đđżđđđ„đ°
jÈážł.t / yrĂšqet
Le poireau, le vert, la feuille â et la monnaie
De la racine y-r-q du verdoiement Ă l’argent des langues mandĂ©
sous les auspices de Ś âŚŚŚȘ â Thá»th â ÎÏΞ â áŒÏÎŒáżÏ ᜠ΀ÏÎčÏÎŒÎÎłÎčÏÏÎżÏ ! ۄۯ۱ÙŰł â Idriss (ŰŻÙ۱ÙŰłÙ darasa â ÙÙŰŻÙ۱ÙŰłÙ yadrusu â ۧÙŰŻÙ۱ÙŰłÙ udrus ! â enseigner, apprendre) â ŚÖČŚ ŚÖčŚÖ° â កÄnĆkh (ŚŚ Ś Hanak â Ă©tablir, instruire) â đđ đđ (ážáž„wty) â ŚÖ·ÖŒŚąÖ·ŚȘ / DaÄth
ŚÖ°ŚÖčŚÖŸŚ ŚÖčŚȘÖ·Śš ŚÖžÖŒŚÖŸŚÖ¶ŚšÖ¶Ś§ ŚÖžÖŒŚąÖ”Ś„ ŚÖŒŚÖ°ŚąÖ”Ś©Ö¶ŚŚ ŚÖ·Ś©ÖžÖŒŚŚÖ¶Ś ŚÖ°ÖŒŚÖžŚÖŸŚÖ¶ŚšÖ¶Ś„ ŚÖŽŚŠÖ°ŚšÖžŚÖŽŚŚ…wÉ-lĆ nĆáčŻar kÄl-yereq bÄ-ÊżĂȘáčŁ Ć«-ážÉ-ÊżĂȘĆeáž haĆ-ĆÄážeh bÉ-áž”Äl ÊŸereáčŁ miáčŁrayim
…il ne resta aucune verdure aux arbres ni Ă lâherbe des champs, dans tout le pays dâĂgypte. â Exode 10:15
ÙÙŰ·ÙÙÙÙÙۧ ÙÙŰźÙŰ”ÙÙÙۧÙÙ ŰčÙÙÙÙÙÙÙÙ
Ùۧ Ù
ÙÙ ÙÙ۱ÙÙÙ Ù±ÙÙŰŹÙÙÙÙŰ©Ù…wa áčafiqÄ yakháčŁifÄni ÊżalayhimÄ min waraqi l-jannati
…ils se recouvrirent des feuilles du Jardin. Adam dĂ©sobĂ©it Ă son Enseigneur et se fourvoya. â Coran, Sourate 20 (áčŹÄ-HÄ), v. 120-121
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I. Le mot et son extraordinaire descendance
Le vocable đđżđđđ„đ° (lire jÈážł.t / jaqet / yrĂšqet) â avec ses variantes đđżđđđ°đ« et đđČđđđ„đ° (ywážł.t / youqet) â dĂ©signe en Ă©gyptien pharaonique les poireaux et, plus largement, les lĂ©gumes verts. Le dĂ©terminatif đ° (la touffe d’herbes) le range du cĂŽtĂ© du vĂ©gĂ©tal.
DerriĂšre ce mot modeste se cache l’une des racines les plus fĂ©condes et les plus voyageuses de tout notre corpus. Sa matrice â đ (j/y) · đż (È, liquide) · đ (ážł) â se retrouve, avec le sens du vert, de la feuille, de la verdure, dans presque tout le monde afroasiatique : arabe, hĂ©breu, akkadien, guĂšze, berbĂšre, copte. Et son histoire ne s’arrĂȘte pas lĂ : par un glissement remarquable, elle finit par nommer, jusque dans les langues mandĂ© d’Afrique de l’Ouest, l’argent, la monnaie â la feuille de mĂ©tal battu devenue piĂšce.
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II. PhonĂšmes et correspondances
| Ăgyptien | Translit. | Valeur | HĂ©breu | Arabe |
|---|---|---|---|---|
| đ | j / y / i | [j] | Ś (yod), Ś (waw) | Ù / Ù / Ù |
| đż | È | [l], [r], [a] | Śš (resh), Ś | ŰŁ / ŰĄ (hamza) |
| đ | ážł / q | [q] vĂ©laire | ڧ (qof) | Ù (qÄf) |
| đ | t | [t] | ŚȘÖŒ (taw) | ŰȘ / Ű· |
2.1 đ â Le roseau fleuri (j / y)
Constrictive mĂ©dio-palatale sonore ; alternance i / y / a. Copte âČ, âČ, âČ ; hĂ©breu Ś (yod) ; arabe Ù / Ù. C’est le premier radical de la forme hĂ©braĂŻque et Ă©gyptienne de la racine (y-r-q) â lĂ oĂč l’arabe, on le verra, place un w.
2.2 đż â Le vautour (È, la liquide)
L’aleph Ă©gyptien, rĂ©alisĂ© l, r ou a selon les cas. Copte âČ, âČ, âČ, âČ, âȱ ; hĂ©breu Ś (aleph) ; arabe ŰŁ / ŰĄ (hamza). SĂ©mitiques : Ë, r, l. C’est la liquide mĂ©diane r de la racine y-r-q.
2.3 đ â La dune, le flanc de colline (ážł / q)
Occlusive vĂ©laire (uvulaire) sourde. Ă rapprocher de đđżđ ážłÈ.t (qĂ©l.t, hauteur, Ă©minence) et de ážłÈÈ (qĂ©lel, colline, terre haute). Copte âČ [k], Ï [áž”] ; hĂ©breu ڧ (qof) ; arabe Ù (qÄf). SĂ©mitiques : ážł, k, q, g, ǧ.
Note : le rapprochement de ážłÈÈ Â« terre haute, colline » avec le bambara kĂčlu (montagne, colline, crĂȘte, huppe d’oiseau) figure dans la source ; il relĂšve d’une autre racine que jÈážł.t et n’est mentionnĂ© ici que pour mĂ©moire.
2.4 Déterminatifs
đ° â la touffe de trois herbes : dĂ©terminatif de plante, de fleur, de roseau, de ce qui est lĂ©ger.
đ„ â les trois traits : marque de la pluralitĂ©, de la collectivitĂ©. Variante đ«.
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III. Le lexique pharaonique du vert
3.1 La racine jÈážł â le lĂ©gume, le poireau
đđżđđđ„đ° (jÈážł.t / jaqet / yrĂšqet) â nom : poireaux, lĂ©gumes verts en gĂ©nĂ©ral.
Variantes graphiques : đđżđđđ°đ« et đđČđđđ„đ° (ywážł.t / youqet).
3.2 La racine parente wÈáž â le vert, la fraĂźcheur
L’Ă©gyptien possĂšde une seconde racine, đ (wÈ / wl / wr) + đ (áž), Ă©troitement liĂ©e Ă la premiĂšre par le sens du vert et de la fraĂźcheur vĂ©gĂ©tale :
đ đđ (wÈáž / ouadj) â adjectif : vert ; frais, cru (pour la nourriture) ; vigoureux, robuste, gaillard ; heureux, florissant, fortunĂ©. Comme verbe : verdir, fleurir, prospĂ©rer. Variantes đ et đđ€đ.
đ đ (wÈáž.t / ouadjet) â nom : la verdure.
đ đ» (wÈážw / ouadjou) â nom : le fard vert pour les yeux. Variante đŻđđđđ„.
đ đđ (wÈáž.t / ouadjet) â nom : la couronne de Basse-Ăgypte, symbolisĂ©e par le papyrus vert đ qui lui est joint.
La proximitĂ© est frappante : jÈážł et wÈáž partagent l’initiale semi-vocalique et le domaine du vert. La couronne verte de Basse-Ăgypte, le fard vert des yeux, la fraĂźcheur de la nourriture â toute une civilisation du vĂ©gĂ©tal se dit sur cette matrice.
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IV. L’Ă©volution copte
Le copte, dernier Ă©tat de la langue pharaonique, a conservĂ© jÈážł.t sous la forme âČÏâČ (dialecte sahidique) / âČÏ«âČ (dialecte bohaĂŻrique), « poireau ». Il en a tirĂ© une locution de couleur :
âČâČ©âČâČ âČâČÏâČ (sahidique) / âČâČ©âČâČ âČâČÏ«âČ (bohaĂŻrique) â littĂ©ralement « de couleur poireau », c’est-Ă -dire de couleur verte.
La couleur verte y est donc nommĂ©e par le lĂ©gume : le vert, c’est « la couleur du poireau ». Ce mode de dĂ©signation â la couleur dite par la plante â se retrouve, remarquablement, dans les langues mandĂ©.
Le procĂ©dĂ© est identique â nommer le vert par le vĂ©gĂ©tal â, mĂȘme si les racines lexicales diffĂšrent (le mandĂ© nyĂčgu n’est pas un cognat de jÈážł). C’est une convergence de structure sĂ©mantique, non de forme : deux familles de langues qui pensent le vert comme « couleur-de-la-plante ».
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V. Les cognats sémitiques et chamitiques
La racine se dĂ©ploie Ă travers tout le domaine afroasiatique, chaque langue accentuant une nuance du vert, de la feuille ou de ce qui en dĂ©rive. Fait notable : l’Ă©gyptien et l’hĂ©breu ont pour premier radical un y- (y-r-q), lĂ oĂč l’arabe prĂ©sente un w- (w-r-q) â les deux semi-voyelles alternant rĂ©guliĂšrement.
| Langue | Forme | Translit. | Sens |
|---|---|---|---|
| Ăgyptien | đđżđđđ„đ° | jÈážł.t | poireau, lĂ©gumes verts |
| Copte | âČÏâČ / âČÏ«âČ | ÄÄe / Ädji | poireau ; (couleur) verte |
| HĂ©breu | ŚÖ¶ŚšÖ¶Ś§ / ŚÖžŚšŚÖ茧 | yereq / yÄrĆq | vert, verdure, plantes vertes |
| Arabe | ÙÙ۱ÙÙ | waraq | feuille (d’arbre, de livre), papier, monnaie |
| Akkadien | warqu | warqu | vert-jaune ; les légumes |
| GuĂšze | ááá | wĂ€rážł | or |
| BerbĂšre (kabyle) | awraÄĄ | awraÄĄ | jaune |
On mesure l’amplitude sĂ©mantique : du vert vĂ©gĂ©tal (Ă©gyptien, copte, hĂ©breu, akkadien, berbĂšre) Ă la feuille puis au papier et Ă la monnaie (arabe), et jusqu’Ă l’or (guĂšze). Le fil conducteur est la feuille : feuille de plante, feuille de papier, feuille de mĂ©tal battu â d’oĂč la piĂšce de monnaie, et le mĂ©tal prĂ©cieux.
5.1 Le cognat arabe â Ù-۱-Ù
ÙÙ۱ÙÙÙ / ÙÙ۱ÙÙÙ (waraqa / yariqu) â verbe I : produire des feuilles, se couvrir de feuilles, se garnir.
ÙÙ۱ÙÙ (waraq) â nom : feuilles ; papier ; feuille de mĂ©tal ; monnaie de papier ; carte Ă jouer.
ÙÙ۱ÙÙÙŰ© (waraqa) â nom : une feuille, un document ; au figurĂ©, un homme libĂ©ral, gĂ©nĂ©reux.
ÙÙ۱ÙŰ§Ù (wirÄq) : feuillaison ; ÙÙ۱ÙŰ§Ù (warÄq) : verdure du sol ; ÙÙ۱ÙÙ (wariq) : feuillu ; ÙÙ۱ÙÙÙŰ© (wurqa) : de couleur brune ou cendrĂ©e.
5.2 Le cognat hĂ©breu â Ś-Śš-ڧ
ŚÖžŚšŚÖ茧 (yÄrĆq) â nom : plantes vertes, verdure, choses de couleur verte.
ŚÖ¶ŚšÖ¶Ś§ (yereq) â nom : le vert, la verdure, les plantes vertes.
L’hĂ©breu conserve, comme l’Ă©gyptien, le premier radical y- et le sens premier du vert â plus proche de jÈážł.t que l’arabe, qui a spĂ©cialisĂ© la racine vers la feuille et le papier.
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VI. Le grand voyage â de la feuille Ă l’argent
Voici le trait le plus saisissant du dossier. La racine, en passant par l’arabe waraq (feuille â feuille de mĂ©tal â monnaie), a essaimĂ© jusqu’en Afrique de l’Ouest :
â en wolof (SĂ©nĂ©gal), warga â de l’arabe waraqa, « la feuille » â a fini par dĂ©signer le thĂ© (la feuille par excellence) ;
â en maninka et bambara, l’argent, la monnaie se dit wari, wĂČri ou wĂČdi â la feuille de mĂ©tal battu devenue piĂšce.
Ainsi la racine đđżđ y-r-q, qui servait au scribe pharaonique Ă nommer un plat de poireaux, a parcouru l’akkadien, l’hĂ©breu, l’arabe et le guĂšze pour venir, au terme d’un voyage de plusieurs millĂ©naires, dĂ©signer l’argent dans les langues mandĂ© contemporaines.
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VII. La racine dans le Coran
La racine arabe Ù-۱-Ù apparaĂźt quatre fois dans le Coran. Le vocable est mis en gras dans les trois registres.
Les feuilles du Jardin â le pagne d’Adam et Ăve
Deux fois, le Coran emploie waraq pour les feuilles dont le premier couple se couvre aprĂšs la faute â lĂ oĂč la Bible hĂ©braĂŻque, on le verra, emploie un tout autre mot (ÊżÄleh).
…falammÄ dhÄqÄ sh-shajarata badat lahumÄ sawÊŸÄtuhumÄ wa áčafiqÄ yakháčŁifÄni ÊżalayhimÄ min waraqi l-jannati
« …quand tous deux eurent goĂ»tĂ© Ă lâArbre, leur nuditĂ© leur apparut et ils se mirent Ă se couvrir des feuilles du Jardin. »
Sourate 7, ۧÙŰŁŰčŰ±Ű§Ù / Al-AÊżrÄf (Les CrĂȘtes), verset 22. Trad. M. Maurice Gloton, p. 152, Ă©d. Albouraq 2018.
…fabadat lahumÄ sawÊŸÄtuhumÄ wa áčafiqÄ yakháčŁifÄni ÊżalayhimÄ min waraqi l-jannati
« …leur dĂ©nuement leur apparut et ils se recouvrirent des feuilles du Jardin. Adam dĂ©sobĂ©it Ă son Enseigneur et se fourvoya. »
Sourate 20, Ű·Ù / áčŹÄ-HÄ, verset 121. Trad. M. Maurice Gloton, p. 320, Ă©d. Albouraq 2018.
La feuille qui tombe â l’omniscience divine
…wa mÄ tasquáču min waraqatin ÊŸillÄ yaÊżlamuhÄ
« …et il ne tombe aucune feuille sans quâIl le sache. »
Sourate 6, ۧÙŰŁÙŰčŰ§Ù / Al-AnÊżÄm (Les Bestiaux), verset 59. Trad. M. Maurice Gloton, p. 134, Ă©d. Albouraq 2018.
La monnaie â les Gens de la Caverne
…fa-bÊżathĆ« ÊŸaáž„adakum bi-wariqikum hÄdhihi ÊŸilÄ l-madÄ«nati
« …envoyez lâun de vous Ă la ville avec votre monnaie que voici. »
Sourate 18, ۧÙÙÙÙ / Al-Kahf (La Caverne), verset 19. Trad. M. Maurice Gloton, p. 295, Ă©d. Albouraq 2018. â Ici wariq dĂ©signe lâargent monnayĂ© : la feuille de mĂ©tal.
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VIII. Waraqa ibn Nawfal â le nom qui dit la feuille
De ce mĂȘme nom waraqa (« feuille, document ») provient le prĂ©nom dâun personnage cĂ©lĂšbre de la tradition musulmane : ÙÙ۱ÙÙÙŰ© ŰšÙ ÙÙÙÙ, Waraqa ibn Nawfal, cousin de KhadÄ«ja, la premiĂšre Ă©pouse du prophĂšte de lâislam. La SÄ«ra (biographie prophĂ©tique dâIbn Isáž„Äq) et Al-BukhÄrÄ« (dans le premier livre du áčąaងīង) le prĂ©sentent comme celui qui, le premier, reconnut au prophĂšte les signes de la prophĂ©tie, lorsque KhadÄ«ja lâemmena le consulter aprĂšs ses premiĂšres visions.
Le nom est Ă©vocateur : waraqa, « la feuille de papier, le document ». Renvoyait-il Ă un homme lettrĂ©, versĂ© dans les Ăcritures juives et chrĂ©tiennes ? Le profil quâen dressent les sources le suggĂšre â certains commentateurs ont mĂȘme spĂ©culĂ© quâil aurait Ă©tĂ© un « informateur » ou un premier instructeur. Le document fait homme, en quelque sorte : celui dont le nom mĂȘme dit lâĂ©crit.
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IX. La racine dans la Bible hébraïque
LâhĂ©breu ŚÖ¶ŚšÖ¶Ś§ (yereq) parcourt lâAncien Testament au sens de « vert, verdure, herbe verte ». Le vocable est signalĂ© en gras.
ÊŸeáčŻ kÄl-yereq ÊżĂȘĆeáž lÉ-ÊŸÄáž”lÄh
« …je donne toute herbe verte pour nourriture. » (GenĂšse 1:30)
GenĂšse 1:30. Trad. Louis Segond.
kÉ-yereq ÊżĂȘĆeáž nÄáčŻattĂź lÄáž”em ÊŸeáčŻ-kĆl
« …je vous donne tout cela comme lâherbe verte. » (GenĂšse 9:3)
GenĂšse 9:3. Trad. Louis Segond.
wÉ-lĆ nĆáčŻar kÄl-yereq bÄ-ÊżĂȘáčŁ
« …il ne resta aucune verdure aux arbres… » (Exode 10:15, la 8e plaie)
Exode 10:15. Trad. Louis Segond.
La racine yereq se retrouve encore en Psaume 37:2, Job 39:8, ĂsaĂŻe 15:6 â toujours pour la verdure, le gazon vert, ce qui pousse.
9.1 Un contraste rĂ©vĂ©lateur : la feuille d’Adam
LĂ oĂč le Coran dit les feuilles dâAdam et Ăve avec waraq (de notre racine), la Bible hĂ©braĂŻque emploie un tout autre mot : ŚąÖžŚÖ¶Ś (ÊżÄleh, feuille, feuillage) â prĂ©cisĂ©ment des feuilles de figuier (ÊżÄlĂȘ tÉÊŸÄnÄh) :
way-yiáčŻpÉrĆ« ÊżÄlĂȘh áčŻÉÊŸÄnÄh way-yaÊżÄĆĆ« lÄhem áž„ÄឥĆrĆáčŻ
« …ayant cousu des feuilles de figuier, ils sâen firent des ceintures. » (GenĂšse 3:7)
GenĂšse 3:7. Trad. Louis Segond.
Le dĂ©tail est significatif : sur le mĂȘme Ă©pisode, lâhĂ©breu et lâarabe puisent dans deux racines distinctes du vocabulaire de la feuille. Lâarabe emploie waraq â celle qui nous occupe â, lâhĂ©breu ÊżÄleh. Deux traditions, deux mots pour la mĂȘme pudeur.
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X. Attestations pharaoniques
10.1 Cent bottes de lĂ©gumes â Papyrus Westcar
Dans un compte dâoffrandes, nos lĂ©gumes sont dĂ©nombrĂ©s par bottes :
đđđđ đ„ đ§đđđČđđżđŻđđ€ đđżđđđ° đ„ đđđđČ đ«đČ
« …cent pots de biĂšre, un bĆuf et cent bottes de lĂ©gumes. »
Passage extrait du Papyrus Westcar, 9, 20-21, transcription dâaprĂšs Blackman (1988) avec les corrections de Davis.
10.2 Une recette contre la morsure â Papyrus Ebers
Le poireau entre aussi dans la pharmacopée : écrasé, il compose un remÚde contre la morsure humaine.
« Une morsure dâhomme : (partie-)khùùou de pĂąte-cher qui se trouve dans le (pot-)Ăąndjou ; poireaux, Ă©crasĂ©s. PrĂ©parer… »
Papyrus Ebers, Planche 64, 6. Translittération, traduction de Bernard Lalanne et Gérard Métra, page 133, éd. Safran.
10.3 Les lĂ©gumes de lâĂźle â Le Conte du NaufragĂ©
Sur lâĂźle du serpent, le naufragĂ© dĂ©crit lâabondance vĂ©gĂ©tale qui lâentoure. Nos lĂ©gumes verts y figurent, au milieu des figues, du raisin et des sycomores :
đ đ đđđ§đżđ đđđ„ đ đż
« Je trouvais là des figues et du »
đđđ đč đž đ„ đ đ đđżđđđ° đđđ»đŽđ
« raisin, de magnifiques légumes de toutes sortes, »
đĄđ ±đđ„ đ đ đđđ đđđ ±đđđ„
« des fruits de sycomore plus ou moins mûrs, (et) »
Le Conte du NaufragĂ©, Texte hiĂ©roglyphique, translittĂ©ration et traduction commentĂ©e par M. Patrice Le Guilloux (2nde Ă©dition, revue et corrigĂ©e), 47 Ă 49, pp. 26-27, Cahiers de lâAssociation dâĂgyptologie Isis, N° 1, Angers 2005.
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XI. Une lecture d’ensemble
Peu de mots racontent une aussi longue histoire. NĂ©e pour nommer un plat de poireaux sur les rives du Nil, la racine đđżđ y-r-q a dit le vert et la fraĂźcheur dans tout le monde afroasiatique â le lĂ©gume en Ă©gyptien, la verdure en hĂ©breu et en akkadien, la feuille en arabe, lâor en guĂšze, le jaune en berbĂšre. Puis, par la feuille de mĂ©tal battu, elle a glissĂ© vers la monnaie ; et de lâarabe des marchands et des lettrĂ©s, elle a voyagĂ© jusquâau wolof warga (le thĂ©) et au mandĂ© wari (lâargent).
Un ancien Ăgyptien, revenant parmi nous et apprenant que le mot de ses poireaux nomme aujourdâhui lâargent des marchĂ©s dâAfrique de lâOuest, en serait sans doute fort amusĂ©. Câest le genre de trajet â du potager Ă la bourse, du Nil au Niger â que seule la longue patience des langues sait dessiner.
đ đđđ đđđđ ážáž„wty Ăážłr â Djehouty LâExcellent