le contenant, le fĂ©minin, la femme : la nourrice y est d’abord ce qui contient et donne.

Mais ce n’est pas le sens premier de la racine. Le verbe 𓎾𓅓𓏜 (áș–nm) signifie rejoindre, s’unir Ă , ĂȘtre rĂ©uni, se mĂȘler, garder, protĂ©ger, prĂ©server, mettre Ă  l’abri, ĂȘtre prĂšs de, se serrer, se blottir — et prĂ©cisĂ©ment, pour un enfant, se blottir contre le sein de sa mĂšre —, Ă©treindre, fusionner. Le noyau est donc celui de la jonction : ce qui vient contre, ce qui tient ensemble.

De ce noyau procĂšde tout le reste. La nourrice, qui serre l’enfant contre elle. Le nourrisson 𓎾𓊾𓈖𓅓𓀔, celui qui s’y blottit. Le puits 𓎾𓅓𓏏𓈙, qui rassemble l’eau. Le troupeau đ“Žžđ“…“đ“„›đ“„, qui rassemble les bĂȘtes. Et jusqu’au nom du dieu 𓎾𓅓𓍱𓅆 (H̱nmw, Khnoum), le potier d’Esna qui façonne l’ĂȘtre humain sur son tour — car modeler, c’est joindre la matiĂšre Ă  elle-mĂȘme.

Nous soutiendrons que cette racine est Ă  l’origine de l’arabe Ű­-ل-م (áž„-l-m) et de l’hĂ©breu Ś—-ڜ-Śž, et que la dĂ©monstration en est fournie par le copte lui-mĂȘme, dernier Ă©tat de la langue Ă©gyptienne, qui Ă©crit un L lĂ  oĂč le hiĂ©roglyphe Ă©crivait un N. De cette racine viennent le mamelon arabe, la longanimitĂ© divine d’Al-កalÄ«m, et jusqu’au prĂ©nom de la nourrice du ProphĂšte.

âž»

I. Correspondances phonétiques inter-langues

Égyptien Arabe HĂ©breu
𓎾 áș–nm (trilitĂšre) Ű­ (ងāʟ) — Űź (ឫāʟ) Ś— (áž„et)
𓈖 n → l ل (lām) ڜ (lamed)
𓅓 m م (mÄ«m) Śž (mem)
Le point dĂ©cisif. Toute la dĂ©monstration tient Ă  la deuxiĂšme radicale. LĂ  oĂč l’Ă©gyptien Ă©crit 𓈖 (n), l’arabe et l’hĂ©breu portent une liquide — ل (lām), ڜ (lamed). Cette alternance n’est pas une hypothĂšse : le copte, dernier Ă©tat vivant de l’Ă©gyptien, Ă©crit lui-mĂȘme le L, comme nous le verrons en section V. La langue a donc opĂ©rĂ© ce passage en interne, avant mĂȘme que la comparaison sĂ©mitique ne se pose.

âž»

II. PhonĂšmes de l’Ă©gyptien pharaonique

2.1  đ“Žž — La jarre en pierre Ă  anse (áș–nm)

Phonogramme trilitĂšre valant áș–nm : Ă  lui seul, il porte les trois consonnes de la racine. Le signe figure une jarre de pierre munie d’une anse — un contenant, destinĂ© Ă  conserver les liquides, eau ou huile. Il sert aussi de dĂ©terminatif Ă  l’huile d’onction et au rĂ©cipient qui la contient, Ă  l’idĂ©e de joindre, et au nom du dieu Khnoum.

2.2  đ“„š — Le corps de chĂšvre sans tĂȘte (áș–n)

DĂ©terminatif de la peau ; phonogramme bilitĂšre valant áș–n. Il sert Ă  Ă©crire 𓄚𓈖𓏏𓄛 (áș–n.t) : dĂ©pouille d’animal, outre, nĂ©bride. On retiendra ce mot : l’outre est, elle aussi, un contenant.

2.3  đ“Œ° — Le couteau de boucher (nm)

IdĂ©ogramme du couteau de boucher ; phonogramme bilitĂšre valant nm. C’est par ce signe, joint au crible 𓐍, que l’Ancien Empire Ă©crivait la racine avant l’adoption du trilitĂšre.

2.4  đ“ et 𓄡 — les deux fricatives

𓐍 (áž«) — fricative post-vĂ©laire sourde. HĂ©breu : Ś” (/h/) ou Ś› (kaf, /x/) — Arabe : Űź (ឫāʟ). SĂ©mitiques : áș–, ĆĄ, Êż, h, áž„ (rare).

𓄡 (áș–) — fricative palatale sourde ; le signe figure le ventre et la queue d’une vache. Arabe : Űź (ឫāʟ), Űș (ÄĄayn). SĂ©mitiques : áș–, áž„, ÄĄ.

Copte : Ⳉ / ⳉ (khori) [áž«] en akhmĂźmique · ÏŠ / ϧ (áž«ai) [x] en bohaĂŻrique · Ïš / Ï© (hƍri) [h] en sahidique, fayoumique et akhmĂźmique 2 · Ïą / ÏŁ (ĆĄai) [ʃ] comme Ă©quivalent dans plusieurs dialectes.

Le Ïš (hƍri) dĂ©rive du áș– et du áž„ pharaoniques ; ce phonĂšme se comporte comme une spirante glottale.

2.5  đ“ˆ– — Le filet d’eau (n → l)

Occlusive apico-dentale. C’est ici que se joue l’essentiel : ce phonĂšme correspond en copte non seulement Ă  âȚ / âț [n], mais aussi Ă  âȘ / âș [m], âČą / âČŁ [r] et — dĂ©cisivement — Ă  âȖ / âȗ (laula) [l].

Arabe : ل (lām), 23e lettre de l’alphabet.

2.6  đ“…“ — La chouette (m)

Occlusive bilabiale nasale. Devient en copte Ă  la fois âȘ / âș [m], âȂ / âȃ [b, v, w] et âČš / âČ© [u, w, i, v].

Arabe : م (mÄ«m), 24e lettre de l’alphabet.

âž»

III. Déterminatifs hiéroglyphiques

𓁐 La femme assise — idĂ©ogramme de la femme ; dĂ©terminatif de toute activitĂ© fĂ©minine et des noms de femme.

𓁔 La femme accroupie donnant le sein Ă  un enfant — idĂ©ogramme de la nourrice ; dĂ©terminatif d’allaiter, d’Ă©lever un enfant.

𓅆 Le faucon sur le pavois đ“ŠŸ — idĂ©ogramme d’Horus ; dĂ©terminatif de divinitĂ©, de roi. Sa prĂ©sence signale que la nourrice dont il s’agit est divine.

𓀔 L’enfant assis, un doigt dans la bouche — idĂ©ogramme de l’enfant ; dĂ©terminatif de l’enfance, de la jeunesse, de la juvĂ©nilitĂ©.

𓈟 Le creuset plein d’eau (ou sexe fĂ©minin) — dĂ©terminatif du puits, de la source, du bassin d’eau, de la femme, de la vulve, du creuset.

𓄚 Le corps de chĂšvre sans tĂȘte — dĂ©terminatif de la peau. 𓄛 La peau de vache — idĂ©ogramme et dĂ©terminatif de la peau d’animal, du cuir, de la couverture, du sac de peau.

𓈗 Les trois filets d’eau — idĂ©ogramme de l’eau ; dĂ©terminatif du liquide, de boire, de laver. 𓈙 Le bassin — idĂ©ogramme de l’Ă©tang, du point d’eau.

𓏜 Le rouleau de papyrus scellĂ© — dĂ©terminatif de l’Ă©criture et des notions abstraites.

Ce que rĂ©vĂšle le jeu des dĂ©terminatifs. Une seule racine, áș–-n-m, reçoit tour Ă  tour la femme 𓁐, la nourrice allaitante 𓁔, l’enfant 𓀔, le creuset d’eau 𓈟, la peau 𓄛 et l’eau 𓈗. Le scribe n’Ă©crit pas des mots diffĂ©rents : il prĂ©cise, chaque fois, ce qui est joint — la femme Ă  l’enfant, l’enfant au sein, l’eau au puits, la bĂȘte au troupeau. Le dĂ©terminatif ne change pas le sens, il en nomme l’objet.

Une remarque annexe mĂ©rite d’ĂȘtre faite sur 𓈟, le creuset plein d’eau, qui sert aussi Ă  Ă©crire le nom de la femme 𓈞𓏏𓁐 (áž„m.t) et celui de l’utĂ©rus 𓈞𓄰đ“„č (áž„m.t / hĂ©mĂš.t). Ce dernier mot est Ă  comparer avec le nom de l’outre en peau en hĂ©breu, Ś—Ö”ŚžÖ¶ŚȘ (ងēmeáčŻ), dont on ne compte que quatre occurrences dans la Bible — et que l’on rattache d’ordinaire au nom du mur Ś—Ś•ÖčŚžÖžŚ” (áž„Ćmāh), lui-mĂȘme issu, dit-on, d’une racine signifiant « joindre ». Le contenant, l’utĂ©rus, l’outre et le mur relĂšvent tous du mĂȘme geste : enclore en joignant.

âž»

IV. Vocables de l’Ă©gyptien pharaonique

𓎾𓏏𓁐 (lire áș–nm.t) — nom : mĂšre nourriciĂšre, nourrice sĂšche, gardienne d’enfants.

𓎾𓅓𓏜 (lire áș–nm) — verbe : rejoindre, s’unir Ă , ĂȘtre rĂ©uni, s’incruster, se mĂȘler, garder, protĂ©ger, prĂ©server, mettre Ă  l’abri, ĂȘtre prĂšs de, se serrer, se blottir contre une poitrine — pour un enfant, contre le sein de sa mĂšre —, Ă©treindre, fusionner. Également 𓎾𓅓 (áș–nm), verbe transitif : endurcir, endurer, solidifier.

𓎾𓊾𓈖𓅓𓀔 (lire áș–nm) — nom : nourrisson, rejeton, jeune enfant.

𓎾𓅓𓏏𓈙 (lire áș–nm.t) — nom : puits, citerne, bassin, fontaine, point d’eau. Variantes : 𓎾𓏏𓈗 et 𓎾𓏏𓈟𓈗.

𓎾𓅓𓏏𓁔 (lire áș–nm.t) — Ă©pithĂšte de dĂ©esse, comme Hathor ou Isis, allaitant un enfant.

𓐍𓈖𓌰𓅓𓏏𓏏𓁐𓁐𓏭 (lire áž«nm-ty) — les deux dĂ©esses-nourrices, Isis et Nephthys. Variante : 𓐍𓈖𓌰𓏏𓏏𓁔.

đ“Žžđ“…“đ“„›đ“„ (lire áș–nm) — nom : troupeau (d’animaux).

𓎾𓅓𓍱𓅆 (lire H̱nmw) — Khnoum, le dieu-potier d’Esna, qui modelait et façonnait sur son tour le 𓂋𓅓𓍿 (rmáčŻ, l’ĂȘtre humain), secondĂ© par sa parĂšdre Heqet, la dĂ©esse-grenouille protectrice de la parturiente, qui prĂ©sentait l’Ăąnkh aux narines de l’ĂȘtre ainsi formĂ© pour lui donner la vie.

De la jonction au façonnage. Que le dieu potier porte le nom de cette racine n’est pas un dĂ©tail. Modeler l’argile, c’est joindre la matiĂšre Ă  elle-mĂȘme ; former un ĂȘtre, c’est en rĂ©unir les parties. Khnoum est celui qui áș–nm — qui assemble. Et la nourrice fait de mĂȘme Ă  sa maniĂšre : elle joint l’enfant Ă  elle, comme le potier joint la terre. Un mĂȘme verbe pour le dieu qui façonne et pour la femme qui nourrit.

âž»

V. Le copte — la preuve interne du L

Voici le point sur lequel repose toute la dĂ©monstration comparative. Le copte, dernier Ă©tat vivant de la langue Ă©gyptienne, a conservĂ© deux mots de cette racine — et il les Ă©crit avec un lambda :

âČ­âȉâȗâșâȓ (dialecte bohaĂŻrique), nom fĂ©minin — tĂ©tin du pis, de la poitrine. Le vocable vient directement de l’Ă©gyptien 𓎾𓏏𓁐 (áș–nm.t), la mĂšre nourriciĂšre.

ⳉâȁâȗâșâȉ (copte lycopolitain), nom — source, point d’eau. Il continue l’Ă©gyptien 𓎾𓅓𓏏𓈙 (áș–nm.t), le puits.

Une alternance attestĂ©e en interne. Ces deux formes rĂšglent la question du deuxiĂšme radical. LĂ  oĂč l’Ă©criture hiĂ©roglyphique portait 𓈖 (n), le copte Ă©crit âȖ (l) : áș–nm.t devient âČ­âȉâȗâșâȓ, áș–nm.t devient ⳉâȁâȗâșâȉ. Le passage n → l n’est donc pas un artifice inventĂ© pour rapprocher l’Ă©gyptien du sĂ©mitique : c’est une Ă©volution interne de la langue Ă©gyptienne, documentĂ©e par son propre dernier Ă©tat.

Et le rĂ©sultat est frappant : le copte âČ­âȉâȗâșâȓ « tĂ©tin » et l’arabe Ű­ÙŽÙ„ÙŽÙ…ÙŽŰ© (áž„alama.t) « mamelon, tĂ©tin » sont, Ă  la vocalisation prĂšs, le mĂȘme mot.

Valeurs phonĂ©tiques coptes mobilisĂ©es : âČŹ / âČ­ (kʰi) [kʰ, χ, ʃ] · Ⳉ / ⳉ (khori) [áž«] · âȀ / âȁ [a, ʕ, ʔ] · âȖ / âȗ (laula) [l] · âȘ / âș [m] · âȞ / âȟ [o] · âȈ / âȉ [e] · âȒ / âȓ [i, j].

âž»

VI. La descendance hĂ©braĂŻque — Ś—-ڜ-Śž

Ś—ÖžŚœÖ·Ś (ងālam) — verbe : ĂȘtre sain, fortifiĂ©, gras — comme un enfant bien nourri —, robuste ; restaurer, recouvrer la santĂ©, se porter mieux, devenir sain. Au sens figurĂ© : rĂȘver, songer, dans l’acception ordinaire, profane ou prophĂ©tique.

Ś—ÖČŚœŚ•Ö覝 (ងălƍwm) — nom masculin : rĂȘve, songe, dans l’acception ordinaire, profane ou prophĂ©tique.

On notera la cohĂ©rence du premier sens avec le champ Ă©gyptien : ĂȘtre gras, bien nourri, robuste est exactement l’Ă©tat de l’enfant qu’une nourrice a bien rempli son office de nourrir.

âž»

VII. La descendance arabe — Ű­-ل-م

7.1  Les vocables verbaux

Ű­ÙŽÙ„ÙÙ…ÙŽ / ÙŠÙŽŰ­Ù’Ù„ÙÙ…Ù (áž„aluma / yaáž„lumu) : ĂȘtre doux, clĂ©ment, misĂ©ricordieux, avoir des maniĂšres douces et tendres, ĂȘtre patient, adoucir ; atteindre la pubertĂ©, penser comme un adulte, mĂ»rir mentalement.

Ű­ÙŽÙ„ÙŽÙ…ÙŽ / ÙŠÙŽŰ­Ù’Ù„ÙÙ…Ù (áž„alama / yaáž„lumu) : rĂȘver quelque chose, voir en songe ; devenir pubĂšre, mĂ»rir sexuellement ; ĂȘtre doux, indulgent, longanime, plein de mansuĂ©tude.

Ű­ÙŽÙ„ÙŽÙ‘Ù…ÙŽ (áž„allama) : rendre indulgent, doux, patient, clĂ©ment ; engraisser ; remplir un rĂ©cipient d’eau.

ŰȘÙŽŰ­ÙŽÙ„ÙŽÙ‘Ù…ÙŽ (taáž„allama) : se montrer doux, patient, indulgent ; raconter des rĂȘves qu’on n’a pas eus ; ĂȘtre gras (des animaux).

Ű§ÙŰ­Ù’ŰȘَلَمَ (iáž„talama) : rĂȘver ; atteindre la pubertĂ© (premiĂšre Ă©jaculation sĂ©minale chez le jeune pubĂšre).

7.2  Les vocables nominaux et adjectivaux

Ű­ÙÙ„Ù’Ù… (áž„ilm) : indulgence, tolĂ©rance, longanimitĂ©, patience, mansuĂ©tude, raison, sagesse.

Ű­ÙÙ„ÙÙ… (áž„ulum) : songe, rĂȘve, vision ; pubertĂ© ; pollution nocturne.

Ű­ÙŽÙ„ÙŽÙ…ÙŽŰ© (áž„alama.t) : mamelon, tĂ©tin du pis, lobe de l’oreille, ce qui est mou et sans os ; teigne engendrĂ©e dans la peau de la bĂȘte.

Ű­ÙŽŰ§Ù„ÙÙ… (ងālim) : rĂȘveur, pubĂšre. — Ű­ÙŽÙ„ÙÙŠÙ… (áž„alÄ«m) : doux, tolĂ©rant, indulgent, patient. — Ù…ÙŰ­Ù’ŰȘَلِم (muáž„talim) : nubile, pubĂšre, en Ăąge de procrĂ©er.

Le fil qui relie ces sens. L’Ă©ventail arabe paraĂźt hĂ©tĂ©roclite — douceur, patience, rĂȘve, pubertĂ©, mamelon. Il s’ordonne pourtant dĂšs qu’on le rapporte au champ Ă©gyptien de la nourrice. Le mamelon Ű­ÙŽÙ„ÙŽÙ…ÙŽŰ© est l’organe mĂȘme de l’allaitement, et rĂ©pond terme pour terme au copte âČ­âȉâȗâșâȓ. La douceur, la patience, la longanimitĂ© Ű­ÙÙ„Ù’Ù… sont les qualitĂ©s attendues de celle qui nourrit et garde un enfant. La pubertĂ© et le rĂȘve se rattachent Ă  l’enfant lui-mĂȘme — le nourrisson qui grandit, le jeune que la racine Ă©gyptienne nommait dĂ©jĂ  𓎾𓊾𓈖𓅓𓀔. Et engraisser, remplir un rĂ©cipient d’eau Ű­ÙŽÙ„ÙŽÙ‘Ù…ÙŽ reconduisent les deux objets premiers de la racine : le nourrisson qu’on engraisse, le puits qu’on emplit.

âž»

VIII. Al-កalÄ«m et Ar-Raáž„mān — la maternitĂ© comme attribut divin

Ű§Ù„Ű­ÙŽÙ„ÙÙŠÙ… (Al-កalÄ«m) est l’un des quatre-vingt-dix-neuf Noms divins : Le Longanime, le plus ClĂ©ment, le plus Indulgent, Celui qui est d’une patience tolĂ©rante. Or ces qualitĂ©s sont exactement celles d’une nourrice affectueuse — patiente, douce, protectrice envers l’enfant dont elle a la charge.

Le rapprochement s’impose avec un autre Nom, Ű§Ù„Ű±Ű­Ù…Ù† (Ar-Raáž„mān), Le Tout-MisĂ©ricordieux, que l’on pourrait rendre par « Le Matriciant ». Car ce nom procĂšde de la racine ۱-Ű­-م (r-áž„-m), qui dĂ©signe la matrice, l’utĂ©rus de la femme (Ű±ÙŰ­Ù’Ù…, riáž„m), le ventre maternel. Son Ă©quivalent hĂ©breu ŚšÖ·Ś—Ö·Ś (raáž„am) vient de ŚšÖ¶Ś—Ö¶Ś (reáž„em), qui signifie proprement l’utĂ©rus.

Ce terme hĂ©breu Ă©voque Ă  son tour l’Ă©gyptien 𓈞𓄰đ“„č (áž„m.t / hĂ©mĂš.t), oĂč le signe đ“„č — un morceau de chair — sert de dĂ©terminatif pour nommer la chair, les membres, les parties du corps, le vagin.

Deux Noms divins, une mĂȘme origine corporelle. Il faut mesurer ce que cela signifie. Deux des attributs les plus Ă©levĂ©s de la divinitĂ© — la misĂ©ricorde et la longanimitĂ© — procĂšdent l’un et l’autre du corps maternel : Ar-Raáž„mān de la matrice qui porte, Al-កalÄ«m du sein qui nourrit et de la patience de celle qui garde. La thĂ©ologie y reconduit, sans le dire, l’expĂ©rience la plus ancienne du soin.

Et du cĂŽtĂ© Ă©gyptien, la racine 𓎾𓅓 (áș–nm) flanquĂ©e du dĂ©terminatif de la femme assise 𓁐 ou de la nourrice allaitante 𓁔 appartient au mĂȘme ordre de reprĂ©sentations. C’est la dimension maternelle — l’attachement, le soin, la protection chaleureuse — qui fonde le vocabulaire de la clĂ©mence divine.

âž»

IX. កalīma, la nourrice du ProphÚte

Un fait, largement ignorĂ©, achĂšve de nouer le dossier. La nourrice du prophĂšte Muhammad se nommait Ű­Ù„ÙŠÙ…Ű© — កalÄ«ma, plus prĂ©cisĂ©ment Ű­Ù„ÙŠÙ…Ű© Ű§Ù„ŰłŰčŰŻÙŠŰ© (កalÄ«ma as-SaÊżdiyya). Son nom porte Ă©tymologiquement la signification mĂȘme de « nourrice » que les anciens Égyptiens exprimaient par 𓎾𓏏𓁐 (áș–nm.t) : mĂšre nourriciĂšre, nourrice sĂšche, gardienne d’enfants.

Elle Ă©tait issue d’une tribu du nord de l’Arabie, les BanĆ« SaÊżd, dont les femmes Ă©taient prĂ©cisĂ©ment connues pour exercer la fonction de nourrice et de gardienne d’enfants. Les qualitĂ©s attachĂ©es Ă  ce prĂ©nom — la sustentatrice, celle qui donne le sein, la mĂšre nourriciĂšre douce, prĂ©venante, tendre, indulgente, patiente et protectrice — sont mot pour mot celles que la racine Ă©gyptienne portait dĂ©jĂ .

âž»

X. La mĂ©tathĂšse ل-Ű­-م — le pain, la chair, le lien

La racine Ű­-ل-م (áž„-l-m) possĂšde une mĂ©tathĂšse : ل-Ű­-م (l-áž„-m), qui recouvre la nourriture, la collation, les comestibles, la viande, le pain — mais aussi joindre, unir, souder, attacher solidement. Le second champ est celui-lĂ  mĂȘme de l’Ă©gyptien 𓎾𓅓𓏜 (áș–nm).

10.1  En hĂ©breu et en arabe

ŚœÖ¶Ś—Ö¶Ś (leáž„em) — nom : aliment, nourriture, vivres, repas, pain.

Ù„ÙŽŰ­ÙŽÙ…ÙŽ / ÙŠÙŽÙ„Ù’Ű­ÙÙ…Ù (laáž„ama / yaláž„umu) — verbe, forme I : tricoter ensemble, souder, joindre solidement, s’unir Ă  une famille par le mariage (mulāងama-t).

Ù„ÙŽŰ­ÙÙ…ÙŽ / ÙŠÙŽÙ„Ù’Ű­ÙŽÙ…Ù (laáž„ima / yaláž„amu) — verbe : adhĂ©rer, ĂȘtre charnu, gras ; joindre, unir (iltiងām).

Ù„ÙŽŰ­Ù’Ù… (laáž„m) : chair, viande, pulpe. — Ù„ÙŽŰ­Ù’Ù…ÙŽŰ© (laáž„ma) : un morceau de chair. — Ù„ÙŽŰ­ÙÙ… (laáž„im) : charnu, replet, grassouillet, potelĂ© — comme un enfant bien nourri. — Ù„ÙŰ­Ù’Ù…ÙŽŰ© (luáž„ma) : lien, attache, liaison, affinitĂ©.

10.2  La contrepartie Ă©gyptienne

L’Ă©gyptien connaĂźt lui aussi cette mĂ©tathĂšse. Le nom d’une sorte de pain s’y Ă©crit 𓐍𓈖𓌰𓅓𓏓𓏏 (áž«nm.t / khĂ©nĂšmet), attestĂ© au Papyrus Ebers 97, 11 — et sa racine, prise en mĂ©tathĂšse, donne 𓈖 (n → l) · 𓐍 (áž« → áž„) · 𓅓 (m), soit l-áž„-m.

Le copte confirme : âȗâȁâȕâș, âȗâȁâȕâșâȉ et âțâȗâȁâȕâș (sahidique), âȗâȉâČ­âșâȓ (fayoumique) signifient portion, partie, morceau, fragment. À comparer avec l’arabe Ù„ÙÙ‚Ù’Ù…ÙŽŰ© (luqma), de la racine ل-ق-م — porter Ă  la bouche, nourrir —, qui dĂ©signe le morceau, la bouchĂ©e, la portion de nourriture qu’on porte Ă  la bouche.

Deux racines, un mĂȘme monde. La symĂ©trie est remarquable. D’un cĂŽtĂ© áž„-l-m : la nourrice, le sein, le nourrisson, la douceur. De l’autre, sa mĂ©tathĂšse l-áž„-m : le pain, la chair, le morceau, et le lien. Ce sont les deux faces d’une mĂȘme expĂ©rience — celle qui nourrit et ce dont on nourrit ; celle qui joint et ce qui est joint. Que le mot du lien (Ù„ÙŰ­Ù’Ù…ÙŽŰ©, luáž„ma) et celui de la chair (Ù„ÙŽŰ­Ù’Ù…, laáž„m) soient le mĂȘme dit assez la profondeur de cette solidaritĂ©.

âž»

XI. Attestations pharaoniques

La racine est attestĂ©e dĂšs les Textes des Pyramides d’Ounas đ“ƒč𓈖𓇋𓋮 et de TĂ©ti 𓏏𓏏𓇋, et abondamment dans les Textes des Sarcophages du Moyen Empire. Nous les prĂ©sentons par acception.

11.1  La nourrice

Dans les textes de l’Ancien Empire, la racine s’Ă©crit avec le crible 𓐍 et le couteau 𓌰 — 𓐍𓈖𓌰𓅓𓏏𓅆 (áž«nm.t) — avant que le Moyen Empire n’adopte le trilitĂšre 𓎾 :

ឫnmt.ty qmȝ=tj Wsjr

« Les deux nourrices, sont les deux qui ont pleuré Osiris »

Textes des Pyramides de Téti, antichambre, T/A/W, colonne 25, Spruch {259}, §313 b. Translittération et traduction de M. Claude Carrier, édit. CYBELE 2009. Pages 304-305.

W pj wnnt rd(w )=f t n nty.w
áž«nmt.t=f pj JȜ.t
stt jr(w )=s Êżnáž«=f stt wnnt ms.t

« C’est ledit Ounas vraiment qui donnera du pain Ă  ceux qui existent (car) c’est sa nourrice que Iat : c’est elle qui le fera vivre (car) c’est elle vraiment qui a mis au monde Ounas ! »

Textes des Pyramides d’Ounas, chambre funĂ©raire, W/F/E sup., colonnes 31-32, Spruch {211}, §131 c Ă  131 e. TranslittĂ©ration et traduction de M. Claude Carrier, Ă©dit. CYBELE 2009.

ឫȝw
yrw=j n 2 áž«nmt.t náčŻr
áž«nt(y ).t áž„w.t-náčŻr

« Le bol que j’ai prĂ©parĂ© est pour les deux nourrices du dieu qui prĂ©sident au temple. »

Textes des Sarcophages du Moyen Empire Ă©gyptien, volume 3, CT VII, Spell [1009] (papyrus P. Gard. II), page 224, sections e, f, g. TranslittĂ©ration et traduction de M. Claude Carrier, Éditions du Rocher, 2004. Pages 2140-2141.

áž«mnt.t BȜ.w Jwnw jw.t áž„r Êżq.w n nb r តr

« C’est la nourrice des Bas d’HĂ©liopolis qui est venue, portant des provisions pour le MaĂźtre de Tout ! »

Textes des Sarcophages, volume 1, CT VII, Spell [60] (sarcophage B10CÂȘ), page 253, section b. TranslittĂ©ration et traduction de M. Claude Carrier, Éditions du Rocher, 2004. Pages 138-139.

jnk ឫnmt.t ឫnm.t n(y ).t Wsjr

« (car) m’appartiennent la nourrice (et) le pain-khĂ©nĂ©met d’Osiris ! »

Textes des Sarcophages, volume 1, CT IV, Spell [329] (sarcophage S1C), page 165, section c. TranslittĂ©ration et traduction de M. Claude Carrier, Éditions du Rocher, 2004. Pages 784-785.

Le dĂ©terminatif du faucon. Lorsque le vocable porte le faucon sur pavois 𓅆, il dĂ©signe un roi ou une divinitĂ© : les deux nourrices divines y sont celles du divin-roi Osiris. Et le dernier passage citĂ© est particuliĂšrement Ă©clairant, puisqu’il place cĂŽte Ă  cĂŽte, dans la mĂȘme phrase, la nourrice (áž«nmt.t) et le pain qui porte le mĂȘme nom (áž«nm.t). Celle qui nourrit et ce dont elle nourrit y sont dĂ©signĂ©s par un seul mot.

11.2  Ă‰treindre, enserrer, protĂ©ger, rejoindre

𓏚đ“Č𓀭𓄀𓆑𓂋𓅹𓀭 𓋮𓅓𓋮𓂋đ“Č𓀭𓅃𓋁𓃀𓏏𓏭𓈉𓀭𓎟𓏏𓇋𓐝𓅓𓎛𓏏𓆗𓎾𓅓𓏛 𓋮

Spdw Nfr-bȝw Smsrw កr Ă­Èbty nbt Imáž„t áș–nm.s

« …de Soped, de NĂ©ferbaou, de SĂ©msĂ©ou, d’Horus-l’Oriental, de la MaĂźtresse d’Imehet — qu’elle enserre »

Les Aventures de SinouhĂ©, B208, pages 60-61, Cahier de l’Association d’Égyptologie Isis n° 4, texte hiĂ©roglyphique, translittĂ©ration et traduction commentĂ©e par Patrice Le Guilloux, seconde Ă©dition, Angers 2005.

តd mdw in Nw.t áș–nm(w ).t rd(w )[.t] Êżáž„È
Wsjr N jmȝឫ [n(y)-sw.t] [
]
áș–nm Wsjr N m Êżnáž«(=w )
[m rn]=áčŻ n(y) H̱nm(w ).t Wr[.t]

« Formule Ă  rĂ©citer par Nout qui Ă©treint (et) met le bras autour de l’Osiris N, pensionnĂ© du [roi] [
] Étreins l’Osiris N en tant que vivant [en] ton [nom] de « Grande Étreigneuse » ! »

Textes des Sarcophages, volume 1, CT VII, Spell [803] (sarcophage L2Li), page 9, sections o, p, t, u. TranslittĂ©ration et traduction de M. Claude Carrier, Éditions du Rocher, 2004. Pages 1768-1769.

m áș–nm.t náčŻr.w
áș–nm(w ).t náčŻr.w m ĆĄw(y ).t=sn

« …en tant que protecteur des dieux, qui protĂšge les dieux au moyen de leur ombre ! »

Textes des Pyramides d’Ounas, antichambre, W/A/E inf., colonne 27, Spruch {301}, §446 b. TranslittĂ©ration et traduction de M. Claude Carrier, Ă©dit. CYBELE 2009. Page 160.

Wsjr N
jnk mw.t=k jnk Nw.t
j~n(=j) áș–nm(w )(=j) tw áž«w(w )(=j) tw m áž«.t nb(.t) តw.t

« Osiris N, je suis ta mĂšre, je suis Nout ! C’est (afin) que je puisse te rejoindre (et) te protĂ©ger de toute mauvaise chose que je suis venue ! »

Textes des Sarcophages, volume 1, CT VII, Spell [792] (sarcophage L1Li), page 3, sections h, i, j. TranslittĂ©ration et traduction de M. Claude Carrier, Éditions du Rocher, 2004. Pages 1756-1757.

d(w )=k ráž«(w ) Jmn.t nfr.t
sȝ=k js pw
ms(w )~n MÈœÊż.t
áș–nm(w )=s sw mr(w )=s sw
sȝ=k js <pw> sតt(y )=k js <pw> n gs=k jr(w )~n=k តs=k

« Puisses-tu faire que le Bel Occident sache que c’est ton fils qu’a mis au monde MaĂąt, afin qu’elle le protĂšge (et) qu’elle l’aime, que <c’est> ton fils, que <c’est> ton enfant de ton flanc que tu as créé toi-mĂȘme ! »

Textes des Sarcophages, volume 1, CT VII, Spell [32] (sarcophage B1P), pages 104-106, sections d, e, a, b, c. TranslittĂ©ration et traduction de M. Claude Carrier, Éditions du Rocher, 2004. Pages 52-53.

jw ងȝ.ty m Sឫ.t កtp m-m Rឫ(w ).w
ឫnm(w )=j Wsjr

« Les deux terrains sont dans le Champ de Hotep parmi les Sages (afin que) je prenne soin d’Osiris. »

Textes des Sarcophages, volume 1, CT VII, Spell [1159] (sarcophage B1Be), page 505, sections a, b. TranslittĂ©ration et traduction de M. Claude Carrier, Éditions du Rocher, 2004. Pages 2364-2365.

Ces passages dĂ©ploient toute l’amplitude du verbe : enserrer, Ă©treindre, protĂ©ger, rejoindre, prendre soin. Et l’on notera que Nout y reçoit l’Ă©pithĂšte de Grande Étreigneuse — H̱nm(w ).t Wr.t —, la dĂ©esse du ciel Ă©tant celle qui entoure et enveloppe le mort comme une mĂšre.

âž»

XII. L’Ă©chanson — le jeune qui verse

Le vocable áș–nm servait aussi Ă  dĂ©signer l’Ă©chanson — un jeune garçon ou adolescent, impubĂšre ou pubĂšre. La logique est celle du contenant : l’Ă©chanson est celui qui tient la jarre 𓎾 et verse Ă  boire. Voici trois attestations, oĂč il s’agit de l’Ă©chanson divin :

[តd mdw] j Wr-kȝ=f
áș–nm n(y ) កr sáž«m sáž„ n(y ) RÊż smsw js.t n(y ).t Ptáž„
d n T wr wnm(w ) T jr dd(w )=k

« [Formule Ă  rĂ©citer] Ô Ourkaf, Ă©chanson de Horus, puissant du pavillon de RĂȘ, ancien du palais de Ptah, donne la suffisance Ă  TĂ©ti (afin) que TĂ©ti puisse manger en fonction de ce que tu lui donnes ! »

Textes des Pyramides de Téti, chambre funéraire, T/F/E sup., colonne 34, Spruch {345}, §560 a à 560 c. Translittération et traduction de M. Claude Carrier, édit. CYBELE 2009.

[j(n ) ត-áž„r=k Ȝgb wr]
[áș–nmw] náčŻr.w sĆĄmw n(y ) áž„nmm.t

« [Salut à toi, Grand Flot,] [échanson] des dieux, guide du peuple du soleil ! »

Textes des Pyramides de Téti, chambre funéraire, T/F/E sup., colonne 42, Spruch {348}, §565 a à 565 b. Translittération et traduction de M. Claude Carrier, édit. CYBELE 2009.

Êżáž„Êż(w ) rf Ȝgby áž„r wតង.w Ȝgb(w )
j~n=j áž«r=k áș–nm n(y ) RÊż j~n=j áž«r=k
áž„t(w ) n=k áž„r n(y ) RÊż · ងត(w ) n=k áž„r n(y ) Psត.ty
rd~n=k n=j t ងnq.t · jw=j ងqr=k(w ) · jw=j jb=k(w )

« Qu’Ageb se tienne donc debout sur les autels dĂ©bordant (de nourriture) ! Si je suis venu prĂšs de toi, Ă©chanson de RĂȘ, si je suis venu prĂšs de toi pour qui le visage de RĂȘ est bienveillant (et) pour qui le visage des (deux) EnnĂ©ades est brillant, c’est (parce que) tu m’as donnĂ© du pain (et) de la biĂšre (lorsque) j’étais affamĂ© (et) assoiffĂ© ! »

Textes des Sarcophages, volume 1, CT III, Spell [167] (sarcophage S2C), pages 17-19, sections c, a, b, c, a, b, d. TranslittĂ©ration et traduction de M. Claude Carrier, Éditions du Rocher, 2004. Pages 416-417.

12.1  Un rapprochement Ă  examiner — Űș-ل-م

L’Ă©gyptien áș–nm, qui dĂ©signe Ă  la fois le jeune enfant et l’Ă©chanson, invite Ă  considĂ©rer d’autres vocables : l’hĂ©breu ŚąÖČŚœŚ•ÖŒŚžÖŽŚ™Ś (ÊżÄƒlĆ«mÄ«m, jeunesse, force, vigueur) et ŚąÖ¶ŚœÖ¶Ś (Êżelem, un garçon, un jeune homme cĂ©libataire) ; l’arabe ŰșÙÙ„ÙŽŰ§Ù… (ÄĄulām) et ŰșÙÙ„Ù’Ù…ÙŽŰ© (ÄĄilma) : jeune enfant, adolescent, jouvenceau, serviteur, page, valet, domestique.

La correspondance phonĂ©tique demanderait que la fricative palatale sourde áș– de l’Ă©gyptien rĂ©ponde Ă  la fricative pharyngale voisĂ©e Śą (Êżayin) de l’hĂ©breu et Ă  la fricative vĂ©laire voisĂ©e Űș (ÄĄayn) de l’arabe — correspondance rare, mais non impossible —, tandis que la nasale n rĂ©pondrait Ă  la liquide l, comme nous l’avons Ă©tabli. La racine arabe serait alors Űș-ل-م (ÄĄ-l-m), face Ă  l’Ă©gyptien áș–-n-m.

Une piste, non une conclusion. Ce rapprochement est distinct du prĂ©cĂ©dent et doit ĂȘtre tenu pour tel. Il repose sur une correspondance de premiĂšre radicale que les sources qualifient elles-mĂȘmes de rare (Űș / Śą pour áș–). Nous le versons au dossier comme une piste Ă  examiner, sans lui donner le statut de la dĂ©monstration principale, qui repose, elle, sur Ű­-ل-م.
ÙˆÙŽÙŠÙŽŰ·ÙÙˆÙÙ Űčَلَيْهِمْ ŰșÙÙ„Ù’Ù…ÙŽŰ§Ù†ÙŒÛ­ لَّهُمْ ÙƒÙŽŰŁÙŽÙ†ÙŽÙ‘Ù‡ÙÙ…Ù’ Ù„ÙŰ€Ù’Ù„ÙŰ€ÙŒÛ­ مَّكْنُونٌۭ
Wa yaáč­Ć«fu Êżalayhim ghilmānun lahum kaÊŸannahum luÊŸluÊŸun maknĆ«nun

« Et autour d’eux circuleront des Ă©chansons pareils Ă  des perles cachĂ©es. »

Sourate 52, Ű§Ù„Ű·ÙˆŰ± / Aáč­-áčŹĆ«r / Le Mont, verset 24, page 524, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©ditions Albouraq 2018.

ÙˆÙŽŰŹÙŽŰąŰĄÙŽŰȘْ ŰłÙŽÙŠÙŽÙ‘Ű§Ű±ÙŽŰ©ÙŒÛ­ ÙÙŽŰŁÙŽŰ±Ù’ŰłÙŽÙ„ÙÙˆŰ§ÛŸ ÙˆÙŽŰ§Ű±ÙŰŻÙŽÙ‡ÙÙ…Ù’ ÙÙŽŰŁÙŽŰŻÙ’Ù„ÙŽÙ‰Ù° ŰŻÙŽÙ„Ù’ÙˆÙŽÙ‡ÙÛ„ ۖ Ù‚ÙŽŰ§Ù„ÙŽ ÙŠÙŽÙ°ŰšÙŰŽÙ’Ű±ÙŽÙ‰Ù° Ù‡ÙŽÙ°Ű°ÙŽŰ§ Űșُلَٰمٌۭ ۚ ÙˆÙŽŰŁÙŽŰłÙŽŰ±ÙÙ‘ÙˆÙ‡Ù ŰšÙŰ¶ÙŽÙ°ŰčÙŽŰ©Ù‹Û­ ۚ وَٱللَّهُ ŰčÙŽÙ„ÙÙŠÙ…ÙŒÛą ŰšÙÙ…ÙŽŰ§ يَŰčْمَلُونَ
Wa jāʟat sayyāratun fa-ÊŸarsalĆ« wāridahum fa-ÊŸadlā dalwahu, qāla yā bushrā hādhā ghulāmun, wa ÊŸasarrĆ«hu biážÄÊżatan, wa llāhu ÊżalÄ«mun bimā yaÊżmalĆ«na

« Or, des voyageurs vinrent, qui dĂ©pĂȘchĂšrent un des leurs qui fit descendre son outre pour puiser de l’eau. Il dit : « Bonne nouvelle ! Voici un garçon ! » Et ils le cachĂšrent comme une marchandise. AllĂąh savait fort bien ce qu’ils faisaient. »

Sourate 12, ÙŠÙˆŰłÙ / YĆ«suf, verset 19, page 237, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©ditions Albouraq 2018.

ŚšÖ»Ś˜ÖČŚ€Ö·Ś©Ś Ś‘Ö°ÖŒŚ©ÖžŚ‚ŚšŚ•Öč ŚžÖŽŚ ÖčÖŒŚąÖ·Śš Ś™ÖžŚ©ŚŚ•ÖŒŚ‘ ŚœÖŽŚ™ŚžÖ”Ś™ ŚąÖČŚœŚ•ÖŒŚžÖžŚ™Ś•Śƒ
ru·áč­ÄƒÂ·p̄aĆĄ bə·ƛā·rƍw min·nĆÂ·Êżar yā·ƥƫជ lß·mĂȘ ÊżÄƒÂ·lƫ·māw

« Et sa chair a plus de fraĂźcheur qu’au premier Ăąge, il revient aux jours de sa jeunesse. »

Job 33 : 25, Bible (traduction Louis Segond).

âž»

XIII. Le songe et la pubertĂ© — le dossier de Joseph

La figure de l’Ă©chanson Ă©tant juvĂ©nile, il n’est peut-ĂȘtre pas indiffĂ©rent que la racine arabe Ű­-ل-م porte Ă  la fois les sens de devenir pubĂšre et de rĂȘver. Le verbe Ű­ÙŽÙ„ÙŽÙ…ÙŽ (áž„alama) recouvre l’un et l’autre : la maturation sexuelle du jeune garçon, et les premiers songes nocturnes qu’on lui attribue.

L’acception de rĂȘver pourrait tenir Ă  l’omniprĂ©sence des songes dans l’enfance et Ă  la tendance aux rĂȘves nocturnes chez le jeune pubĂšre — le monde de l’enfance Ă©tant celui du rĂȘve et du merveilleux. Et l’on remarquera que l’Ă©gyptien nommait prĂ©cisĂ©ment le jeune enfant 𓎾𓊾𓈖𓅓𓀔 (áș–nm).

Ces acceptions font songer aux passages bibliques et coraniques consacrĂ©s Ă  une mĂȘme figure prophĂ©tique juvĂ©nile : Joseph, enclin lui-mĂȘme aux songes et interprĂšte de ceux des autres — notamment, dans la Bible, ceux du chef des Ă©chansons de Pharaon et de Pharaon lui-mĂȘme. Dans ces passages, le terme du rĂȘve issu de la racine hĂ©braĂŻque Ś—-ڜ-Śž abonde :

Ś•Ö·Ś™Ö·ÖŒŚ—ÖČŚœÖ覝 ڙڕÖčŚĄÖ”ŚŁ Ś—ÖČŚœŚ•Ö覝 Ś•Ö·Ś™Ö·ÖŒŚ’Ö”ÖŒŚ“ ŚœÖ°ŚÖ¶Ś—ÖžŚ™Ś• Ś•Ö·Ś™ÖŒŚ•ÖčŚĄÖŽŚ€Ś•ÖŒ ŚąŚ•Ö覓 کְڂڠÖ茐 ڐÖčŚȘŚ•Ö范
way·ya·ងă·lƍm yĆÂ·w·sĂȘp̄ ងă·lĆÂ·wm way·yag·gĂȘត lə·ʟe·ងāw way·yĆÂ·w·si·pÌ„Ć« ÊżĆÂ·wត ƛə·nƍ ÊŸĆÂ·áčŻĆw

« Joseph eut un songe, et il le raconta à ses frÚres, qui le haïrent encore davantage. »

GenĂšse 37 : 5, Bible (traduction Louis Segond).

ڕַڙÖčÖŒŚŚžÖ¶Śš ڐÖČŚœÖ”Ś™Ś”Ö¶Ś Ś©ÖŽŚŚžÖ°ŚąŚ•ÖŒÖŸŚ ÖžŚ ڔַڗÖČŚœŚ•Ö覝 Ś”Ö·Ś–Ö¶ÖŒŚ” ڐÖČŚ©Ö¶ŚŚš Ś—ÖžŚœÖžŚžÖ°ŚȘÖŽÖŒŚ™Śƒ
way·yĆÂ·mer ʟă·lĂȘ·hem ĆĄimÂ·ÊżĆ«-nā ha·ងă·lĆÂ·wm haz·zeh ÊŸÄƒÂ·ĆĄer ងā·lā·mə·tĂź

« Il leur dit : Écoutez donc ce songe que j’ai eu ! »

GenĂšse 37 : 6, Bible (traduction Louis Segond).

Ś•Ö·Ś™Ö·ÖŒŚ—ÖČŚœÖ覝 ŚąŚ•Ö覓 Ś—ÖČŚœŚ•Ö覝 ŚÖ·Ś—Ö”Śš Ś•Ö·Ś™Ö°ŚĄÖ·Ś€Ö”ÖŒŚš ڐÖčŚȘŚ•Öč ŚœÖ°ŚÖ¶Ś—ÖžŚ™Ś• ڕַڙÖčÖŒŚŚžÖ¶Śš Ś”ÖŽŚ Ö”ÖŒŚ” Ś—ÖžŚœÖ·ŚžÖ°ŚȘÖŽÖŒŚ™ Ś—ÖČŚœŚ•Ö覝 ŚąŚ•Ö覓 Ś•Ö°Ś”ÖŽŚ Ö”ÖŒŚ” Ś”Ö·Ś©Ö¶ÖŒŚŚžÖ¶Ś©Ś Ś•Ö°Ś”Ö·Ś™ÖžÖŒŚšÖ”Ś—Ö· ڕְڐַڗַړ ŚąÖžŚ©ÖžŚ‚Śš Ś›ÖŒŚ•ÖčŚ›ÖžŚ‘ÖŽŚ™Ś ŚžÖŽŚ©Ö°ŚŚȘÖ·ÖŒŚ—ÖČŚ•ÖŽŚ™Ś ŚœÖŽŚ™Śƒ
way·ya·ងă·lƍm ÊżĆÂ·wត ងă·lĆÂ·wm ÊŸa·ងĂȘr way·sap·pĂȘr ÊŸĆÂ·áčŻĆw lə·ʟe·ងāw way·yĆÂ·mer hin·nĂȘh ងā·lam·tĂź ងă·lĆÂ·wm ÊżĆÂ·wត wə·hin·nĂȘh haƥ·ƥe·meĆĄ wə·hay·yā·rĂȘ·aáž„ wə·ʟa·ងaត ÊżÄÂ·Ć›Är kĆÂ·w·បā·ជßm miƥ·ta·ងă·wĂźm lĂź

« Il eut encore un autre songe, et il le raconta Ă  ses frĂšres. Il dit : J’ai eu encore un songe ! Et voici, le soleil, la lune et onze Ă©toiles se prosternaient devant moi. »

GenĂšse 37 : 9, Bible (traduction Louis Segond).

Ś•Ö·Ś™Ö°ŚĄÖ·Ś€Ö”ÖŒŚš Ś©Ö·Ś‚ŚšÖŸŚ”Ö·ŚžÖ·ÖŒŚ©Ö°ŚŚ§ÖŽŚ™Ś ڐֶŚȘÖŸŚ—ÖČŚœÖčŚžŚ•Öč ŚœÖ°Ś™Ś•ÖčŚĄÖ”ŚŁ ڕַڙÖčÖŒŚŚžÖ¶Śš ŚœŚ•Öč Ś‘Ö·ÖŒŚ—ÖČŚœŚ•ÖčŚžÖŽŚ™ Ś•Ö°Ś”ÖŽŚ Ö”ÖŒŚ”ÖŸŚ’Ö¶Ś€Ö¶ŚŸ ŚœÖ°Ś€ÖžŚ ÖžŚ™Śƒ
way·sap·pĂȘr ƛar-ham·maƥ·qĂźm ÊŸĂȘáčŻ áž„ÄƒÂ·lĆÂ·mƍw lə·yĆÂ·w·sĂȘp̄ way·yĆÂ·mer lƍw ba·ងă·lĆÂ·w·mĂź wə·hin·nĂȘh-ឥe·p̄en lə·p̄ā·nāy

« Le chef des échansons raconta son songe à Joseph, et lui dit : Dans mon songe, voici, il y avait un cep devant moi. »

GenĂšse 40 : 9, Bible (traduction Louis Segond).

Ś•Ö°Ś©ÖžŚŚ ŚÖŽŚȘÖžÖŒŚ Ś•ÖŒ Ś Ö·ŚąÖ·Śš ŚąÖŽŚ‘Ö°ŚšÖŽŚ™ ŚąÖ¶Ś‘Ö¶Ś“ ŚœÖ°Ś©Ö·Ś‚Śš Ś”Ö·Ś˜Ö·ÖŒŚ‘ÖžÖŒŚ—ÖŽŚ™Ś Ś•Ö·Ś Ö°ÖŒŚĄÖ·Ś€Ö¶ÖŒŚšÖŸŚœŚ•Öč Ś•Ö·Ś™ÖŽÖŒŚ€Ö°ŚȘÖžÖŒŚšÖŸŚœÖžŚ Ś•ÖŒ ڐֶŚȘÖŸŚ—ÖČŚœÖ覞ÖčŚȘÖ”Ś™Ś Ś•ÖŒ ŚÖŽŚ™Ś©Ś Ś›Ö·ÖŒŚ—ÖČŚœÖčŚžŚ•Öč Ś€ÖžÖŒŚȘÖžŚšŚƒ
wə·ƥām ÊŸit·tā·nĆ« naÂ·Êżar Êżiជ·rĂź Êże·ជeត lə·ƛar haáč­Â·áč­ab·bā·ងßm wan·nə·sap·per-lƍw way·yip̄·tār-lā·nĆ« ÊŸĂȘáčŻ áž„ÄƒÂ·lĆÂ·mĆÂ·áčŻĂȘ·nĆ« ÊŸĂźĆĄ ka·ងă·lĆÂ·mƍw pā·áčŻÄr

« Il y avait là avec nous un jeune Hébreu, esclave du chef des gardes. Nous lui racontùmes nos songes, et il nous les expliqua. »

GenĂšse 41 : 12, Bible (traduction Louis Segond).

ڕַڙÖčÖŒŚŚžÖ¶Śš Ś€Ö·ÖŒŚšÖ°ŚąÖ覔 ŚÖ¶ŚœÖŸŚ™Ś•ÖčŚĄÖ”ŚŁ Ś—ÖČŚœŚ•Ö覝 Ś—ÖžŚœÖ·ŚžÖ°ŚȘÖŽÖŒŚ™ Ś•ÖŒŚ€ÖčŚȘÖ”Śš ŚÖ”Ś™ŚŸ ڐÖčŚȘŚ•Öč Ś•ַڐÖČŚ ÖŽŚ™ Ś©ÖžŚŚžÖ·ŚąÖ°ŚȘÖŽÖŒŚ™ ŚąÖžŚœÖ¶Ś™ŚšÖž ŚœÖ”ŚŚžÖ茚 ŚȘÖŽÖŒŚ©Ö°ŚŚžÖ·Śą Ś—ÖČŚœŚ•Ö覝 ŚœÖŽŚ€Ö°ŚȘÖčÖŒŚš ڐÖčŚȘŚ•Ö范
way·yĆÂ·mer parÂ·ÊżĆh ÊŸel-yĆÂ·w·sĂȘp̄ ងă·lĆÂ·wm ងā·lam·tĂź ƫ·pÌ„ĆÂ·áčŻĂȘr ÊŸĂȘn ÊŸĆÂ·áčŻĆw wa·ʟă·nĂź ƥā·maÊżÂ·tĂź ÊżÄÂ·le·បā lĂȘ·mƍr tiƥ·maÊż ងă·lĆÂ·wm lip̄·tƍr ÊŸĆÂ·áčŻĆw

« Pharaon dit Ă  Joseph : J’ai eu un songe. Personne ne peut l’expliquer ; et j’ai appris que tu expliques un songe, aprĂšs l’avoir entendu. »

GenĂšse 41 : 15, Bible (traduction Louis Segond).

âž»

XIV. Le puits — l’eau rassemblĂ©e

𓎾𓏏𓈟𓈗 (lire áș–nm.t) dĂ©signe le puits, la citerne, le bassin, la fontaine, la source, le point d’eau. Le scribe emploie pour l’Ă©crire le trilitĂšre 𓎾 — la jarre de pierre Ă  anse, contenant destinĂ© Ă  conserver les liquides. L’unitĂ© de sens est parfaite : le puits est ce qui rassemble l’eau, comme la nourrice rassemble l’enfant contre elle.

đ“€€đ“‡‹đ“…“đ“‹Žđ“‚§đ“đ“€œđ“·đ“€đ“‹Žđ“„Šđ“…“đ“…±đ“†°đ“„đ“Žžđ“…“đ“đ“ˆ™đ“„ 𓋮

i im.s dr.t(i) áž„r smw(.s) áș–nmwt.s

« …d’elle : Ă©tant chassĂ©e des pĂąturages et des puits »

Les Aventures de SinouhĂ©, B102, pages 44-45, Cahier de l’Association d’Égyptologie Isis n° 4, texte hiĂ©roglyphique, translittĂ©ration et traduction commentĂ©e par Patrice Le Guilloux, seconde Ă©dition, Angers 2005.

swr(w )=f m mw n(y ).w áș–nm.t

« Qu’il boive de l’eau de son puits ! »

Textes des Sarcophages, tome 3, CT VII, Spell [908] (sarcophage G1Be), page 112, section p. TranslittĂ©ration et traduction de M. Claude Carrier, Éditions du Rocher, 2004. Pages 1940-1941.

14.1  Le puits du salut — Hagar l’Égyptienne

Le puits symbolise le salut et la bĂ©nĂ©diction divine dans nombre de traditions. On se rappellera la figure maternelle de Hagar l’Égyptienne, servante d’Abraham, chassĂ©e au dĂ©sert avec son fils. Manquant d’eau et voyant l’enfant prĂšs de mourir de soif, elle se lamente ; Dieu lui envoie un ange et lui fait voir un puits, oĂč elle emplit son outre et sauve l’enfant.

Ś•Ö·Ś™Ö·ÖŒŚ©Ö°ŚŚ›Ö”ÖŒŚ ŚÖ·Ś‘Ö°ŚšÖžŚ”ÖžŚ Ś‘Ö·ÖŒŚ‘ÖčÖŒŚ§Ö¶Śš Ś•Ö·Ś™ÖŽÖŒŚ§Ö·ÖŒŚ—ÖŸŚœÖ¶Ś—Ö¶Ś Ś•Ö°Ś—Ö”ŚžÖ·ŚȘ ŚžÖ·Ś™ÖŽŚ Ś•Ö·Ś™ÖŽÖŒŚȘÖ”ÖŒŚŸ ŚÖ¶ŚœÖŸŚ”ÖžŚ’ÖžŚš Ś©ÖžŚ‚Ś ŚąÖ·ŚœÖŸŚ©ÖŽŚŚ›Ö°ŚžÖžŚ”ÖŒ ڕְڐֶŚȘÖŸŚ”Ö·Ś™Ö¶ÖŒŚœÖ¶Ś“ Ś•Ö·Ś™Ö°Ś©Ö·ŚŚœÖ°ÖŒŚ—Ö¶Ś”Öž ڕַŚȘÖ”ÖŒŚœÖ¶ŚšÖ° ڕַŚȘÖ”ÖŒŚȘÖ·Śą Ś‘Ö°ÖŒŚžÖŽŚ“Ö°Ś‘Ö·ÖŒŚš Ś‘Ö°ÖŒŚÖ”Śš Ś©ÖžŚŚ‘Ö·ŚąŚƒ
way·yaƥ·kĂȘm ÊŸaជ·rā·hām bab·bĆÂ·qer way·yiq·qaáž„ le·ងem wə·ងĂȘ·maáčŻ ma·yim way·yit·tĂȘn ÊŸel-hā·ឥār ƛām Êżal-ĆĄiប·māh wə·ʟĂȘáčŻ hay·ye·leត way·ƥal·lə·ងe·hā wat·tĂȘ·leáž” wat·tĂȘ·áčŻaÊż bə·miត·bar bə·ʟĂȘr ƥā·ជaÊż

« Abraham se leva de bon matin ; il prit du pain et une outre d’eau, qu’il donna Ă  Agar et plaça sur son Ă©paule ; il lui remit aussi l’enfant, et la renvoya. Elle s’en alla, et s’égara dans le dĂ©sert de Beer-SchĂ©ba. »

GenĂšse 21 : 14, Bible (traduction Louis Segond).

Ś•Ö·Ś™ÖŽÖŒŚ›Ö°ŚœŚ•ÖŒ Ś”Ö·ŚžÖ·ÖŒŚ™ÖŽŚ ŚžÖŽŚŸÖŸŚ”Ö·Ś—Ö”ŚžÖ¶ŚȘ ڕַŚȘÖ·ÖŒŚ©Ö°ŚŚœÖ”ŚšÖ° ڐֶŚȘÖŸŚ”Ö·Ś™Ö¶ÖŒŚœÖ¶Ś“ ŚȘÖ·ÖŒŚ—Ö·ŚȘ ڐַڗַړ Ś”Ö·Ś©ÖŽÖŒŚ‚Ś™Ś—ÖŽŚŚƒ
way·yiប·lĆ« ham·mā·yim min-ha·ងĂȘ·meáčŻ wat·taƥ·lĂȘáž” ÊŸĂȘáčŻ hay·ye·leត ta·ងaáčŻ ÊŸa·ងaត haƛ·ƛß·ងim

« Quand l’eau de l’outre fut Ă©puisĂ©e, elle laissa l’enfant sous un des arbrisseaux. »

GenĂšse 21 : 15, Bible (traduction Louis Segond).

ڕַŚȘÖ”ÖŒŚœÖ¶ŚšÖ° ڕַŚȘÖ”ÖŒŚ©Ö¶ŚŚ‘ ŚœÖžŚ”ÖŒ ŚžÖŽŚ Ö¶ÖŒŚ’Ö¶Ś“ Ś”Ö·ŚšÖ°Ś—Ö”Ś§ Ś›ÖŽÖŒŚžÖ°Ś˜Ö·Ś—ÖČŚ•֔ڙ ڧֶکֶځŚȘ Ś›ÖŽÖŒŚ™ ŚÖžŚžÖ°ŚšÖžŚ” ŚÖ·ŚœÖŸŚÖ¶ŚšÖ°ŚÖ¶Ś” Ś‘Ö°ÖŒŚžŚ•ÖčŚȘ Ś”Ö·Ś™ÖžÖŒŚœÖ¶Ś“ ڕַŚȘÖ”ÖŒŚ©Ö¶ŚŚ‘ ŚžÖŽŚ Ö¶ÖŒŚ’Ö¶Ś“ ڕַŚȘÖŽÖŒŚ©ÖžÖŒŚ‚Ś ڐֶŚȘÖŸŚ§ÖčŚœÖžŚ”ÖŒ ڕַŚȘÖ”ÖŒŚ‘Ö°ŚšÖ°ÖŒŚƒ
wat·tĂȘ·leáž” wat·tĂȘ·ƥeᾇ lāh min·ne·ឥeត har·ងĂȘq kim·áč­a·ងă·wĂȘ qe·ƥeáčŻ kĂź ʟā·mə·rāh ÊŸal-ÊŸer·ʟeh bə·mĆÂ·wáčŻ hay·yā·leត wat·tĂȘ·ƥeᾇ min·ne·ឥeត wat·tiƛ·ƛā ÊŸĂȘáčŻ qĆÂ·lāh wat·tĂȘ·ជək

« …et alla s’asseoir vis-Ă -vis, Ă  une portĂ©e d’arc ; car elle disait : Que je ne voie pas mourir mon enfant ! Elle s’assit donc vis-Ă -vis de lui, Ă©leva la voix et pleura. »

GenĂšse 21 : 16, Bible (traduction Louis Segond).

Ś•Ö·Ś™ÖŽÖŒŚ©Ö°ŚŚžÖ·Śą ڐֱڜÖčŚ”ÖŽŚ™Ś ڐֶŚȘÖŸŚ§Ś•Ö覜 Ś”Ö·Ś Ö·ÖŒŚąÖ·Śš Ś•Ö·Ś™ÖŽÖŒŚ§Ö°ŚšÖžŚ ŚžÖ·ŚœÖ°ŚÖ·ŚšÖ° ڐֱڜÖčŚ”ÖŽŚ™Ś ŚÖ¶ŚœÖŸŚ”ÖžŚ’ÖžŚš ŚžÖŽŚŸÖŸŚ”Ö·Ś©ÖžÖŒŚŚžÖ·Ś™ÖŽŚ ڕַڙÖčÖŒŚŚžÖ¶Śš ŚœÖžŚ”ÖŒ ŚžÖ·Ś”ÖŸŚœÖžÖŒŚšÖ° Ś”ÖžŚ’ÖžŚš ŚÖ·ŚœÖŸŚȘÖŽÖŒŚ™ŚšÖ°ŚÖŽŚ™ Ś›ÖŽÖŒŚ™ÖŸŚ©ÖžŚŚžÖ·Śą ڐֱڜÖčŚ”ÖŽŚ™Ś ŚÖ¶ŚœÖŸŚ§Ś•Ö覜 Ś”Ö·Ś Ö·ÖŒŚąÖ·Śš Ś‘Ö·ÖŒŚÖČŚ©Ö¶ŚŚš Ś”Ś•ÖŒŚÖŸŚ©ÖžŚŚŚƒ
way·yiƥ·maÊż ʟĕ·lĆÂ·hĂźm ÊŸĂȘáčŻ qĆÂ·wl han·naÂ·Êżar way·yiq·rā mal·ʟaáž” ʟĕ·lĆÂ·hĂźm ÊŸel-hā·ឥār min-haƥ·ƥā·ma·yim way·yĆÂ·mer lāh mah-lāប hā·ឥār ÊŸal-tß·rÉ™Â·ÊŸĂź kĂź-ƥā·maÊż ʟĕ·lĆÂ·hĂźm ÊŸel-qĆÂ·wl han·naÂ·Êżar baÂ·ÊŸÄƒÂ·ĆĄer hĆ«-ƥām

« Dieu entendit la voix de l’enfant ; et l’ange de Dieu appela du ciel Agar, et lui dit : Qu’as-tu, Agar ? Ne crains point, car Dieu a entendu la voix de l’enfant dans le lieu oĂč il est. »

GenĂšse 21 : 17, Bible (traduction Louis Segond).

Ś•Ö·Ś™ÖŽÖŒŚ€Ö°Ś§Ö·Ś— ڐֱڜÖčŚ”ÖŽŚ™Ś ڐֶŚȘÖŸŚąÖ”Ś™Ś Ö¶Ś™Ś”Öž ڕַŚȘÖ”ÖŒŚšÖ¶Ś Ś‘Ö°ÖŒŚÖ”Śš ŚžÖžŚ™ÖŽŚ ڕַŚȘÖ”ÖŒŚœÖ¶ŚšÖ° ڕַŚȘÖ°ÖŒŚžÖ·ŚœÖ”ÖŒŚ ڐֶŚȘÖŸŚ”Ö·Ś—Ö”ŚžÖ¶ŚȘ ŚžÖ·Ś™ÖŽŚ ڕַŚȘÖ·ÖŒŚ©Ö°ŚŚ§Ö° ڐֶŚȘÖŸŚ”Ö·Ś ÖžÖŒŚąÖ·ŚšŚƒ
way·yip̄·qaáž„ ʟĕ·lĆÂ·hĂźm ÊŸĂȘáčŻ ÊżĂȘ·ne·hā wat·tĂȘ·re bə·ʟĂȘr mā·yim wat·tĂȘ·leáž” wat·tə·mal·lĂȘ ÊŸĂȘáčŻ ha·ងĂȘ·meáčŻ ma·yim wat·taĆĄq ÊŸĂȘáčŻ han·nÄÂ·Êżar

« Et Dieu lui ouvrit les yeux, et elle vit un puits d’eau ; elle alla remplir d’eau l’outre, et donna Ă  boire Ă  l’enfant. »

GenĂšse 21 : 19, Bible (traduction Louis Segond).

Trois mots dans une mĂȘme scĂšne. Ce rĂ©cit rassemble, comme par nĂ©cessitĂ©, tout le champ que nous avons parcouru. Le pain ŚœÖ¶Ś—Ö¶Ś (leáž„em), qui est la mĂ©tathĂšse de notre racine. L’outre Ś—Ö”ŚžÖ¶ŚȘ (ងēmeáčŻ), le contenant en peau que l’on rapproche d’une racine signifiant « joindre ». Et le puits, que l’Ă©gyptien nomme 𓎾𓏏𓈟𓈗 (áș–nm.t). Une mĂšre Ă©gyptienne, un enfant assoiffĂ©, une outre et un puits : la scĂšne biblique dĂ©ploie, sans le savoir, le lexique entier de la jonction et du soin.

âž»

XV. Attestations coraniques de Ű­-ل-م

La racine Ű­-ل-م figure vingt-et-une fois dans le Coran. Nous en prĂ©sentons quelques-unes, classĂ©es par acception.

15.1  LonganimitĂ©, indulgence

قَوْلٌۭ مَّŰčÙ’Ű±ÙÙˆÙÙŒÛ­ وَمَŰșÙ’ÙÙŰ±ÙŽŰ©ÙŒ ŰźÙŽÙŠÙ’Ű±ÙŒÛ­ مِّن Ű”ÙŽŰŻÙŽÙ‚ÙŽŰ©ÙÛą يَŰȘÙ’ŰšÙŽŰčÙÙ‡ÙŽŰą ŰŁÙŽŰ°Ù‹Û­Ù‰ ۗ وَٱللَّهُ Űșَنِىٌّ Ű­ÙŽÙ„ÙÙŠÙ…ÙŒÛ­
Qawlun maÊżrĆ«fun wa maghfiratun khayrun min áčŁadaqatin yatbaÊżuhā ÊŸadhan, wa llāhu ghaniyyun áž„alÄ«mun

« Un dire reconnu convenable et un pardon valent mieux que largesse suivie de sévices. Allùh, Autosuffisant, Longanime. »

Sourate 2, Ű§Ù„ŰšÙ‚Ű±Ű© / Al-Baqara / La Vache, verset 263, page 44, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©ditions Albouraq 2018.

Ű„ÙÙ†ÙŽÙ‘ Ű„ÙŰšÙ’Ű±ÙŽÙ°Ù‡ÙÙŠÙ…ÙŽ Ù„ÙŽŰ­ÙŽÙ„ÙÙŠÙ…ÙŒ ŰŁÙŽÙˆÙŽÙ‘Ù°Ù‡ÙŒÛ­ Ù…ÙÙ‘Ù†ÙÙŠŰšÙŒÛ­
ʟInna ʟibrāhīma la-ងalīmun ʟawwāhun munībun

« Vraiment, Abraham était longanime, sans cesse implorant, repentant. »

Sourate 11, Ù‡ÙˆŰŻ / HĆ«d, verset 75, page 205, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©ditions Albouraq 2018.

ÙÙŽŰšÙŽŰŽÙŽÙ‘Ű±Ù’Ù†ÙŽÙ°Ù‡Ù ŰšÙŰșُلَٰمٍ Ű­ÙŽÙ„ÙÙŠÙ…ÙÛą
Fa-bashsharnāhu bi-ghulāmin ងalīmin

« Alors, Nous lui fĂźmes la bonne annonce d’un adolescent longanime. »

Sourate 37, Ű§Ù„Ű”Ű§ÙŰ§ŰȘ / AáčŁ-áčąÄffāt, verset 101, page 449, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©ditions Albouraq 2018.

ŰȘÙŰłÙŽŰšÙÙ‘Ű­Ù لَهُ Ù±Ù„ŰłÙŽÙ‘Ù…ÙŽÙ°ÙˆÙŽÙ°ŰȘُ Ù±Ù„ŰłÙŽÙ‘ŰšÙ’Űčُ ÙˆÙŽÙ±Ù„Ù’ŰŁÙŽŰ±Ù’Ű¶Ù وَمَن فِيهِنَّ ۚ ÙˆÙŽŰ„ÙÙ† مِّن ŰŽÙŽÙ‰Ù’ŰĄÙ Ű„ÙÙ„ÙŽÙ‘Ű§ ÙŠÙŰłÙŽŰšÙÙ‘Ű­Ù ŰšÙŰ­ÙŽÙ…Ù’ŰŻÙÙ‡ÙÛŠ وَلَٰكِن Ù„ÙŽÙ‘Ű§ ŰȘَفْقَهُونَ ŰȘÙŽŰłÙ’ŰšÙÙŠŰ­ÙŽÙ‡ÙÙ…Ù’ ۗ Ű„ÙÙ†ÙŽÙ‘Ù‡ÙÛ„ ÙƒÙŽŰ§Ù†ÙŽ Ű­ÙŽÙ„ÙÙŠÙ…Ù‹Ű§ ŰșÙŽÙÙÙˆŰ±Ù‹Û­Ű§
Tusabbiáž„u lahu s-samāwātu s-sabÊżu wa-l-ÊŸarឍu wa man fÄ«hinna, wa ÊŸin min shayÊŸin ÊŸillā yusabbiáž„u bi-áž„amdihi wa lākin lā tafqahĆ«na tasbīងahum, ÊŸinnahu kāna áž„alÄ«man ghafĆ«ran

« Pour Lui, les sept cieux, et la terre, et ceux qui s’y trouvent s’immergent dans l’Insondable… Vraiment, Lui se rĂ©vĂšle TrĂšs-Longanime, TrĂšs-Recouvreur ! »

Sourate 17, Ű§Ù„Ű„ŰłŰ±Ű§ŰĄ / Al-Isrāʟ / Le Voyage nocturne, verset 44, page 286, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©ditions Albouraq 2018.

On relĂšvera le verset 101 de la sourate 37, qui rĂ©unit dans une mĂȘme expression les deux racines examinĂ©es : ŰșÙÙ„ÙŽŰ§Ù… (ghulām, l’adolescent) et Ű­ÙŽÙ„ÙÙŠÙ… (áž„alÄ«m, le longanime).

15.2  La pubertĂ©

ÙŠÙŽÙ°Ù“ŰŁÙŽÙŠÙÙ‘Ù‡ÙŽŰ§ Ù±Ù„ÙŽÙ‘Ű°ÙÙŠÙ†ÙŽ ŰĄÙŽŰ§Ù…ÙŽÙ†ÙÙˆŰ§ÛŸ Ù„ÙÙŠÙŽŰłÙ’ŰȘÙŽÙ€Ù’Ù”Ű°ÙÙ†ÙƒÙÙ…Ù Ù±Ù„ÙŽÙ‘Ű°ÙÙŠÙ†ÙŽ مَلَكَŰȘْ ŰŁÙŽÙŠÙ’Ù…ÙŽÙ°Ù†ÙÙƒÙÙ…Ù’ ÙˆÙŽÙ±Ù„ÙŽÙ‘Ű°ÙÙŠÙ†ÙŽ لَمْ ÙŠÙŽŰšÙ’Ù„ÙŰșÙÙˆŰ§ÛŸ Ù±Ù„Ù’Ű­ÙÙ„ÙÙ…ÙŽ مِنكُمْ Ű«ÙŽÙ„ÙŽÙ°Ű«ÙŽ Ù…ÙŽŰ±ÙŽÙ‘Ù°ŰȘÙÛą ۚ مِّن Ù‚ÙŽŰšÙ’Ù„Ù Ű”ÙŽÙ„ÙŽÙˆÙ°Ű©Ù Ù±Ù„Ù’ÙÙŽŰŹÙ’Ű±Ù ÙˆÙŽŰ­ÙÙŠÙ†ÙŽ ŰȘÙŽŰ¶ÙŽŰčُونَ Ű«ÙÙŠÙŽŰ§ŰšÙŽÙƒÙÙ… مِّنَ Ù±Ù„ŰžÙŽÙ‘Ù‡ÙÙŠŰ±ÙŽŰ©Ù ÙˆÙŽÙ…ÙÙ†Ûą ŰšÙŽŰčÙ’ŰŻÙ Ű”ÙŽÙ„ÙŽÙˆÙ°Ű©Ù ٱلْŰčÙŰŽÙŽŰąŰĄÙ
Yā ÊŸayyuhā lladhÄ«na ʟāmanĆ« liyastaÊŸdhinkumu lladhÄ«na malakat ÊŸaymānukum wa-lladhÄ«na lam yablughĆ« l-áž„uluma minkum thalātha marrātin min qabli áčŁalāti l-fajri wa ងīna taឍaÊżĆ«na thiyābakum mina áș“-áș“ahÄ«rati wa min baÊżdi áčŁalāti l-Êżishāʟi

« Ô vous qui avez mis en Ɠuvre le DĂ©pĂŽt confiĂ© ! Que vos captifs et ceux parmi vous qui n’ont pas atteint la pubertĂ© demandent votre accord (pour entrer) en trois occurrences : avant la priĂšre de l’aube, au moment de vous dĂ©faire de vos vĂȘtements au milieu du jour, et aprĂšs la priĂšre de nuit. »

Sourate 24, Ű§Ù„Ù†ÙˆŰ± / An-NĆ«r / La LumiĂšre, verset 58, page 357, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©ditions Albouraq 2018.

ÙˆÙŽŰ„ÙŰ°ÙŽŰ§ ŰšÙŽÙ„ÙŽŰșَ Ù±Ù„Ù’ŰŁÙŽŰ·Ù’ÙÙŽÙ°Ù„Ù مِنكُمُ Ù±Ù„Ù’Ű­ÙÙ„ÙÙ…ÙŽ ÙÙŽÙ„Ù’ÙŠÙŽŰłÙ’ŰȘÙŽÙ€Ù’Ù”Ű°ÙÙ†ÙÙˆŰ§ÛŸ ÙƒÙŽÙ…ÙŽŰ§ Ù±ŰłÙ’ŰȘÙŽÙ€Ù’Ù”Ű°ÙŽÙ†ÙŽ Ù±Ù„ÙŽÙ‘Ű°ÙÙŠÙ†ÙŽ مِن Ù‚ÙŽŰšÙ’Ù„ÙÙ‡ÙÙ…Ù’ ۚ ÙƒÙŽŰ°ÙŽÙ°Ù„ÙÙƒÙŽ ÙŠÙŰšÙŽÙŠÙÙ‘Ù†Ù ٱللَّهُ لَكُمْ ŰĄÙŽŰ§ÙŠÙŽÙ°ŰȘِهِۊ ۗ وَٱللَّهُ Űčَلِيمٌ Ű­ÙŽÙƒÙÙŠÙ…ÙŒÛ­
Wa ÊŸidhā balagha l-ÊŸaáč­fālu minkumu l-áž„uluma fal-yastaÊŸdhinĆ« kamā staÊŸdhana lladhÄ«na min qablihim, kadhālika yubayyinu llāhu lakum ʟāyātihi, wa llāhu ÊżalÄ«mun áž„akÄ«mun

« Et lorsque vos jeunes enfants atteignent la pubertĂ©, qu’ils demandent votre accord (pour entrer) comme le font leurs aĂźnĂ©s. Ainsi, AllĂąh rend Ses Signes explicites pour vous. AllĂąh, Savant, Sage. »

Sourate 24, Ű§Ù„Ù†ÙˆŰ± / An-NĆ«r / La LumiĂšre, verset 59, page 358, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©ditions Albouraq 2018.

15.3  Le songe

Ù‚ÙŽŰ§Ù„ÙÙˆÙ“Ű§ÛŸ ŰŁÙŽŰ¶Ù’ŰșÙŽÙ°Ű«Ù ŰŁÙŽŰ­Ù’Ù„ÙŽÙ°Ù…ÙÛą ۖ ÙˆÙŽÙ…ÙŽŰ§ Ù†ÙŽŰ­Ù’Ù†Ù ŰšÙŰȘÙŽŰŁÙ’ÙˆÙÙŠÙ„Ù Ù±Ù„Ù’ŰŁÙŽŰ­Ù’Ù„ÙŽÙ°Ù…Ù ŰšÙŰčَٰلِمِينَ
QālĆ« ÊŸaឍghāthu ÊŸaáž„lāmin, wa mā naáž„nu bi-taÊŸwÄ«li l-ÊŸaáž„lāmi bi-ÊżÄlimÄ«na

« Et ils dirent : « Amas confus de songes ! Et concernant la signification des songes, nous ne sommes pas savants ! » »

Sourate 12, ÙŠÙˆŰłÙ / YĆ«suf / Joseph, verset 44, page 241, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©ditions Albouraq 2018.

ŰšÙŽÙ„Ù’ Ù‚ÙŽŰ§Ù„ÙÙˆÙ“Ű§ÛŸ ŰŁÙŽŰ¶Ù’ŰșÙŽÙ°Ű«Ù ŰŁÙŽŰ­Ù’Ù„ÙŽÙ°Ù…ÙÛ­ ŰšÙŽÙ„Ù ٱفْŰȘÙŽŰ±ÙŽÙ‰Ù°Ù‡Ù ŰšÙŽÙ„Ù’ هُوَ ŰŽÙŽŰ§ŰčÙŰ±ÙŒÛ­ ÙÙŽÙ„Ù’ÙŠÙŽŰŁÙ’ŰȘÙÙ†ÙŽŰ§ ŰšÙÙ€ÙŽÙ”Ű§ÙŠÙŽŰ©ÙÛą ÙƒÙŽÙ…ÙŽŰą ŰŁÙŰ±Ù’ŰłÙÙ„ÙŽ Ù±Ù„Ù’ŰŁÙŽÙˆÙŽÙ‘Ù„ÙÙˆÙ†ÙŽ
Bal qālĆ« ÊŸaឍghāthu ÊŸaáž„lāmin bali ftarāhu bal huwa shÄÊżirun fal-yaÊŸtinā bi-ʟāyatin kamā ÊŸursila l-ÊŸawwalĆ«na

« Bien plus, ils dirent : « Des mĂ©langes confus de songes ! Plus ! Il a inventĂ© cela ! Plus encore, c’est un poĂšte ! Alors, qu’il nous apporte un Signe semblable Ă  celui avec lequel les Premiers ont Ă©tĂ© missionnĂ©s ! » »

Sourate 21, Ű§Ù„ŰŁÙ†ŰšÙŠŰ§ŰĄ / Al-Anbiyāʟ / Les ProphĂštes, verset 5, page 322, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©ditions Albouraq 2018.

ŰŁÙŽÙ…Ù’ ŰȘÙŽŰŁÙ’Ù…ÙŰ±ÙÙ‡ÙÙ…Ù’ ŰŁÙŽŰ­Ù’Ù„ÙŽÙ°Ù…ÙÙ‡ÙÙ… ŰšÙÙ‡ÙŽÙ°Ű°ÙŽŰą ۚ ŰŁÙŽÙ…Ù’ هُمْ قَوْمٌۭ Ű·ÙŽŰ§Űșُونَ
ÊŸAm taÊŸmuruhum ÊŸaáž„lāmuhum bihādhā ÊŸam hum qawmun áč­ÄghĆ«na

« Ou bien est-ce leurs songes qui leur commandent ceci, ou bien sont-ils des tenants qui transgressent les limites ? »

Sourate 52, Ű§Ù„Ű·ÙˆŰ± / Aáč­-áčŹĆ«r / Le Mont, verset 32, page 525, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©ditions Albouraq 2018.

âž»

XVI. Le for intĂ©rieur — áș–n et les langues MandĂ©

Les deux premiĂšres radicales de la racine, áș–n, servaient aux anciens Égyptiens Ă  nommer l’intĂ©rioritĂ© — celle d’un lieu de vie, d’une tente, d’une maison, ou celle des sentiments. Le terme đ“„šđ“ˆ–đ“…±đ“Œđ“‰ (lire áș–nw / khĂ©nou) dĂ©signe un intĂ©rieur, un contenu ; et dans le lexique mĂ©dical, les parties intimes, le sein, le vagin.

Le copte l’a conservĂ© : ⳈâȟâČ©âț et ÏŠâȟâČ©âț y signifient l’intĂ©rieur, et procĂšdent directement de đ“„šđ“ˆ–đ“…±đ“Œđ“‰. L’Ă©gyptien connaĂźt par ailleurs đ“ˆ–đ“ŽŒđ“‡Œđ“„żđ“„č (ngȝyy), qui a donnĂ© le copte âțâČÏ­âȉ : sein de la mĂšre, ventre, estomac.

16.1  Des Ă©chos en soninkĂ©, bambara et maninka

Il est remarquable que des langues de la grande famille Niger-Congo prĂ©sentent, sur les plans phonĂ©tique et sĂ©mantique, des vocables qui rappellent l’Ă©gyptien đ“„šđ“ˆ–đ“…±đ“Œđ“‰.

SoninkĂ© : nuxu et, par mĂ©tathĂšse, noxo — le ventre, l’intĂ©rieur, les intestins.

Bambara : kɔ́nɔnugu (composĂ© de kɔ́nɔ, ventre, et nugu, intestin — littĂ©ralement « ventre-intestin »).

Bambara : kɔ́nɔ — ventre, intĂ©rieur, for intĂ©rieur, capacitĂ©, volume, et pensĂ©es intimes. Le mot peut signifier la patience, l’action de patienter, l’attente — y compris celle de l’enfant Ă  naĂźtre chez la femme enceinte. Comme adverbe : dans, dedans, Ă  l’intĂ©rieur de.

Dans ces mĂȘmes langues, les termes de l’affection relĂšvent du mĂȘme domaine de l’intĂ©rioritĂ© : en bambara kĂ nu, kĂ nuya (aimer, amour) ; en soninkĂ© xanuye (amour), xana (ami, amant), xanu (aimer, affectionner) ; en maninka kĂ nin (aimer). Ce sont lĂ  les affects, les fibres intĂ©rieures, les tripes.

Une convergence de conception. Le rapprochement mĂ©rite attention pour une raison prĂ©cise : ces langues font, comme l’Ă©gyptien, du ventre le siĂšge de l’intĂ©rioritĂ© — et de lĂ  dĂ©rivent la pensĂ©e intime, l’affection et la patience. Or c’est exactement le trajet que nous avons suivi en arabe, oĂč Ű­ÙÙ„Ù’Ù… (áž„ilm) nomme la patience et la mansuĂ©tude Ă  partir d’une racine dont le noyau est la jonction et le soin maternel. Que le bambara kɔ́nɔ signifie Ă  la fois le ventre, l’attente de l’enfant Ă  naĂźtre et la patience n’est pas un moindre Ă©cho.

Sur le plan phonĂ©tique, la fricative palatale sourde áș– de l’Ă©gyptien — que l’on peut Ă©crire 𓄡, ventre de vache, idĂ©ogramme du ventre — pourrait correspondre Ă  l’occlusive dorso-vĂ©laire sourde /k/ du bambara et Ă  la fricative uvulaire sourde /x/ du soninkĂ©.

Note de mĂ©thode. Nous prĂ©sentons ces rapprochements comme des convergences de conception et de forme, non comme une filiation dĂ©montrĂ©e. Ils appellent l’examen des spĂ©cialistes des langues mandĂ© autant que des Ă©gyptologues. Il faut noter que ce champ de recherche demeure contestĂ©, une part de l’Ă©gyptologie refusant a priori tout lien entre les langues nĂ©gro-africaines et l’Ă©gyptien pharaonique — refus qui relĂšve parfois moins de l’argument que de la position.

âž»

Conclusion

Nous Ă©tions partis du nom de la nourrice, 𓎾𓏏𓁐 (áș–nm.t), et nous avons trouvĂ© sous lui un geste : joindre. Le verbe 𓎾𓅓𓏜 (áș–nm) dit l’union, l’Ă©treinte, le fait de se blottir contre un sein — et de lĂ  procĂšdent la nourrice qui serre l’enfant, le nourrisson qui s’y blottit, le puits qui rassemble l’eau, le troupeau qui rassemble les bĂȘtes, et jusqu’au nom du dieu Khnoum, le potier qui façonne l’homme en joignant la matiĂšre.

La transmission vers le sĂ©mitique se laisse Ă©tablir sur une base solide, et c’est le copte qui la fournit : âČ­âȉâȗâșâȓ « tĂ©tin » et ⳉâȁâȗâșâȉ « source » Ă©crivent un L lĂ  oĂč le hiĂ©roglyphe portait un N. L’alternance n → l n’est donc pas postulĂ©e pour les besoins de la comparaison : elle est une Ă©volution interne de l’Ă©gyptien, attestĂ©e par son propre dernier Ă©tat. Et le copte âČ­âȉâȗâșâȓ est, Ă  la vocalisation prĂšs, l’arabe Ű­ÙŽÙ„ÙŽÙ…ÙŽŰ© (áž„alama.t), le mamelon.

De cette racine viennent alors, en arabe et en hĂ©breu, tout un monde : la douceur et la patience Ű­ÙÙ„Ù’Ù…, qualitĂ©s de celle qui nourrit ; le songe et la pubertĂ© Ű­ÙÙ„ÙÙ…, propres Ă  l’enfant qui grandit ; l’embonpoint de l’hĂ©breu Ś—ÖžŚœÖ·Ś, marque de l’enfant bien nourri. Et par mĂ©tathĂšse ل-Ű­-م, le pain ŚœÖ¶Ś—Ö¶Ś et la chair Ù„ÙŽŰ­Ù’Ù… — ce dont on nourrit —, oĂč le mot du lien Ù„ÙŰ­Ù’Ù…ÙŽŰ© et celui de la chair se confondent.

Reste le plus frappant. Deux des Noms divins les plus Ă©levĂ©s de l’islam procĂšdent du corps maternel : Ű§Ù„Ű±Ű­Ù…Ù† (Ar-Raáž„mān) de la matrice qui porte, Ű§Ù„Ű­ÙŽÙ„ÙÙŠÙ… (Al-កalÄ«m) du sein qui nourrit et de la patience de celle qui garde. La thĂ©ologie y reconduit l’expĂ©rience la plus ancienne du soin. Et lorsque la nourrice du ProphĂšte se nomme កalÄ«ma, elle porte, sans que nul ne s’en avise, le mot mĂȘme par lequel les scribes de l’Égypte pharaonique dĂ©signaient, trois millĂ©naires plus tĂŽt, celle qui prend l’enfant contre elle.

𓅝𓏏𓏭𓅆𓇋𓈎𓂋𓏝  ážŽáž„wty Ă­ážłr — Djehouty L’Excellent

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