Le dieu voyageur Khonsou đđđđ ±đ (áž«nsw / khĂ©nĂ©sou) â bas-relief Ă©gyptien.
Űź Ù Űł / kh-n-s
Sous les auspices de đ đđđ đđđđ (ážáž„wty Ăážłr | Djehouty LâExcellent ) ! Ù Ű± ŰĄ
Sens et acceptions :
Le verbe Ă©gyptien ancien đđđđ» (lire áž«ns / khĂ©nĂšs) gravite autour de l’idĂ©e fondamentale de mouvement, de dĂ©placement et de traversĂ©e â qu’il s’agisse du voyageur sur terre, du pharaon dans l’au-delĂ , ou des astres parcourant la voĂ»te cĂ©leste.
Comme verbe : venir, se déplacer, marcher, cheminer, parcourir, circuler, atteindre un lieu, voyager, traverser, évoluer.
Comme nom : la racine forge le nom du dieu lunaire đđđđ ±đ (áž«nsw / khĂ©nĂ©sou) â Khonsou, le Voyageur, dieu hiĂ©racocĂ©phale associĂ© Ă la lune qui se dĂ©place dans le ciel nocturne. En hĂ©breu : Ś’ŚŚ ŚĄŚ.
Analyse des hiéroglyphes constitutifs :
đ â Crible ou placenta humain (áž« / kh)
Ce phonogramme unilitĂšre note la fricative vĂ©laire sourde áž« / kh â un souffle rauque produit Ă l’arriĂšre du palais, absent du français mais central dans les langues sĂ©mitiques et chamito-sĂ©mitiques. Ses rĂ©alisations dans les langues dĂ©rivĂ©es sont particuliĂšrement riches :
Copte : ϧ (áž«Äj / x ou áș) ; Ï© (hĆri / h) ; âČ (kij / kh) ; âČ (Kabba / k) ; ÏŁ (ĆĄay / sh)
HĂ©breu : Ś (ងÚt / x) ; Ś (khaf / x) ; Śą (Êżayin)
Arabe : Űź (áž«ÄÊŸ / kh) ; Ű (áž„ÄÊŸ) ; Ù (kÄf / k) ; Űč (Êżayn) ; Űș (ÄĄayn)
SĂ©mitiques communs : x, k, áș, ĆĄ, Êż, ÄĄ, ឥ, h, áž„ · Niger-Congo : K, x, g
đ â La vague (n)
Ce phonogramme correspond à la consonne /n/, une occlusive apico-dentale nasale. Ses réalisations dans les langues dérivées :
Copte : /n/ : âČ/âČ (nÄ / n / [n]) · /m/ : âČ/âČ (mÄ / m / [m]) · /r/ : âČą/âČŁ (rĆ / r / [r])
HĂ©breu : Ś (nun / n) ; Ś (lamed / l) · Arabe : Ù (nĆ«n / n) ; Ù (lÄm / l) · SĂ©mitiques : n, l
đ â Le verrou (z / s)
Ce phonogramme note une sifflante dentale sonore, transcrite z ou s. Il correspond en hĂ©breu Ă Ś (zayin / z) â septiĂšme lettre â et en arabe à ۰ (ážÄl) â neuviĂšme lettre. SĂ©mitiques : z, áž.
Ă partir du moyen Ă©gyptien, ce phonĂšme s’Ă©crit aussi avec le signe đŽ (linge pliĂ©), sifflante dentale sourde transcrite s. Il correspond alors en hĂ©breu Ă Ś© (ĆĄin / ĆĄ, s), ŚĄ (samĂškh / s) ; en arabe Ă Űł (sÄ«n / s), ŰŽ (ĆĄÄ«n), Ű« (áčŻÄÊŸ). SĂ©mitiques : áčŻ, ĆĄ, s.
đđ ± â BilitĂšre (sw) et poussin de caille (w / u)
Le poussin de caille đ ± note la consonne /w/ ou la voyelle /u/, Ă©quivalente Ă l’hĂ©breu Ś (vav / w, v), Ă l’arabe Ù (wÄw), au syriaque Ü et au copte âČâČ© / âȰ. Le signe đČ est son Ă©quivalent graphique.
Déterminatifs hiéroglyphiques :
đ» Jambes marchant â IdĂ©ogramme de la dĂ©marche, de venir et de revenir. DĂ©terminatif universel de tout verbe de mouvement dans l’Ă©criture hiĂ©roglyphique â il signale d’emblĂ©e au lecteur que le mot appartient au champ sĂ©mantique du dĂ©placement.
đ Faucon sur le support đŸ â IdĂ©ogramme d’Horus. DĂ©terminatif de divinitĂ© et de roi â sa prĂ©sence dans l’Ă©criture de áž«nsw confĂšre au dieu Khonsou sa dimension sacrĂ©e et royale.
Vocables de l’Ă©gyptien pharaonique :
đđđđ» (lire áž«ns / khĂ©nĂšs) â verbe : se dĂ©placer, marcher, cheminer, parcourir, circuler, atteindre un lieu, voyager, traverser.
đđđđ ±đ (lire áž«nsw / khĂ©nĂ©sou) â nom : le dieu lunaire Khonsou, dont le nom signifie littĂ©ralement le Voyageur. Dieu hiĂ©racocĂ©phale de l’Ăgypte ancienne, associĂ© Ă la lune qui se dĂ©place dans le ciel nocturne, adorĂ© notamment Ă Memphis, premier nome de Basse-Ăgypte.
Attestations dans les corpus pharaoniques
Les Textes des Pyramides â Ounas et TĂ©ti :
La racine đđđđ» (áž«ns / khĂ©nĂšs) est abondamment attestĂ©e dans les Textes des Pyramides d’Ounas et de TĂ©ti â les plus anciens textes religieux de l’humanitĂ© â oĂč elle exprime le dĂ©placement cĂ©leste du pharaon dĂ©funt, assimilĂ© aux astres parcourant la voĂ»te du ciel.
La double porte â traverser
wn(w ) W áž«ns. wy jn(w ) W r ážr.w 3áž«.t
« Qu’Ounas ouvre la double porte ! Qu’Ounas atteigne les limites de l’horizon ! »
Textes des Pyramides d’Ounas, antichambre, col. 32-33, Spruch {275}, §416 a, pp. 150-151 â trad. Claude Carrier, Ă©d. CybĂšle, 2009
La forme áž«nswy dĂ©signe ici une double porte s’ouvrant des deux cĂŽtĂ©s â áž«ns pouvant signifier aller dans deux directions diffĂ©rentes, une double motion opposĂ©e.
Traverser le ciel comme Thot
dbn W p.t mj RÊż
áž«ns W p.t mj ážáž„wty
« (Car) Ounas parcourt le ciel comme RĂȘ / (et) traverse le ciel comme Thot »
Textes des Pyramides d’Ounas, chambre funĂ©raire, col. 29-30, Spruch {210}, §130 d, pp. 48-49 â trad. Claude Carrier, Ă©d. CybĂšle, 2009
Ounas est ici assimilĂ© aux deux grands astres divins : RĂȘ, le soleil, et Thot, associĂ© Ă la lune â comme Khonsou lui-mĂȘme. Le lien avec l’usage coranique de khunnas pour dĂ©signer les planĂštes qui se dĂ©placent s’impose naturellement.
Ăvoluer
n Êży=k r sáž«.wt=k áž«ns( w)=k áșnw ksb.wt=k
« Puisses-tu voyager vers tes champs (et) puisses-tu évoluer entre tes arbres-késébet ! »
Textes des Pyramides d’Ounas, antichambre, col. 33, Spruch {301}, §456 b, pp. 164-165 â trad. Claude Carrier, Ă©d. CybĂšle, 2009
Khonsou, le couteau des Seigneurs
jn ážȘnsw mds nb.w áž3d( w)=f sn n W
« C’est Khonsou, le couteau des Seigneurs, qui les dĂ©pĂšcera pour Ounas »
Textes des Pyramides d’Ounas, antichambre, col. 15, Spruch {273}, §402 a, pp. 146-147 â trad. Claude Carrier, Ă©d. CybĂšle, 2009
Traverser le ciel â TĂ©ti
dbn T p.t mj RÊż
áž«ns T p.t mj ážáž„wty
« (Car) TĂ©ti parcourt le ciel comme RĂȘ / (et) TĂ©ti traverse le ciel comme Thot »
Textes des Pyramides de TĂ©ti, chambre funĂ©raire, col. 21, Spruch {210}, §130 d, pp. 216-217 â trad. Claude Carrier, Ă©d. CybĂšle, 2009
Voyager en compagnie des Bienheureux
J-dr tÈ=k wáž«È áž«mw.w=k áčŻs áčŻw
áž«ns( w)=k m Êżb Èáž«.w
« Ăcarte la terre ! EnlĂšve ta poussiĂšre ! Dresse-toi / (Afin) que tu puisses voyager en compagnie des Bienheureux »
Textes des Pyramides de TĂ©ti, antichambre, T/A-S/S, col. 20, Spruch {419}, §§747 b-748 a, pp. 368-369 â trad. Claude Carrier, Ă©d. CybĂšle, 2009
Le Papyrus médical Ebers
La racine dĂ©crit Ă©galement le dĂ©placement pathologique Ă l’intĂ©rieur du corps humain :
ážd(w)~áž«r=k r=s : « Êżq(w).t m r(È) pw, m( w)t pw áž«ns( w) n=f? »
« Tu devras dire Ă ce propos : C’est une chose qui est entrĂ©e dans la bouche, c’est un mort qui se dĂ©place en lui ! »
Papyrus mĂ©dical Ebers, planche 37, 12, p. 79 â trad. Bernard Lalanne & GĂ©rard MĂ©tra, Ă©d. Safran, 2017
Hébreu :
ŚÖžŚ Ö”ŚĄ (Chanec / khaw-nace’) â traduit traditionnellement par « la grĂące a coulĂ© » â dĂ©signe une ville de l’Ăgypte ancienne, peut-ĂȘtre Memphis, premier nome de Basse-Ăgypte, oĂč un culte Ă©tait rendu au dieu lunaire đđđđ ±đ (áž«nsw / Khonsou). Le lien entre ce toponyme hĂ©breu et la racine Ă©gyptienne áž«ns invite Ă une relecture Ă©tymologique : Chanec pourrait ĂȘtre la transcription hĂ©braĂŻque du nom Ă©gyptien du lieu oĂč le dieu Voyageur Ă©tait honorĂ©.
ŚÖŽÖŒÖœŚÖŸŚÖžŚÖ„ŚÖŒ ŚÖ°ŚŠÖčÖŚąÖ·Ś Ś©ÖžŚŚšÖžÖŚŚ ŚÖŒŚÖ·ŚÖ°ŚÖžŚÖžÖŚŚ ŚÖžŚ Ö”Ö„ŚĄ ŚÖ·ŚÖŽÖŒÖœŚŚąŚÖŒŚ
kĂź-hÄ-yĆ« ážÉ-áčŁĆ-Êżan ĆÄ-rÄw; Ć«-mal-ÊŸÄ-áž”Äw áž„Ä-nĂȘs yag-gĂź-ÊżĆ«
« Déjà ses princes sont à Tsoan, et ses envoyés ont atteint Chanec. »
ĂsaĂŻe 30:4, Bible
Ś‘ŚŚ ŚĄŚ (Khoncu) â nom du dieu lunaire đđđđ ±đ (áž«nsw / Khonsou) en hĂ©breu.
Vocables de l’arabe :
La racine Űź-Ù-Űł (kh-n-s) de l’arabe classique prolonge et enrichit le champ sĂ©mantique du vocable pharaonique đđđđ» (áž«ns / khĂ©nĂšs) en y ajoutant une dimension de furtivitĂ©, de retrait et d’errance â comme si le mouvement originel avait acquis en arabe la connotation d’un dĂ©placement discret, oblique, insaisissable :
ŰźÙÙÙŰłÙ / ÙÙŰźÙÙÙŰłÙ (khanasa / yakhnusu) â verbe, forme I : revenir en arriĂšre, rester en arriĂšre, reculer, se retirer, se cacher, cacher quelqu’un en un lieu secret, envelopper, se rĂ©trĂ©cir, dĂ©gringoler, s’effondrer.
ŰźÙÙÙÙŰł (khunnas) â nom pluriel : planĂštes â astres errants qui se dĂ©placent et gravitent. Synonyme de ۧÙÙÙÙÙÙÙۧÙÙŰš ۧÙŰłÙÙÙÙÙۧ۱ÙŰ© (al-kawÄkib as-sayyÄra). DĂ©signe les cinq planĂštes visibles Ă l’Ćil nu : Saturne, Jupiter, Mars, VĂ©nus et Mercure.
ŰźÙÙÙÙۧ۳ (khannÄs) â adjectif/nom : furtif, qui s’esquive sans bruit, qui se soustrait Ă petit pas â terme qualifiant Satan, appelĂ© al-khannÄs : celui qui se dĂ©robe, qui recule Ă la mention de Dieu.
Deux occurrences coraniques :
La racine Űź-Ù-Űł (kh-n-s) ne se rencontre que deux fois dans le corpus coranique â et ces deux occurrences couvrent les deux pĂŽles sĂ©mantiques exacts de la racine pharaonique : le mouvement cĂ©leste des astres errants, et la furtivitĂ© du retrait.
Dans l’ancienne langue des pharaons, la racine s’Ă©crit đ (áž«/kh) â đ (n) â đ (z/s), munie du dĂ©terminatif đ» (jambes marchant â idĂ©ogramme de tout mouvement et dĂ©placement). Ce mĂȘme mouvement, cette mĂȘme errance, cette mĂȘme traversĂ©e se retrouvent intacts dans les deux vocables coraniques.
Les planÚtes qui se déplacent :
ÙÙÙÙŰą ŰŁÙÙÙŰłÙÙ Ù ŰšÙÙ±ÙÙŰźÙÙÙÙŰłÙ
FalÄ ‘Uqsimu Bil-Khunnasi
Non ! Je jure par les planĂštes qui gravitent
Ù±ÙÙŰŹÙÙÙŰ§Ű±Ù Ù±ÙÙÙÙÙÙÙŰłÙ
Al-JawÄri Al-Kunnasi
Qui courent et disparaissent
Sourate 81, ۧÙŰȘÙÙÙ۱ / At-TakwĂźr / LâEnroulement, verset 15-16, Coran.
La correspondance avec le vocable Ă©gyptien est saisissante : Ounas et TĂ©ti traversent le ciel comme Thot â et le Coran jure par ces mĂȘmes astres errants, ces khunnas qui parcourent la voĂ»te cĂ©leste comme le pharaon dĂ©funt dans les Textes des Pyramides.
Le furtif â Satan
Ù ÙÙ ŰŽÙ۱ÙÙ Ù±ÙÙÙÙŰłÙÙÙۧ۳ÙÙ±ÙÙŰźÙÙÙÙۧ۳Ù
Min Sharri Al-WaswÄsi Al-KhannÄsi
contre le mal du mauvais conseiller, furtif,
Sourate 114, ۧÙÙۧ۳ / An-Nas / Les Hommes, verset 4, Coran.
Satan est nommĂ© al-khannÄs â celui qui se dĂ©robe, qui recule, qui s’esquive furtivement â Ă la maniĂšre d’un astre qui se cache Ă l’aube, d’un voyageur qui disparaĂźt dans l’obscuritĂ©. La racine pharaonique du mouvement et de la traversĂ©e a engendrĂ© en arabe l’image du retrait calculĂ©, du dĂ©placement insaisissable.
-TakwĂźr / LâEnroulement, verset 15-16, Coran.
