đ“‡‹đ“„żđ“ˆŽđ“đ“„đ“†°

jÈážł.t / yrĂšqet

Le poireau, le vert, la feuille — et la monnaie

De la racine y-r-q du verdoiement Ă  l’argent des langues mandĂ©

sous les auspices de ژ â€“Ś˜Ś™ŚȘ – Thốth – ΘώΞ – áŒ™ÏÎŒáż†Ï‚ ᜁ ΀ρÎčÏƒÎŒÎ­ÎłÎčÏƒÏ„ÎżÏ‚ ! Ű„ŰŻŰ±ÙŠŰł – Idriss (ŰŻÙŽŰ±ÙŽŰłÙŽ darasa – ÙŠÙŽŰŻÙ’Ű±ÙŰłÙ yadrusu – Ű§ÙŰŻÙ’Ű±ÙŰłÙ’ udrus ! — enseigner, apprendre) – Ś—ÖČŚ Ś•Ö覚ְ – កănƍkh (Ś—Ś Śš Hanak — Ă©tablir, instruire) – 𓏏𓅝𓏭𓀭 (ណងwty) – Ś“Ö·ÖŒŚąÖ·ŚȘ / Daāth

Ś•Ö°ŚœÖčŚÖŸŚ Ś•ÖčŚȘÖ·Śš Ś›ÖžÖŒŚœÖŸŚ™Ö¶ŚšÖ¶Ś§ Ś‘ÖžÖŒŚąÖ”Ś„ Ś•ÖŒŚ‘Ö°ŚąÖ”Ś©Ö¶Ś‚Ś‘ Ś”Ö·Ś©ÖžÖŒŚ‚Ś“Ö¶Ś” Ś‘Ö°ÖŒŚ›ÖžŚœÖŸŚÖ¶ŚšÖ¶Ś„ ŚžÖŽŚŠÖ°ŚšÖžŚ™ÖŽŚŚƒ…wə-lƍ nƍáčŻar kāl-yereq bā-ÊżĂȘáčŁ Ć«-ᾇə-ÊżĂȘƛeᾇ haƛ-ƛāᾏeh bə-បāl ÊŸereáčŁ miáčŁrayim
…il ne resta aucune verdure aux arbres ni Ă  l’herbe des champs, dans tout le pays d’Égypte. — Exode 10:15

ÙˆÙŽŰ·ÙŽÙÙÙ‚ÙŽŰ§ ÙŠÙŽŰźÙ’Ű”ÙÙÙŽŰ§Ù†Ù ŰčÙŽÙ„ÙŽÙŠÙ’Ù‡ÙÙ…ÙŽŰ§ مِن ÙˆÙŽŰ±ÙŽÙ‚Ù Ù±Ù„Ù’ŰŹÙŽÙ†ÙŽÙ‘Ű©Ù…wa áč­afiqā yakháčŁifāni Êżalayhimā min waraqi l-jannati
…ils se recouvrirent des feuilles du Jardin. Adam dĂ©sobĂ©it Ă  son Enseigneur et se fourvoya. — Coran, Sourate 20 (áčŹÄ-Hā), v. 120-121

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I. Le mot et son extraordinaire descendance

Le vocable đ“‡‹đ“„żđ“ˆŽđ“đ“„đ“†° (lire jÈážł.t / jaqet / yrĂšqet) — avec ses variantes đ“‡‹đ“„żđ“ˆŽđ“đ“†°đ“« et 𓇋đ“Čđ“ˆŽđ“đ“„đ“†° (ywážł.t / youqet) — dĂ©signe en Ă©gyptien pharaonique les poireaux et, plus largement, les lĂ©gumes verts. Le dĂ©terminatif 𓆰 (la touffe d’herbes) le range du cĂŽtĂ© du vĂ©gĂ©tal.

DerriĂšre ce mot modeste se cache l’une des racines les plus fĂ©condes et les plus voyageuses de tout notre corpus. Sa matrice — 𓇋 (j/y) · 𓄿 (ȝ, liquide) · 𓈎 (ážł) — se retrouve, avec le sens du vert, de la feuille, de la verdure, dans presque tout le monde afroasiatique : arabe, hĂ©breu, akkadien, guĂšze, berbĂšre, copte. Et son histoire ne s’arrĂȘte pas lĂ  : par un glissement remarquable, elle finit par nommer, jusque dans les langues mandĂ© d’Afrique de l’Ouest, l’argent, la monnaie — la feuille de mĂ©tal battu devenue piĂšce.

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II. PhonĂšmes et correspondances

Égyptien Translit. Valeur HĂ©breu Arabe
𓇋 j / y / i [j] Ś™ (yod), Ś• (waw) ى / ي / و
𓄿 ȝ [l], [r], [a] Śš (resh), ڜ ŰŁ / ŰĄ (hamza)
𓈎 ážł / q [q] vĂ©laire ڧ (qof) ق (qāf)
𓏏 t [t] ŚȘÖŒ (taw) ŰȘ / Ű·

2.1  đ“‡‹ — Le roseau fleuri (j / y)

Constrictive mĂ©dio-palatale sonore ; alternance i / y / a. Copte âȀ, âȈ, âȎ ; hĂ©breu Ś™ (yod) ; arabe ي / و. C’est le premier radical de la forme hĂ©braĂŻque et Ă©gyptienne de la racine (y-r-q) — lĂ  oĂč l’arabe, on le verra, place un w.

2.2  đ“„ż — Le vautour (ȝ, la liquide)

L’aleph Ă©gyptien, rĂ©alisĂ© l, r ou a selon les cas. Copte âȒ, âȞ, âȈ, âȎ, âȱ ; hĂ©breu ڐ (aleph) ; arabe ŰŁ / ŰĄ (hamza). SĂ©mitiques : ˀ, r, l. C’est la liquide mĂ©diane r de la racine y-r-q.

2.3  đ“ˆŽ — La dune, le flanc de colline (ážł / q)

Occlusive vĂ©laire (uvulaire) sourde. À rapprocher de 𓈎𓄿𓏏 ážłÈ.t (qĂ©l.t, hauteur, Ă©minence) et de ážłÈÈ (qĂ©lel, colline, terre haute). Copte âȕ [k], Ï­ [áž”] ; hĂ©breu ڧ (qof) ; arabe ق (qāf). SĂ©mitiques : ážł, k, q, g, ǧ.

Note : le rapprochement de ážłÈÈ « terre haute, colline » avec le bambara kĂčlu (montagne, colline, crĂȘte, huppe d’oiseau) figure dans la source ; il relĂšve d’une autre racine que jÈážł.t et n’est mentionnĂ© ici que pour mĂ©moire.

2.4  DĂ©terminatifs

𓆰 — la touffe de trois herbes : dĂ©terminatif de plante, de fleur, de roseau, de ce qui est lĂ©ger.

đ“„ — les trois traits : marque de la pluralitĂ©, de la collectivitĂ©. Variante đ“«.

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III. Le lexique pharaonique du vert

3.1  La racine jÈážł — le lĂ©gume, le poireau

đ“‡‹đ“„żđ“ˆŽđ“đ“„đ“†° (jÈážł.t / jaqet / yrĂšqet) — nom : poireaux, lĂ©gumes verts en gĂ©nĂ©ral.

Variantes graphiques : đ“‡‹đ“„żđ“ˆŽđ“đ“†°đ“« et 𓇋đ“Čđ“ˆŽđ“đ“„đ“†° (ywážł.t / youqet).

3.2  La racine parente wȝត — le vert, la fraĂźcheur

L’Ă©gyptien possĂšde une seconde racine, 𓇅 (wȝ / wl / wr) + 𓆓 (ត), Ă©troitement liĂ©e Ă  la premiĂšre par le sens du vert et de la fraĂźcheur vĂ©gĂ©tale :

𓇅𓆓𓏛 (wȝត / ouadj) — adjectif : vert ; frais, cru (pour la nourriture) ; vigoureux, robuste, gaillard ; heureux, florissant, fortunĂ©. Comme verbe : verdir, fleurir, prospĂ©rer. Variantes 𓇆 et đ“‡†đ“€đ“›.

𓇅𓏏 (wȝត.t / ouadjet) — nom : la verdure.

𓇅𓁻 (wȝតw / ouadjou) — nom : le fard vert pour les yeux. Variante đ“Żđ“†“đ“ˆ‹đ“ˆ’đ“„.

𓇅𓏏𓋕 (wȝត.t / ouadjet) — nom : la couronne de Basse-Égypte, symbolisĂ©e par le papyrus vert 𓇅 qui lui est joint.

La proximitĂ© est frappante : jÈážł et wȝត partagent l’initiale semi-vocalique et le domaine du vert. La couronne verte de Basse-Égypte, le fard vert des yeux, la fraĂźcheur de la nourriture — toute une civilisation du vĂ©gĂ©tal se dit sur cette matrice.

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IV. L’Ă©volution copte

Le copte, dernier Ă©tat de la langue pharaonique, a conservĂ© jÈážł.t sous la forme âČÏ­âȉ (dialecte sahidique) / âČÏ«âȓ (dialecte bohaĂŻrique), « poireau ». Il en a tirĂ© une locution de couleur :

âȁâČ©âȁâț âțâČÏ­âȉ (sahidique) / âȁâČ©âȁâț âțâČÏ«âȓ (bohaĂŻrique) — littĂ©ralement « de couleur poireau », c’est-Ă -dire de couleur verte.

La couleur verte y est donc nommĂ©e par le lĂ©gume : le vert, c’est « la couleur du poireau ». Ce mode de dĂ©signation — la couleur dite par la plante — se retrouve, remarquablement, dans les langues mandĂ©.

En bambara, la couleur verte se dit nyĂčgĂč-ji (littĂ©ralement « feuilles-eau ») ou nyĂčgĂčji-ma ; et nyĂčgu dĂ©signe les feuilles comestibles (de baobab, de patate douce, de haricot, de manioc). En soninkĂ© de Mauritanie, nĂ­rĂŹ (nĂ n) signifie « reverdir, se garnir de feuilles » et nĂ­rĂŹyĂ© « reverdissement, feuillaison, prospĂ©ritĂ© ».

Le procĂ©dĂ© est identique — nommer le vert par le vĂ©gĂ©tal —, mĂȘme si les racines lexicales diffĂšrent (le mandĂ© nyĂčgu n’est pas un cognat de jÈážł). C’est une convergence de structure sĂ©mantique, non de forme : deux familles de langues qui pensent le vert comme « couleur-de-la-plante ».

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V. Les cognats sémitiques et chamitiques

La racine se dĂ©ploie Ă  travers tout le domaine afroasiatique, chaque langue accentuant une nuance du vert, de la feuille ou de ce qui en dĂ©rive. Fait notable : l’Ă©gyptien et l’hĂ©breu ont pour premier radical un y- (y-r-q), lĂ  oĂč l’arabe prĂ©sente un w- (w-r-q) — les deux semi-voyelles alternant rĂ©guliĂšrement.

Langue Forme Translit. Sens
Égyptien đ“‡‹đ“„żđ“ˆŽđ“đ“„đ“†° jÈážł.t poireau, lĂ©gumes verts
Copte âČÏ­âȉ / âČÏ«âȓ ēče / ēdji poireau ; (couleur) verte
HĂ©breu Ś™Ö¶ŚšÖ¶Ś§ / Ś™ÖžŚšŚ•Ö茧 yereq / yārƍq vert, verdure, plantes vertes
Arabe ÙˆÙŽŰ±ÙŽÙ‚ waraq feuille (d’arbre, de livre), papier, monnaie
Akkadien warqu warqu vert-jaune ; les légumes
GuĂšze ወርቅ wĂ€rážł or
BerbĂšre (kabyle) awraÄĄ awraÄĄ jaune

On mesure l’amplitude sĂ©mantique : du vert vĂ©gĂ©tal (Ă©gyptien, copte, hĂ©breu, akkadien, berbĂšre) Ă  la feuille puis au papier et Ă  la monnaie (arabe), et jusqu’Ă  l’or (guĂšze). Le fil conducteur est la feuille : feuille de plante, feuille de papier, feuille de mĂ©tal battu — d’oĂč la piĂšce de monnaie, et le mĂ©tal prĂ©cieux.

5.1  Le cognat arabe — و-۱-ق

ÙˆÙŽŰ±ÙŽÙ‚ÙŽ / ÙŠÙŽŰ±ÙÙ‚Ù (waraqa / yariqu) — verbe I : produire des feuilles, se couvrir de feuilles, se garnir.

ÙˆÙŽŰ±ÙŽÙ‚ (waraq) — nom : feuilles ; papier ; feuille de mĂ©tal ; monnaie de papier ; carte Ă  jouer.

ÙˆÙŽŰ±ÙŽÙ‚ÙŽŰ© (waraqa) — nom : une feuille, un document ; au figurĂ©, un homme libĂ©ral, gĂ©nĂ©reux.

ÙˆÙŰ±ÙŽŰ§Ù‚ (wirāq) : feuillaison ; ÙˆÙŽŰ±ÙŽŰ§Ù‚ (warāq) : verdure du sol ; ÙˆÙŽŰ±ÙÙ‚ (wariq) : feuillu ; ÙˆÙŰ±Ù’Ù‚ÙŽŰ© (wurqa) : de couleur brune ou cendrĂ©e.

5.2  Le cognat hĂ©breu — Ś™-Śš-ڧ

Ś™ÖžŚšŚ•Ö茧 (yārƍq) — nom : plantes vertes, verdure, choses de couleur verte.

Ś™Ö¶ŚšÖ¶Ś§ (yereq) — nom : le vert, la verdure, les plantes vertes.

L’hĂ©breu conserve, comme l’Ă©gyptien, le premier radical y- et le sens premier du vert — plus proche de jÈážł.t que l’arabe, qui a spĂ©cialisĂ© la racine vers la feuille et le papier.

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VI. Le grand voyage — de la feuille Ă  l’argent

Voici le trait le plus saisissant du dossier. La racine, en passant par l’arabe waraq (feuille → feuille de mĂ©tal → monnaie), a essaimĂ© jusqu’en Afrique de l’Ouest :

— en wolof (SĂ©nĂ©gal), warga — de l’arabe waraqa, « la feuille » — a fini par dĂ©signer le thĂ© (la feuille par excellence) ;

— en maninka et bambara, l’argent, la monnaie se dit wari, wĂČri ou wĂČdi — la feuille de mĂ©tal battu devenue piĂšce.

Ainsi la racine 𓇋𓄿𓈎 y-r-q, qui servait au scribe pharaonique Ă  nommer un plat de poireaux, a parcouru l’akkadien, l’hĂ©breu, l’arabe et le guĂšze pour venir, au terme d’un voyage de plusieurs millĂ©naires, dĂ©signer l’argent dans les langues mandĂ© contemporaines.

Note de mĂ©thode. Le trajet waraq → wolof warga et mandĂ© wari est un emprunt par voie commerciale et islamique, historiquement documentĂ© et incontestable — Ă  distinguer nettement des convergences profondes (afroasiatiques) Ă©voquĂ©es plus haut. L’un est un fait d’histoire rĂ©cente ; les autres relĂšvent de la parentĂ© ou du contact anciens. Les deux rĂ©gimes ne se confondent pas.

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VII. La racine dans le Coran

La racine arabe و-۱-ق apparaĂźt quatre fois dans le Coran. Le vocable est mis en gras dans les trois registres.

Les feuilles du Jardin — le pagne d’Adam et Ève

Deux fois, le Coran emploie waraq pour les feuilles dont le premier couple se couvre aprĂšs la faute — lĂ  oĂč la Bible hĂ©braĂŻque, on le verra, emploie un tout autre mot (ÊżÄleh).

ÙÙŽÙ„ÙŽÙ…ÙŽÙ‘Ű§ Ű°ÙŽŰ§Ù‚ÙŽŰ§ Ù±Ù„ŰŽÙŽÙ‘ŰŹÙŽŰ±ÙŽŰ©ÙŽ ŰšÙŽŰŻÙŽŰȘْ Ù„ÙŽÙ‡ÙÙ…ÙŽŰ§ ŰłÙŽÙˆÙ’ŰĄÙŽÙ°ŰȘÙÙ‡ÙÙ…ÙŽŰ§ ÙˆÙŽŰ·ÙŽÙÙÙ‚ÙŽŰ§ ÙŠÙŽŰźÙ’Ű”ÙÙÙŽŰ§Ù†Ù ŰčÙŽÙ„ÙŽÙŠÙ’Ù‡ÙÙ…ÙŽŰ§ مِن ÙˆÙŽŰ±ÙŽÙ‚Ù Ù±Ù„Ù’ŰŹÙŽÙ†ÙŽÙ‘Ű©Ù
…falammā dhāqā sh-shajarata badat lahumā sawʟātuhumā wa áč­afiqā yakháčŁifāni Êżalayhimā min waraqi l-jannati

« …quand tous deux eurent goĂ»tĂ© Ă  l’Arbre, leur nuditĂ© leur apparut et ils se mirent Ă  se couvrir des feuilles du Jardin. »

Sourate 7, Ű§Ù„ŰŁŰčŰ±Ű§Ù / Al-AÊżrāf (Les CrĂȘtes), verset 22. Trad. M. Maurice Gloton, p. 152, Ă©d. Albouraq 2018.

ÙÙŽŰšÙŽŰŻÙŽŰȘْ Ù„ÙŽÙ‡ÙÙ…ÙŽŰ§ ŰłÙŽÙˆÙ’ŰĄÙŽÙ°ŰȘÙÙ‡ÙÙ…ÙŽŰ§ ÙˆÙŽŰ·ÙŽÙÙÙ‚ÙŽŰ§ ÙŠÙŽŰźÙ’Ű”ÙÙÙŽŰ§Ù†Ù ŰčÙŽÙ„ÙŽÙŠÙ’Ù‡ÙÙ…ÙŽŰ§ مِن ÙˆÙŽŰ±ÙŽÙ‚Ù Ù±Ù„Ù’ŰŹÙŽÙ†ÙŽÙ‘Ű©Ù
…fabadat lahumā sawʟātuhumā wa áč­afiqā yakháčŁifāni Êżalayhimā min waraqi l-jannati

« …leur dĂ©nuement leur apparut et ils se recouvrirent des feuilles du Jardin. Adam dĂ©sobĂ©it Ă  son Enseigneur et se fourvoya. »

Sourate 20, Ű·Ù‡ / áčŹÄ-Hā, verset 121. Trad. M. Maurice Gloton, p. 320, Ă©d. Albouraq 2018.

La feuille qui tombe — l’omniscience divine

ÙˆÙŽÙ…ÙŽŰ§ ŰȘÙŽŰłÙ’Ù‚ÙŰ·Ù مِن ÙˆÙŽŰ±ÙŽÙ‚ÙŽŰ©Ù Ű„ÙÙ„ÙŽÙ‘Ű§ يَŰčÙ’Ù„ÙŽÙ…ÙÙ‡ÙŽŰ§
…wa mā tasquáč­u min waraqatin ÊŸillā yaÊżlamuhā

« …et il ne tombe aucune feuille sans qu’Il le sache. »

Sourate 6, Ű§Ù„ŰŁÙ†ŰčŰ§Ù… / Al-AnÊżÄm (Les Bestiaux), verset 59. Trad. M. Maurice Gloton, p. 134, Ă©d. Albouraq 2018.

La monnaie — les Gens de la Caverne

ÙÙŽÙ±ŰšÙ’ŰčÙŽŰ«ÙÙˆÙ“Ű§ÛŸ ŰŁÙŽŰ­ÙŽŰŻÙŽÙƒÙÙ… ŰšÙÙˆÙŽŰ±ÙÙ‚ÙÙƒÙÙ…Ù’ Ù‡ÙŽÙ°Ű°ÙÙ‡ÙÛŠÙ“ Ű„ÙÙ„ÙŽÙ‰ Ù±Ù„Ù’Ù…ÙŽŰŻÙÙŠÙ†ÙŽŰ©Ù
…fa-bÊżathĆ« ÊŸaáž„adakum bi-wariqikum hādhihi ÊŸilā l-madÄ«nati

« …envoyez l’un de vous Ă  la ville avec votre monnaie que voici. »

Sourate 18, Ű§Ù„ÙƒÙ‡Ù / Al-Kahf (La Caverne), verset 19. Trad. M. Maurice Gloton, p. 295, Ă©d. Albouraq 2018. — Ici wariq dĂ©signe l’argent monnayĂ© : la feuille de mĂ©tal.

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VIII. Waraqa ibn Nawfal — le nom qui dit la feuille

De ce mĂȘme nom waraqa (« feuille, document ») provient le prĂ©nom d’un personnage cĂ©lĂšbre de la tradition musulmane : ÙˆÙŽŰ±ÙŽÙ‚ÙŽŰ© ŰšÙ† نوفل, Waraqa ibn Nawfal, cousin de KhadÄ«ja, la premiĂšre Ă©pouse du prophĂšte de l’islam. La SÄ«ra (biographie prophĂ©tique d’Ibn Isងāq) et Al-BukhārÄ« (dans le premier livre du áčąaងīង) le prĂ©sentent comme celui qui, le premier, reconnut au prophĂšte les signes de la prophĂ©tie, lorsque KhadÄ«ja l’emmena le consulter aprĂšs ses premiĂšres visions.

Le nom est Ă©vocateur : waraqa, « la feuille de papier, le document ». Renvoyait-il Ă  un homme lettrĂ©, versĂ© dans les Écritures juives et chrĂ©tiennes ? Le profil qu’en dressent les sources le suggĂšre — certains commentateurs ont mĂȘme spĂ©culĂ© qu’il aurait Ă©tĂ© un « informateur » ou un premier instructeur. Le document fait homme, en quelque sorte : celui dont le nom mĂȘme dit l’écrit.

âž»

IX. La racine dans la Bible hébraïque

L’hĂ©breu Ś™Ö¶ŚšÖ¶Ś§ (yereq) parcourt l’Ancien Testament au sens de « vert, verdure, herbe verte ». Le vocable est signalĂ© en gras.

ڐֶŚȘÖŸŚ›ÖžÖŒŚœÖŸŚ™Ö¶ŚšÖ¶Ś§ ŚąÖ”Ś©Ö¶Ś‚Ś‘ ŚœÖ°ŚÖžŚ›Ö°ŚœÖžŚ”
ÊŸeáčŻ kāl-yereq ÊżĂȘƛeᾇ lə-ʟāបlāh

« …je donne toute herbe verte pour nourriture. » (GenĂšse 1:30)

GenĂšse 1:30. Trad. Louis Segond.

Ś›Ö°ÖŒŚ™Ö¶ŚšÖ¶Ś§ ŚąÖ”Ś©Ö¶Ś‚Ś‘ Ś ÖžŚȘÖ·ŚȘÖŽÖŒŚ™ ŚœÖžŚ›Ö¶Ś ڐֶŚȘÖŸŚ›ÖčÖŒŚœ
kə-yereq ÊżĂȘƛeᾇ nāáčŻattĂź lāបem ÊŸeáčŻ-kƍl

« …je vous donne tout cela comme l’herbe verte. » (GenĂšse 9:3)

GenĂšse 9:3. Trad. Louis Segond.

Ś•Ö°ŚœÖčŚÖŸŚ Ö覕ŚȘÖ·Śš Ś›ÖžÖŒŚœÖŸŚ™Ö¶ŚšÖ¶Ś§ Ś‘ÖžÖŒŚąÖ”Ś„
wə-lƍ nƍáčŻar kāl-yereq bā-ÊżĂȘáčŁ

« …il ne resta aucune verdure aux arbres… » (Exode 10:15, la 8e plaie)

Exode 10:15. Trad. Louis Segond.

La racine yereq se retrouve encore en Psaume 37:2, Job 39:8, Ésaïe 15:6 — toujours pour la verdure, le gazon vert, ce qui pousse.

9.1  Un contraste rĂ©vĂ©lateur : la feuille d’Adam

LĂ  oĂč le Coran dit les feuilles d’Adam et Ève avec waraq (de notre racine), la Bible hĂ©braĂŻque emploie un tout autre mot : ŚąÖžŚœÖ¶Ś” (ÊżÄleh, feuille, feuillage) — prĂ©cisĂ©ment des feuilles de figuier (ÊżÄƒlĂȘ təʟēnāh) :

Ś•Ö·Ś™ÖŽÖŒŚȘÖ°Ś€Ö°ÖŒŚšŚ•ÖŒ ŚąÖČŚœÖ”Ś” ŚȘÖ°ŚÖ”Ś ÖžŚ” Ś•Ö·Ś™Ö·ÖŒŚąÖČŚ©Ś‚Ś•ÖŒ ŚœÖžŚ”Ö¶Ś Ś—ÖČŚ’Ö茚ÖčŚȘ
way-yiáčŻpərĆ« ÊżÄƒlĂȘh áčŻÉ™ÊŸÄ“nāh way-yaÊżÄƒĆ›Ć« lāhem áž„ÄƒážĄĆrƍáčŻ

« …ayant cousu des feuilles de figuier, ils s’en firent des ceintures. » (GenĂšse 3:7)

GenĂšse 3:7. Trad. Louis Segond.

Le dĂ©tail est significatif : sur le mĂȘme Ă©pisode, l’hĂ©breu et l’arabe puisent dans deux racines distinctes du vocabulaire de la feuille. L’arabe emploie waraq — celle qui nous occupe —, l’hĂ©breu ÊżÄleh. Deux traditions, deux mots pour la mĂȘme pudeur.

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X. Attestations pharaoniques

10.1  Cent bottes de lĂ©gumes — Papyrus Westcar

Dans un compte d’offrandes, nos lĂ©gumes sont dĂ©nombrĂ©s par bottes :

𓎛𓈎𓏏𓏊 đ“„ 𓂧𓊃𓏊đ“Čđ“‡‹đ“„żđ“Żđ“ƒ’đ“€ 𓇋𓄿𓈎𓏏𓆰 đ“„ 𓐍𓂋𓈙đ“Č đ“«đ“Č

áž„nqt ds 100 jwȝ 1 jȝqt áž«rĆĄw 100

« …cent pots de biĂšre, un bƓuf et cent bottes de lĂ©gumes. »

Passage extrait du Papyrus Westcar, 9, 20-21, transcription d’aprùs Blackman (1988) avec les corrections de Davis.

10.2  Une recette contre la morsure — Papyrus Ebers

Le poireau entre aussi dans la pharmacopée : écrasé, il compose un remÚde contre la morsure humaine.

psáž„ n(y) r(m)t : áș–ÊżÊż.w n(y) Êżnត ; jȝq.t, qnqn(=tj) jr(=w)

« Une morsure d’homme : (partie-)khùùou de pĂąte-cher qui se trouve dans le (pot-)Ăąndjou ; poireaux, Ă©crasĂ©s. PrĂ©parer… »

Papyrus Ebers, Planche 64, 6. Translittération, traduction de Bernard Lalanne et Gérard Métra, page 133, éd. Safran.

10.3  Les lĂ©gumes de l’üle — Le Conte du NaufragĂ©

Sur l’üle du serpent, le naufragĂ© dĂ©crit l’abondance vĂ©gĂ©tale qui l’entoure. Nos lĂ©gumes verts y figurent, au milieu des figues, du raisin et des sycomores :

𓅠𓅓 𓈖𓀀𓂧𓄿𓃀 đ“‡­đ“ˆ’đ“„ 𓇋 𓄿

gm.n.Ă­ dȝb

« Je trouvais là des figues et du »

𓂋𓂋𓏏 đ“č 𓏾 đ“„ 𓇋 𓅓 𓇋𓄿𓈎𓏏𓆰 đ“ŽŸđ“đ“€»đ“‹Žđ“›

Ă­Èrrt Ă­m Ă­Èážłt nbt ĆĄpss

« raisin, de magnifiques légumes de toutes sortes, »

đ“ŽĄđ“…±đ“ˆ’đ“„ 𓇋 𓅓 𓎛𓈖𓂝 đ“ˆ–đ“ˆŽđ“…±đ“đ“ˆ’đ“„

kȝw Ă­m áž„nÊż nkwt

« des fruits de sycomore plus ou moins mûrs, (et) »

Le Conte du NaufragĂ©, Texte hiĂ©roglyphique, translittĂ©ration et traduction commentĂ©e par M. Patrice Le Guilloux (2nde Ă©dition, revue et corrigĂ©e), 47 Ă  49, pp. 26-27, Cahiers de l’Association d’Égyptologie Isis, N° 1, Angers 2005.

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XI. Une lecture d’ensemble

Peu de mots racontent une aussi longue histoire. NĂ©e pour nommer un plat de poireaux sur les rives du Nil, la racine 𓇋𓄿𓈎 y-r-q a dit le vert et la fraĂźcheur dans tout le monde afroasiatique — le lĂ©gume en Ă©gyptien, la verdure en hĂ©breu et en akkadien, la feuille en arabe, l’or en guĂšze, le jaune en berbĂšre. Puis, par la feuille de mĂ©tal battu, elle a glissĂ© vers la monnaie ; et de l’arabe des marchands et des lettrĂ©s, elle a voyagĂ© jusqu’au wolof warga (le thĂ©) et au mandĂ© wari (l’argent).

Un ancien Égyptien, revenant parmi nous et apprenant que le mot de ses poireaux nomme aujourd’hui l’argent des marchĂ©s d’Afrique de l’Ouest, en serait sans doute fort amusĂ©. C’est le genre de trajet — du potager Ă  la bourse, du Nil au Niger — que seule la longue patience des langues sait dessiner.

𓅝𓏏𓏭𓅆𓇋𓈎𓂋𓏝  ážŽáž„wty Ă­ážłr — Djehouty L’Excellent

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