𓋮𓈖𓍿𓍰 snáčŻ / senetch

Habiter la terre, faire sa demeure

Mesurer pour fonder, fonder pour demeurer : la racine s-n-áčŻ

Égyptien pharaonique · DĂ©motique · Copte · Akkadien · HĂ©breu · Arabe · Langues couchitiques et MandĂ©

Sous les auspices de 𓅝𓏏𓏭𓅆𓇋𓈎𓂋𓏝 (ណងwty Ă­ážłr | Djehouty L’Excellent) ! ق ۱ ŰĄ

M p(w ) · ឫȝw n(y) Psត.ty · Ăž snáčŻ=y Sáž«.t កtp jm=f
« C’est MĂ©renrĂȘ que le fil Ă  plomb de la Double EnnĂ©ade avec lequel est mesurĂ© le Champ de Hotep ! »
Textes des Pyramides de MĂ©renrĂȘ, couloir, col. 27-28, Spruch {518}, §1196 b-c. Trad. M. Claude Carrier, Ă©dit. CYBELE 2010.
فِيهِ ŰłÙŽÙƒÙÙŠÙ†ÙŽŰ©ÙŒ مِّن Ű±ÙŽÙ‘ŰšÙÙ‘ÙƒÙÙ…Ù’
Fīhi sakīnatun min rabbikum
« En elle une Présence de paix provenant de votre Enseigneur. »
Sourate 2, Ű§Ù„ŰšÙ‚Ű±Ű© / Al-Baqara, verset 248. Trad. M. Maurice Gloton, Albouraq 2018.

Introduction : mesurer pour fonder, fonder une maison pour demeurer

En Ă©gyptien pharaonique, la racine 𓋮 (s) 𓈖 (n) 𓍿 (áčŻ) forme le verbe 𓋮𓈖𓍿𓍰 (lire snáčŻ / senetch), qui signifie mesurer, mĂ©trer un terrain, poser les fondations ou fonder une maison. Écrite toujours en hiĂ©roglyphes sous cette forme, elle dĂ©signe Ă©galement, en tant que nom, la crĂ©ation, la crĂ©ature, ainsi que la coutume, la rĂšgle et l’habitude.

L’ordre de ces sens n’est pas arbitraire, mais suit l’ordre logique des opĂ©rations. Avant de construire, on tend le cordeau, on arpente le terrain. C’est ce que dit le dĂ©terminatif 𓍰, qui figure la boucle de corde de l’arpenteur enroulĂ©e sur elle-mĂȘme, et qui sert prĂ©cisĂ©ment Ă  dĂ©terminer les mots en lien avec l’action de faire un plan, de fonder. Le geste inaugural de toute construction Ă©gyptienne, qui est de mesurer le sol, est ainsi inscrit dans le signe mĂȘme. Du mesurage, du mĂ©trage d’un terrain, sens premier que porte l’égyptien ancien 𓋮𓈖𓍿𓍰 (lire snáčŻ / senetch), procĂšde la fondation d’une maison, la construction d’un lieu de rĂ©sidence. C’est ce que montrent les langues sĂ©mitiques oĂč la mĂȘme racine en mĂ©tathĂšse a donnĂ© en hĂ©breu le terme Ś©ÖžŚŚ›Ö·ŚŸ (ƥākan) et Ă  l’arabe celui de ŰłÙŽÙƒÙŽÙ†ÙŽ (sakana) avec les significations d’habiter, de demeurer, de rĂ©sider, d’ĂȘtre au repos. Le trajet sĂ©mantique ne s’arrĂȘte pas lĂ . De la racine du cĂŽtĂ© de l’hĂ©breu et de l’arabe, que nous remontons ici Ă  celle ancienne Ă©gyptienne 𓋮𓈖𓍿𓍰 (lire snáčŻ / senetch), viennent aussi le nom du tabernacle ŚžÖŽŚ©Ö°ŚŚ›ÖžÖŒŚŸ (mishkān) et celui de la demeure en arabe Ù…ÙŽŰłÙ’ÙƒÙŽÙ† (maskan). La racine a gĂ©nĂ©rĂ© en hĂ©breu, le vocable Ś©Ö°ŚŚ›ÖŽŚ™Ś ÖžŚ” (Shekhina) dont l’équivalent en arabe est ŰłÙŽÙƒÙÙŠÙ†ÙŽŰ© (sakÄ«na), nommant dans ces deux langues sĂ©mitiques « la PrĂ©sence divine » qui vient habiter parmi les hommes. Du cordeau de l’arpenteur Ă  la PrĂ©sence divine dans le sanctuaire, une seule racine parcourt le chemin menant Ă  l’installation, Ă  l’établissement, Ă  la rĂ©sidence, Ă  l’habitation.

I. Correspondances phonétiques inter-langues

Égyptien Arabe HĂ©breu
𓋮 s, ƛ Űł (sÄ«n) · Ű” (áčŁÄd) کځ / کڂ (ĆĄin / ƛin)
𓈖 n ن (nĆ«n) Ś  (nun)
𓍿 áčŻ / tch ك (kāf) Ś› (kaf)

La troisiĂšme correspondance, celle du 𓍿 (áčŻ) rĂ©pondant au k sĂ©mitique, commande toute la dĂ©monstration. Nous y revenons en section II.

II. PhonĂšmes de l’Ă©gyptien pharaonique

2.1 𓋮, le linge pliĂ© (s)

Le signe figure une Ă©toffe pliĂ©e; translittĂ©ration s, ƛ.

HĂ©breu : کڂ (ƛin) et کځ (ĆĄin). Arabe : Ű” (áčŁÄd) ou Űł (sÄ«n). PhĂ©nicien : 𐀑.

SĂ©mitiques : áčŻ, ĆĄ, ƛ.

2.2 𓈖, le filet d’eau (n)

Occlusive apico-dentale.

Copte : âȚ / âț (nē) [n] · âȘ / âș (mē) [m] · âČą / âČŁ (rƍ) [r].

HĂ©breu : Ś  (nun). Arabe : ن (nĆ«n). SĂ©mitiques : n, l.

2.3 𓏏, la galette de pain (t)

Occlusive apico-dentale sourde, aboutissant en copte Ă  âČŠ / âȧ (tau) [t, d], ou Ă  zĂ©ro. Équivaut Ă  l’hĂ©breu ŚȘÖŒ (tav), Ă  l’arabe ŰȘ (tāʟ), au phĂ©nicien 𐀕 (taw) et 𐀈 (teth). SĂ©mitiques : t, d, áč­. Ce signe sert de marque du fĂ©minin Ă  la finale des vocables.

2.4 𓍿, la corde Ă  anses (áčŻ)

Le signe figure une corde Ă  anses servant Ă  attacher les animaux. Son Ă©volution phonĂ©tique est documentĂ©e avec prĂ©cision : affriquĂ©e palatale forte et sourde Ă  l’Ancien Empire, transcrite ć; au Moyen Empire, affriquĂ©e prĂ©palatale forte, sourde et aspirĂ©e, č, ainsi qu’une occlusive dentale forte et sourde aspirĂ©e notĂ©e t et prononcĂ©e [tʰ]. C’est Ă©galement au Moyen Empire que les phonĂšmes t et áčŻ commencent Ă  se confondre Ă  l’Ă©crit.

Copte : âČŠ / âȧ (tau) [t] · âȐ / âȑ (tʰēta) [tʰ, Ξ].

La clĂ© de la comparaison. ce phonĂšme 𓍿 ( áčŻ / tch) correspond au sĂ©mitique « k », Ă  l’hĂ©breu Ś› (kaf) et Ă  l’arabe ك (kāf). C’est cette Ă©quivalence qui permet de reconnaĂźtre sous l’hĂ©breu Ś©ÖžŚŚ›Ö·ŚŸ et l’arabe ŰłÙŽÙƒÙŽÙ†ÙŽ, la racine trilitĂšre fort ancienne de l’égyptien pharaonique que le scribe Ă©crivait avec ce signe hiĂ©roglyphique 𓍿, translittĂ©rĂ© ( áčŻ / tch) en troisiĂšme position et qui reprĂ©sente une corde Ă  anses. Sans ce signe comme troisiĂšme radicale, le rapprochement resterait invisible, avec lui, il devient rĂ©gulier.

III. Déterminatifs hiéroglyphiques

𓍰 : boucle de corde d’arpenteur, enroulĂ©e sur elle-mĂȘme, dĂ©terminatif de fonder, de faire un plan, et du plan lui-mĂȘme.

𓈇 : terre irriguĂ©e, dĂ©terminatif de pays, de contrĂ©e irriguĂ©e.

Le cordeau et la fondation. Le choix du premier dĂ©terminatif n’a rien de dĂ©coratif. Il s’agit, pour Ă©crire le vocable 𓋮𓈖𓍿𓍰 (lire snáčŻ / senetch), de la boucle de corde d’arpenteur qu’est ce signe 𓍰. Dans l’Égypte ancienne, la fondation d’un Ă©difice sacrĂ© commençait par l’accomplissement d’un rite oĂč le souverain, censĂ© ĂȘtre assistĂ© par la dĂ©esse SĂ©shat, tendait le cordeau pour procĂ©der au traçage de son plan au sol.
Ce signe reprĂ©sente l’instrument qui servait Ă  accomplir ce rite de fondation. Écrire 𓋮𓈖𓍿𓍰 (lire snáčŻ / senetch) avec le signe de la corde de l’arpenteur, c’est rappeler que fonder, bĂątir une demeure commence par procĂ©der au mesurage, au traçage de son plan.

IV. Vocables de l’Ă©gyptien pharaonique

𓋮𓈖𓍿𓍰 (lire snáčŻ / senetch) – verbe voulant dire mesurer, mĂ©trer un terrain, poser les fondations, fonder une maison. Comme nom dĂ©signe la crĂ©ation, la crĂ©ature, une coutume, une rĂšgle, une habitude.

đ“‹Žđ“ˆ–đ“żđ“đ“°đ“ˆ‡đ“„ (lire snáčŻ.t) – nomme le plan d’Ă©difices; au sens figurĂ© la mesure, la circonspection.

𓍰𓏏𓏏𓈇 (lire snáčŻ.t) – nom dĂ©signant les murs de fondation, le plan d’un bĂątiment, le sol.

𓄟𓍿𓈖𓏏𓊚 (lire msnáčŻt / mesenetchet), nomme une fosse de fondation. Le vocable figure dans les Textes des Pyramides (§786 a).

Démotique : snt, fonder.

De la mesure Ă  la coutume. Que la racine 𓋮 (s) · 𓈖 (n) · 𓍿 (áčŻ) puisse Ă  la fois signifier l’action de fonder et nommer une coutume, une rĂšgle ou une habitude rĂ©vĂšle une conception particuliĂšre : ce qui est bien fondĂ© et Ă©tabli est ce dont l’usage est unanimement reconnu et admis. De mĂȘme que les fondations sont essentielles Ă  la stabilitĂ©, Ă  la viabilitĂ© d’un Ă©difice, d’une maison, les rĂšgles et les usages sont fondamentaux pour guider la conduite humaine. Les sens au figurĂ© de mesure, de circonspection associĂ©s chez l’égyptien ancien au vocable đ“‹Žđ“ˆ–đ“żđ“đ“°đ“ˆ‡đ“„ (lire snáčŻ / senetch) renforcent ce glissement sĂ©mantique : l’homme mesurĂ© est celui qui agit avec la mĂȘme prĂ©cision qu’un arpenteur.

V. La mĂ©tathĂšse de s-n-áčŻ Ă  s-k-n

Les racines sĂ©mitiques qui portent le sens d’habiter, de rĂ©sider, de demeurer sont en hĂ©breu, کځ–Ś›–Ś  (ĆĄ-k-n), et en arabe Űł–ك–ن (s-k-n). La racine de l’égyptien ancien est s-n-áčŻ. Le passage de l’une Ă  l’autre racine suppose un dĂ©placement de position.

Position Ă©g. Égyptien Position sĂ©m. HĂ©breu · Arabe
1re 𓋮 (s) 1re کځ / Űł (ĆĄ / s)
3e 𓍿 (áčŻ) 2e Ś› / ك (k)
2e 𓈖 (n) 3e Ś  / ن (n)

La premiĂšre radicale reste Ă  la mĂȘme position. Mais les deux suivantes permutent : la troisiĂšme radicale Ă©gyptienne 𓍿 (áčŻ), correspondant au k sĂ©mitique, passe en deuxiĂšme position, et le n recule en troisiĂšme. Nous avons donc consonne pour consonne :

Du cĂŽtĂ© de l’égyptien ancien : 𓋮 (s) 𓈖 (n) 𓍿 (áčŻ) → s – n – áčŻ

AprĂšs mĂ©tathĂšse : s – áčŻ â€“ n, et comme áčŻ rĂ©pond au k sĂ©mitique nous avons : s – k – n

HĂ©breu : کځ–Ś›–Ś  (ĆĄ-k-n) · Arabe : Űł–ك–ن (s-k-n)

Ce qui persiste du sens. la forme Ă©volue mais le champ sĂ©mantique demeure constant. L’Ă©gyptien snáčŻ signifie « poser les fondations » ou « construire une maison » tandis que l’hĂ©breu « ƥākan » et l’arabe « sakana » veulent dire « habiter cette maison », « y rĂ©sider » ou « s’y reposer ». On ne fait pas face Ă  des significations distinctes mais Ă  des Ă©tapes successives d’un mĂȘme processus, que sont la construction, puis l’habitation. Les langues sĂ©mitiques ont prĂ©servĂ© le rĂ©sultat de ce que la langue pharaonique dĂ©signait comme son commencement.

VI. L’akkadien et le copte

6.1 Akkadien

ĆĄakānu – verbe : faire, placer.

La forme en akkadien conserve l’ordre ĆĄ-k-n avec le sens de poser, de placer, renvoyant Ă  l’acte mĂȘme de l’installation, de l’établissement Ă  mi-chemin entre la signification ancienne Ă©gyptienne de fonder et celle hĂ©braĂŻque d’habiter.

6.2 Copte

âČ„âȱâțâȧ (dialecte bohaĂŻrique)- verbe voulant dire crĂ©er, fonder, fixer.

âČ„âțâȧâȉ (dialecte sahidique)- nom dĂ©signant la fondation, le fondement, la base.

Valeurs phonĂ©tiques mobilisĂ©es : âČ€ / âČ„ (sēmma) [s] · âȰ / âȱ [oː] · âȚ / âț (nē) [n] · âČŠ / âȧ (tau) [t, d] · âȈ / âȉ (ei) [e].

Ces deux formes du copte tĂ©moignent de l’ordre ancien : elles conservent l’ordre de l’ancien Ă©gyptien des consonnes 𓋮 (s) 𓈖 (n) 𓍿 (áčŻ) contrairement Ă  l’ordre sĂ©mitique. Par exemple le vocable âČ„âțâȧâȉ qui signifie « fondation » et le mot hĂ©breu Ś©ÖžŚŚ›Ö·ŚŸ (ƥākan) avec le sens « d’habiter » proviennent de la mĂȘme racine mais ont Ă©voluĂ© par deux voies distinctes : l’une en ligne directe depuis l’égyptien ancien, et l’autre par la mĂ©tathĂšse que nous avons prĂ©cĂ©demment dĂ©crite. Ainsi, la langue de l’Égypte chrĂ©tienne tĂ©moigne de l’Ă©tat de la langue avant la permutation.

VII. L’hĂ©breu کځ–Ś›–Ś 

Ś©ÖžŚŚ›Ö·ŚŸ (ƥākan) – verbe : habiter, demeurer, reposer, avoir sa demeure; poser, placer, fixer, Ă©tablir.

Ś©Ö¶ŚŚ›Ö¶ŚŸ (ĆĄeken) – nom dĂ©rivĂ© de Ś©ÖžŚŚ›Ö·ŚŸ (ƥākan) : demeure.

ŚžÖŽŚ©Ö°ŚŚ›ÖžÖŒŚŸ (mishkān)- nom : le tabernacle, le sanctuaire, une habitation.

Le verbe hĂ©breu conserve, Ă  cĂŽtĂ© du sens d’habiter, ceux de poser, de placer, de fixer, d’établir, c’est-Ă -dire prĂ©cisĂ©ment ceux du champ sĂ©mantique de l’égyptien pharaonique snáčŻ. Les deux moments, fonder et demeurer persistent dans la coexistence.

VIII. L’arabe Űł–ك–ن

ŰłÙŽÙƒÙŽÙ†ÙŽ / ÙŠÙŽŰłÙ’ÙƒÙÙ†Ù (sakana / yaskunu) – verbe, forme I : habiter, rĂ©sider, demeurer, sĂ©journer, ĂȘtre au repos.

ŰłÙŽÙƒÙŽÙ† (sakan) – nom : habitation, installation, demeure, rĂ©sidence, logis, lieu de repos, sĂ©dentaritĂ©, foyer, toit.

ŰłÙÙƒÙ’Ù†ÙŽŰ© (sukna) – nom : quiĂ©tude, tranquillitĂ©.

Ù…ÙŽŰłÙ’ÙƒÙŽÙ† (maskan) – nom : foyer, demeure, toit, intĂ©rieur, habitat, rĂ©sidence, gĂźte, logis.

ŰłÙŽŰ§ÙƒÙÙ† (sākin) – adjectif : calme, tranquille, paisible, dĂ©tendu, inactif, inerte.

Ù…ÙŽŰłÙ’ÙƒÙŽÙ†ÙŽŰ© (maskana) – nom : dĂ©nuement, indigence, misĂšre.

Ù…ÙŰłÙ’ÙƒÙÙŠÙ† (miskÄ«n) – nom : pauvre, nĂ©cessiteux, misĂ©rable.

8.1 Le paradoxe du miskīn

Comment la racine de l’habitation en arabe en vient-elle Ă  nommer l’indigence ?

L’immobilitĂ©, revers de la demeure, trouve son lien dans l’adjectif ŰłÙŽŰ§ÙƒÙÙ† (sākin), qui englobe Ă  la fois la quiĂ©tude et l’inactivitĂ©, voire l’inertie. La racine ne se limite pas au repos volontaire mais renvoie aussi Ă  l’immobilitĂ© forcĂ©e. Ainsi, celui qui est incapable de bouger, qui est contraint de rester Ă  sa place par manque de moyens, est qualifiĂ© de Ù…ÙŰłÙ’ÙƒÙÙŠÙ† (miskÄ«n). Ce mĂȘme vocable dĂ©crit Ă  la fois la quiĂ©tude de celui qui possĂšde un foyer et l’impuissance de celui qui n’en peut plus sortir. Il est intĂ©ressant de noter que l’hĂ©breu possĂšde un mot similaire, ŚžÖŽŚĄÖ°Ś›Ö”ÖŒŚŸ (miskēn), signifiant « pauvre », dont l’origine est dĂ©battue entre une racine commune et un emprunt Ă  l’akkadien « muĆĄkēnu ». Nous explorerons plus en dĂ©tail ce phĂ©nomĂšne de retournement dans la section XIII oĂč nous verrons comment le bambara utilise sĂŹgi et sɛ̀gɛn, de maniĂšre analogue.

IX. La Shekhina et la Sakīna, la Présence qui habite

Le vocable hĂ©braĂŻque Ś©ÖžŚŚ›Ö·ŚŸ (ƥākan) signifie « habiter, rĂ©sider, demeurer, sĂ©journer », et donne naissance au nom Ś©Ö°ŚŚ›ÖŽŚ™Ś ÖžŚ” (Shekhina) pour dĂ©signer la PrĂ©sence divine. Ce nom signifie littĂ©ralement « ce qui demeure » ou « l’habitation ». Son Ă©quivalent arabe ŰłÙŽÙƒÙÙŠÙ†ÙŽŰ© (sakÄ«na) traduit par Maurice Gloton par « PrĂ©sence de paix », est le mĂȘme mot.

Le Tabernacle du dĂ©sert, lieu de rĂ©sidence de Dieu au milieu de son peuple porte le nom de ŚžÖŽŚ©Ö°ŚŚ›ÖžÖŒŚŸ (mishkān), qui signifie « le lieu oĂč l’on habite ». Son Ă©quivalent arabe Ù…ÙŽŰłÙ’ÙƒÙŽÙ† (maskan) est formĂ© exactement de la mĂȘme maniĂšre.

La thĂ©ologie rĂ©sumĂ©e en un seul verbe. Le verset le plus explicite se trouve dans l’Exode : « Ils me feront un sanctuaire, et j’habiterai (Ś•Ö°Ś©ÖžŚŚ›Ö·Ś Ö°ŚȘÖŽÖŒŚ™, wə-ƥākantĂź) au milieu d’eux. » L’essence mĂȘme de la PrĂ©sence divine est exprimĂ©e par une forme verbale dĂ©rivĂ©e de notre racine. Le Coran, en dĂ©crivant l’Arche d’Alliance, utilise le mot jumeau : ŰłÙŽÙƒÙÙŠÙ†ÙŽŰ© (sakÄ«na), la PrĂ©sence de paix qu’elle contient.

Du cordeau que l’arpenteur de l’Égypte pharaonique tendait au sol pour dĂ©terminer l’emplacement d’un Ă©difice jusqu’à la PrĂ©sence divine qui vient habiter le sanctuaire, du cĂŽtĂ© sĂ©mitique, il n’y a qu’une unique racine et une seule logique : il faut Ă©tablir un lieu pour que quelqu’un puisse y rĂ©sider.

Un dernier terme, issu du mĂȘme ensemble, est l’arabe Ù…ÙŰŽÙ’ÙƒÙŽŰ§Ű© (mishkāt), la niche oĂč l’on place la lampe, rendue cĂ©lĂšbre par le verset de la LumiĂšre. Il est reconnu comme un emprunt du lexique coranique au guĂšze, l’Ă©thiopien ancien. À l’instar de la lampe, la niche est Ă©galement un logement, celui de la lumiĂšre.

Ces formes nominales en m- peuvent ĂȘtre rapprochĂ©es de l’Ă©gyptien 𓄟𓍿𓈖𓏏𓊚 (msnáčŻt), la fosse de fondation, attestĂ© aux Textes des Pyramides (§786 a). Dans ce cas Ă©galement, un prĂ©fixe m- forme, Ă  partir de la racine de l’égyptien pharaonique, le nom du lieu.

X. Attestations pharaoniques

La racine 𓋮 (s) · 𓈖 (n) · 𓍿 (áčŻ) se rencontre dĂšs les premiers Textes des Pyramides, les plus anciens textes religieux de l’humanitĂ©.

10.1 Remettre en place, fixer : Pyramide de Téti

jn sȝ=k mry=k snáčŻ(w )~n=f n=k jr.ty=k
« C’est ton fils bien-aimĂ© celui qui a remis en place pour toi tes deux yeux. »

Textes des Pyramides de l’Égypte Ancienne, tome 1, Textes des Pyramides d’Ounas et de TĂ©ti. Textes de la Pyramide de TĂ©ti, antichambre, colonne 46, Spruch {369}, §644 c, pages 318-319. TranslittĂ©ration et traduction de M. Claude Carrier, Ă©dit. CYBELE, Paris 2009.

Le sens ici est celui de fixer, de remettre Ă  sa place, l’acception la plus proche du geste fondateur. On pense Ă  l’Ă©pisode oĂč Horus restitue Ă  Osiris ses yeux arrachĂ©s : les remettre en place, c’est les rĂ©installer dans leur assise.

10.2 Mesurer : Pyramide de MĂ©renrĂȘ

M p(w ) · ឫȝw n(y) Psត.ty · Ăž snáčŻ=y Sáž«.t កtp jm=f
« C’est MĂ©renrĂȘ que le fil Ă  plomb de la Double EnnĂ©ade avec lequel est mesurĂ© le Champ de Hotep ! »

Textes des Pyramides de l’Égypte ancienne, tome IV, textes des pyramides de MĂ©renrĂȘ, d’Aba, de Neit, d’Ipout et d’Oudjebten. Textes de la pyramide de MĂ©renrĂȘ, couloir, colonnes 27-28, Spruch {518}, §1196 b Ă  1196 c. TranslittĂ©ration et traduction de M. Claude Carrier, Ă©dit. CYBELE 2010.

Le roi devenu instrument. Ce passage de la pyramide de MĂ©renrĂȘ (VIe dynastie, −2255 / −2246), mĂ©rite qu’on s’y attarde. Le roi dĂ©funt n’y est pas celui qui mesure : il est le fil Ă  plomb lui-mĂȘme, l’instrument par lequel la Double EnnĂ©ade arpente le Champ de Hotep, ce domaine paradisiaque ancien Ă©gyptien oĂč les Bienheureux reçoivent leur part. L’arpentage y est un acte cosmique, et le souverain de l’Égypte antique en est l’outil. Cette image souligne l’unitĂ© de la racine 𓋮 (s) · 𓈖 (n) · 𓍿 (áčŻ) : mesurer, c’est dĂ©jĂ  fonder le sĂ©jour.

XI. Attestations bibliques

La racine کځ–Ś›–Ś  est omniprĂ©sente dans le Tanakh, oĂč elle dĂ©signe Ă  la fois l’installation des hommes et la rĂ©sidence divine parmi eux.

11.1 Placer, établir

Ś•Ö·Ś™Ö°Ś’ÖžŚšÖ¶Ś©Ś ڐֶŚȘÖŸŚ”ÖžŚÖžŚ“ÖžŚ Ś•Ö·Ś™Ö·ÖŒŚ©Ö°ŚŚ›Ö”ÖŒŚŸ ŚžÖŽŚ§Ö¶ÖŒŚ“Ö¶Ś ŚœÖ°Ś’Ö·ŚŸÖŸŚąÖ”Ś“Ö¶ŚŸ ڐֶŚȘÖŸŚ”Ö·Ś›Ö°ÖŒŚšÖ»Ś‘ÖŽŚ™Ś ڕְڐ֔ŚȘ ŚœÖ·Ś”Ö·Ś˜ Ś”Ö·Ś—Ö¶ŚšÖ¶Ś‘ Ś”Ö·ŚžÖŽÖŒŚȘÖ°Ś”Ö·Ś€Ö¶ÖŒŚ›Ö¶ŚȘ ŚœÖŽŚ©Ö°ŚŚžÖ茚 ڐֶŚȘÖŸŚ“Ö¶ÖŒŚšÖ¶ŚšÖ° ŚąÖ”Ś„ Ś”Ö·Ś—Ö·Ś™ÖŽÖŒŚ™ŚŚƒ
way·ឥā·reĆĄ ÊŸĂȘáčŻ hā·ʟā·តām way·yaƥ·kĂȘn miq·qe·តem lə·ឥan-ÊżĂȘ·តen ÊŸĂȘáčŻ hak·kə·ru·ជßm wə·ʟĂȘáčŻ la·haáč­ ha·ងe·reᾇ ham·miáčŻÂ·hap·pe·បeáčŻ liƥ·mƍr ÊŸĂȘáčŻ de·reáž” ÊżĂȘáčŁ ha·ងay·yĂźm
« C’est ainsi qu’il chassa Adam; et il mit Ă  l’orient du jardin d’Éden les chĂ©rubins qui agitent une Ă©pĂ©e flamboyante, pour garder le chemin de l’arbre de vie. »

GenĂšse 3 : 24, Bible (traduction Louis Segond).

11.2 Habiter, demeurer

Ś•Ö·Ś™ÖŽÖŒŚ©Ö°ŚŚ›Ö°ÖŒŚ Ś•ÖŒ ŚžÖ”Ś—ÖČŚ•ÖŽŚ™ŚœÖžŚ” ŚąÖ·Ś“ÖŸŚ©ŚŚ•ÖŒŚš ڐÖČŚ©Ö¶ŚŚš ŚąÖ·ŚœÖŸŚ€Ö°ÖŒŚ Ö”Ś™ ŚžÖŽŚŠÖ°ŚšÖ·Ś™ÖŽŚ Ś‘ÖčÖŒŚÖČŚ›ÖžŚ” ŚÖ·Ś©ÖŒŚŚ•ÖŒŚšÖžŚ” ŚąÖ·ŚœÖŸŚ€Ö°ÖŒŚ Ö”Ś™ Ś›ÖžŚœÖŸŚÖ¶Ś—ÖžŚ™Ś• Ś ÖžŚ€ÖžŚœŚƒ
way·yiƥ·kə·nĆ« mĂȘ·ងă·wß·lāh Êżaត-ĆĄĆ«r ÊŸÄƒÂ·ĆĄer Êżal-pə·nĂȘ miáčŁÂ·ra·yim bĆÂ·ÊŸÄƒÂ·áž”Äh ÊŸaƥ·ƥƫ·rāh Êżal-pə·nĂȘ បāl ÊŸe·ងāw nā·p̄āl
« Ses fils habitĂšrent depuis Havila jusqu’à Schur, qui est en face de l’Égypte, en allant vers l’Assyrie. Il s’établit en prĂ©sence de tous ses frĂšres. »

GenĂšse 25 : 18, Bible (traduction Louis Segond).

Ś•Ö·Ś™Ö”ÖŒŚšÖžŚ ŚÖ”ŚœÖžŚ™Ś• Ś™Ö°Ś”Ś•ÖžŚ” ڕַڙÖčÖŒŚŚžÖ¶Śš ŚÖ·ŚœÖŸŚȘÖ”ÖŒŚšÖ”Ś“ ŚžÖŽŚŠÖ°ŚšÖžŚ™Ö°ŚžÖžŚ” کְځڛÖ覟 Ś‘ÖžÖŒŚÖžŚšÖ¶Ś„ ڐÖČŚ©Ö¶ŚŚš ڐÖčŚžÖ·Śš ŚÖ”ŚœÖ¶Ś™ŚšÖžŚƒ
way·yĂȘ·rā ÊŸĂȘ·lāw Yah·weh way·yĆÂ·mer ÊŸal-tĂȘ·rĂȘត miáčŁÂ·rā·yə·māh ĆĄÉ™Â·áž”Ćn bā·ʟā·reáčŁ ÊŸÄƒÂ·ĆĄer ÊŸĆÂ·mar ÊŸĂȘ·le·បā
« L’Éternel lui apparut, et dit : Ne descends pas en Égypte, demeure dans le pays que je te dirai. »

GenĂšse 26 : 2, Bible (traduction Louis Segond).

11.3 La Présence divine qui repose

Ś•Ö·Ś™ÖŽÖŒŚ©Ö°ŚŚ›ÖčÖŒŚŸ Ś›Ö°ÖŒŚ‘Ś•ÖčŚ“ÖŸŚ™Ö°Ś”Ś•ÖžŚ” ŚąÖ·ŚœÖŸŚ”Ö·Śš ŚĄÖŽŚ™Ś Ö·Ś™ Ś•Ö·Ś™Ö°Ś›Ö·ŚĄÖ”ÖŒŚ”Ś•ÖŒ Ś”Ö¶ŚąÖžŚ ÖžŚŸ ک֔ځکֶځŚȘ Ś™ÖžŚžÖŽŚ™Ś Ś•Ö·Ś™ÖŽÖŒŚ§Ö°ŚšÖžŚ ŚÖ¶ŚœÖŸŚžÖčŚ©Ö¶ŚŚ” Ś‘Ö·ÖŒŚ™ÖŒŚ•Ö覝 Ś”Ö·Ś©Ö°ÖŒŚŚ‘ÖŽŚ™ŚąÖŽŚ™ ŚžÖŽŚȘÖŒŚ•Ö覚ְ Ś”Ö¶ŚąÖžŚ ÖžŚŸŚƒ
way·yiƥ·kƍn kÉ™Â·áž‡ĆÂ·wត Yah·weh Êżal-har sß·nāy way·បas·sĂȘ·hĆ« heÂ·ÊżÄÂ·nān ĆĄĂȘ·ƥeáčŻ yā·mĂźm way·yiq·rā ÊŸel-mĆÂ·ĆĄeh bay·yĆÂ·wm haĆĄÂ·ĆĄÉ™Â·áž‡ĂźÂ·ÊżĂź mit·tĆÂ·wáž” heÂ·ÊżÄÂ·nān
« La gloire de l’Éternel reposa sur la montagne de SinaĂŻ, et la nuĂ©e la couvrit pendant six jours. Le septiĂšme jour, l’Éternel appela MoĂŻse du milieu de la nuĂ©e. »

Exode 24 : 16, Bible (traduction Louis Segond).

Ś•Ö°ŚąÖžŚ©Ś‚Ś•ÖŒ ŚœÖŽŚ™ ŚžÖŽŚ§Ö°Ś“ÖžÖŒŚ©Ś Ś•Ö°Ś©ÖžŚŚ›Ö·Ś Ö°ŚȘÖŽÖŒŚ™ Ś‘Ö°ÖŒŚȘŚ•ÖčŚ›ÖžŚŚƒ
wÉ™Â·ÊżÄÂ·Ć›Ć« lĂź miq·dāƥ wə·ƥā·បan·tĂź bə·áčŻĆÂ·w·បām
« Ils me feront un sanctuaire, et j’habiterai au milieu d’eux. »

Exode 25 : 8, Bible (traduction Louis Segond).

Ś•Ö°Ś™ÖžŚ“Ö°ŚąŚ•ÖŒ Ś›ÖŽÖŒŚ™ ڐÖČŚ ÖŽŚ™ Ś™Ö°Ś”Ś•ÖžŚ” ڐֱڜÖčŚ”Ö”Ś™Ś”Ö¶Ś ڐÖČŚ©Ö¶ŚŚš ڔڕÖčŚŠÖ”ŚŚȘÖŽŚ™ ڐÖčŚȘÖžŚ ŚžÖ”ŚÖ¶ŚšÖ¶Ś„ ŚžÖŽŚŠÖ°ŚšÖ·Ś™ÖŽŚ ŚœÖ°Ś©ÖžŚŚ›Ö°Ś ÖŽŚ™ ڑְŚȘŚ•ÖčŚ›ÖžŚ ڐÖČŚ ÖŽŚ™ Ś™Ö°Ś”Ś•ÖžŚ” ڐֱڜÖčŚ”Ö”Ś™Ś”Ö¶ŚŚƒ
wə·yÄÂ·ážÉ™Â·ÊżĆ« kĂź ʟă·nĂź Yah·weh ʟĕ·lĆÂ·hĂȘ·hem ÊŸÄƒÂ·ĆĄer hĆÂ·w·áčŁĂȘ·áčŻĂź ÊŸĆÂ·áčŻÄm mĂȘ·ʟe·reáčŁ miáčŁÂ·ra·yim lə·ƥā·បə·nĂź ជə·áčŻĆÂ·w·បām ʟă·nĂź Yah·weh ʟĕ·lĆÂ·hĂȘ·hem
« Ils connaĂźtront que je suis l’Éternel, leur Dieu, qui les ai fait sortir du pays d’Égypte, pour habiter au milieu d’eux. Je suis l’Éternel, leur Dieu. »

Exode 29 : 46, Bible (traduction Louis Segond).

ŚąÖ·ŚœÖŸŚ€ÖŽÖŒŚ™ Ś™Ö°Ś”Ś•ÖžŚ” Ś™ÖŽŚĄÖ°ŚąŚ•ÖŒ Ś‘Ö°ÖŒŚ Ö”Ś™ Ś™ÖŽŚ©Ö°Ś‚ŚšÖžŚÖ”Śœ Ś•Ö°ŚąÖ·ŚœÖŸŚ€ÖŽÖŒŚ™ Ś™Ö°Ś”Ś•ÖžŚ” ڙַڗÖČŚ Ś•ÖŒ Ś›ÖžÖŒŚœÖŸŚ™Ö°ŚžÖ”Ś™ ڐÖČŚ©Ö¶ŚŚš Ś™ÖŽŚ©Ö°ŚŚ›ÖčÖŒŚŸ Ś”Ö¶ŚąÖžŚ ÖžŚŸ ŚąÖ·ŚœÖŸŚ”Ö·ŚžÖŽÖŒŚ©Ö°ŚŚ›ÖžÖŒŚŸ ڙַڗÖČŚ Ś•ÖŒŚƒ
Êżal pĂź Yah·weh yisÂ·ÊżĆ« bə·nĂȘ yiƛ·rā·ʟĂȘl wÉ™Â·Êżal pĂź Yah·weh ya·ងă·nĆ« kāl-yə·mĂȘ ÊŸÄƒÂ·ĆĄer yiƥ·kƍn heÂ·ÊżÄÂ·nān Êżal-ham·miƥ·kān ya·ងă·nĆ«
« Les enfants d’IsraĂ«l partaient sur l’ordre de l’Éternel, et ils campaient sur l’ordre de l’Éternel; ils campaient aussi longtemps que la nuĂ©e restait sur le tabernacle. »

Nombres 9 : 18, Bible (traduction Louis Segond).

Ś•Ö°Ś”ÖžŚ™ÖžŚ” Ś”Ö·ŚžÖžÖŒŚ§Ś•Ö覝 ڐÖČŚ©Ö¶ŚŚšÖŸŚ™ÖŽŚ‘Ö°Ś—Ö·Śš Ś™Ö°Ś”Ś•ÖžŚ” ڐֱڜÖčŚ”Ö”Ś™Ś›Ö¶Ś Ś‘ÖŒŚ•Öč ŚœÖ°Ś©Ö·ŚŚ›Ö”ÖŒŚŸ Ś©Ö°ŚŚžŚ•Öč Ś©ÖžŚŚ Ś©ÖžŚŚžÖžÖŒŚ” ŚȘÖžŚ‘ÖŽŚ™ŚŚ•ÖŒ ڐ֔ŚȘ Ś›ÖžÖŒŚœÖŸŚÖČŚ©Ö¶ŚŚš ŚÖžŚ ÖčŚ›ÖŽŚ™ ŚžÖ°ŚŠÖ·Ś•Ö¶ÖŒŚ” ڐֶŚȘÖ°Ś›Ö¶Ś ŚąŚ•Ö覜ÖčŚȘÖ”Ś™Ś›Ö¶Ś Ś•Ö°Ś–ÖŽŚ‘Ö°Ś—Ö”Ś™Ś›Ö¶Ś ŚžÖ·ŚąÖ°Ś©Ö°Ś‚ŚšÖčŚȘÖ”Ś™Ś›Ö¶Ś Ś•ÖŒŚȘÖ°ŚšÖ»ŚžÖ·ŚȘ Ś™Ö¶Ś“Ö°Ś›Ö¶Ś ڕְڛÖ覜 ŚžÖŽŚ‘Ö°Ś—Ö·Śš Ś ÖŽŚ“Ö°ŚšÖ”Ś™Ś›Ö¶Ś ڐÖČŚ©Ö¶ŚŚš ŚȘÖŽÖŒŚ“Ö°ÖŒŚšŚ•ÖŒ ŚœÖ·Ś™Ś”Ś•ÖžŚ”Śƒ
wə·hā·yāh ham·mā·qĆÂ·wm ÊŸÄƒÂ·ĆĄer yiជ·ងar Yah·weh ʟĕ·lĆÂ·hĂȘ·បem bƍw lə·ƥak·kĂȘn ƥə·mƍw ƥām, ƥām·māh tÄÂ·áž‡ĂźÂ·ÊŸĆ« ÊŸĂȘáčŻ kāl-ÊŸÄƒÂ·ĆĄer ʟā·nĆÂ·áž”Ăź mə·áčŁaw·weh ÊŸeáčŻÂ·áž”em
« Alors il y aura un lieu que l’Éternel, votre Dieu, choisira pour y faire rĂ©sider son nom. C’est lĂ  que vous prĂ©senterez tout ce que je vous ordonne, vos holocaustes, vos sacrifices, vos dĂźmes, vos prĂ©mices, et les offrandes choisies que vous ferez Ă  l’Éternel pour accomplir vos vƓux. »

Deutéronome 12 : 11, Bible (traduction Louis Segond).

Le verset de Nombres 9. 18 illustre parfaitement cette double signification. Il conjugue le verbe et le nom issus de la racine : la nuĂ©e Ś™ÖŽŚ©Ö°ŚŚ›ÖčÖŒŚŸ (yiĆĄkƍn, elle demeure) sur le ŚžÖŽŚ©Ö°ŚŚ›ÖžÖŒŚŸ (miĆĄkān, la demeure). L’hĂ©breu original dit littĂ©ralement « la demeurante demeurait sur la demeure ». Cette construction, difficilement traduisible en français, tĂ©moigne de l’importance de cette racine dans le vocabulaire sacrĂ© judaĂŻque.

XII. Attestations coraniques

La racine Űł–ك–ن figure soixante-neuf fois dans le corpus coranique. Nous les prĂ©sentons classĂ©es par acception.

12.1 Habiter, demeurer, établir

ÙˆÙŽÙ‚ÙÙ„Ù’Ù†ÙŽŰ§ ÙŠÙŽÙ€Ù°Ù“Ù€ÙŽÙ”Ű§ŰŻÙŽÙ…Ù Ù±ŰłÙ’ÙƒÙÙ†Ù’ ŰŁÙŽÙ†ŰȘَ وَŰČÙŽÙˆÙ’ŰŹÙÙƒÙŽ Ù±Ù„Ù’ŰŹÙŽÙ†ÙŽÙ‘Ű©ÙŽ ÙˆÙŽÙƒÙÙ„ÙŽŰ§ Ù…ÙÙ†Ù’Ù‡ÙŽŰ§ Ű±ÙŽŰșÙŽŰŻÙ‹Ű§ Ű­ÙŽÙŠÙ’Ű«Ù ŰŽÙŰŠÙ’ŰȘÙÙ…ÙŽŰ§ ÙˆÙŽÙ„ÙŽŰ§ ŰȘÙŽÙ‚Ù’Ű±ÙŽŰšÙŽŰ§ Ù‡ÙŽÙ€Ù°Ű°ÙÙ‡Ù Ù±Ù„ŰŽÙŽÙ‘ŰŹÙŽŰ±ÙŽŰ©ÙŽ فَŰȘÙŽÙƒÙÙˆÙ†ÙŽŰ§ مِنَ Ù±Ù„ŰžÙŽÙ‘Ù€Ù°Ù„ÙÙ…ÙÙŠÙ†ÙŽ
Wa qulnā yā ʟādamu skun ÊŸanta wa zawjuka l-jannata wa kulā minhā raghadan áž„aythu shiÊŸtumā wa lā taqrabā hādhihi sh-shajarata fa-takĆ«nā mina áș“-áș“ālimÄ«na
« Et Nous dĂźmes : « Ă” Adam ! Habite en paix le Jardin, toi et ton aspect conjoint, et mangez-en tous deux Ă  satiĂ©tĂ© lĂ  oĂč vous voulez, et n’approchez point de cet Arbre car ainsi vous vous trouveriez parmi ceux qui s’entĂ©nĂšbrent d’injustice. » »

Sourate 2, Ű§Ù„ŰšÙ‚Ű±Ű© / Al-Baqara / La Vache, verset 35, page 6, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©dition bilingue Arabe-Français, Ă©ditions Albouraq 2018.

وَلَهُۄ Ù…ÙŽŰ§ ŰłÙŽÙƒÙŽÙ†ÙŽ فِى ٱلَّيْلِ ÙˆÙŽÙ±Ù„Ù†ÙŽÙ‘Ù‡ÙŽŰ§Ű±Ù ۚ وَهُوَ Ù±Ù„ŰłÙŽÙ‘Ù…ÙÙŠŰčُ ٱلْŰčَلِيمُ
Wa lahu mā sakana fÄ« l-layli wa n-nahāri, wa huwa s-samÄ«Êżu l-ÊżalÄ«mu
« Pour Lui ce qui demeure dans la nuit et le jour. Lui, l’Entendant, le Savant ! »

Sourate 6, Ű§Ù„ŰŁÙ†ŰčŰ§Ù… / Al-AnÊżÄm / Les Bestiaux, verset 13, page 129, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©dition bilingue Arabe-Français, Ă©ditions Albouraq 2018.

Ű±ÙŽÙ‘ŰšÙŽÙ‘Ù†ÙŽŰą Ű„ÙÙ†ÙÙ‘Ù‰Ù“ ŰŁÙŽŰłÙ’ÙƒÙŽÙ†ŰȘُ مِن Ű°ÙŰ±ÙÙ‘ÙŠÙŽÙ‘ŰȘِى ŰšÙÙˆÙŽŰ§ŰŻÙ ŰșÙŽÙŠÙ’Ű±Ù Ű°ÙÙ‰ ŰČÙŽŰ±Ù’Űčٍ ŰčÙÙ†ŰŻÙŽ ŰšÙŽÙŠÙ’ŰȘِكَ Ù±Ù„Ù’Ù…ÙŰ­ÙŽŰ±ÙŽÙ‘Ù…Ù Ű±ÙŽŰšÙŽÙ‘Ù†ÙŽŰ§ Ù„ÙÙŠÙÙ‚ÙÙŠÙ…ÙÙˆŰ§ÛŸ Ù±Ù„Ű”ÙŽÙ‘Ù„ÙŽÙˆÙ°Ű©ÙŽ ÙÙŽÙ±ŰŹÙ’Űčَلْ ŰŁÙŽÙÙ’Ù€ÙÙ”ŰŻÙŽŰ©Ù‹ مِّنَ Ù±Ù„Ù†ÙŽÙ‘Ű§ŰłÙ ŰȘَهْوِىٓ Ű„ÙÙ„ÙŽÙŠÙ’Ù‡ÙÙ…Ù’ ÙˆÙŽÙ±Ű±Ù’ŰČُقْهُم مِّنَ Ù±Ù„Ű«ÙŽÙ‘Ù…ÙŽŰ±ÙŽÙ°ŰȘِ لَŰčَلَّهُمْ ÙŠÙŽŰŽÙ’ÙƒÙŰ±ÙÙˆÙ†ÙŽ
Rabbanā ÊŸinnÄ« ÊŸaskantu min dhurriyyatÄ« bi-wādin ghayri dhÄ« zarÊżin Êżinda baytika l-muáž„arrami rabbanā li-yuqÄ«mĆ« áčŁ-áčŁalāta fa-jÊżal ÊŸafÊŸidatan mina n-nāsi tahwÄ« ÊŸilayhim wa-rzuqhum mina th-thamarāti laÊżallahum yashkurĆ«na
« Notre Enseigneur ! J’ai Ă©tabli une partie de ma descendance dans une vallĂ©e dĂ©nuĂ©e de cultures, au lieu mĂȘme de Ton Temple sacrĂ© — notre Enseigneur — afin qu’ils Ă©lĂšvent l’action unifiante de grĂące. Alors, fais que les cƓurs intimes de certains humains se penchent vers eux. Et pourvois-les de fruits ! Puissent-ils ĂȘtre reconnaissants ! »

Sourate 14, Ű§ŰšŰ±Ű§Ù‡ÙŠÙ… / IbrāhÄ«m / Abraham, verset 37, page 260, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©dition bilingue Arabe-Français, Ă©ditions Albouraq 2018.

12.2 La demeure, la maison

ÙˆÙŽŰłÙŽÙƒÙŽÙ†ŰȘُمْ فِى Ù…ÙŽŰłÙŽÙ€Ù°ÙƒÙÙ†Ù Ù±Ù„ÙŽÙ‘Ű°ÙÙŠÙ†ÙŽ ŰžÙŽÙ„ÙŽÙ…ÙÙˆÙ“Ű§ÛŸ ŰŁÙŽÙ†ÙÙŰłÙŽÙ‡ÙÙ…Ù’ وَŰȘÙŽŰšÙŽÙŠÙŽÙ‘Ù†ÙŽ لَكُمْ كَيْفَ فَŰčÙŽÙ„Ù’Ù†ÙŽŰ§ ŰšÙÙ‡ÙÙ…Ù’ ÙˆÙŽŰ¶ÙŽŰ±ÙŽŰšÙ’Ù†ÙŽŰ§ لَكُمُ Ù±Ù„Ù’ŰŁÙŽÙ…Ù’Ű«ÙŽŰ§Ù„ÙŽ
Wa sakantum fÄ« masākini lladhÄ«na áș“alamĆ« ÊŸanfusahum wa tabayyana lakum kayfa faÊżalnā bihim wa ឍarabnā lakumu l-ÊŸamthāla
« Et vous avez habitĂ© dans les demeures de ceux qui ont entĂ©nĂ©brĂ© leurs Ăąmes d’injustices. La façon dont Nous avons agi avec eux vous a Ă©tĂ© rendue Ă©vidente. »

Sourate 14, Ű§ŰšŰ±Ű§Ù‡ÙŠÙ… / IbrāhÄ«m / Abraham, verset 45, page 261, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©dition bilingue Arabe-Français, Ă©ditions Albouraq 2018.

Ù„ÙŽÙ‘ÙŠÙ’ŰłÙŽ Űčَلَيْكُمْ ŰŹÙÙ†ÙŽŰ§Ű­ÙŒ ŰŁÙŽÙ† ŰȘÙŽŰŻÙ’ŰźÙÙ„ÙÙˆŰ§ÛŸ ŰšÙÙŠÙÙˆŰȘÙ‹Ű§ ŰșÙŽÙŠÙ’Ű±ÙŽ Ù…ÙŽŰłÙ’ÙƒÙÙˆÙ†ÙŽŰ©Ù ÙÙÙŠÙ‡ÙŽŰ§ مَŰȘَـٰŰčٌ لَّكُمْ ۚ وَٱللَّهُ يَŰčْلَمُ Ù…ÙŽŰ§ ŰȘÙŰšÙ’ŰŻÙÙˆÙ†ÙŽ ÙˆÙŽÙ…ÙŽŰ§ ŰȘَكْŰȘُمُونَ
Laysa Êżalaykum junāងun ÊŸan tadkhulĆ« buyĆ«tan ghayra maskĆ«natin fÄ«hā matÄÊżun lakum, wa llāhu yaÊżlamu mā tubdĆ«na wa mā taktumĆ«na
« Aucun grief contre vous à entrer dans les demeures inhabitées dans lesquelles se trouve un bien utile qui vous appartient. Allùh sait ce que vous exposez et ce que vous cachez. »

Sourate 24, Ű§Ù„Ù†ÙˆŰ± / An-NĆ«r / La LumiĂšre, verset 29, page 353, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©dition bilingue Arabe-Français, Ă©ditions Albouraq 2018.

12.3 Fixer, rendre immobile

ŰŁÙŽÙ„ÙŽÙ…Ù’ ŰȘÙŽŰ±ÙŽ Ű„ÙÙ„ÙŽÙ‰Ù° Ű±ÙŽŰšÙÙ‘ÙƒÙŽ كَيْفَ Ù…ÙŽŰŻÙŽÙ‘ Ù±Ù„ŰžÙÙ‘Ù„ÙŽÙ‘ وَلَوْ ŰŽÙŽŰąŰĄÙŽ Ù„ÙŽŰŹÙŽŰčَلَهُۄ ŰłÙŽŰ§ÙƒÙÙ†Ù‹Ű§ Ű«ÙÙ…ÙŽÙ‘ ŰŹÙŽŰčÙŽÙ„Ù’Ù†ÙŽŰ§ Ù±Ù„ŰŽÙŽÙ‘Ù…Ù’ŰłÙŽ Űčَلَيْهِ ŰŻÙŽÙ„ÙÙŠÙ„Ù‹Ű§
ÊŸA-lam tara ÊŸilā rabbika kayfa madda áș“-áș“illa wa law shāʟa la-jaÊżalahu sākinan thumma jaÊżalnā sh-shamsa Êżalayhi dalÄ«lan
« Ne vois-tu pas comment ton Enseigneur Ă©tend l’ombre ? Et s’Il voulait, Il la rendrait immobile. Puis, Nous lui avons assignĂ© le soleil pour guide. »

Sourate 25, Ű§Ù„ÙŰ±Ù‚Ű§Ù† / Al-Furqān / Le CritĂšre, verset 45, page 364, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©dition bilingue Arabe-Français, Ă©ditions Albouraq 2018.

Ű„ÙÙ† ÙŠÙŽŰŽÙŽŰŁÙ’ ÙŠÙŰłÙ’ÙƒÙÙ†Ù Ù±Ù„Ű±ÙÙ‘ÙŠŰ­ÙŽ ÙÙŽÙŠÙŽŰžÙ’Ù„ÙŽÙ„Ù’Ù†ÙŽ Ű±ÙŽÙˆÙŽŰ§ÙƒÙŰŻÙŽ Űčَلَىٰ ŰžÙŽÙ‡Ù’Ű±ÙÙ‡ÙÛŠÙ“ ۚ Ű„ÙÙ†ÙŽÙ‘ فِى Ű°ÙŽÙ°Ù„ÙÙƒÙŽ Ù„ÙŽÙ€ÙŽÙ”Ű§ÙŠÙŽÙ€Ù°ŰȘٍ لِّكُلِّ Ű”ÙŽŰšÙŽÙ‘Ű§Ű±Ù ŰŽÙŽÙƒÙÙˆŰ±Ù
ÊŸIn yashaÊŸ yuskini r-rīងa fa-yaáș“lalna rawākida Êżalā áș“ahrihi, ÊŸinna fÄ« dhālika la-ʟāyātin li-kulli áčŁabbārin shakĆ«rin
« Et s’Il le voulait, Il apaiserait le vent : alors ils demeureraient immobiles Ă  sa surface. Vraiment, en cela : des Signes pour tout ĂȘtre trĂšs endurant, trĂšs reconnaissant ! »

Sourate 42, Ű§Ù„ŰŽÙˆŰ±Ù‰ / AĆĄ-Ć Ć«rā / La Concertation, verset 33, page 487, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©dition bilingue Arabe-Français, Ă©ditions Albouraq 2018.

12.4 Le repos

وَمِن Ű±ÙŽÙ‘Ű­Ù’Ù…ÙŽŰȘِهِۊ ŰŹÙŽŰčَلَ لَكُمُ ٱلَّيْلَ ÙˆÙŽÙ±Ù„Ù†ÙŽÙ‘Ù‡ÙŽŰ§Ű±ÙŽ لِŰȘÙŽŰłÙ’ÙƒÙÙ†ÙÙˆŰ§ÛŸ فِيهِ وَلِŰȘÙŽŰšÙ’ŰȘَŰșÙÙˆŰ§ÛŸ مِن ÙÙŽŰ¶Ù’Ù„ÙÙ‡ÙÛŠ وَلَŰčَلَّكُمْ ŰȘÙŽŰŽÙ’ÙƒÙŰ±ÙÙˆÙ†ÙŽ
Wa min raáž„matihi jaÊżala lakumu l-layla wa n-nahāra li-taskunĆ« fÄ«hi wa li-tabtaghĆ« min faឍlihi wa laÊżallakum tashkurĆ«na
« Et grĂące Ă  Son Amour rayonnant, Il a disposĂ© pour vous la nuit et la clartĂ© diurne pour qu’ainsi vous vous reposiez, et que vous dĂ©siriez ardemment de Sa faveur. Puissiez-vous ĂȘtre reconnaissants ! »

Sourate 28, Ű§Ù„Ù‚Ű”Ű” / Al-QaáčŁaáčŁ / Le RĂ©cit, verset 73, page 394, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©dition bilingue Arabe-Français, Ă©ditions Albouraq 2018.

ÙÙŽŰ§Ù„ÙÙ‚Ù Ù±Ù„Ù’Ű„ÙŰ”Ù’ŰšÙŽŰ§Ű­Ù ÙˆÙŽŰŹÙŽŰčَلَ ٱلَّيْلَ ŰłÙŽÙƒÙŽÙ†Ù‹Ű§ ÙˆÙŽÙ±Ù„ŰŽÙŽÙ‘Ù…Ù’ŰłÙŽ ÙˆÙŽÙ±Ù„Ù’Ù‚ÙŽÙ…ÙŽŰ±ÙŽ Ű­ÙŰłÙ’ŰšÙŽŰ§Ù†Ù‹Ű§ ۚ Ű°ÙŽÙ°Ù„ÙÙƒÙŽ ŰȘÙŽÙ‚Ù’ŰŻÙÙŠŰ±Ù ٱلْŰčَŰČِيŰČِ ٱلْŰčَلِيمِ
Fāliqu l-ÊŸiáčŁbāងi wa jaÊżala l-layla sakanan wa sh-shamsa wa l-qamara áž„usbānan, dhālika taqdÄ«ru l-ÊżazÄ«zi l-ÊżalÄ«mi
« Lui qui fend l’aube, et a fait de la nuit un repos, et du soleil et de la lune une mesure du temps. Telle est la dĂ©termination de l’Inaccessible, du Savant. »

Sourate 6, Ű§Ù„ŰŁÙ†ŰčŰ§Ù… / Al-AnÊżÄm / Les Bestiaux, verset 96, page 140, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©dition bilingue Arabe-Français, Ă©ditions Albouraq 2018.

12.5 Les démunis

ÙˆÙŽŰ„ÙŰ°ÙŽŰ§ Ű­ÙŽŰ¶ÙŽŰ±ÙŽ Ù±Ù„Ù’Ù‚ÙŰłÙ’Ù…ÙŽŰ©ÙŽ ŰŁÙÙˆÛŸÙ„ÙÙˆŰ§ÛŸ Ù±Ù„Ù’Ù‚ÙŰ±Ù’ŰšÙŽÙ‰Ù° وَٱلْيَŰȘَـٰمَىٰ ÙˆÙŽÙ±Ù„Ù’Ù…ÙŽŰłÙŽÙ€Ù°ÙƒÙÙŠÙ†Ù ÙÙŽÙ±Ű±Ù’ŰČُقُوهُم مِّنْهُ ÙˆÙŽÙ‚ÙÙˆÙ„ÙÙˆŰ§ÛŸ لَهُمْ Ù‚ÙŽÙˆÙ’Ù„Ù‹Ű§ مَّŰčÙ’Ű±ÙÙˆÙÙ‹Ű§
Wa ÊŸidhā áž„aឍara l-qismata ÊŸulĆ« l-qurbā wa l-yatāmā wa l-masākÄ«nu fa-rzuqĆ«hum minhu wa qĆ«lĆ« lahum qawlan maÊżrĆ«fan
« Et quand les proches, et les orphelins et les démunis, assistent au partage, alors accordez-leur quelque chose de ce bien et tenez-leur des propos reconnus convenables. »

Sourate 4, Ű§Ù„Ù†ŰłŰ§ŰĄ / An-Nisāʟ / Les Femmes, verset 8, page 78, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©dition bilingue Arabe-Français, Ă©ditions Albouraq 2018.

ÙˆÙŽŰ„ÙŰ°Ù’ ŰŁÙŽŰźÙŽŰ°Ù’Ù†ÙŽŰ§ Ù…ÙÙŠŰ«ÙŽÙ€Ù°Ù‚ÙŽ ŰšÙŽÙ†ÙÙ‰Ù“ Ű„ÙŰłÙ’Ű±ÙŽÙ°Ù“ŰĄÙÙŠÙ„ÙŽ Ù„ÙŽŰ§ ŰȘَŰčÙ’ŰšÙŰŻÙÙˆÙ†ÙŽ Ű„ÙÙ„ÙŽÙ‘Ű§ ٱللَّهَ ÙˆÙŽŰšÙÙ±Ù„Ù’ÙˆÙŽÙ°Ù„ÙŰŻÙŽÙŠÙ’Ù†Ù Ű„ÙŰ­Ù’ŰłÙŽŰ§Ù†Ù‹Ű§ ÙˆÙŽŰ°ÙÙ‰ Ù±Ù„Ù’Ù‚ÙŰ±Ù’ŰšÙŽÙ‰Ù° وَٱلْيَŰȘَـٰمَىٰ ÙˆÙŽÙ±Ù„Ù’Ù…ÙŽŰłÙŽÙ€Ù°ÙƒÙÙŠÙ†Ù ÙˆÙŽÙ‚ÙÙˆÙ„ÙÙˆŰ§ÛŸ Ù„ÙÙ„Ù†ÙŽÙ‘Ű§ŰłÙ Ű­ÙŰłÙ’Ù†Ù‹Ű§ ÙˆÙŽŰŁÙŽÙ‚ÙÙŠÙ…ÙÙˆŰ§ÛŸ Ù±Ù„Ű”ÙŽÙ‘Ù„ÙŽÙˆÙ°Ű©ÙŽ ÙˆÙŽŰĄÙŽŰ§ŰȘÙÙˆŰ§ÛŸ ٱلŰČÙŽÙ‘ÙƒÙŽÙˆÙ°Ű©ÙŽ Ű«ÙÙ…ÙŽÙ‘ ŰȘَوَلَّيْŰȘُمْ Ű„ÙÙ„ÙŽÙ‘Ű§ Ù‚ÙŽÙ„ÙÙŠÙ„Ù‹Ű§ مِّنكُمْ ÙˆÙŽŰŁÙŽÙ†ŰȘُم مُّŰčÙ’Ű±ÙŰ¶ÙÙˆÙ†ÙŽ
Wa ÊŸidh ÊŸakhadhnā mÄ«thāqa banÄ« ÊŸisrāʟīla lā taÊżbudĆ«na ÊŸillā llāha wa bi-l-wālidayni ÊŸiáž„sānan wa dhÄ« l-qurbā wa l-yatāmā wa l-masākÄ«ni wa qĆ«lĆ« li-n-nāsi áž„usnan wa ÊŸaqÄ«mĆ« áčŁ-áčŁalāta wa ʟātĆ« z-zakāta thumma tawallaytum ÊŸillā qalÄ«lan minkum wa ÊŸantum muÊżriážĆ«na
« Lors, avec les Fils d’IsraĂ«l, Nous avons conclu cette Alliance : « N’adorez qu’AllĂąh, et avec vos deux gĂ©niteurs faites preuve d’excellence, ainsi qu’avec les proches, et les orphelins, et les indigents. Et adressez-vous aux humains de la belle maniĂšre, et Ă©levez l’action unifiante de grĂące, et versez l’excĂ©dent purifiĂ©. » Puis vous vous ĂȘtes dĂ©tournĂ©s et vous ĂȘtes Ă©cartĂ©s sauf un petit nombre parmi vous. »

Sourate 2, Ű§Ù„ŰšÙ‚Ű±Ű© / Al-Baqara / La Vache, verset 83, page 12, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©dition bilingue Arabe-Français, Ă©ditions Albouraq 2018.

12.6 La Présence de paix

ÙˆÙŽÙ‚ÙŽŰ§Ù„ÙŽ لَهُمْ Ù†ÙŽŰšÙÙŠÙÙ‘Ù‡ÙÙ…Ù’ Ű„ÙÙ†ÙŽÙ‘ ŰĄÙŽŰ§ÙŠÙŽŰ©ÙŽ مُلْكِهِۊٓ ŰŁÙŽÙ† ÙŠÙŽŰŁÙ’ŰȘِيَكُمُ ٱلŰȘÙŽÙ‘Ű§ŰšÙÙˆŰȘُ فِيهِ ŰłÙŽÙƒÙÙŠÙ†ÙŽŰ©ÙŒ مِّن Ű±ÙŽÙ‘ŰšÙÙ‘ÙƒÙÙ…Ù’ ÙˆÙŽŰšÙŽÙ‚ÙÙŠÙŽÙ‘Ű©ÙŒ Ù…ÙÙ‘Ù…ÙŽÙ‘Ű§ ŰȘÙŽŰ±ÙŽÙƒÙŽ ŰĄÙŽŰ§Ù„Ù Ù…ÙÙˆŰłÙŽÙ‰Ù° ÙˆÙŽŰĄÙŽŰ§Ù„Ù Ù‡ÙŽÙ€Ù°Ű±ÙÙˆÙ†ÙŽ ŰȘÙŽŰ­Ù’Ù…ÙÙ„ÙÙ‡Ù Ù±Ù„Ù’Ù…ÙŽÙ„ÙŽÙ€Ù°Ù“ŰŠÙÙƒÙŽŰ©Ù ۚ Ű„ÙÙ†ÙŽÙ‘ فِى Ű°ÙŽÙ°Ù„ÙÙƒÙŽ Ù„ÙŽÙ€ÙŽÙ”Ű§ÙŠÙŽŰ©Ù‹ لَّكُمْ Ű„ÙÙ† كُنŰȘُم Ù…ÙÙ‘Ű€Ù’Ù…ÙÙ†ÙÙŠÙ†ÙŽ
Wa qāla lahum nabiyyuhum ÊŸinna ʟāyata mulkihi ÊŸan yaÊŸtiyakumu t-tābĆ«tu fÄ«hi sakÄ«natun min rabbikum wa baqiyyatun mimmā taraka ʟālu mĆ«sā wa ʟālu hārĆ«na taáž„miluhu l-malāʟikatu, ÊŸinna fÄ« dhālika la-ʟāyatan lakum ÊŸin kuntum muÊŸminÄ«na
« Et leur ProphĂšte leur dit : « Vraiment, le signe de sa royautĂ© sera que l’Arche d’Alliance vous parvienne. En elle une PrĂ©sence de paix provenant de votre Enseigneur, et des reliques de ce que la Famille de MoĂŻse et celle d’Aaron ont laissĂ©. Les anges la porteront. VoilĂ  vraiment un signe pour vous si vous mettez en Ɠuvre le DĂ©pĂŽt confiĂ©. » »

Sourate 2, Ű§Ù„ŰšÙ‚Ű±Ű© / Al-Baqara / La Vache, verset 248, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©dition bilingue Arabe-Français, Ă©ditions Albouraq 2018.

12.7 La niche de lumiĂšre

ٱللَّهُ Ù†ÙÙˆŰ±Ù Ù±Ù„ŰłÙŽÙ‘Ù…ÙŽÙ€Ù°ÙˆÙŽÙ°ŰȘِ ÙˆÙŽÙ±Ù„Ù’ŰŁÙŽŰ±Ù’Ű¶Ù ۚ Ù…ÙŽŰ«ÙŽÙ„Ù Ù†ÙÙˆŰ±ÙÙ‡ÙÛŠ ÙƒÙŽÙ…ÙŰŽÙ’ÙƒÙŽÙˆÙ°Ű©Ù ÙÙÙŠÙ‡ÙŽŰ§ Ù…ÙŰ”Ù’ŰšÙŽŰ§Ű­ÙŒ ۖ Ù±Ù„Ù’Ù…ÙŰ”Ù’ŰšÙŽŰ§Ű­Ù فِى ŰČÙŰŹÙŽŰ§ŰŹÙŽŰ©Ù ۖ ٱلŰČÙÙ‘ŰŹÙŽŰ§ŰŹÙŽŰ©Ù ÙƒÙŽŰŁÙŽÙ†ÙŽÙ‘Ù‡ÙŽŰ§ ÙƒÙŽÙˆÙ’ÙƒÙŽŰšÙŒ ŰŻÙŰ±ÙÙ‘Ù‰ÙŒÙ‘ ÙŠÙÙˆÙ‚ÙŽŰŻÙ مِن ŰŽÙŽŰŹÙŽŰ±ÙŽŰ©Ù Ù…ÙÙ‘ŰšÙŽÙ€Ù°Ű±ÙŽÙƒÙŽŰ©Ù ŰČَيْŰȘÙÙˆÙ†ÙŽŰ©Ù Ù„ÙŽÙ‘Ű§ ŰŽÙŽŰ±Ù’Ù‚ÙÙŠÙŽÙ‘Ű©Ù ÙˆÙŽÙ„ÙŽŰ§ ŰșÙŽŰ±Ù’ŰšÙÙŠÙŽÙ‘Ű©Ù
Allāhu nĆ«ru s-samāwāti wa l-ÊŸarឍi, mathalu nĆ«rihi ka-mishkātin fÄ«hā miáčŁbāងun, al-miáčŁbāងu fÄ« zujājatin, az-zujājatu ka-ÊŸannahā kawkabun durriyyun yĆ«qadu min shajaratin mubārakatin zaytĆ«natin lā sharqiyyatin wa lā gharbiyyatin
« AllĂąh, LumiĂšre des cieux et de la terre. Le symbole de Sa LumiĂšre est comme une niche. En celle-ci une lampe : la lampe dans un vase de cristal; le vase, tel un astre Ă  l’éclat de perle, allumĂ© Ă  partir d’un Arbre bĂ©ni : un Olivier, ni oriental ni occidental, dont l’Huile est sur le point de s’allumer sans jamais qu’un feu ne la touche. LumiĂšre sur lumiĂšre. »

Sourate 24, Ű§Ù„Ù†ÙˆŰ± / An-NĆ«r / La LumiĂšre, verset 35, Coran.

XIII. Échos couchitiques et MandĂ©

13.1 Les langues couchitiques

Dans plusieurs langues couchitiques d’Afrique de l’Est, un ensemble de mots se concentre autour du mĂȘme champ sĂ©mantique : demeurer et attendre. En Agaw (nord de l’Éthiopie et TigrĂ©) et en Bilin ( ÉrythrĂ©e, Est du Soudan), on trouve le mot « san », qui signifie Ă  la fois demeurer, attendre et patienter. En Afar ( Éthiopie, ÉrythrĂ©e, Djibouti), le vocable « sa » voulant dire aussi demeurer, attendre. De mĂȘme qu’en Somali (Djibouti, Somalie) « sĆ«g » pour signifier demeurer, attendre. Ces formes couchitiques ont ceci de remarquable qu’elles nouent d’emblĂ©e l’habitation et la patience. Rester en un lieu, c’est aussi attendre, et l’on retrouvera cette solidaritĂ© dans l’arabe ŰłÙÙƒÙ’Ù†ÙŽŰ© (sukna, quiĂ©tude) et ŰłÙŽŰ§ÙƒÙÙ† (sākin, paisible). Demeurer n’est pas seulement occuper un espace, c’est se tenir dans une durĂ©e.

13.2 Maninka du Niokolo

suu – nom : maison, habitation.

sĂ©ne – verbe : nettoyer le sol, cultiver. · sĂ©nelaa – nom : cultivateur.

13.3 Soninké

sigi ou sikki – verbe : s’arrĂȘter, faire halte, se tenir debout, s’Ă©riger.

sigindi – verbe : arrĂȘter, Ă©riger, Ă©tablir, instituer.

soxaana – nom : cultivateur. · soxante – nom : champ cultivĂ©.

13.4 Bambara

sĂŹgi – verbe : asseoir, faire asseoir, dĂ©poser, installer, instituer, habiter, faire attendre.

sĂ­nti – verbe : fonder, Ă©difier, Ă©tablir.

sĂł – nom : village, localitĂ©, ville; rang, colonne.

sĂșn – nom : tronc, pied, base, origine.

sĂČ – nom : taille, hauteur, distance du sol. · sĂĄ, ici, lĂ .

sɛ̀gɛn – verbe : ĂȘtre fatiguĂ©, Ă©puisĂ©, « ĂȘtre sur les rotules »; la fatigue.

Le bambara sĂ­nti et le copte âČ„âȱâțâȧ partagent la mĂȘme sĂ©quence consonantique « s-n-t » et le mĂȘme sens : fonder, Ă©difier, Ă©tablir, crĂ©er, fixer. Cet ordre, Ă©gyptien et non sĂ©mitique, a Ă©tĂ© prĂ©servĂ© par le copte en dĂ©pit de la mĂ©tathĂšse opĂ©rĂ©e.

Le champ sĂ©mantique mandĂ© s’articule autour de l’installation : sĂŹgi (s’asseoir, habiter, instituer), sĂł (le village), sĂșn (la base, l’origine), suu (la maison), sigindi (Ă©riger, instituer), et mĂȘme sĂ©ne et soxaana, qui Ă©voquent la mise en culture du sol, autre aspect de la sĂ©dentaritĂ©.

Le bambara sɛ̀gɛn et l’arabe miskÄ«n forment un doublet intĂ©ressant. À sĂŹgi, s’asseoir, s’installer, habiter correspond sɛ̀gɛn, ĂȘtre fatiguĂ©, Ă©puisĂ©, « sur les rotules ». D’un cĂŽtĂ© le repos choisi, de l’autre l’immobilitĂ© subie.

Ce retournement, dĂ©jĂ  observĂ© en section 8.1 pour l’arabe, oĂč Ă  ŰłÙŽÙƒÙŽÙ†ÙŽ (sakana, demeurer, ĂȘtre au repos) rĂ©pond Ù…ÙŰłÙ’ÙƒÙÙŠÙ† (miskÄ«n), celui qui ne peut plus bouger et est donc dĂ©muni, se retrouve ici. Deux familles de langues, deux fois le mĂȘme passage, du siĂšge choisi Ă  l’immobilitĂ© subie.

Ces mots ne peuvent ĂȘtre des emprunts. Les verbes de position et les Ă©tats du corps constituent le vocabulaire le plus stable des langues, et le faisceau bambara (sĂŹgi, sĂ­nti, sĂł, sĂșn, sɛ̀gɛn) est cohĂ©rent de l’intĂ©rieur, sans besoin d’apport extĂ©rieur.

Ces parallĂšles sont prĂ©sentĂ©s comme des convergences, et non comme une filiation prouvĂ©e. Ils nĂ©cessitent une analyse approfondie par des spĂ©cialistes des langues MandĂ©, des couchitisants et des Ă©gyptologues. Il convient de souligner que les noms de l’habitat et les verbes de position sont parmi les Ă©lĂ©ments lexicaux les plus stables des langues, et sont peu susceptibles d’ĂȘtre empruntĂ©s. Cette convergence est donc particuliĂšrement remarquable.

Conclusion

Nous avions commencĂ© par le geste de l’arpenteur. Le vocable 𓋮𓈖𓍿𓍰 (snáčŻ) dans la langue pharaonique signifiait « mesurer un terrain, poser les fondations et fonder une maison ». Le dĂ©terminatif de la corde enroulĂ©e 𓍰, prĂ©sent Ă  chaque occurrence, souligne que toute construction commence par un tracĂ© au sol. Ce mot, utilisĂ© comme nom, dĂ©signe non seulement la crĂ©ation, mais aussi la coutume, la rĂšgle : ce qui est bien fondĂ© devient ce qui est gĂ©nĂ©ralement acceptĂ©.

Une mĂ©tathĂšse des deuxiĂšme et troisiĂšme radicales, s-n-áčŻ devenant s-áčŻ-n oĂč le 𓍿 Ă©gyptien correspond au k sĂ©mitique, donne l’hĂ©breu کځ–Ś›–Ś  et l’arabe Űł–ك–ن. Le sens, quant Ă  lui, Ă©volue progressivement. Si l’égyptien ancien nommait l’acte de fonder, le sĂ©mitique nommait l’état qui s’ensuit, Ă  savoir l’habitation. Le copte, avec ses mots âČ„âȱâțâȧ et âČ„âțâȧâȉ, tĂ©moigne de l’ordre chronologique antĂ©rieur Ă  cette transformation linguistique.

De cette racine Ă©mane un lexique entier : la demeure hĂ©braĂŻque Ś©Ö¶ŚŚ›Ö¶ŚŸ et arabe ŰłÙŽÙƒÙŽÙ† (sakan) ainsi que les termes liĂ©s au repos, Ă  la quiĂ©tude et Ă  l’immobilitĂ©, jusqu’au paradoxe du Ù…ÙŰłÙ’ÙƒÙÙŠÙ† (miskÄ«n), le pauvre, qui n’est pauvre que d’ĂȘtre immobilisĂ©.

Mais l’apogĂ©e de cette histoire rĂ©side ailleurs. La racine qui dĂ©signait le cordeau de l’arpenteur finit par nommer le Tabernacle, ŚžÖŽŚ©Ö°ŚŚ›ÖžÖŒŚŸ (mishkān), « le lieu oĂč l’on habite », puis la PrĂ©sence divine elle-mĂȘme : Ś©Ö°ŚŚ›ÖŽŚ™Ś ÖžŚ” (Shekhina) et ŰłÙŽÙƒÙÙŠÙ†ÙŽŰ© (sakÄ«na), cette « PrĂ©sence de paix » que l’Arche d’Alliance abrite. Comme le souligne l’Écriture : « Ils me feront un sanctuaire, et j’habiterai au milieu d’eux ». Toute une thĂ©ologie se trouve ainsi contenue dans une forme verbale issue de notre racine.

Lorsque le bambara utilise les termes sĂ­nti pour fonder, sĂŹgi pour s’installer et sĂł pour dĂ©signer le village, il dĂ©ploie, Ă  partir de ses propres ressources, le mĂȘme champ que le scribe de Memphis traçait mĂ©ticuleusement au cordeau : habiter la terre et y Ă©tablir sa demeure.

𓅝𓏏𓏭𓅆𓇋𓈎𓂋𓏝 ណងwty Ă­ážłr — Djehouty L’Excellent

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