𓆓𓈖𓎛𓆃  តnáž„ / djĂ©nĂšáž„

L’aile — et ce qui s’incline

De l’organe du vol au flĂ©au de la balance — la racine ត-n-áž„

Égyptien pharaonique · DĂ©motique · Copte · Arabe · Langues MandĂ©

Sous les auspices de ژ – Ś˜Ś™ŚȘ – Thốth – ΘώΞ – áŒ™ÏÎŒáż†Ï‚ ᜁ ΀ρÎčÏƒÎŒÎ­ÎłÎčÏƒÏ„ÎżÏ‚ ! Ű„ŰŻŰ±ÙŠŰł – Idriss (ŰŻÙŽŰ±ÙŽŰłÙŽ darasa – ÙŠÙŽŰŻÙ’Ű±ÙŰłÙ yadrusu – Ű§ÙŰŻÙ’Ű±ÙŰłÙ’ udrus ! — enseigner, apprendre) – Ś—ÖČŚ Ś•Ö覚ְ – កănƍkh (Ś—Ś Śš Hanak — Ă©tablir, instruire) – 𓏏𓅝𓏭𓀭 (ណងwty) – Ś“Ö·ÖŒŚąÖ·ŚȘ / Daāth

áž„r n(y) W m bjk.w · តnáž„.w W m Ȝpdw
« le visage d’Ounas est pareil Ă  (celui) des faucons, les ailes d’Ounas sont pareilles Ă  (celles) des oiseaux »
Textes des Pyramides d’Ounas, antichambre, W/A/N, col. 3-6, Spruch {32}, §461 a-c. Trad. M. Claude Carrier, pp. 166-167, Ă©dit. CYBELE 2009.

ŰŹÙŽŰ§Űčِلِ Ù±Ù„Ù’Ù…ÙŽÙ„ÙŽÙ°Ù“ŰŠÙÙƒÙŽŰ©Ù Ű±ÙŰłÙÙ„Ù‹Ű§ ŰŁÙÙˆÛŸÙ„ÙÙ‰Ù“ ŰŁÙŽŰŹÙ’Ù†ÙŰ­ÙŽŰ©ÙÛą Ù…ÙŽÙ‘Ű«Ù’Ù†ÙŽÙ‰Ù° ÙˆÙŽŰ«ÙÙ„ÙŽÙ°Ű«ÙŽ ÙˆÙŽŰ±ÙŰšÙŽÙ°Űčَ
JÄÊżili l-malāʟikati rusulan ÊŸĆ«lÄ« ÊŸajniáž„atin mathnā wa thulātha wa rubÄÊża
« Lui qui prend pour messagers des anges dotés de deux, de trois, de quatre ailes. »
Sourate 35, ÙŰ§Ű·Ű± / Al-Fāáč­ir, verset 1. Trad. M. Maurice Gloton, p. 434, Albouraq 2018.

âž»

Introduction — l’aile, le cĂŽtĂ©, l’inclinaison

Le mot 𓆓𓈖𓎛𓆃 (lire តnáž„ / djĂ©nĂšáž„) dĂ©signe, dans la langue des pharaons, l’aile — celle des oiseaux, du scarabĂ©e, des dieux et des ĂȘtres fabuleux. Mais il ne s’arrĂȘte pas lĂ . Le mĂȘme vocable nomme aussi la jambe et la partie supĂ©rieure de la patte arriĂšre, ainsi que la hampe de la plume. Autrement dit : les extrĂ©mitĂ©s du corps, ce qui s’Ă©tend de part et d’autre du tronc.

Cette amplitude explique le destin sĂ©mantique de la racine en arabe. ŰŹ-ن-Ű­ (j-n-áž„) y donne ŰŹÙŽÙ†ÙŽŰ§Ű­ (janāង), l’aile, mais aussi l’Ă©paule, le bras, la main, le cĂŽtĂ©, le bord ; puis ŰŹÙÙ†Ù’Ű­ (jináž„), le flanc, l’abri, la protection — ĂȘtre « sous l’aile » de quelqu’un ; puis le verbe ŰŹÙŽÙ†ÙŽŰ­ÙŽ (janaáž„a), s’incliner, pencher vers ; et enfin, dans la conscience de la langue, ŰŹÙÙ†ÙŽŰ§Ű­ (junāង), le tort, le grief, la faute — car celui qui penche s’Ă©carte de la droiture, ce dernier degrĂ© ayant toutefois une histoire que nous discuterons. Une seule racine, et tout un trajet : de l’organe du vol au vocabulaire du droit.

Nous soutiendrons deux thĂšses. La premiĂšre, lexicographique : cette racine arabe, employĂ©e trente-quatre fois dans le Coran, remonte Ă  l’Ă©gyptien pharaonique. La seconde, et c’est l’argument dĂ©cisif : cette racine n’existe pas en hĂ©breu, qui nomme l’aile tout autrement. Une racine prĂ©sente en Ă©gyptien et en arabe, absente de l’hĂ©breu — la configuration est trop rare pour ĂȘtre indiffĂ©rente, et nous verrons ce qu’elle implique.

âž»

I. Correspondances phonétiques inter-langues

Égyptien Arabe
𓆓 (ត / dj) ŰŹ (jÄ«m)
𓈖 (n) ن (nĆ«n)
𓎛 (áž„) Ű­ (កāʟ)

âž»

II. PhonĂšmes de l’Ă©gyptien pharaonique

2.1  đ“†“ — Le cobra (ត)

Phonogramme pour ត (logogramme du cobra, តt). Valeur phonĂ©tique ត / dj / áčŻ / tch / d.

Copte : Ï« (តanតia) — HĂ©breu : Ś’ÖŒ / Ś’ (GuimĂšl) ou ŚŠ (Tsadei) / Ś„ (Tsadei sofit) — Arabe : ۶ (ឍād) ou ŰŹ (jÄ«m).

SĂ©mitiques : áčŁ, z, ឍ, ត.

2.2  đ“ˆ– — Le filet d’eau (n)

Occlusive apico-dentale.

Copte : âȚ / âț (nē) [n] · âȘ / âș (mē) [m] · âČą / âČŁ (rƍ) [r] — HĂ©breu : Ś  (Nun) — Arabe : ن (nĆ«n).

Sémitiques : n, l.

2.3  đ“Ž› — La mĂšche de lin tressĂ© (áž„)

Valeur phonétique ង / h, fricative pharyngale sourde.

Copte : Ï© (hori) [h, ħ] · Ⳉ (kha) — HĂ©breu : Ś— (áž„et), Ś” (hĂ©) — Arabe : Ű­ (កāʟ), et dans de rares cas Śą / Űč (Êżayn), fricative pharyngale sonore /ʕ/.

SĂ©mitiques : áș–, áž«, áž„, ˀ, Êż.

âž»

III. Déterminatifs hiéroglyphiques

𓆃 L’aile — idĂ©ogramme et dĂ©terminatif de l’aile et du vol.

𓅘 La pintade nubienne (náž„) — dĂ©terminatif alternatif du mĂȘme mot.

đ“‚Ÿ La jambe pliĂ©e — idĂ©ogramme de la jambe, du genou, du pied, de la patte ; dĂ©terminatif des actions accomplies par ces parties du corps.

𓂡 L’avant-bras tenant un bĂąton — dĂ©terminatif de tout acte ou effort, d’examiner, d’ĂȘtre fort.

đ“„č Le morceau de chair — dĂ©terminatif de la chair, de la viande, des membres et parties du corps.

Ce que rĂ©vĂšle le jeu des dĂ©terminatifs. Une mĂȘme sĂ©quence consonantique, ត-n-áž„, reçoit tantĂŽt l’aile 𓆃, tantĂŽt la jambe pliĂ©e đ“‚Ÿ, tantĂŽt le morceau de chair đ“„č. Le scribe ne change pas de mot : il prĂ©cise de quelle extrĂ©mitĂ© il parle. La racine ne dĂ©signe donc pas l’aile en tant qu’organe du vol, mais ce qui se dĂ©ploie de part et d’autre du corps — aile, bras, jambe, hampe de plume. C’est cette abstraction premiĂšre qui rendra possible tout le dĂ©veloppement arabe.

âž»

IV. Vocables de l’Ă©gyptien pharaonique

𓆓𓈖𓎛𓆃 ou 𓆓𓈖𓎛𓅘 (lire តnáž„ / djĂ©nĂšáž„) — nom : aile (d’oiseaux, d’un scarabĂ©e, d’un dieu, d’ĂȘtres fabuleux). Wörterbuch der Ă€gyptischen Sprache, V, 577,6 – 578,7 (FlĂŒgel).

𓂧𓈖𓎛𓆃 (lire dnáž„ / dĂ©nĂšáž„) — nom : aile. Duel : đ“‚§đ“ˆ–đ“Ž›đ“­đ“…± (dnáž„wy / dĂ©nĂšáž„ouy), « les deux ailes ».

đ“†“đ“ˆ–đ“Ž›đ“‚Ÿ (lire តnáž„) — nom : jambe, ou partie de la jambe ; partie supĂ©rieure de la patte arriĂšre d’un animal. Wörterbuch, V, 578,11 (Bein oder Teil desselben).

𓆓𓈖𓎛đ“„č (lire តnáž„) — nom : hampe, nervure de plume.

𓂧𓈖𓎛𓆃𓂡 (lire dnáž„) — verbe : saisir les ailes (d’un oiseau). Au figurĂ©, se dit des ennemis vaincus : les anciens Égyptiens leur attachaient les bras derriĂšre le dos, comme on croise et lie les ailes d’un volatile.

Une alternance graphique rĂ©guliĂšre. Les deux phonĂšmes 𓆓 (ត) et 𓂧 (d) Ă©taient interchangeables au Moyen Empire. C’est pourquoi la mĂȘme racine s’Ă©crit indiffĂ©remment តnáž„ ou dnáž„. Ce dĂ©tail importe pour la suite : l’arabe ŰŹ (jÄ«m) rĂ©pond au 𓆓 Ă©gyptien, tandis que le copte conserve les deux voies — Ï« d’un cĂŽtĂ©, âȧ de l’autre.

On notera enfin la mĂ©taphore du verbe : saisir les ailes se dit de l’ennemi vaincu, bras liĂ©s dans le dos. Le bras humain et l’aile de l’oiseau y sont si bien identifiĂ©s que le geste de l’un dĂ©crit le sort de l’autre.

âž»

V. Démotique et copte

5.1  DĂ©motique

Tnáž„ — aile.  Â·  តnáž„ — bras.

Les deux acceptions se maintiennent, et l’alternance des initiales aussi.

5.2  Copte — deux filiations distinctes

Le copte prĂ©sente ici un cas instructif, que la lexicographie Ă©tymologique permet de dĂ©mĂȘler : deux sĂ©ries de formes coexistent, qui ne remontent pas Ă  la mĂȘme source.

La descendance directe — les formes en âȧ-

âȧâȉâČ›Ï© (bohaĂŻrique), âȧâČ‰Ï©âȉâț (fayoumique), âȧâȏâČ›Ï© (sahidique et fayoumique), âČ§Ï©âț (akhmimique) — nom : aile (d’anges, d’oiseaux).

C’est cette sĂ©rie qui continue directement l’Ă©gyptien 𓆓𓈖𓎛𓆃 (តnáž„) : Vycichl pose l’Ă©quation explicite តnáž„ « aile » = âȧâČ›Ï© (sahidique).

Un emprunt tardif — les formes en ϫ-

Ï«âțâČÏ© (sahidique), Ï­âțâČÏ© (bohaĂŻrique) — nom : bras, avant-bras, aile ; au figurĂ© effort, force. Pluriel Ï«âțâȁâČ©Ï© / Ï­âțâȁâČ©Ï©.

Ï«âȓ âČ›Ï«âțâČÏ© — locution : « employer la force », littĂ©ralement prendre par le bras.

âșâȟâČ©âČŁ-Ï«âțâČÏ© (sahidique), âșâȁâČŁ-Ï­âțâČÏ© (bohaĂŻrique) — littĂ©ralement « attachĂ© Ă  l’Ă©paule » : le scapulaire.

Une rectification nĂ©cessaire. On serait tentĂ© de voir dans Ï«âțâČÏ© la continuation directe de l’Ă©gyptien. Vycichl Ă©tablit qu’il n’en est rien : cette forme serait un emprunt Ă  l’arabe moderne, plus prĂ©cisĂ©ment Ă  la prononciation cairote gināង, dont le copte a maintenu la palatalisation du groupe gi et la voyelle longue de la seconde syllabe. Le mouvement est donc inverse de celui qu’on attendrait : ce n’est pas l’Ă©gyptien qui donne ici au copte, c’est l’arabe qui lui rend un mot dont il avait lui-mĂȘme hĂ©ritĂ©. Nous le signalons par exactitude — cela ne retire rien Ă  la filiation pharaonique, que la sĂ©rie en âȧ- atteste sans dĂ©tour.

Werner Vycichl, Dictionnaire Ă©tymologique de la langue copte, Leuven, Peeters, 1983, entrĂ©e Ï«âțâČÏ©.

Valeurs phonĂ©tiques coptes mobilisĂ©es : âČŠ [t, d] · âȈ [e] · âȀ [a, ʕ, ʔ] · âȚ [n] · Ï© [h] · âȎ [eː, ɛː, i] · Ï« [dÍĄÊ’, g] · Ï­ [q, tÍĄÊƒ] · âȘ [m] · âȞ [o] · âČą [r].

âž»

VI. La descendance arabe — ŰŹ-ن-Ű­

La racine arabe se lit, de droite Ă  gauche, ŰŹ (jÄ«m) — ن (nĆ«n) — Ű­ (កāʟ). Elle dĂ©ploie, Ă  partir de l’aile, tout un Ă©ventail que l’Ă©gyptien portait dĂ©jĂ  en germe.

ŰŹÙŽÙ†ÙŽŰ­ÙŽ / ÙŠÙŽŰŹÙ’Ù†ÙŽŰ­Ù (janaáž„a / yajnaáž„u) — verbe, forme I : incliner, avoir une inclination pour, se pencher vers, se voĂ»ter ; commettre un dĂ©lit ; casser l’aile de.

ŰŹÙŽÙ†ÙŽÙ‘Ű­ÙŽ / ÙŠÙŰŹÙŽÙ†ÙÙ‘Ű­Ù (jannaáž„a / yujanniáž„u) — verbe, forme II : incliner Ă , se pencher vers ; incriminer, inculper.

ŰŹÙŽÙ†ÙŽŰ§Ű­ (janāង) — nom : aile (d’oiseau, de bĂątiment), Ă©paule, bras, main, cĂŽtĂ©, bord, refuge, protection. La lexicographie relĂšve quatre acceptions principales : le bras de l’homme, l’aisselle, l’aile des oiseaux et des insectes, et la nageoire du poisson. Pluriel ŰŁÙŽŰŹÙ’Ù†ÙŰ­ÙŽŰ© (ÊŸajniáž„a).

ŰŹÙÙ†Ù’Ű­ (jináž„) — nom : cĂŽtĂ©, flanc, ombre, abri, protection — ĂȘtre sous l’aile protectrice de quelqu’un, Ă  l’abri de, sous l’ombre de.

ŰŹÙ†Ù’Ű­ (jnáž„) — nom : partie latĂ©rale, cĂŽtĂ©, limite extĂ©rieure d’une chose.

ŰŹÙÙ†Ù’Ű­ (junáž„) — nom : obscuritĂ©, nuit, partie de la nuit.

ŰŹÙÙ†ÙŽŰ§Ű­ (junāង) — nom : transgression, tort, blĂąme, faute, dĂ©lit, mĂ©fait, crime.

6.1  La chaĂźne sĂ©mantique

L’Ă©ventail paraĂźt disparate ; il ne l’est pas. On peut en restituer l’enchaĂźnement, degrĂ© par degrĂ© :

1. L’aile ŰŹÙŽÙ†ÙŽŰ§Ű­ — l’organe qui se dĂ©ploie de part et d’autre du corps.

2. Le cĂŽtĂ©, le flanc, le bord ŰŹÙ†Ù’Ű­ — puisque l’aile est ce qui borde, ce qui est latĂ©ral.

3. L’abri, la protection ŰŹÙÙ†Ù’Ű­ — car l’oiseau couvre les siens de son aile ; « prendre sous son aile » est encore notre expression.

4. L’inclinaison ŰŹÙŽÙ†ÙŽŰ­ÙŽ — puisque l’aile bat, penche, se rabat d’un cĂŽtĂ©.

5. L’Ă©cart, la faute ŰŹÙÙ†ÙŽŰ§Ű­ — car pencher, c’est dĂ©vier ; et dĂ©vier de la droiture, c’est faillir.

Du geste au droit. Ce dernier degrĂ© mĂ©rite qu’on s’y arrĂȘte. Dans la conscience de la langue, le mot du tort ne procĂšde pas d’une notion morale abstraite : il procĂšde d’un geste corporel, celui de pencher. La faute y est d’abord une inclinaison — un Ă©cart par rapport Ă  l’axe. Toute la mĂ©taphore juridique de la « droiture » et de la « dĂ©viation » se trouve ainsi contenue dans le nom de l’aile. Nous verrons plus loin que l’histoire de ce cinquiĂšme degrĂ© est discutĂ©e, et qu’il pourrait s’agir d’une rĂ©analyse — ce qui ne retire rien Ă  sa cohĂ©rence pour qui parle la langue.

Un point demande ici d’ĂȘtre posĂ© avec exactitude. Le terme ŰŹÙÙ†ÙŽŰ§Ű­ (junāង) — la transgression, le tort, le grief — a fait l’objet d’une seconde explication : on l’a rapprochĂ© du moyen-perse, langue iranienne de l’empire sassanide, dont le persan moderne ÚŻÙ†Ű§Ù‡ (gonĂąh), « pĂ©chĂ© », serait le continuateur. Une part de la lexicographie tient ainsi junāង « faute » pour un emprunt iranien distinct, homonyme de janāង « aile » sans lui ĂȘtre apparentĂ©.

Deux dossiers Ă  ne pas confondre. Il importe de sĂ©parer ce qui relĂšve de deux questions diffĂ©rentes. L’origine de ŰŹÙŽÙ†ÙŽŰ§Ű­ (janāង, l’aile) est celle que nous traitons ici, et la lexicographie comparĂ©e la rattache Ă  l’Ă©gyptien : sur ce point, notre dĂ©monstration ne dĂ©pend en rien du sort de junāង. L’origine de ŰŹÙÙ†ÙŽŰ§Ű­ (junāង, la faute) est un dossier distinct, oĂč l’hypothĂšse iranienne dispose d’un argument rĂ©el — l’existence attestĂ©e du persan gonĂąh.

Deux lectures restent alors possibles, et nous ne prĂ©tendons pas trancher. Ou bien junāង est un emprunt iranien que l’arabe a secondairement rattachĂ©, par ressemblance, Ă  la racine de l’aile — la chaĂźne inclinaison → Ă©cart → faute serait alors une rĂ©analyse a posteriori, ce qui n’ĂŽte rien Ă  sa cohĂ©rence dans la langue. Ou bien le sens de la faute procĂšde bien de celui de l’inclinaison, le persan n’Ă©tant qu’une rencontre. La seconde lecture est sĂ©duisante ; la premiĂšre est mieux Ă©tayĂ©e. Nous les laissons l’une et l’autre au dossier.

âž»

VII. Le silence de l’hĂ©breu — l’argument dĂ©cisif

Voici le point sur lequel repose notre dĂ©monstration. Du cĂŽtĂ© de l’hĂ©breu, et dans tout l’Ancien Testament, cette racine est introuvable. La langue nomme l’aile par de tout autres mots : Ś›ÖžÖŒŚ ÖžŚŁ (kanaph), ou encore ŚÖ¶Ś‘ŚšÖžŚ” (ÊŸebrah). Il n’existe pas de cognat hĂ©braĂŻque de l’arabe ŰŹ-ن-Ű­ : c’est la racine elle-mĂȘme qui fait dĂ©faut, et non seulement tel ou tel de ses emplois.

Le seul autre tĂ©moin est le maltais, qui dit ÄĄewnaáž„ pour l’aile. Mais le maltais n’est « sĂ©mitique » que parce qu’il est d’origine arabe : son tĂ©moignage n’ajoute rien, il ne fait que redire l’arabe.

7.1  Ce que l’hĂ©breu dit Ă  la place — la racine Ś›-Ś -Ś€

Le mot que l’hĂ©breu emploie n’est pas un mot quelconque : Ś›ÖžÖŒŚ ÖžŚŁ (kanaph) remonte au proto-sĂ©mitique *kanap-, et il possĂšde des cognats dans toute la famille — akkadien kappum « aile, branche », guĂšze ክንፍ (kənf) « aile, nageoire », amharique ክንፍ (kənf) « aile », et arabe كَنَف (kanaf) « aile, cĂŽtĂ©, giron ».

Son champ de sens, du reste, recouvre exactement celui de ŰŹÙŽÙ†ÙŽŰ§Ű­ : aile, extrĂ©mitĂ©, bord, bordure, coin, pan de vĂȘtement, quartier de la terre, pinacle d’un bĂątiment.

Le dĂ©placement de la question. Ce constat oblige Ă  reformuler le problĂšme, et Ă  l’aiguiser. Toutes les langues sĂ©mitiques — l’arabe compris — ont hĂ©ritĂ© du proto-sĂ©mitique *kanap- pour dire l’aile. La question n’est donc pas « pourquoi l’hĂ©breu ignore-t-il ŰŹ-ن-Ű­ ? », mais : pourquoi l’arabe possĂšde-t-il, en plus, une seconde racine pour une notion qu’il nommait dĂ©jĂ  ? Une langue n’invente pas sans raison un doublet pour un mot aussi Ă©lĂ©mentaire que l’aile. L’apport d’un voisin prestigieux l’explique ; une innovation interne, beaucoup moins bien.

7.2  L’Ă©tat de la question dans la lexicographie comparĂ©e

Ce raisonnement n’est pas le nĂŽtre seulement. La lexicographie Ă©tymologique sĂ©mitique, prenant appui sur le Semitic Etymological Dictionary de A. Militarev et L. Kogan, formule le dossier en ces termes : l’origine de ŰŹÙŽÙ†ÙŽŰ§Ű­ est tenue pour incertaine ; il n’existe aucun cognat sĂ©mitique qui ne soit soupçonnĂ© d’ĂȘtre lui-mĂȘme empruntĂ© Ă  l’arabe ; et le mot est jugĂ© vraisemblablement apparentĂ© Ă  l’Ă©gyptien តnáž„ — soit par hĂ©ritage, soit par emprunt.

A. Militarev et L. Kogan, Semitic Etymological Dictionary, MĂŒnster, Ugarit-Verlag, 2000-2005, pp. 80-81. Voir Ă©galement H. Wehr, Arabisches Wörterbuch fĂŒr die Schriftsprache der Gegenwart, 5e Ă©d., Wiesbaden, Harrassowitz, p. 166.

Trois acquis. Cette formulation nous donne trois choses. D’abord, l’absence en sĂ©mitique n’est plus une affirmation Ă  prendre sur parole : elle est constatĂ©e par la lexicographie comparĂ©e, et la rĂ©serve sur les rares formes apparentĂ©es — « soupçonnĂ©es d’ĂȘtre empruntĂ©es Ă  l’arabe » — vaut prĂ©cisĂ©ment pour le maltais que nous avons Ă©cartĂ©. Ensuite, le rapprochement avec l’Ă©gyptien 𓆓𓈖𓎛 n’est pas une hypothĂšse marginale : c’est l’explication retenue. Enfin, l’alternative est posĂ©e dans les termes mĂȘmes que nous avons distinguĂ©s — hĂ©ritage ou emprunt, cognat ou transmission.

Il nous reste alors une seule chose Ă  faire, et c’est ce que la section suivante entreprend : montrer que, des deux branches de cette alternative, la seconde est la mieux fondĂ©e.

Pour le maltais : E. F. Sutcliffe, Grammar of the Maltese Language, Valetta, 1960, p. 48 (ÄĄewnaáž„, pluriel ÄĄwienaáž„), forme que l’on peut restituer en arabe classique comme *ǧawnaáž„, pluriel *ǧawāniáž„.

Une caution savante. Le rapprochement que nous soutenons n’est pas isolĂ©. Dans son Dictionnaire Ă©tymologique de la langue copte, Werner Vycichl — l’autoritĂ© en matiĂšre d’Ă©tymologie copte — traite l’Ă©gyptien 𓆓𓈖𓎛 (តnáž„, « aile » et « jambe ou partie de la jambe ») et enchaĂźne directement : « Comparez l’arabe ŰŹÙ†Ű§Ű­ ǧanāង ». Il juxtapose donc les deux formes dans une mĂȘme entrĂ©e Ă©tymologique, et relĂšve de surcroĂźt que l’arabe couvre exactement le mĂȘme Ă©ventail que l’Ă©gyptien — le bras de l’homme, l’aisselle, l’aile de l’oiseau, jusqu’Ă  la nageoire du poisson. Autrement dit : la polysĂ©mie des extrĂ©mitĂ©s, de part et d’autre.

7.3  HĂ©ritage ou emprunt ? — ce que l’absence permet de trancher

L’alternative posĂ©e par la lexicographie — hĂ©ritage ou emprunt — se laisse dĂ©partager, car les deux termes n’impliquent pas la mĂȘme rĂ©partition du mot.

Si le mot relevait d’un fonds ancien partagĂ©, on devrait en retrouver la trace, au moins par endroits, chez les autres langues sĂ©mitiques.

S’il a Ă©tĂ© empruntĂ© Ă  l’Ă©gyptien, on n’attend au contraire qu’une rĂ©partition Ă©troite : la langue qui donne, celle qui reçoit, et rien entre les deux.

Or c’est exactement ce que l’on observe. L’hĂ©breu dit l’aile Ś›ÖžÖŒŚ ÖžŚŁ (kanaph), l’aramĂ©en, l’akkadien et l’Ă©thiopien ont chacun leur mot, et aucune de ces langues ne connaĂźt ŰŹ-ن-Ű­. Le seul autre tĂ©moin, le maltais, la tient de l’arabe lui-mĂȘme. L’absence n’est donc pas un silence : elle constitue une donnĂ©e positive, qui dĂ©signe l’emprunt.

Une rĂ©serve de mĂ©thode. L’hypothĂšse d’un fonds ancien commun Ă  l’Ă©gyptien et aux langues sĂ©mitiques suppose une classification — dite chamito-sĂ©mitique, puis afro-asiatique — dont la reconstruction demeure bien moins assurĂ©e que celle du proto-sĂ©mitique, et dont le principe mĂȘme a Ă©tĂ© contestĂ©. Nous n’avons pas Ă  trancher ce dĂ©bat : notre argument ne repose pas sur cette classification, mais sur un fait de rĂ©partition que l’on peut constater indĂ©pendamment d’elle.

Reste Ă  nommer justement ce dont il s’agit. On hĂ©rite d’un ancĂȘtre, on emprunte Ă  un voisin. Que l’arabe tienne ŰŹÙŽÙ†ÙŽŰ§Ű­ de l’Ă©gyptien n’a rien qui doive gĂȘner : l’Égypte fut, deux millĂ©naires durant, la puissance scribale du voisinage immĂ©diat, et qu’une langue laisse des mots Ă  celles qui la bordent est l’ordinaire de l’histoire, non l’exception.

Une derniĂšre remarque. Le nom d’une partie du corps ne s’emprunte pas aisĂ©ment — nous l’avons rappelĂ© Ă  propos des langues MandĂ©. Mais តnáž„ n’est pas seulement un nom de membre : c’est le mot de l’aile, attribut qui, dans la culture pharaonique, appartient d’abord aux dieux, aux Ăąmes et aux rois en vol. Un vocable de cette portĂ©e circule avec les reprĂ©sentations qu’il porte.

âž»

VIII. Attestations pharaoniques

La racine se lit dans les Textes des Pyramides, les plus anciens textes religieux de l’humanitĂ©, dans les tombes d’Ounas đ“ƒč𓈖𓇋𓋮 (−2375 / −2345, Ve dynastie) et de TĂ©ti 𓏏𓏏𓇋 (−2345 / −2323, VIe dynastie). Le pluriel តnáž„.w y dĂ©signe les ailes, le singulier តnáž„ l’aile.

8.1  L’envol du roi — Pyramide d’Ounas

pry rf W r p.t áž«r=k RÊż
ងr n(y ) W m bjk.w
តnáž„.w W m Ȝpdw
Êżn.wt=f m wឫȜ.w ᾎw-f.t
n mdw~n W r tȜ áž«r rmáčŻ
n ឫb-n=t(w )=f r p.t
áž«r náčŻr.w
dr~n W mdw=f sk~n W jr jÊżnp.t
spȜ~n Wp-wȜ.wt W r p.t m-m sn.w=f náčŻr.w
jáčŻ~n W Êż.w m smn
ងw~n W តnង m តr.t
pȜ pȜ rmáčŻ pȜ(w ) W r=j m-Êż=áčŻn

« Qu’Ounas s’élĂšve donc au ciel auprĂšs de toi RĂȘ, (car) le visage d’Ounas est pareil Ă  (celui) des faucons, les ailes d’Ounas sont pareilles Ă  (celles) des oiseaux, ses serres sont pareilles aux crochets Ă  venin de l’animal du « Mont VipĂšre » ! (Comme) Ounas ne peut parler sur terre auprĂšs des hommes, il ne peut ĂȘtre accusĂ© au ciel auprĂšs des dieux (car) Ounas a Ă©cartĂ© le propos le concernant qu’Ounas a dĂ©truit pour monter au ciel ! (Si) Oupouaout a fait s’envoler Ounas vers le ciel parmi ses frĂšres les dieux, c’est qu’Ounas s’est servi de (ses) mains comme une oie-sĂ©men (et) qu’Ounas a battu de l’aile comme un Milan ! Vole, vole homme ! Qu’Ounas s’envole vers moi en votre compagnie ! »

Textes de la Pyramide d’Ounas, antichambre, localisation W/A/N, colonnes 3 Ă  6, Spruch {32}, §461 a Ă  463 d. Textes des Pyramides de l’Égypte Ancienne, Tome 1, Textes des Pyramides d’Ounas et de TĂ©ti. TranslittĂ©ration et traduction de M. Claude Carrier, Ă©dit. CYBELE 2009. Pages 166-167.

Les deux derniers vers mĂ©ritent qu’on s’y arrĂȘte, car ils sont bĂątis en strict parallĂšle :
  â€” jáčŻ~n W Êż.w m smn : « Ounas s’est servi de ses bras (Êż.w) comme une oie-sĂ©men » ;
  â€” áž„w~n W តnáž„ m តr.t : « Ounas a battu de l’aile (តnáž„) comme un Milan ».
Le texte apparie donc lui-mĂȘme, dans un mĂȘme mouvement, le membre humain et l’aile de l’oiseau : au bras du roi rĂ©pond l’aile du volatile, Ă  l’oie rĂ©pond le milan. L’Ă©quivalence que le lexique Ă©tablissait entre តnáž„ « aile » et តnáž„ « bras, jambe » se trouve ici mise en acte par la composition mĂȘme du passage.

Le milan n’est pas un oiseau quelconque. Le mot rendu ici par « Milan » est តrt — les dictionnaires hiĂ©roglyphiques donnent la forme pleine តryt « milan », et citent pour cette graphie brĂšve la rĂ©fĂ©rence Pyr. 463c, c’est-Ă -dire notre vers mĂȘme. Or le duel តrty, « les Deux Milans », dĂ©signe Isis et Nephthys ; et l’expression តrt wrt / តrt nតst, « le Grand Milan et le Petit Milan », nomme ces deux dĂ©esses telles que les reprĂ©sentaient, aux funĂ©railles, deux pleureuses.

La comparaison n’a donc rien d’ornemental. En battant de l’aile « comme un milan », le roi dĂ©funt prend le vol de l’oiseau qui incarne les deux dĂ©esses du deuil, celles-lĂ  mĂȘmes qui veillent le mort et le rassemblent. L’aile, ici, n’est pas seulement l’organe du vol : elle est le moyen du passage funĂ©raire.

8.2  L’aile de Thot comme passage — Pyramide d’Ounas

d(w )=f sw
tp តnáž„ n(y) ណងwty
swt តȜ(w )=f W jr gs pf

« Quant Ă  toi, (si) tu ne traverses pas Ounas, il sautera (et) il se placera sur l’aile de Thot (car) c’est lui qui traversera Ounas jusqu’à ce cĂŽtĂ©-lĂ  ! »

Textes de la Pyramide d’Ounas, antichambre, localisation W/A/S, colonnes 39-40, Spruch {270}, §387 b Ă  387 c. Textes des Pyramides de l’Égypte Ancienne, Tome 1, Textes des Pyramides d’Ounas et de TĂ©ti. TranslittĂ©ration et traduction de M. Claude Carrier, Ă©dit. CYBELE 2009. Pages 142-143.

8.3  La traversĂ©e des dieux — Pyramide de TĂ©ti

sáčŻp jr.t កr áž«r(w ) m pf gs n(y) Mr NឫȜ
áž«r(=w ) tp តnáž„ n(y) ណងwty m pf gs n(y) Mr NឫȜ
náčŻr.w jpw តȜȜw tp តnáž„ ណងwty
jr pf gs n(y) Mr NឫȜ jr gs jȜbt(y) n(y) p.t
jr md.t ឫft Stƥ ងr jr.t tw n(y).t កr
តȜ(w ) T
áž„nÊż=áčŻn tp តnáž„ ណងwty
jr pf gs n(y) Mr NឫȜ jr gs jȜbt(y) n(y) p.t

« …c’est que l’ƒil de Horus a sautĂ© en l’air sur ce cĂŽtĂ©-lĂ  du Canal sinueux (alors qu’) il est tombĂ© sur l’aile de Thot sur ce cĂŽtĂ©-lĂ  du Canal sinueux ! Ces dieux qui traversent sur l’aile de Thot vers ce cĂŽtĂ©-lĂ  du Canal sinueux, vers le cĂŽtĂ© oriental du ciel, pour parler contre Seth au sujet de cet ƒil de Horus, TĂ©ti veut traverser avec vous sur l’aile de Thot vers ce cĂŽtĂ©-lĂ  du Canal sinueux, vers le cĂŽtĂ© oriental du ciel ! »

Textes de la Pyramide de TĂ©ti, passage entre la chambre funĂ©raire et l’antichambre, localisation T/F-N, colonnes 2 Ă  5, Spruch {359}, §594 b Ă  596 b. Textes des Pyramides de l’Égypte Ancienne, Tome 1, Textes des Pyramides d’Ounas et de TĂ©ti. TranslittĂ©ration et traduction de M. Claude Carrier, Ă©dit. CYBELE 2009. Pages 274-275.

On remarquera la solidaritĂ© des deux mots dans ce passage : l’aile (តnáž„) et le cĂŽtĂ© (gs) y reviennent ensemble, comme si l’une servait Ă  gagner l’autre. C’est prĂ©cisĂ©ment le glissement que l’arabe accomplira dans son lexique, oĂč ŰŹÙ†Ù’Ű­ nomme Ă  la fois l’aile et le cĂŽtĂ©.

8.4  Les deux ailes du ressuscitĂ© — Pyramide de TĂ©ti

Êżáž„Êż
j-dr tȜ=k wឫȜ áž«mw.w=k áčŻs áčŻw
áž«ns(w )=k m Êżb Ȝឫ.w
dnáž„.wy=k m bjk sjĆĄj=k m sbȜ

« Debout ! Écarte la terre ! EnlĂšve ta poussiĂšre ! Dresse-toi (afin) que tu puisses voyager en compagnie des Bienheureux (car) tes deux ailes sont (celles d’) un faucon (et) ton Ă©clat est (celui d’) une Ă©toile ! »

Textes de la Pyramide de TĂ©ti, passage entre l’antichambre et le serdab, localisation T/A-S/S, colonnes 19 Ă  20, Spruch {419}, §747 b Ă  748 b. Textes des Pyramides de l’Égypte Ancienne, Tome 1, Textes des Pyramides d’Ounas et de TĂ©ti. TranslittĂ©ration et traduction de M. Claude Carrier, Ă©dit. CYBELE 2009. Pages 368-369.

C’est ici la forme duelle dnáž„.wy qui apparaĂźt — « tes deux ailes » —, avec l’initiale 𓂧 (d) et non 𓆓 (ត), illustrant l’alternance signalĂ©e plus haut.

âž»

IX. Attestations coraniques

La racine ŰŹ-ن-Ű­ figure trente-quatre fois dans le corpus coranique, oĂč elle prend en charge toutes les acceptions que nous avons dĂ©gagĂ©es : ailes, protection, inclination, aisselle ou bras, Ă©paule, main, cĂŽtĂ©, bord, grief, tort ou blĂąme. Nous les prĂ©sentons ici classĂ©es par valeur.

9.1  Les ailes

ÙˆÙŽÙ…ÙŽŰ§ مِن ŰŻÙŽŰąŰšÙŽÙ‘Ű©ÙÛą فِى Ù±Ù„Ù’ŰŁÙŽŰ±Ù’Ű¶Ù ÙˆÙŽÙ„ÙŽŰ§ Ű·ÙŽÙ°Ù“ŰŠÙŰ±ÙÛą ÙŠÙŽŰ·ÙÙŠŰ±Ù ŰšÙŰŹÙŽÙ†ÙŽŰ§Ű­ÙŽÙŠÙ’Ù‡Ù Ű„ÙÙ„ÙŽÙ‘Űą ŰŁÙÙ…ÙŽÙ…ÙŒ ŰŁÙŽÙ…Ù’Ű«ÙŽŰ§Ù„ÙÙƒÙÙ… ۚ Ù…ÙŽÙ‘Ű§ ÙÙŽŰ±ÙŽÙ‘Ű·Ù’Ù†ÙŽŰ§ فِى ٱلْكِŰȘÙŽÙ°ŰšÙ مِن ŰŽÙŽÙ‰Ù’ŰĄÙÛą ۚ Ű«ÙÙ…ÙŽÙ‘ Ű„ÙÙ„ÙŽÙ‰Ù° Ű±ÙŽŰšÙÙ‘Ù‡ÙÙ…Ù’ ÙŠÙŰ­Ù’ŰŽÙŽŰ±ÙÙˆÙ†ÙŽ
Wa mā min dābbatin fÄ« l-ÊŸarឍi wa lā áč­ÄÊŸirin yaáč­Ä«ru bi-janāងayhi ÊŸillā ÊŸumamun ÊŸamthālukum, mā farraáč­nā fÄ« l-kitābi min shayÊŸin, thumma ÊŸilā rabbihim yuáž„sharĆ«na

« Aucune bĂȘte sur terre, ni volant de ses deux ailes, qui ne constitue des communautĂ©s semblables aux vĂŽtres. Nous n’avons omis aucune chose dans l’Écriture. Puis ils seront rĂ©unis auprĂšs de leur Enseigneur. »

Sourate 6, Ű§Ù„ŰŁÙ†ŰčŰ§Ù… / Al-AnÊżÄm / Les Bestiaux, verset 38, p. 132, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©dition bilingue Arabe-Français, Ă©ditions Albouraq 2018.

ÙˆÙŽÙ±ŰźÙ’ÙÙŰ¶Ù’ Ù„ÙŽÙ‡ÙÙ…ÙŽŰ§ ŰŹÙŽÙ†ÙŽŰ§Ű­ÙŽ Ù±Ù„Ű°ÙÙ‘Ù„ÙÙ‘ مِنَ Ù±Ù„Ű±ÙŽÙ‘Ű­Ù’Ù…ÙŽŰ©Ù وَقُل Ű±ÙŽÙ‘ŰšÙÙ‘ Ù±Ű±Ù’Ű­ÙŽÙ…Ù’Ù‡ÙÙ…ÙŽŰ§ ÙƒÙŽÙ…ÙŽŰ§ Ű±ÙŽŰšÙŽÙ‘ÙŠÙŽŰ§Ù†ÙÙ‰ Ű”ÙŽŰșÙÙŠŰ±Ù‹Û­Ű§
Wa-khfiឍ lahumā janāងa dh-dhulli mina r-raáž„mati wa qul rabbi ráž„amhumā kamā rabbayānÄ« áčŁaghÄ«ran

« Et par amour rayonnant, incline vers eux l’aile de l’humilitĂ© et dis : « Mon Enseigneur, fais rayonner Ton Amour sur eux comme ils l’ont fait en m’élevant tout petit ! » »

Sourate 17, Ű§Ù„Ű„ŰłŰ±Ű§ŰĄ / Al-Isrāʟ / Le Voyage nocturne, verset 24, p. 284, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©dition bilingue Arabe-Français, Ă©ditions Albouraq 2018.

Ù±Ù„Ù’Ű­ÙŽÙ…Ù’ŰŻÙ لِلَّهِ ÙÙŽŰ§Ű·ÙŰ±Ù Ù±Ù„ŰłÙŽÙ‘Ù…ÙŽÙ°ÙˆÙŽÙ°ŰȘِ ÙˆÙŽÙ±Ù„Ù’ŰŁÙŽŰ±Ù’Ű¶Ù ŰŹÙŽŰ§Űčِلِ Ù±Ù„Ù’Ù…ÙŽÙ„ÙŽÙ°Ù“ŰŠÙÙƒÙŽŰ©Ù Ű±ÙŰłÙÙ„Ù‹Ű§ ŰŁÙÙˆÛŸÙ„ÙÙ‰Ù“ ŰŁÙŽŰŹÙ’Ù†ÙŰ­ÙŽŰ©ÙÛą Ù…ÙŽÙ‘Ű«Ù’Ù†ÙŽÙ‰Ù° ÙˆÙŽŰ«ÙÙ„ÙŽÙ°Ű«ÙŽ ÙˆÙŽŰ±ÙŰšÙŽÙ°Űčَ ۚ يَŰČÙÙŠŰŻÙ فِى Ù±Ù„Ù’ŰźÙŽÙ„Ù’Ù‚Ù Ù…ÙŽŰ§ ÙŠÙŽŰŽÙŽŰąŰĄÙ ۚ Ű„ÙÙ†ÙŽÙ‘ ٱللَّهَ Űčَلَىٰ كُلِّ ŰŽÙŽÙ‰Ù’ŰĄÙÛą Ù‚ÙŽŰŻÙÙŠŰ±ÙŒÛ­
Al-áž„amdu lillāhi fāáč­iri s-samāwāti wa-l-ÊŸarឍi jÄÊżili l-malāʟikati rusulan ÊŸĆ«lÄ« ÊŸajniáž„atin mathnā wa thulātha wa rubÄÊża, yazÄ«du fÄ« l-khalqi mā yashāʟu, ÊŸinna llāha Êżalā kulli shayÊŸin qadÄ«run

« À AllĂąh la Louange, le DiffĂ©renciateur originel des cieux et de la terre, Lui qui prend pour messagers des anges dotĂ©s de deux, de trois, de quatre ailes. Il ajoute ce qu’Il veut dans la CrĂ©ation. Vraiment, AllĂąh, Puissant sur toute chose ! »

Sourate 35, ÙŰ§Ű·Ű± / Al-Fāáč­ir / DiffĂ©renciateur originel, verset 1, p. 434, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©dition bilingue Arabe-Français, Ă©ditions Albouraq 2018.

9.2  La protection

Ù„ÙŽŰ§ ŰȘÙŽÙ…ÙŰŻÙŽÙ‘Ù†ÙŽÙ‘ Űčَيْنَيْكَ Ű„ÙÙ„ÙŽÙ‰Ù° Ù…ÙŽŰ§ مَŰȘَّŰčÙ’Ù†ÙŽŰ§ ŰšÙÙ‡ÙÛŠÙ“ ŰŁÙŽŰČÙ’ÙˆÙŽÙ°ŰŹÙ‹Û­Ű§ مِّنْهُمْ ÙˆÙŽÙ„ÙŽŰ§ ŰȘÙŽŰ­Ù’ŰČَنْ Űčَلَيْهِمْ ÙˆÙŽÙ±ŰźÙ’ÙÙŰ¶Ù’ ŰŹÙŽÙ†ÙŽŰ§Ű­ÙŽÙƒÙŽ Ù„ÙÙ„Ù’Ù…ÙŰ€Ù’Ù…ÙÙ†ÙÙŠÙ†ÙŽ
Lā tamuddanna Êżaynayka ÊŸilā mā mattaÊżnā bihi ÊŸazwājan minhum wa lā taáž„zan Êżalayhim wa-khfiឍ janāងaka li-l-muÊŸminÄ«na

« Ne porte pas ton regard avec envie vers ce que Nous avons accordĂ© Ă  certains couples d’entre eux, et ne t’afflige pas Ă  cause d’eux, et prends sous ta protection ceux qui mettent en Ɠuvre le DĂ©pĂŽt confiĂ© ! »

Sourate 15, Ű§Ù„Ű­ŰŹŰ± / Al-កijr, verset 88, p. 266, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©dition bilingue Arabe-Français, Ă©ditions Albouraq 2018.

ÙˆÙŽÙ±ŰźÙ’ÙÙŰ¶Ù’ ŰŹÙŽÙ†ÙŽŰ§Ű­ÙŽÙƒÙŽ لِمَنِ Ù±ŰȘÙŽÙ‘ŰšÙŽŰčَكَ مِنَ Ù±Ù„Ù’Ù…ÙŰ€Ù’Ù…ÙÙ†ÙÙŠÙ†ÙŽ
Wa-khfiឍ janāងaka limani ttabaÊżaka mina l-muÊŸminÄ«na

« Prends sous ta protection qui te suit parmi ceux qui mettent en Ɠuvre le DĂ©pĂŽt confiĂ©. »

Sourate 26, Ű§Ù„ŰŽŰč۱ۧۥ / AĆĄ-Ć uÊżarāʟ / Les PoĂštes, verset 215, p. 376, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©dition bilingue Arabe-Français, Ă©ditions Albouraq 2018.

L’expression est littĂ©ralement « abaisse ton aile » (ikhfiឍ janāងaka) : l’image de l’oiseau qui recouvre les siens y est intacte, et c’est le traducteur qui la rend par « prendre sous sa protection ».

9.3  L’inclination

ÙˆÙŽŰ„ÙÙ† ŰŹÙŽÙ†ÙŽŰ­ÙÙˆŰ§ÛŸ Ù„ÙÙ„ŰłÙŽÙ‘Ù„Ù’Ù…Ù ÙÙŽÙ±ŰŹÙ’Ù†ÙŽŰ­Ù’ Ù„ÙŽÙ‡ÙŽŰ§ وَŰȘَوَكَّلْ Űčَلَى ٱللَّهِ ۚ Ű„ÙÙ†ÙŽÙ‘Ù‡ÙÛ„ هُوَ Ù±Ù„ŰłÙŽÙ‘Ù…ÙÙŠŰčُ ٱلْŰčَلِيمُ
Wa ÊŸin janaងƫ li-s-salmi fa-jnaáž„ lahā wa tawakkal Êżalā llāhi, ÊŸinnahu huwa s-samÄ«Êżu l-ÊżalÄ«mu

« Et s’ils ont de l’inclination pour la paix, aie toi aussi de l’inclination pour elle ! Et repose-toi sur AllĂąh ! Vraiment, Lui, l’Entendant, le Savant ! »

Sourate 8, Ű§Ù„ŰŁÙ†ÙŰ§Ù„ / Al-Anfāl / Le Butin, verset 61, p. 184, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©dition bilingue Arabe-Français, Ă©ditions Albouraq 2018.

9.4  Le bras, l’aisselle

ÙˆÙŽÙ±Ű¶Ù’Ù…ÙÙ…Ù’ ÙŠÙŽŰŻÙŽÙƒÙŽ Ű„ÙÙ„ÙŽÙ‰Ù° ŰŹÙŽÙ†ÙŽŰ§Ű­ÙÙƒÙŽ ŰȘÙŽŰźÙ’Ű±ÙŰŹÙ’ ŰšÙŽÙŠÙ’Ű¶ÙŽŰąŰĄÙŽ مِنْ ŰșÙŽÙŠÙ’Ű±Ù ŰłÙÙˆÙ“ŰĄÙ ŰĄÙŽŰ§ÙŠÙŽŰ©Ù‹ ŰŁÙŰźÙ’Ű±ÙŽÙ‰Ù°
Wa-ឍmum yadaka ÊŸilā janāងika takhruj bayឍāʟa min ghayri sĆ«ÊŸin ʟāyatan ÊŸukhrā

« Et serre ta main sous ton bras, elle en sortira éclatante de blancheur sans dommage : autre Signe. »

Sourate 20, Ű·Ù‡ / áčŹÄ-hā, verset 22, p. 313, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©dition bilingue Arabe-Français, Ă©ditions Albouraq 2018.

Ce verset est d’une portĂ©e particuliĂšre pour notre propos : le mot de l’aile y dĂ©signe le bras d’un homme — exactement comme l’Ă©gyptien 𓆓𓈖𓎛 et le copte Ï«âțâČÏ©. L’arabe coranique conserve donc, intacte, la polysĂ©mie pharaonique.

9.5  Le grief, le tort

ÙÙŽŰ„ÙÙ† Ű·ÙŽÙ„ÙŽÙ‘Ù‚ÙŽÙ‡ÙŽŰ§ ÙÙŽÙ„ÙŽŰ§ ŰȘÙŽŰ­ÙÙ„ÙÙ‘ لَهُۄ Ù…ÙÙ†Ûą ŰšÙŽŰčÙ’ŰŻÙ Ű­ÙŽŰȘَّىٰ ŰȘÙŽÙ†ÙƒÙŰ­ÙŽ ŰČÙŽÙˆÙ’ŰŹÙ‹Ű§ ŰșÙŽÙŠÙ’Ű±ÙŽÙ‡ÙÛ„ ۗ ÙÙŽŰ„ÙÙ† Ű·ÙŽÙ„ÙŽÙ‘Ù‚ÙŽÙ‡ÙŽŰ§ ÙÙŽÙ„ÙŽŰ§ ŰŹÙÙ†ÙŽŰ§Ű­ÙŽ ŰčÙŽÙ„ÙŽÙŠÙ’Ù‡ÙÙ…ÙŽŰą ŰŁÙŽÙ† يَŰȘÙŽŰ±ÙŽŰ§ŰŹÙŽŰčÙŽŰą Ű„ÙÙ† ŰžÙŽÙ†ÙŽÙ‘Űą ŰŁÙŽÙ† ÙŠÙÙ‚ÙÙŠÙ…ÙŽŰ§ Ű­ÙŰŻÙÙˆŰŻÙŽ ٱللَّهِ ۗ وَŰȘِلْكَ Ű­ÙŰŻÙÙˆŰŻÙ ٱللَّهِ ÙŠÙŰšÙŽÙŠÙÙ‘Ù†ÙÙ‡ÙŽŰ§ Ù„ÙÙ‚ÙŽÙˆÙ’Ù…ÙÛą يَŰčْلَمُونَ
Fa-ÊŸin áč­allaqahā falā taáž„illu lahu min baÊżdu áž„attā tankiáž„a zawjan ghayrahu, fa-ÊŸin áč­allaqahā falā junāងa Êżalayhimā ÊŸan yatarājaÊżÄ ÊŸin áș“annā ÊŸan yuqÄ«mā áž„udĆ«da llāhi, wa tilka áž„udĆ«du llāhi yubayyinuhā li-qawmin yaÊżlamĆ«na

« Alors, s’il l’a (ainsi) libĂ©rĂ©e, elle ne lui sera plus licite tant qu’elle n’aura pas Ă©pousĂ© un autre conjoint, et que celui-ci ne l’aura pas libĂ©rĂ©e. Alors, s’ils reviennent ensemble, aucun grief contre eux s’ils sont convaincus de respecter les limites qu’AllĂąh a fixĂ©es. »

Sourate 2, Ű§Ù„ŰšÙ‚Ű±Ű© / Al-Baqara / La Vache, verset 230, p. 36, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©dition bilingue Arabe-Français, Ă©ditions Albouraq 2018.

ÙˆÙŽÙ±Ù„ÙŽÙ‘Ű°ÙÙŠÙ†ÙŽ يُŰȘَوَفَّوْنَ مِنكُمْ ÙˆÙŽÙŠÙŽŰ°ÙŽŰ±ÙÙˆÙ†ÙŽ ŰŁÙŽŰČÙ’ÙˆÙŽÙ°ŰŹÙ‹Û­Ű§ يَŰȘÙŽŰ±ÙŽŰšÙŽÙ‘Ű”Ù’Ù†ÙŽ ŰšÙŰŁÙŽÙ†ÙÙŰłÙÙ‡ÙÙ†ÙŽÙ‘ ŰŁÙŽŰ±Ù’ŰšÙŽŰčÙŽŰ©ÙŽ ŰŁÙŽŰŽÙ’Ù‡ÙŰ±ÙÛą وَŰčÙŽŰŽÙ’Ű±Ù‹Û­Ű§ ۖ ÙÙŽŰ„ÙŰ°ÙŽŰ§ ŰšÙŽÙ„ÙŽŰșْنَ ŰŁÙŽŰŹÙŽÙ„ÙŽÙ‡ÙÙ†ÙŽÙ‘ ÙÙŽÙ„ÙŽŰ§ ŰŹÙÙ†ÙŽŰ§Ű­ÙŽ Űčَلَيْكُمْ ÙÙÙŠÙ…ÙŽŰ§ فَŰčَلْنَ فِىٓ ŰŁÙŽÙ†ÙÙŰłÙÙ‡ÙÙ†ÙŽÙ‘ ŰšÙÙ±Ù„Ù’Ù…ÙŽŰčÙ’Ű±ÙÙˆÙÙ ۗ وَٱللَّهُ ŰšÙÙ…ÙŽŰ§ ŰȘَŰčْمَلُونَ ŰźÙŽŰšÙÙŠŰ±ÙŒÛ­
Wa lladhÄ«na yutawaffawna minkum wa yadharĆ«na ÊŸazwājan yatarabbaáčŁna bi-ÊŸanfusihinna ÊŸarbaÊżata ÊŸashhurin wa Êżashran, fa-ÊŸidhā balaghna ÊŸajalahunna falā junāងa Êżalaykum fÄ«mā faÊżalna fÄ« ÊŸanfusihinna bi-l-maÊżrĆ«fi, wa llāhu bimā taÊżmalĆ«na khabÄ«run

« Et que les conjointes de ceux qui, parmi vous, dĂ©cĂšdent, s’observent bien pendant quatre mois et dix jours. Ainsi, quand elles ont atteint ce terme, alors nul grief contre vous sur la façon dont elles disposent d’elles-mĂȘmes, d’une maniĂšre convenable. AllĂąh, TrĂšs-InformĂ© de ce que vous faites. »

Sourate 2, Ű§Ù„ŰšÙ‚Ű±Ű© / Al-Baqara / La Vache, verset 234, p. 38, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©dition bilingue Arabe-Français, Ă©ditions Albouraq 2018.

Ù„ÙŽÙ‘ÙŠÙ’ŰłÙŽ Űčَلَيْكُمْ ŰŹÙÙ†ÙŽŰ§Ű­ÙŒ ŰŁÙŽÙ† ŰȘÙŽŰŻÙ’ŰźÙÙ„ÙÙˆŰ§ÛŸ ŰšÙÙŠÙÙˆŰȘÙ‹Ű§ ŰșÙŽÙŠÙ’Ű±ÙŽ Ù…ÙŽŰłÙ’ÙƒÙÙˆÙ†ÙŽŰ©ÙÛą ÙÙÙŠÙ‡ÙŽŰ§ مَŰȘَٰŰčٌۭ لَّكُمْ ۚ وَٱللَّهُ يَŰčْلَمُ Ù…ÙŽŰ§ ŰȘÙŰšÙ’ŰŻÙÙˆÙ†ÙŽ ÙˆÙŽÙ…ÙŽŰ§ ŰȘَكْŰȘُمُونَ
Laysa Êżalaykum junāងun ÊŸan tadkhulĆ« buyĆ«tan ghayra maskĆ«natin fÄ«hā matÄÊżun lakum, wa llāhu yaÊżlamu mā tubdĆ«na wa mā taktumĆ«na

« Aucun grief contre vous à entrer dans des demeures inhabitées dans lesquelles se trouve un bien utile qui vous appartient. Allùh sait ce que vous exposez et ce que vous cachez. »

Sourate 24, Ű§Ù„Ù†ÙˆŰ± / An-NĆ«r / La LumiĂšre, verset 29, p. 353, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©dition bilingue Arabe-Français, Ă©ditions Albouraq 2018.

âž»

X. Échos dans les langues MandĂ©

L’Ă©gyptien đ“†“đ“ˆ–đ“Ž›đ“‚Ÿ nommait, du mĂȘme mot que l’aile, la jambe et la patte. Les langues MandĂ© — soninkĂ©, maninka, bambara — prĂ©sentent un ensemble de termes oĂč se retrouvent, associĂ©es, l’idĂ©e du membre infĂ©rieur et celle de l’inclinaison.

10.1  SoninkĂ©

gĂčnĂș (nan) — verbe transitif : courber, faire flĂ©chir.

gĂčnĂčndĂ© — nom : l’action de faire courber.

10.2  Bambara

jĂšngĂš — verbe : pencher, incliner, dĂ©vier, boiter, ne pas ĂȘtre droit, ne pas ĂȘtre correct ni conforme Ă  l’usage.

gɛ̀nɛn — nom : tibia.

gɛ̀nɛnkala (gɛ̀nɛn tibia + kĂ la tige, littĂ©ralement « tibia-tige ») — tibia, patte d’un oiseau.

Une convergence Ă  trois termes. Le rapprochement mĂ©rite attention pour une raison prĂ©cise : ces langues rĂ©unissent, comme l’Ă©gyptien et l’arabe, le membre et l’inclinaison. Le bambara gɛ̀nɛnkala nomme d’un seul mot le tibia de l’homme et la patte de l’oiseau — exactement le recouvrement que l’Ă©gyptien opĂ©rait entre l’aile et la jambe. Et jĂšngĂš, « pencher, dĂ©vier, ne pas ĂȘtre droit », recouvre le champ de l’arabe ŰŹÙŽÙ†ÙŽŰ­ÙŽ (janaáž„a), jusqu’au sens moral de ce qui n’est pas conforme.

Un point de mĂ©thode mĂ©rite d’ĂȘtre soulignĂ©. Ces termes ne sauraient ĂȘtre des emprunts aux langues sĂ©mitiques : ils sont proprement nĂ©gro-africains. Les noms de parties du corps comptent parmi le vocabulaire le plus stable et le plus rĂ©sistant Ă  l’emprunt de toutes les langues du monde — c’est un principe reconnu de la linguistique historique. Qu’un peuple emprunte le nom d’un objet de commerce ou d’une institution est banal ; qu’il emprunte le nom de son tibia l’est infiniment moins.

âž»

XI. Les ailes de la balance

De la racine Ă©gyptienne, l’arabe a tirĂ© les notions de cĂŽtĂ©, de flanc, de bord, d’extrĂ©mitĂ© — ŰŹÙ†Ù’Ű­ (jnáž„, partie latĂ©rale, limite extĂ©rieure) — et celle d’inclinaison. Or il est un objet qui rĂ©unit exactement ces deux idĂ©es : la balance Ă  plateaux.

Le mot mĂȘme le dit : balance vient du latin bis (deux fois) et lanx (plateau). Les deux extrĂ©mitĂ©s du flĂ©au — ses bras —, dont l’une reçoit le poids Ă©talon et l’autre l’objet Ă  peser, peuvent se maintenir en Ă©quilibre ou pencher, s’incliner, s’abaisser d’un cĂŽtĂ©. Comme les ailes d’un oiseau, comme les extrĂ©mitĂ©s du corps humain. On pourrait les nommer les ailes de la balance.

11.1  La PesĂ©e du cƓur

Ce n’est pas par hasard que la balance constitue le plus ancien symbole attestĂ© de la Justice, et qu’on le trouve chez les anciens Égyptiens avec la PesĂ©e du cƓur du dĂ©funt au Tribunal d’Osiris. Le contrepoids y est une plume d’autruche, la rectrice — la Plume de MaĂąt 𓆄, symbole de VĂ©ritĂ©, de Justice, d’Ordre et d’Équilibre.

Au faĂźte du flĂ©au trĂŽnait le plus souvent l’effigie de la dĂ©esse MaĂąt, reprĂ©sentĂ©e en belle jeune femme ailĂ©e, debout ou assise sur ses talons, de profil, la plume d’autruche maintenue droite en Ă©quilibre sur la tĂȘte par un bandeau ; l’aiguille de la balance Ă©tait elle-mĂȘme munie de cette plume. En Ă©gyptien ancien, rappelons-le, la hampe de la plume se disait prĂ©cisĂ©ment 𓆓𓈖𓎛đ“„č (តnáž„).

La convergence des images. Tout se tient dans cette scĂšne : la dĂ©esse est ailĂ©e ; l’instrument de la justice a deux bras qui s’inclinent ; le contrepoids est une plume dont la hampe porte le nom de l’aile. Un seul mot, តnáž„, court sous toutes ces figures. Que l’arabe ait tirĂ© de cette racine l’inclinaison, et que la langue y ait rattachĂ© l’idĂ©e d’Ă©cart par rapport Ă  l’Ă©quilibre, prend dans ce contexte tout son relief.

Si le cƓur (jb) du dĂ©funt se rĂ©vĂ©lait plus lĂ©ger lors de la PesĂ©e, il pouvait accĂ©der au Paradis des Bienheureux, que les anciens Égyptiens nommaient đ“‡đ“ˆ‡đ“‡‹đ“„żđ“ƒ­đ“…±đ“„đ“†°đ“ˆ‡ (lire sáž«t-jȝrw), le Champ des Souchets, ou Champ des Roseaux, ou Champ d’Ialou — mis Ă  la disposition des dĂ©funts bienheureux pour ĂȘtre cultivĂ©, et censĂ© pourvoir Ă  tous leurs besoins comme Ă  ceux des dieux :

j<w>=k áž„nÊż RÊż r Sáž„.t jȜr.w

« Tu es avec RĂȘ, destinĂ© au Champ des Roseaux. »

Textes des Sarcophages du Moyen Empire Ă©gyptien, volume 2, CT VI, Spell [765] (support : sarcophage T1L), page 395, section f. TranslittĂ©ration et traduction de M. Claude Carrier, page 1712, Éditions du Rocher, 2004.

Ce Champ des Bienheureux pourrait ĂȘtre l’Ă©quivalent des Champs ÉlysĂ©es des Grecs — influence Ă©gyptienne ancienne ? Au cas contraire, si le dĂ©funt ne pouvait y accĂ©der, son cƓur Ă©tait dĂ©vorĂ© par le monstre Âmmout — tĂȘte de crocodile, corps et pattes antĂ©rieures de lion, pattes postĂ©rieures d’hippopotame — assis auprĂšs de la Balance dans la Cour des Deux VĂ©ritĂ©s. Son nom signifie « celle qui dĂ©vore les morts » ayant failli Ă  l’Ă©preuve.

11.2  Une balance inversĂ©e

L’Islam et le Christianisme ont hĂ©ritĂ© de ce jugement eschatologique avec la PesĂ©e des Âmes. Mais il faut relever une inversion remarquable. Chez les anciens Égyptiens, c’est la lĂ©gĂšretĂ© du cƓur — exempt de vices — qui vaut salut, par rĂ©fĂ©rence Ă  la lĂ©gĂšretĂ© aĂ©rienne de la Plume de MaĂąt 𓆄 ; le vice, lui, pĂšse lourd. Dans la PesĂ©e des Âmes du Jour du Jugement, en revanche, la balance est renversĂ©e : c’est le poids Ă©levĂ© des bonnes actions qui permet d’accĂ©der au Paradis.

وَٱلْوَŰČْنُ ÙŠÙŽÙˆÙ’Ù…ÙŽŰŠÙŰ°Ù Ù±Ù„Ù’Ű­ÙŽÙ‚ÙÙ‘ ۚ فَمَن Ű«ÙŽÙ‚ÙÙ„ÙŽŰȘْ مَوَٰŰČِينُهُۄ ÙÙŽŰŁÙÙˆÛŸÙ„ÙŽÙ°Ù“ŰŠÙÙƒÙŽ هُمُ Ù±Ù„Ù’Ù…ÙÙÙ’Ù„ÙŰ­ÙÙˆÙ†ÙŽ
Wa-l-waznu yawmaÊŸidhini l-áž„aqqu, fa-man thaqulat mawāzÄ«nuhu fa-ÊŸulāʟika humu l-mufliងƫna

« La pesée, ce jour-là, sera équitable. Celui dont la balance est lourde : ce sont eux qui réussissent. »

Sourate 7, Ű§Ù„ŰŁŰčŰ±Ű§Ù / Al-AÊżrāf / Les CrĂȘtes, verset 8. essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©ditions Albouraq 2018.

وَمَنْ ŰźÙŽÙÙŽÙ‘ŰȘْ مَوَٰŰČِينُهُۄ ÙÙŽŰŁÙÙˆÛŸÙ„ÙŽÙ°Ù“ŰŠÙÙƒÙŽ Ù±Ù„ÙŽÙ‘Ű°ÙÙŠÙ†ÙŽ ŰźÙŽŰłÙŰ±ÙÙˆÙ“Ű§ÛŸ ŰŁÙŽÙ†ÙÙŰłÙŽÙ‡ÙÙ… ŰšÙÙ…ÙŽŰ§ ÙƒÙŽŰ§Ù†ÙÙˆŰ§ÛŸ ŰšÙÙ€ÙŽÙ”Ű§ÙŠÙŽÙ°ŰȘÙÙ†ÙŽŰ§ ÙŠÙŽŰžÙ’Ù„ÙÙ…ÙÙˆÙ†ÙŽ
Wa man khaffat mawāzÄ«nuhu fa-ÊŸulāʟika lladhÄ«na khasirĆ« ÊŸanfusahum bimā kānĆ« bi-ʟāyātinā yaáș“limĆ«na

« Celui dont la balance est lĂ©gĂšre : voilĂ  ceux qui se sont perdus eux-mĂȘmes, parce qu’ils Ă©taient injustes envers Nos signes. »

Sourate 7, Ű§Ù„ŰŁŰčŰ±Ű§Ù / Al-AÊżrāf / Les CrĂȘtes, verset 9. essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©ditions Albouraq 2018.

La mĂȘme image, donc, mais lue Ă  l’envers : ce qui sauvait par sa lĂ©gĂšretĂ© condamne dĂ©sormais, et ce qui condamnait par son poids sauve. L’instrument est conservĂ©, sa lecture est retournĂ©e.

âž»

Conclusion

Nous Ă©tions partis d’un mot qui nomme l’aile. Nous l’avons trouvĂ© nommant aussi le bras, la jambe, la hampe de la plume — c’est-Ă -dire tout ce qui se dĂ©ploie de part et d’autre du corps. Le jeu des dĂ©terminatifs Ă©gyptiens le montrait dĂ©jĂ  : 𓆃 l’aile, đ“‚Ÿ la jambe, đ“„č la chair, sur une seule et mĂȘme sĂ©quence ត-n-áž„.

De cette abstraction premiĂšre procĂšde tout le dĂ©veloppement arabe : le cĂŽtĂ© et le bord, puisque l’aile borde ; l’abri et la protection, puisque l’oiseau couvre les siens — « abaisse ton aile », dit le Coran ; l’inclinaison, puisque l’aile penche ; et jusqu’au tort, puisque pencher, c’est dĂ©vier — degrĂ© dont l’histoire reste discutĂ©e, mais que la langue a intĂ©grĂ© Ă  sa propre logique. Le vocabulaire du droit y naĂźt d’un geste du corps.

Reste l’argument qui emporte la dĂ©monstration : cette racine n’existe pas en hĂ©breu, qui dit l’aile autrement, ni dans aucune autre langue sĂ©mitique — le maltais mis Ă  part, qui la tient de l’arabe. Une racine absente du fonds sĂ©mitique commun, prĂ©sente en arabe avec une polysĂ©mie trĂšs particuliĂšre, et attestĂ©e deux millĂ©naires plus tĂŽt dans les Textes des Pyramides avec exactement la mĂȘme polysĂ©mie : la conclusion s’impose d’elle-mĂȘme. C’est bien aux đ“Œƒđ“‚§đ“…±đ“€ đ“Ščđ“€ — aux Mdw NáčŻr, les paroles sacrĂ©es de l’Égypte ancienne, en terre d’Afrique — qu’il faut remonter pour en rendre compte.

Et lorsque les langues MandĂ©, Ă  leur tour, nomment d’un mĂȘme mot le tibia de l’homme et la patte de l’oiseau, et disent par un autre ce qui penche et ce qui n’est pas droit, elles ne font pas Ă©cho Ă  un emprunt : elles tĂ©moignent, depuis leur propre fonds, d’une mĂȘme maniĂšre africaine de penser le corps, ses extrĂ©mitĂ©s et leur Ă©quilibre.

𓅝𓏏𓏭𓅆𓇋𓈎𓂋𓏝  ážŽáž„wty Ă­ážłr — Djehouty L’Excellent

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