Le nom de Jésus et l’idée de largeur

Hébreu י־ש־ע y-š-ʿ, arabe و س ع w-s-ʿ, égyptien 𓅱𓊃𓐍𓎺𓏛 wsḫ, copte ⲟⲩⲱϣⲥ

Sous les auspices de 𓏏𓅝𓏭𓀭 (Ḏḥwty) !

Hypothèse. Le nom hébreu de Jésus, יְהוֹשֻׁעַ Yehôchoua’ (forme courte יֵשׁוּעַ Yéchoua’), est formé sur la racine y-š-ʿ, « sauver », dont le sens premier serait « mettre au large ». Cette racine hébraïque y-š-ʿ répond régulièrement à l’arabe w-s-ʿ, « être vaste », d’où le nom divin الوَاسِع Al-Wāsiʿ, le Détenteur des largesses et de l’abondance, le Vaste, l’Immense, le Tout-Englobant, dont le pouvoir, la bienfaisance et la générosité sont sans limites. W. Vycichl rattache à cette racine, existant dans ces deux langues sémitiques, celle de l’égyptien pharaonique 𓅱 (w) 𓊃 (s) 𓐍 (ḫ), avec la même signification d’« être large », conservée aussi en copte, et il explique la correspondance du ʿ (ע, ع) sémitique et du ḫ égyptien. Le nom coranique de Jésus, عِيسَى ʿĪsā, en est un reflet emprunté : il vient de Yéchoua’ par le syriaque, avec métathèse du ʿ (ע, ع). Le salut hébraïque, la largeur arabe et celle de l’égyptien ancien procèdent ainsi d’une même image, celle de l’espace ouvert.

1. Le nom

Langue Forme Remarque
Hébreu יְהוֹשֻׁעַ Yehôchoua’, יֵשׁוּעַ Yéchoua’ « YHWH sauve » ; nom de Josué et de Jésus
Grec Ἰησοῦς Iēsous transcription de Yéchoua’
Arabe يُوشَع Yūšaʿ Josué, emprunté à l’hébreu
Syriaque ܝܫܘܥ Īšōʿ forme des chrétiens de langue araméenne
Arabe chrétien يَسُوع Yasūʿ Jésus chez les chrétiens arabes, sans métathèse
Arabe coranique عِيسَى ʿĪsā Jésus dans le Coran, par métathèse (voir 1.1)

1.1 ʿĪsā, métathèse de Yéchoua’

L’explication la plus suivie fait venir عِيسَى ʿĪsā du nom hébreu par l’intermédiaire du syriaque.

Étape Forme Remarque
Hébreu יֵשׁוּעַ Yéchoua’ racine y-š-ʿ, « sauver »
Syriaque ܝܫܘܥ Īšōʿ le y- initial s’efface devant ī
Arabe coranique عِيسَى ʿĪsā le ʿ passe de la fin au début du mot

Du côté de la langue arabe s’opèrent trois changements. Le ʿ final est transposé au début du mot (métathèse). Le š devient s, comme souvent dans les emprunts à l’araméen. La finale -ā aligne le nom sur celui de مُوسَى Mūsā (Moïse) et de يَحْيَى Yaḥyā (Jean) ; le Coran associe volontiers les deux noms, celui de ʿĪsā et celui de Mūsā. Les chrétiens arabes ont gardé une forme plus proche du syriaque, celle qu’est يَسُوع Yasūʿ, avec le ع ʿ final. D’autres explications ont été proposées, comme par exemple celle relative au nom d’Ésaü, עֵשָׂו ʿÉsâw, auquel celui de Jésus en arabe ferait écho, mais cette dernière est aujourd’hui peu suivie.

L’arabe possède ainsi deux reflets de la même racine :

Reflet arabe de y-š-ʿ Nature Phonétique
وَسِعَ wasiʿa, سَعَة saʿa, الوَاسِع Al-Wāsiʿ cognat hérité du fonds commun correspondances régulières
عِيسَى ʿĪsā nom propre emprunté par le syriaque forme remodelée, hors des règles

2. La racine hébraïque י־ש־ע y-š-ʿ

Forme Transcription Sens
הוֹשִׁיעַ hôchîa’ il a sauvé, il a aidé, il a porté secours (forme causative)
נוֹשַׁע nôcha’ il a été sauvé
יֶשַׁע yécha’ salut, délivrance
יְשׁוּעָה yechoû’â salut, victoire, secours
מוֹשִׁיעַ môchîa’ sauveur, libérateur

Le salut est appréhendé comme une sortie de l’étroitesse, de la détresse. Son contraire en hébreu est צָרָה tsârâ, désignant « l’étroitesse, la détresse », de la racine ṣ-r-r, « serrer ». Le Psaume 118, 5 associe les deux images du salut et de l’étroitesse : « Dans la détresse (מִן־הַמֵּצַר min-ha-métsar) j’ai appelé YHWH, il m’a répondu en me mettant au large (בַּמֶּרְחָב ba-merḥâv). »

3. Les signes de la racine égyptienne

𓅱 w / و w, 𓊃 s / س s, 𓐍 ḫ / ع ʿ, 𓎺𓏛 déterminatifs

𓅱 : poussin de caille. Translittération w ou u. Équivaut à l’hébreu ו vav (w ou v), à l’arabe و wāw, au syriaque ܘ waw, au copte ⲟⲩ ou et ⲱ ō.

𓊃 : verrou. Valeur phonétique s ou z. Correspond à l’hébreu שׂ sin, שׁ chin, צ tsadé, ז zayin ou ס samekh, à l’arabe س sīn, ذ ḏāl, ز zāy ou ص ṣād. Sémitique : s, z, ṣ, ṯ, š.

𓋴 : linge ou étoffe plié. Translittération s, ś. Correspond à l’hébreu שׂ sin ou שׁ chin, à l’arabe ص ṣād ou س sīn, au phénicien 𐤑. Sémitique : ṯ, š, ś. Les deux signes 𓋴 et 𓊃 ont la même valeur phonétique, s ou z.

𓐍 : crible ou placenta. Valeur phonétique ḫ (kh), fricative vélaire sourde [x]. Équivaut au copte ϧ ḫai [x], ϩ hori [h], ⲭ khi, ⲕ kappa, ϣ šai [ʃ] ; à l’hébreu ח ḥèt, כ khaf, ע ʿayin ; à l’arabe خ ḫāʾ, ح ḥāʾ, ك kāf, plus rarement ع ʿayn ou غ ġayn. Sémitique : x, k, ẖ, š, ʿ, ġ, h, ḥ.

𓏏 : galette de pain. Unilitère. Équivaut à l’hébreu ת tav, à l’arabe ت tāʾ et ط ṭāʾ, au phénicien 𐤕 taw (en forme de croix) et 𐤈 teth. Sémitique : t, d, ṭ.

𓎺 : coupe à bord large, pouvant servir de corbeille. Idéogramme et déterminatif de coupe, de bol, de contenant.

𓏛 : rouleau de papyrus lié et scellé. Idéogramme d’écrire, d’écriture, de scribe (voir sš). Déterminatif des notions abstraites, et de ce qui est fin, poli, moulu fin.

𓉐 : plan de maison. Idéogramme de maison. Déterminatif de maison, d’édifice, de sortir.

𓉧 : mur crénelé. Déterminatif de porte, de portail, d’enclos.

𓊛 : bateau. Idéogramme ou déterminatif de bateau.

𓍱 : boucle de corde aux bouts dressés. Idéogramme de corde, déterminatif de vêtement et d’empaqueter.

4. L’égyptien pharaonique wsḫ

4.1 Vocabulaire

𓅱𓋴𓏴𓂻 ws (ous) : être large, ample, vaste.

𓅱𓊃𓐍𓎺𓏛 wsḫ (ousekh), verbe : être large, devenir large, élargir, étendre, être étalé, être de grande envergure ; être vacant, vide ; amplifier, rendre vaste ; être ample pour un mouvement, être à l’aise ; être puissant par sa fortune. Adjectif : grand, vaste, ample, spacieux. Nom : largeur, amplitude, terme usité en mathématique.

𓅱𓋴𓐍𓎺 wsḫ (ousekh) : large, vaste.

𓋴𓅱𓋴𓐍𓎺𓏛 swsḫ (sousekh), verbe causatif : élargir, rendre ample, spacieux ; faire exécuter de grands mouvements, faire amplifier ses gestes.

𓎺𓉐𓏏 wsḫt (ousekhet) : largeur, étendue.

𓎺𓏏𓉐 wsḫt (ousekhet) : vaste cour, la cour-ousekhet.

𓎺𓏏𓉐𓈖𓏏𓌶𓂝𓏏𓏮𓊖𓊖 wsḫt nt m3ʿty (ousekhet net Maâty) : la vaste salle des deux Maât, salle du jugement d’Osiris.

𓅱𓋴𓐍𓏏𓎺 wsḫt (ousekhet) ou 𓉧𓏏𓉐 wsḫt : grande salle, hall.

𓅱𓋴𓐍𓏏𓎺𓊛 wsḫt (ousekhet) : barge spacieuse. 𓅱𓋴𓐍𓎺𓊛 wsḫ (ousekh) : bateau large, barge, péniche.

𓎺𓏏𓉧𓍱𓀀𓁐𓏥 wsḫt mšʿ (ousekhet mechâ) : cour de la multitude, lieu de culte spacieux où la foule est admise.

𓎺𓏛𓁷𓏤𓀭 ou 𓅱𓊃𓐍𓎺𓏜𓁷𓏤𓀭 wsḫ ḥr (ousekh her) : titre du dieu Rê, « large de face, de visage », c’est-à-dire généreux, bienveillant.

𓅱𓊃𓐍𓎺𓏛𓄣𓏤 wsḫ jb (ousekh ib) : « large de cœur », généreux, magnanime, libéral, celui qui montre de la largesse de cœur ou d’esprit.

𓅱𓋴𓐍𓎺𓊨𓏏𓉐 wsḫ st (ousekh set) : « large de place », celui qui vit à l’aise, occupe une grande place, un rang élevé, une situation aisée ; 𓊨𓏏𓉐 st signifie place, trône, lieu, rang, fonction.

En démotique, wsḫ signifie encore « être large, largeur » (Erichsen, p. 101).

4.2 La forme sans w- : sḫw

𓋴𓐍𓅱𓎺 sḫw (sekhou, probablement *saḫaw) : largeur ; largeur ou base d’un triangle rectangle ou d’un parallélépipède rectangle dans le langage mathématique de l’Égypte pharaonique. La forme a perdu le w- initial de wsḫ. L’arabe présente exactement le même fait : سَعَة saʿa, « largeur », sans w-, à côté de وُسْعَة wusʿa, « largeur », qui le conserve, comme wsḫt.

4.3 Attestations les plus anciennes

La plus vieille trace écrite de la racine remonte à plus de quatre mille trois cents ans. Elle est gravée dans la pyramide d’Ounas, dernier roi de la Ve dynastie, sur une paroi de la chambre funéraire, où le nom féminin 𓎺𓏏𓉧 wsḫt (ousekhet) désigne une grande salle d’offrandes :

3šr.t šbtyw=k m nm.t jtḥ m wsḫ.t

un rôti de ton entrecôte provenant de l’abattoir (et) un pain-iteh provenant de la salle d’offrandes !

Pyramide d’Ounas, chambre funéraire, W/F/E inf, col. 34, Spruch 223, § 214 c ; trad. C. Carrier, Textes des Pyramides, t. I, p. 62-63.

La racine sert aussi, dans la pyramide de Téti (VIe dynastie), à dire l’action d’élargir une place :

Ḥkn-wt.t
tp(y.t) ḏʿm=s tfn(w).t T pn tw3(w).t Šw
s(w) sḫ(w)=s {n} s.t n T pn m Ḏdw m Ḏd.t m Ḏdw.t

C’est Hékénoutet,
sur son sceptre, celle que crache ledit Téti (et) que maintient Chou,
qui élargira la place pour ledit Téti à Busiris, à Mendès (et) dans la nécropole d’Héliopolis.

Pyramide de Téti, antichambre, T/A/W, col. 7-8, Spruch 254, § 288 a-b ; trad. C. Carrier, Textes des Pyramides, t. I, p. 294-295.

5. Le copte

5.1 Phonèmes utiles

Lettre Nom Valeur
Ⲁ ⲁ alpha a [a, ʕ, ʔ]
Ⲉ ⲉ ei e [e]
Ⲓ ⲓ iōta i [i, j]
Ⲟ ⲟ o o [o]
Ⲩ ⲩ he u [u, w, i, v]
Ⲱ ⲱ ō ō [oː]
Ϣ ϣ šai š [ʃ]
Ⲥ ⲥ sēmma s [s]
Ⳉ ⳉ khei ḫ [x]
Ⲏ ⲏ ēta ē [eː, ɛː, i]

5.2 Vocabulaire

Le ḫ égyptien y devient ϣ en sahidique et en bohaïrique, ⳉ en akhmimique. Les deux dernières consonnes s’inversent : la forme ⲟⲩⲱϣⲥ ou-ō-š-s dérive d’un plus ancien *ⲟⲩⲱⲥϣ (Vycichl).

Forme Dialecte Catégorie Sens
ⲟⲩⲱϣⲥ sahidique, bohaïrique verbe élargir, être large, devenir large
ⲟⲩⲱⲥⳉ akhmimique verbe même sens
ⲟⲩⲟϣⲥ sahidique, bohaïrique qualitatif être large, large
ⲟⲩⲁⲥⳉ akhmimique qualitatif même sens
ⲟⲩⲁϣⲥⲉ sahidique nom féminin largeur, de l’égyptien wsḫt
ⲟⲩⲏϣⲥ bohaïrique nom féminin largeur

6. L’arabe و س ع w-s-ʿ

6.1 Vocabulaire

Verbe, forme I. وَسِعَ wasiʿa, inaccompli يَسَعُ yasaʿu : être large, spacieux, ample, vaste ; contenir, être suffisant pour contenir aisément, d’un lieu ou d’un contenant (un vase) ; avoir la capacité, englober, étendre ; être à l’aise. وَسُعَ wasuʿa, inaccompli يَوْسُعُ yawsuʿu : être large, ample.

Formes dérivées. وَسَّعَ wassaʿa et أَوْسَعَ awsaʿa : élargir, mettre à l’aise.

Noms. وُسْع wusʿ : capacité, force. وُسْعَة wusʿa : largeur. وَسَع wasaʿ : largeur, ampleur. سَعَة saʿa : envergure, grandeur, largeur, extension, ampleur, amplitude, volume, contenance, capacité, immensité ; aussi abondance, aisance, multitude. تَوَسُّع tawassuʿ : envergure, ampleur, expansion. تَوْسِعَة tawsiʿa : élargissement, extension, développement ; abondance, richesse.

Adjectifs. وَسِيع wasīʿ : large. وَاسِع wāsiʿ, féminin وَاسِعَة wāsiʿa : étendu, vaste, large, grand en surface, spacieux, ouvert ; ample, d’un vêtement ; généreux, libéral, à l’esprit large. مُوَسَّع muwassaʿ : allongé, étendu, élargi, entièrement déployé.

Nom divin. الوَاسِع Al-Wāsiʿ : le Détenteur des largesses et de l’abondance, le Vaste, l’Immense, le Tout-Englobant, dont le pouvoir, la bienfaisance et la générosité sont sans limites.

6.2 Place de la racine

Le corpus coranique compte trente-deux occurrences de la racine و س ع w-s-ʿ. Avec le sens de largeur, elle ne se retrouve ni en araméen ni en akkadien. Son équivalent hébreu existe pourtant : c’est y-š-ʿ, dont le sens est passé de « mettre au large » à la signification de « sauver » (voir section 2). La racine se rencontre aussi en sudarabique ancien, notamment en sabéen, langue du royaume de Saba et d’autres peuples de l’ancien Yémen, du VIIIe siècle avant notre ère au VIe siècle de notre ère. Sa plus vieille trace écrite reste toutefois égyptienne ancienne, dans la pyramide d’Ounas (voir 4.3).

7. De l’égyptien wsḫ à l’arabe w-s-ʿ

La racine égyptienne 𓅱 w, 𓊃 ou 𓋴 s, 𓐍 ḫ a pour troisième radical la fricative sourde ḫ [x]. Du côté de l’arabe, ce troisième radical répond à la pharyngale voisée ع ʿayn. La correspondance ḫ : ʿ est reconnue. Vycichl l’explique par un groupe ancien *-sġ- qui est devenu sʿ en sémitique et sḫ en égyptien : la voisée ġ (غ ġayn) constitue ainsi l’étape commune. La correspondance est conditionnée par la position après s, et elle se vérifie sur un second mot, le nom de nombre « sept » (voir 8.4).

L’égyptien et l’arabe partagent les mêmes valeurs sémantiques autour de cette racine. Le verbe 𓅱𓊃𓐍𓎺𓏛 wsḫ (wésèkh, ouasèkh) signifiait être large, devenir large, être étendu, élargir, amplifier, rendre vaste, être ample pour un mouvement, être à l’aise, être puissant par sa fortune. Il qualifiait ce qui est grand, vaste, ample, spacieux, étendu, et nommait la largeur et l’amplitude.

L’arabe a notamment conservé le sens égyptien de faire d’amples mouvements, de grandes enjambées, d’avoir la foulée ample, avec وَسُعَ wasuʿa. La langue pharaonique l’écrit de même :

n M js pw wr ṯbw wsḫ nmt.t

(et) parce que Mérenrê est en vérité celui aux grandes sandales (et) aux amples foulées.

Pyramide de Mérenrê, antichambre, M/A/E fr, col. 4, Spruch 470, § 917 c ; trad. C. Carrier, Textes des Pyramides, t. IV, p. 1986-1987.

La racine ancienne égyptienne nommait une cour, parce que vaste (𓎺𓏏𓉐 wsḫt), un bateau, un navire de transport, parce que large et spacieux (𓅱𓋴𓐍𓎺𓊛 wsḫ), une salle, parce que grande (𓅱𓋴𓐍𓏏𓎺 wsḫt), dont la salle des deux Maât. Avec le vocable 𓄣𓏤 jb, « cœur, esprit », elle formait wsḫ jb, « large de cœur », pour nommer une personne généreuse et magnanime ; avec 𓊨𓏏𓉐 st, « place, rang », elle formait wsḫ st, pour une personne qui occupe un rang élevé et qui vit dans l’aisance. L’arabe وَاسِع wāsiʿ a gardé ce double registre de l’espace et de la générosité.

Le nom divin الوَاسِع Al-Wāsiʿ, tiré du Coran, procède de cette même racine ancienne égyptienne, attestée dès l’Ancien Empire sous la forme 𓅱𓊃𓐍𓎺𓏛 wsḫ : être large, devenir large, élargir, être étendu, être de grande envergure, amplifier, rendre vaste, être à l’aise, être puissant par sa richesse. L’égyptien ancien en avait déjà fait un titre divin avec wsḫ ḥr, « large de visage », épithète de Rê.

8. Tableaux de correspondances

8.1 Les consonnes

Position Égyptien Copte Hébreu Arabe Statut
1re 𓅱 w ⲟⲩ ou י y (ancien w) و w régulière : le w initial sémitique devient y en hébreu
2e 𓋴 s ⲥ s ש š س s régulière entre hébreu et arabe ; plausible pour l’égyptien
3e 𓐍 ḫ ϣ ch, ⳉ kh ע ʿ ع ʿ régulière entre hébreu et arabe ; pour l’égyptien, correspondance conditionnée après s (voir 8.4)

8.2 Les formes

Catégorie Égyptien Copte Hébreu Arabe
Verbe simple wsḫ : être large ⲟⲩⲱϣⲥ : être, devenir large יָשַׁע yâcha’ (rare) : être sauvé وَسِعَ wasiʿa : être vaste
Causatif swsḫ : élargir ⲟⲩⲱϣⲥ transitif : élargir הוֹשִׁיעַ hôchîa’ : sauver, mettre au large وَسَّعَ wassaʿa : élargir
Qualitatif, adjectif wsḫ : large ⲟⲩⲟϣⲥ : large (pas d’équivalent) وَاسِع wāsiʿ : vaste, généreux
Nom abstrait wsḫt : largeur ⲟⲩⲁϣⲥⲉ : largeur יְשׁוּעָה yechoû’â : salut سَعَة saʿa : largeur, aisance
Emploi divin wsḫ ḥr : titre de Rê (aucun) יְהוֹשֻׁעַ : « YHWH sauve » الوَاسِع Al-Wāsiʿ : le Vaste
Contraire (non retenu) (aucun) צָרָה tsârâ : détresse ضِيق ḍīq : étroitesse, angoisse

8.3 Les sens

Champ Égyptien Copte Hébreu Arabe
Espace large, ample large en arrière-plan (« mettre au large ») vaste, spacieux
Générosité « large de visage », « large de cœur » (aucun) (aucun) généreux, à l’esprit large
Salut (aucun) (aucun) sauver, secourir (aucun)
Divin titre de Rê (aucun) nom théophore (Josué, Jésus) nom divin Al-Wāsiʿ

8.4 L’analyse de Vycichl

Au sein de son Dictionnaire étymologique de la langue copte (Louvain, Peeters, 1983), dans l’entrée où il traite le vocable ⲟⲩⲱϣⲥ, Werner Vycichl rapproche directement le copte et l’égyptien wsḫ (Wb I 364, 11 à 365, 3) de l’arabe وَسِعَ wasiʿa, yasaʿu, « être large », et سَعَة saʿa, « largeur ». Il relève deux faits.

Les formes sans w-. L’arabe saʿa, « largeur », a perdu le و w- initial, exactement comme l’égyptien pharaonique sḫw, de même signification, « largeur », face à wsḫ. Le parallélisme porte sur la racine entière et sur sa manière de former le nom.

Sens Arabe Hébreu Égyptien Copte
être large وَسِعَ wasiʿa יָשַׁע y-š-ʿ (sauver) wsḫ ⲟⲩⲱϣⲥ (de *ⲟⲩⲱⲥϣ)
largeur سَعَة saʿa (aucun) sḫw (aucun)
sept سَبْع sabʿ שֶׁבַע chéva’ sfḫw ⲥⲁϣϥ (sahidique)

Le groupe sʿ ~ sḫ. Le passage du groupe sémitique sʿ au groupe égyptien sḫ s’explique si l’on part d’un groupe ancien *-sġ- qui est devenu sʿ en sémitique et sḫ en égyptien pharaonique. La correspondance ne relève donc pas d’un échange libre de ʿ et de ḫ : elle est conditionnée par la position après s, et se vérifie sur un second mot.

Le nom de nombre « sept », سَبْع sabʿ ou שֶׁבַע chéva’, présente la même équation que la racine « large » : le ʿ sémitique après s (avec b intercalé) répond au ḫ égyptien, et le copte ⲥⲁϣϥ dénote la même inversion des consonnes que ⲟⲩⲱϣⲥ.

9. La racine w-s-ʿ dans le Coran

Tout-Englobant

وَلِلَّهِ المَشرِقُ وَالمَغرِبُ ۚ فَأَينَما تُوَلّوا فَثَمَّ وَجهُ اللَّهِ ۚ إِنَّ اللَّهَ واسِعٌ عَليمٌ

wa-li-llāhi l-mashriqu wa-l-maghribu fa-ʾaynamā tuwallū fa-thamma wajhu llāhi ʾinna llāha wāsiʿun ʿalīmun

À Allâh l’Orient et l’Occident. Alors, où que vous vous tourniez, là est la Face d’Allâh.
Vraiment, Allâh, Tout-Englobant, Savant !

Sourate 2, البقرة Al-Baqara, La Vache, verset 115 ; trad. M. Gloton, p. 18.

وَقالَ لَهُم نَبِيُّهُم إِنَّ اللَّهَ قَد بَعَثَ لَكُم طالوتَ مَلِكًا ۚ قالوا أَنّىٰ يَكونُ لَهُ المُلكُ عَلَينا وَنَحنُ أَحَقُّ بِالمُلكِ مِنهُ وَلَم يُؤتَ سَعَةً مِنَ المالِ ۚ قالَ إِنَّ اللَّهَ اصطَفاهُ عَلَيكُم وَزادَهُ بَسطَةً فِي العِلمِ وَالجِسمِ ۖ وَاللَّهُ يُؤتي مُلكَهُ مَن يَشاءُ ۚ وَاللَّهُ واسِعٌ عَليمٌ

wa-qāla lahum nabiyyuhum ʾinna llāha qad baʿatha lakum ṭālūta malikan qālū ʾannā yakūnu lahu l-mulku ʿalaynā wa-naḥnu ʾaḥaqqu bi-l-mulki minhu wa-lam yuʾta saʿatan mina l-māli qāla ʾinna llāha ṣṭafāhu ʿalaykum wa-zādahū basṭatan fī l-ʿilmi wa-l-jismi wa-llāhu yuʾtī mulkahū man yashāʾu wa-llāhu wāsiʿun ʿalīmun

Or, leur prophète leur dit : « Vraiment, Allâh a certes envoyé pour vous Saül comme roi. » Ils dirent : « Comment aurait-il la royauté sur nous alors que nous avons plus de droits que lui à la royauté, et alors qu’il n’a jamais été doté de biens en abondance ! » Il dit : « Vraiment Allâh l’a choisi de préférence à vous et lui a accordé un surcroît d’envergure en science et en stature. »
Allâh confère la royauté à qui Il veut.
Allâh, Tout-Englobant, Savant.

Sourate 2, البقرة Al-Baqara, La Vache, verset 247 ; trad. M. Gloton, p. 40.

الشَّيطانُ يَعِدُكُمُ الفَقرَ وَيَأمُرُكُم بِالفَحشاءِ ۖ وَاللَّهُ يَعِدُكُم مَغفِرَةً مِنهُ وَفَضلًا ۗ وَاللَّهُ واسِعٌ عَليمٌ

ash-shayṭānu yaʿidukumu l-faqra wa-yaʾmurukum bi-l-faḥshāʾi wa-llāhu yaʿidukum maghfiratan minhu wa-faḍlan wa-llāhu wāsiʿun ʿalīmun

Satan vous menace de l’indigence et vous ordonne l’infamie tandis qu’Allâh vous promet, venant de Lui, recouvrement et faveur.
Allâh, Tout-Englobant, Savant.

Sourate 2, البقرة Al-Baqara, La Vache, verset 268 ; trad. M. Gloton, p. 45.

Englober, contenir les cieux et la terre

اللَّهُ لا إِلٰهَ إِلّا هُوَ الحَيُّ القَيّومُ ۚ لا تَأخُذُهُ سِنَةٌ وَلا نَومٌ ۚ لَهُ ما فِي السَّماواتِ وَما فِي الأَرضِ ۗ مَن ذَا الَّذي يَشفَعُ عِندَهُ إِلّا بِإِذنِهِ ۚ يَعلَمُ ما بَينَ أَيديهِم وَما خَلفَهُم ۖ وَلا يُحيطونَ بِشَيءٍ مِن عِلمِهِ إِلّا بِما شاءَ ۚ وَسِعَ كُرسِيُّهُ السَّماواتِ وَالأَرضَ ۖ وَلا يَئودُهُ حِفظُهُما ۚ وَهُوَ العَلِيُّ العَظيمُ

allāhu lā ʾilāha ʾillā huwa l-ḥayyu l-qayyūmu lā taʾkhudhuhū sinatun wa-lā nawmun lahū mā fī s-samāwāti wa-mā fī l-ʾarḍi man dhā lladhī yashfaʿu ʿindahū ʾillā bi-ʾidhnihī yaʿlamu mā bayna ʾaydīhim wa-mā khalfahum wa-lā yuḥīṭūna bi-shayʾin min ʿilmihī ʾillā bi-mā shāʾa wasiʿa kursiyyuhu s-samāwāti wa-l-ʾarḍa wa-lā yaʾūduhū ḥifẓuhumā wa-huwa l-ʿaliyyu l-ʿaẓīmu

Allâh, nul dieu adoré sinon Lui, le Vivant, l’Immuable.
Ni somnolence ni sommeil ne Le prennent.
À Lui ce qui est dans les cieux et ce qui est sur terre.
Qui est celui qui intercède auprès de Lui sans Son accord ?
Il connaît ce qui entre dans leurs capacités et ce qui leur échappe.
Et ils n’embrassent rien de Sa Science hormis ce qu’Il veut.
Son Assise englobe les cieux et la terre, et leur préservation ne L’accable point.
Lui, l’Exalté, le Sans commune mesure.

Sourate 2, البقرة Al-Baqara, La Vache, verset 255 ; trad. M. Gloton, p. 42.

Embrasser toute chose en science

وَحاجَّهُ قَومُهُ ۚ قالَ أَتُحاجّونّي فِي اللَّهِ وَقَد هَدانِ ۚ وَلا أَخافُ ما تُشرِكونَ بِهِ إِلّا أَن يَشاءَ رَبّي شَيئًا ۗ وَسِعَ رَبّي كُلَّ شَيءٍ عِلمًا ۗ أَفَلا تَتَذَكَّرونَ

wa-ḥājjahū qawmuhū qāla ʾa-tuḥājjūnnī fī llāhi wa-qad hadāni wa-lā ʾakhāfu mā tushrikūna bihī ʾillā ʾan yashāʾa rabbī shayʾan wasiʿa rabbī kulla shayʾin ʿilman ʾa-fa-lā tatadhakkarūna

Ses tenants argumentèrent contre lui. Il dit : « Allez-vous argumenter contre moi à propos d’Allâh alors qu’Il m’a certes guidé ?
Or, je ne crains point ce que vous Lui codifiez, mais seulement ce que mon Enseigneur veut. Mon Enseigneur embrasse toute chose en science.
Alors, ne vous rappelez-vous pas ? »

Sourate 6, الأنعام Al-Anʿām, Les Bestiaux, verset 80 ; trad. M. Gloton, p. 137.

إِنَّما إِلٰهُكُمُ اللَّهُ الَّذي لا إِلٰهَ إِلّا هُوَ ۚ وَسِعَ كُلَّ شَيءٍ عِلمًا

ʾinnamā ʾilāhukumu llāhu lladhī lā ʾilāha ʾillā huwa wasiʿa kulla shayʾin ʿilman

Le Dieu que vous adorez est Allâh Seul. Nul dieu adoré sinon Lui. Il embrasse toute chose en science.

Sourate 20, طه Ṭā Hā, verset 98 ; trad. M. Gloton, p. 318.

Étendre

الَّذينَ يَحمِلونَ العَرشَ وَمَن حَولَهُ يُسَبِّحونَ بِحَمدِ رَبِّهِم وَيُؤمِنونَ بِهِ وَيَستَغفِرونَ لِلَّذينَ آمَنوا رَبَّنا وَسِعتَ كُلَّ شَيءٍ رَحمَةً وَعِلمًا فَاغفِر لِلَّذينَ تابوا وَاتَّبَعوا سَبيلَكَ وَقِهِم عَذابَ الجَحيمِ

alladhīna yaḥmilūna l-ʿarsha wa-man ḥawlahū yusabbiḥūna bi-ḥamdi rabbihim wa-yuʾminūna bihī wa-yastaghfirūna li-lladhīna ʾāmanū rabbanā wasiʿta kulla shayʾin raḥmatan wa-ʿilman fa-ghfir li-lladhīna tābū wa-ttabaʿū sabīlaka wa-qihim ʿadhāba l-jaḥīmi

Ceux qui portent le Trône et ceux qui l’entourent s’immergent dans l’Insondable sous l’effet de la Louange de leur Enseigneur.
Et par Lui ils mettent en œuvre le Dépôt confié.
Et ils sollicitent le recouvrement pour ceux qui mettent en œuvre le Dépôt confié :
« Notre Enseigneur ! Tu étends sur toute chose amour rayonnant et science. Couvre alors ceux qui font retour et suivent Ta voie, et préserve-les de la correction de la Fournaise ! »

Sourate 40, غافر Ghāfir, Le Pardonneur, verset 7 ; trad. M. Gloton, p. 467.

Capacité

لا يُكَلِّفُ اللَّهُ نَفسًا إِلّا وُسعَها ۚ لَها ما كَسَبَت وَعَلَيها مَا اكتَسَبَت ۗ رَبَّنا لا تُؤاخِذنا إِن نَسينا أَو أَخطَأنا ۚ رَبَّنا وَلا تَحمِل عَلَينا إِصرًا كَما حَمَلتَهُ عَلَى الَّذينَ مِن قَبلِنا ۚ رَبَّنا وَلا تُحَمِّلنا ما لا طاقَةَ لَنا بِهِ ۖ وَاعفُ عَنّا وَاغفِر لَنا وَارحَمنا ۚ أَنتَ مَولانا فَانصُرنا عَلَى القَومِ الكافِرينَ

lā yukallifu llāhu nafsan ʾillā wusʿahā lahā mā kasabat wa-ʿalayhā mā ktasabat rabbanā lā tuʾākhidhnā ʾin nasīnā ʾaw ʾakhṭaʾnā rabbanā wa-lā taḥmil ʿalaynā ʾiṣran ka-mā ḥamaltahū ʿalā lladhīna min qablinā rabbanā wa-lā tuḥammilnā mā lā ṭāqata lanā bihī wa-ʿfu ʿannā wa-ghfir lanā wa-rḥamnā ʾanta mawlānā fa-nṣurnā ʿalā l-qawmi l-kāfirīna

Allâh n’impose à l’âme que selon sa capacité.
Pour elle ce qu’elle a acquis et contre elle ce qu’elle aura commis.
Notre Enseigneur, ne nous reprends pas si nous avons oublié ou commis des erreurs !
Notre Enseigneur, ne nous charge pas d’un fardeau comme Tu as chargé nos devanciers !
Notre Enseigneur, ne nous fais pas porter ce qui n’est pas possible pour nous !
Et pardonne-nous, et couvre-nous, et sur nous fais rayonner Ton Amour, Tu es notre Très-Proche. Alors assiste-nous contre les tenants dénégateurs.

Sourate 2, البقرة Al-Baqara, La Vache, verset 286 ; trad. M. Gloton, p. 49.

وَلا نُكَلِّفُ نَفسًا إِلّا وُسعَها ۖ وَلَدَينا كِتابٌ يَنطِقُ بِالحَقِّ ۚ وَهُم لا يُظلَمونَ

wa-lā nukallifu nafsan ʾillā wusʿahā wa-ladaynā kitābun yanṭiqu bi-l-ḥaqqi wa-hum lā yuẓlamūna

Nous n’imposons à une âme que selon sa capacité.
Auprès de Nous est une écriture qui exprime la Vérité.
Ils ne seront pas enténébrés d’injustice.

Sourate 23, المؤمنون Al-Muʾminūn, Les Croyants, verset 62 ; trad. M. Gloton, p. 346.

Aisance

وَلا يَأتَلِ أُولُو الفَضلِ مِنكُم وَالسَّعَةِ أَن يُؤتوا أُولِي القُربىٰ وَالمَساكينَ وَالمُهاجِرينَ في سَبيلِ اللَّهِ ۖ وَليَعفوا وَليَصفَحوا ۗ أَلا تُحِبّونَ أَن يَغفِرَ اللَّهُ لَكُم ۗ وَاللَّهُ غَفورٌ رَحيمٌ

wa-lā yaʾtali ʾulū l-faḍli minkum wa-s-saʿati ʾan yuʾtū ʾulī l-qurbā wa-l-masākīna wa-l-muhājirīna fī sabīli llāhi wa-l-yaʿfū wa-l-yaṣfaḥū ʾa-lā tuḥibbūna ʾan yaghfira llāhu lakum wa-llāhu ghafūrun raḥīmun

Et que ceux qui parmi vous bénéficient de faveurs et d’aisance ne négligent pas de donner aux proches, et aux indigents, et à ceux qui émigrent dans le chemin d’Allâh. Et qu’ils pardonnent et passent outre ! N’aimez-vous pas qu’Allâh vous couvre ?
Allâh, Très-Recouvreur, Très-Rayonnant d’Amour !

Sourate 24, النور An-Nūr, La Lumière, verset 22 ; trad. M. Gloton, p. 352.

Vaste, large, spacieux

إِنَّ الَّذينَ تَوَفّاهُمُ المَلائِكَةُ ظالِمي أَنفُسِهِم قالوا فيمَ كُنتُم ۖ قالوا كُنّا مُستَضعَفينَ فِي الأَرضِ ۚ قالوا أَلَم تَكُن أَرضُ اللَّهِ واسِعَةً فَتُهاجِروا فيها ۚ فَأُولٰئِكَ مَأواهُم جَهَنَّمُ ۖ وَساءَت مَصيرًا

ʾinna lladhīna tawaffāhumu l-malāʾikatu ẓālimī ʾanfusihim qālū fī-ma kuntum qālū kunnā mustaḍʿafīna fī l-ʾarḍi qālū ʾa-lam takun ʾarḍu llāhi wāsiʿatan fa-tuhājirū fīhā fa-ʾulāʾika maʾwāhum jahannamu wa-sāʾat maṣīran

En recueillant ceux qui ont enténébré leurs âmes d’injustice, les anges dirent : « En quelle condition vous trouviez-vous ? » Ils diront : « Nous étions rendus faibles sur terre ! » Ils (les anges) dirent : « La terre d’Allâh n’était-elle pas assez vaste pour émigrer ? » Alors ceux-là ont pour refuge la Géhenne !
Ah ! Quel mauvais lieu de devenir !

Sourate 4, النساء An-Nisāʾ, Les Femmes, verset 97 ; trad. M. Gloton, p. 94.

يا عِبادِيَ الَّذينَ آمَنوا إِنَّ أَرضي واسِعَةٌ فَإِيّايَ فَاعبُدونِ

yā-ʿibādiya lladhīna ʾāmanū ʾinna ʾarḍī wāsiʿatun fa-ʾiyyāya fa-ʿbudūni

« Ô Mes adorateurs qui mettez en œuvre le Dépôt confié, vraiment, vaste est Ma terre. Alors, adorez-Moi et Moi seul ! »

Sourate 29, العنكبوت Al-ʿAnkabūt, L’Araignée, verset 56 ; trad. M. Gloton, p. 403.

قُل يا عِبادِ الَّذينَ آمَنُوا اتَّقوا رَبَّكُم ۚ لِلَّذينَ أَحسَنوا في هٰذِهِ الدُّنيا حَسَنَةٌ ۗ وَأَرضُ اللَّهِ واسِعَةٌ ۗ إِنَّما يُوَفَّى الصّابِرونَ أَجرَهُم بِغَيرِ حِسابٍ

qul yā-ʿibādi lladhīna ʾāmanū ttaqū rabbakum li-lladhīna ʾaḥsanū fī hādhihi d-dunyā ḥasanatun wa-ʾarḍu llāhi wāsiʿatun ʾinnamā yuwaffā ṣ-ṣābirūna ʾajrahum bi-ghayri ḥisābin

Dis : « Ô Mes adorateurs qui avez mis en œuvre le Dépôt confié, prenez garde à votre Enseigneur ! » Pour ceux qui ont excellé dans l’ici-bas : une excellence.
Vaste est la terre d’Allâh !
Seuls les endurants recevront leur rétribution sans reddition de comptes.

Sourate 39, الزمر Az-Zumar, Les Groupes, verset 10 ; trad. M. Gloton, p. 459.

وَالسَّماءَ بَنَيناها بِأَيدٍ وَإِنّا لَموسِعونَ

wa-s-samāʾa banaynāhā bi-ʾaydin wa-ʾinnā la-mūsiʿūna

Et le ciel, Nous l’avons édifié avec énergie. Et vraiment, Nous l’avons fait spacieux.

Sourate 51, الذاريات Adh-Dhāriyāt, Qui éparpillent, verset 47 ; trad. M. Gloton, p. 522.

Abondance

وَمَن يُهاجِر في سَبيلِ اللَّهِ يَجِد فِي الأَرضِ مُراغَمًا كَثيرًا وَسَعَةً ۚ وَمَن يَخرُج مِن بَيتِهِ مُهاجِرًا إِلَى اللَّهِ وَرَسولِهِ ثُمَّ يُدرِكهُ المَوتُ فَقَد وَقَعَ أَجرُهُ عَلَى اللَّهِ ۗ وَكانَ اللَّهُ غَفورًا رَحيمًا

wa-man yuhājir fī sabīli llāhi yajid fī l-ʾarḍi murāghaman kathīran wa-saʿatan wa-man yakhruj min baytihī muhājiran ʾilā llāhi wa-rasūlihī thumma yudrik-hu l-mawtu fa-qad waqaʿa ʾajruhū ʿalā llāhi wa-kāna llāhu ghafūran raḥīman

Or, qui émigre dans le chemin d’Allâh trouvera sur terre de nombreux refuges et abondance. La rétribution de celui qui sort de sa demeure émigrant vers Allâh et Son Messager, puis que la mort atteint, incombe à Allâh.
Allâh Se révèle Très-Recouvreur, Très-Rayonnant d’Amour !

Sourate 4, النساء An-Nisāʾ, Les Femmes, verset 100 ; trad. M. Gloton, p. 94.

Largesse et Tout-Englobant

وَإِن يَتَفَرَّقا يُغنِ اللَّهُ كُلًّا مِن سَعَتِهِ ۚ وَكانَ اللَّهُ واسِعًا حَكيمًا

wa-ʾin yatafarraqā yughni llāhu kullan min saʿatihī wa-kāna llāhu wāsiʿan ḥakīman

Et si les deux époux se séparent, Allâh, par Sa largesse, contentera chacun d’eux.
Allâh Se révèle Tout-Englobant, Sage !

Sourate 4, النساء An-Nisāʾ, Les Femmes, verset 130 ; trad. M. Gloton, p. 99.

10. La racine wsḫ dans les textes égyptiens

Élargir les frontières

𓊃𓅱𓊃𓐍𓎺𓏛 𓏏𓍔𓄿𓈙𓅱𓏴𓈇𓏥 𓏤 𓏤 𓊪𓅱𓇋 𓏲𓆑𓂋𓎁𓏏 𓏏𓂡 𓇾 𓇾 𓇾 𓈇 𓈇

swsḫ(w) t3šw pw jw.f r jtt t3w

C’en est un qui élargit les frontières : il conquerra les pays.

Les aventures de Sinouhé, B 71 ; trad. P. Le Guilloux, p. 41.

Ample, large, largeur

jny ʿ.wy M wsḫ(w) nmt. M pn

au bras porteur (et) à la foulée ample !

Pyramide de Mérenrê, antichambre, M/A/W n, col. 9, Spruch 467, § 887 c ; trad. C. Carrier, Textes des Pyramides, t. IV, p. 1946-1947.

jr n=j w3.t wʿb=t(j)
nb nḥḥ jm(y) M3ʿ.t
wsḫ=t(y) w3.t tmm(w).t šn(w) ḥf3w.w

Fais-moi un chemin dégagé,
Maître de l’éternité-neheh qui se trouve dans Maât,
large, un chemin que n’aient pas investi les serpents !

Textes des Sarcophages, CT VII, Spell 1139 (sarcophage B1Be), p. 485, sections a-c ; trad. C. Carrier, vol. 3, p. 2336-2337.

[…] jry-ʿ3 n(y) mdw t3=f wn n=j wsḫ
n(y)=j ḥms(w)=j r bw mry=j jm

[…] Portier de celui qui aborde sa terre, ouvre-moi, la largeur m’appartient, (afin) que je puisse m’installer dans le lieu que je souhaite !

Livre des Morts, chapitre 52 (suite), papyrus de Nouou, BM EA 10477 ; trad. C. Carrier, p. 198.

Puissant

kf.n.j ʿf3y.f ʿ3.n.j jm wsḫ.n(.j)
ʿḥʿw.j ʿš3.n(.j) m mnmnt.j ḫr jrt

et je pillai son campement. Je devins important grâce à cela, je devins puissant grâce à […]
mes richesses, opulent grâce à mon bétail. Ainsi, le dieu aura agi pour […]

Les aventures de Sinouhé, B 146-147 ; trad. P. Le Guilloux, p. 51-53.

(Ne pas être) spacieux, largeur

pr Nmty-nḫt pn ḥr sm3 t3 n r(3)-w3t ḥns pw
n wsḫ js pw ḳnn.f
r sḫw n d3jw jw w3t.f wʿt

la maison de ce Nemtynakht était sur le chemin riverain, et c’était étroit
au point que cela ne dépassait pas
la largeur d’un pagne, l’un des bords […]

Le Conte du Paysan éloquent, R 7.5 ; trad. P. Le Guilloux, p. 27.

wsḫ(w) s.t=k m-ẖnw jtn
f3=k mḫ3.t mj Ḏḥwty

Que devienne spacieuse ta place à l’intérieur du disque,
(car) tu as présenté la balance comme Thot.

Textes des Sarcophages, CT I, Spell 47 (suite) (sarcophage B10Cb), p. 209, sections c-d ; trad. C. Carrier, vol. 1, p. 110-111.

Large

h3.kwj r w3ḏ-wr m dpt
nt mḥ 120 m 3w.s mḥ 40 m
sḫw.s sḳd 120 jm.s

(et que) je descendais vers le Très-Vert, à bord d’un navire
de cent vingt coudées de long sur quarante coudées de
large. Cent vingt marins s’y trouvaient.

Le Conte du Naufragé ; trad. P. Le Guilloux, p. 23.

Étendue du ciel

w {r} p.t twr ø n=j jr~n=j wsḫ.t p.t n nmt.wt=j r (Jgr.t) šm=j sp(s)<=kw>

du ciel (et) on montre du respect à mon égard (parce que) j’ai utilisé l’étendue du ciel pour mes déplacements jusqu’à (l’Igéret). (Comme) je marche, <je suis> ébouriffé.

Papyrus d’Ani, BM EA 10470, chapitre 84 (suite 1), passage 5 ; trad. C. Carrier, vol. II, p. 224.

11. Bilan

Hébreu et arabe : la parenté est solide, les trois consonnes présentent des correspondances régulières. Le sens « sauver » est propre à l’hébreu et s’explique par la signification de « mettre au large », par opposition à celle d’être « à l’étroit », tsârâ.

Égyptien et copte : la filiation est certaine, ⲟⲩⲱϣⲥ et ⲟⲩⲁϣⲥⲉ continuent wsḫ et wsḫt de l’égyptien hiéroglyphique, avec une inversion des deux dernières consonnes.

Égyptien et sémitique : Vycichl a établi le lien entre l’égyptien 𓅱𓋴𓐍𓎺 wsḫ (ousekh) et l’arabe w-s-ʿ. Trois arguments le soutiennent. D’abord, les trois consonnes se correspondent. Pour la troisième consonne, le 𓐍 (ḫ) égyptien répond au ع ʿ sémitique lorsqu’il suit un s : les deux remontent à un ancien ġ. Le mot « sept » obéit à la même règle (arabe سَبْع sabʿ, égyptien 𓊃𓆑𓐍𓅱𓐀 sfḫw). Ensuite, l’égyptien pharaonique et l’arabe forment le nom de la largeur sans le w- initial : سَعَة saʿa en arabe et 𓋴𓐍𓅱𓎺 sḫw en égyptien ancien. Enfin, le sens est le même : « être large ». La racine est attestée en égyptien ancien dès les premiers Textes des Pyramides, ceux d’Ounas. Les trois langues y ont recours pour nommer le divin : l’égyptien pharaonique l’emploie pour former un titre de Rê, wsḫ ḥr, « large de visage » ; en hébreu, elle entre dans un nom propre qui contient le nom de Dieu (Yehôchoua’, « YHWH sauve ») ; en arabe, elle forge le nom divin الوَاسِع Al-Wāsiʿ (le Détenteur des largesses et de l’abondance, le Vaste, l’Immense, le Tout-Englobant, dont le pouvoir, la bienfaisance et la générosité sont sans limites).

Le nom de Jésus : par l’intermédiaire de la racine arabe w-s-ʿ, on peut faire remonter la racine y-š-ʿ du nom Yehôchoua’ / Yéchoua’ jusqu’à l’égyptien ancien 𓅱𓋴𓐍𓎺 wsḫ (ousekh), « être large ». Le nom coranique ʿĪsā appartient à la même racine, mais par emprunt, à travers le syriaque Īšōʿ et une métathèse du ع ʿ. Le salut hébreu, la signification de largeur de l’arabe et de l’égyptien ancien remontent à une même racine afro-asiatique, qui renvoie à l’image première d’un « espace ouvert ».

Références

Carrier, Claude, Textes des Pyramides de l’Égypte ancienne, t. I, Textes des Pyramides d’Ounas et de Téti, Cybèle, 2009 ; t. IV, Textes des Pyramides de Mérenrê, d’Aba, de Neit, d’Ipout et d’Oudjebten, Cybèle, 2010.

Carrier, Claude, Textes des Sarcophages du Moyen Empire égyptien, 3 vol., Éditions du Rocher, 2004.

Carrier, Claude, Le Livre des Morts de l’Égypte ancienne, Cybèle, 2009.

Carrier, Claude, Le Papyrus d’Ani (BM EA 10470), vol. II, Cybèle, 2010.

Gloton, Maurice, Le Coran, essai de traduction et annotations, édition bilingue arabe-français, Albouraq, 2018.

Le Guilloux, Patrice, Les aventures de Sinouhé, Cahier de l’Association d’Égyptologie Isis n° 4, 2e éd., Angers, 2005.

Le Guilloux, Patrice, Le Conte du Paysan éloquent, Cahier de l’Association d’Égyptologie Isis n° 2, 2e éd., Angers, 2005.

Le Guilloux, Patrice, Le Conte du Naufragé, Cahier de l’Association d’Égyptologie Isis n° 1, 2e éd. revue et corrigée, Angers, 2005.

Vycichl, Werner, Dictionnaire étymologique de la langue copte, Louvain, Peeters, 1983, s.v. ⲟⲩⲱϣⲥ.

Erichsen, Wolja, Demotisches Glossar, Copenhague, Munksgaard, 1954, p. 101.

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