𓈎𓈖𓄃  ážłn(y) / qeny

La graisse et la force · Le marteau et le roseau · De ឳn(y) à Qayin

Étude lexicographique et Ă©tymologique comparĂ©e
Égyptien pharaonique · DĂ©motique · Copte · Langues mandĂ© · HĂ©breu · Arabe · Ougaritique · GuĂšze

Sous les auspices de 𓅝𓏏𓏭𓅆𓇋𓈎𓂋𓏝 (ណងwty Ă­ážłr | Djehouty L’Excellent) ! ق ۱ ŰĄ

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I. Entrée principale

𓈎𓈖𓄃 (lire ážłn(y) / qeny) — verbe : ĂȘtre, devenir gros, gras. Et en tant que nom : gras, gros, et aussi le fumet de la graisse des animaux sacrifiĂ©s, qui s’Ă©lĂšve vers le ciel.

De cette racine trilitĂšre 𓈎 (ážł) — 𓈖 (n) — 𓇋 (y) procĂšde l’un des rĂ©seaux lexicaux les plus Ă©tendus de la langue pharaonique. Six champs de sens s’y dĂ©ploient — la graisse et l’embonpoint, la force et la bravoure, le martĂšlement et la forge, le roseau et le tressage, l’achĂšvement et la mesure, le tort et le prĂ©judice — que relie une mĂȘme intuition : celle de la consistance acquise. Ce qui est gras a pris du poids ; ce qui est fort a pris de la force ; ce qui est martelĂ© a pris forme ; ce qui est achevĂ© a pris sa mesure.

Cette mĂȘme racine porte, en hĂ©breu, le nom de Ś§Ö·Ś™ÖŽŚŸ (Qayin, CaĂŻn) — le forgeron, le civilisateur, le premier bĂątisseur de ville.

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II. Correspondances phonétiques inter-langues

Hiéroglyphe Hébreu Arabe
𓈎 (ážł, q) ڧ (qof, qoph) ق (qāf)
𓈖 (n) Ś  (Nun) ن (nĆ«n)
𓇋 (y) Ś™ (yƍd), ŚÖŽ, ڐ֔ ي (Yāʟ), ى, Ű„, و (wāw)

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III. PhonĂšmes de l’Ă©gyptien pharaonique

3.1  đ“ˆŽ — Dune de sable, flanc de colline (ážł / q)

Occlusive vĂ©laire sourde. Voir ážłÈ.t (qĂ©l.t — hauteur, Ă©minence, ce qui est en hauteur) et ážłÈÈ (qĂ©lel — colline, terre haute). Comme en bambara (Niger-Congo) « kĂčlu » : terre haute, montagne, colline, crĂȘte — et par extension mĂšche de cheveux au-dessus de la tĂȘte, huppe d’oiseau.

Copte : /k/ > âȕ (A, F, L, M, S, B), âČ­ (B) ; /áž”/ > Ï­ (A, F, L, M, S, B).

HĂ©breu : ڧ (Qoph). Arabe : ق (ឳāf). SĂ©mitiques : ážł, k, q, g, ÄŁ.

3.2  đ“ˆ– — Le filet d’eau (n)

Occlusive apico-dentale. Copte : /n/ (âȚ/âț, nē) ; /m/ (âȘ/âș, mē) ; /r/ (âČą/âČŁ, rƍ). HĂ©breu : Ś  (Nun). Arabe : ن (nĆ«n). SĂ©mitiques : n, l.

3.3  đ“‡‹ — Le roseau fleuri (y / j)

Constrictive mĂ©dio-palatale sonore, alternative de 𓀀 : yod, iota, i, y ou ȧ/a. Copte : âȀ/âȁ (alpha), âȈ/âȉ (ei), âȎ/âȏ (ēta). HĂ©breu : Ś™ (yƍd), ŚÖŽ, ڐ֔. Arabe : ى, Ű„ÙŠ, Ű„, ي (Yāʟ), و (wāw). SĂ©mitiques : ˀ, i, ʕ, r, l.

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IV. Les neuf déterminatifs

Aucune racine ne se laisse mieux lire par ses dĂ©terminatifs que celle-ci : chacun oriente le mĂȘme squelette consonantique vers un champ distinct. Le scribe ne se contentait pas d’Ă©crire un son — il indiquait au lecteur lequel des six sens il devait entendre.

Signe Description Valeur
𓄃 tĂȘte d’antilope bubale habile · rage · enrager
𓀜 homme frappant avec un bĂąton tenu Ă  deux mains force · violence · contraindre · effort · enseigner
𓂡 avant-bras, la main tenant une canne tout acte demandant un effort · examiner · fort
𓏮 deux bĂątons entrecroisĂ©s, « swa / soua » casser · couper · sĂ©parer · endommager · diviser · traverser
𓆱 branche (phonĂ©tique áž«t / khat) arbre · bois · objets en bois
đ“„ trois traits pluralitĂ© · collectivitĂ©
𓋭 nƓud nƓud · nouer
𓏛 rouleau de papyrus reliĂ© et scellĂ© Ă©criture · scribe · notions abstraites · fin, poli, moudre fin
𓐖 (ážłn / qen) canaux d’irrigation domaine · espace · endroit dĂ©limitĂ© · ĂȘtre complet, achevĂ©

Le signe 𓏮 mĂ©rite une note. Les langues mandĂ© d’Afrique de l’Ouest offrent un Ă©cho remarquable de sa valeur : en maninka sĂĄ (gratter, tailler) et sɔ̀ɔ (percer, trouer) ; en bambara sɔ̀gɔ (percer, trouer, transpercer, entrecroiser). Le nom mĂȘme du signe — « swa / soua » — se retrouve dans ce champ du percement et de l’entrecroisement.

Le signe 𓐖 est employĂ© comme phonogramme bilitĂšre dans 𓐖𓈖𓏜 (lire ážłn(y) / qeny) — achever, terminer, rĂ©gler, complĂ©ter, ĂȘtre complet.

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V. Vocables de l’Ă©gyptien pharaonique — six champs de sens

5.1  La graisse et l’embonpoint

𓈎𓈖𓄃 (ážłn(y) / qeny) — verbe : ĂȘtre, devenir gros, gras. Nom : gras, gros, et le fumet de la graisse des animaux sacrifiĂ©s s’Ă©levant vers le ciel.

𓈎𓈖𓏏𓄃 (ážłn(y)t / qenyt) — nom : graisse. Le terme dĂ©signe aussi le jaunissement de l’Ɠil, comme s’il prĂ©sentait de la graisse Ă  l’intĂ©rieur.

𓈗𓏏𓐎𓈎𓈖 (ážłn(y)t / qenyt) — nom : fumĂ©e grasse.

5.2  La force et la bravoure

𓈎𓈖𓀜 (ážłnj / qeny) — verbe : ĂȘtre fort, brave, courageux, vaillant, puissant ; ĂȘtre vigoureux, devenir fort, actif, vif ; ĂȘtre prodigue, excessif. Nom : la profusion, l’abondance. Dans l’expression ážłn r : ĂȘtre Ă©quivalent, monter jusqu’Ă  — pour une mesure, une quantitĂ© donnĂ©e.

𓈎𓈖 𓈖𓂡 (ážłnn(y) / qeneny) — nom : pouvoir, domination, suprĂ©matie.

𓈎𓈖𓏮 (ážłn(y) / qeny) — nom : audace, vaillance, tĂ©mĂ©ritĂ©.

đ“‚Ąđ“Œ« ou 𓂡 𓏮 (ážłn(y) / qeny) : devenir brave, courageux, vaillant, victorieux, fort, habile, compĂ©tent, actif, Ă©veillĂ© — et, pour un fils ou un hĂ©ritier, obĂ©issant, respectueux.

đ“ˆŽđ“ˆ–đ“‡‹đ“‡‹đ“đ“‚Ąđ“€€đ“„ (ážłnyt / qenyt) — nom : les braves.

𓈎𓈖𓏏𓂡 (ᾳn(y)t / qenet) — nom : valeur, bravoure, vaillance, vigueur, courage.

5.3  Le martĂšlement et la forge

𓈎𓈖𓈎𓈖 𓏮 𓂡 (ážłnážłn / qenqen) — verbe : frapper, battre (une personne ou un objet), rouer de coups, marteler, aplanir du mĂ©tal, Ă©craser. Le terme dĂ©signe aussi la grenaille d’un mĂ©tal.

đ“ˆŽđ“ˆ–đ“ˆŽđ“ˆ–đ“‡‹đ“‡‹đ“đ“†± (ážłnyážłny.t / qenyqeny.t) — nom : maillet, sorte de marteau en bois dur Ă  deux tĂȘtes dont se servent les ouvriers du bois, du mĂ©tal et de la pierre.

La forme redoublĂ©e est signifiante : 𓈎𓈖𓈎𓈖 rĂ©pĂšte la racine pour dire l’action rĂ©pĂ©tĂ©e — le coup qui revient, le martĂšlement. Le copte a gardĂ© ÏŹâČšÏŹâȚ avec le sens de faire de la musique, jouer d’un instrument — la percussion Ă©tant restĂ©e dans le mot. Comparez avec le bambara kɛ́nkɛn (triangle musical, instrument en mĂ©tal de forme triangulaire) et kɔ́nkɔn (frapper) : mĂȘme redoublement, mĂȘme percussion du mĂ©tal.

5.4  Le roseau, la gerbe et le tressage

𓈎𓈖𓇋 𓈗 𓆰 (ᾳny / qeny) — verbe : germer.

𓈎𓈖𓇋 (ᾳny / qeny) : faire des gerbes.

đ“ˆŽđ“ˆ–đ“‡‹đ“…±đ“‹­đ“„ (ážłnjw / qenyou) — nom : gerbes.

𓈎𓈖𓎅 ou 𓈎𓈖𓍳 (ážłn(y) / qeny) — nom : natte, petit tapis de roseau qen. Cette natte doit son nom au fait qu’elle est faite de fibres de roseaux tressĂ©es.

𓈎𓈖𓇋đ“Čđ“‚˜đ“†± (ážłnyw / qenyou) — nom : chaise Ă  porteur, litiĂšre, palanquin — sans doute fabriquĂ©s eux aussi Ă  partir de cette matiĂšre vĂ©gĂ©tale.

𓈎𓈖𓈖𓇋 𓌟 𓆰 (ᾳnn(y) / qeneny) — nom : le roseau odorant, Acorus calamus.

𓈎𓈖𓇋 𓎅 (ážłn(y) / qeny) — nom : piĂšce de costume, chĂąle, Ă©charpe cĂ©rĂ©monielle, ornement sacerdotal portĂ© par les prĂȘtres lors des cĂ©rĂ©monies funĂ©raires ou du rite de l’ouverture de la bouche. Le qeny rappelle l’Ă©phod, vĂȘtement sacerdotal des IsraĂ©lites lors des pratiques oraculaires — et doit sans doute son nom Ă  sa fabrication en fibres de roseaux tressĂ©es.

5.5  L’achĂšvement et la mesure

𓐖𓈖𓏜 (ážłn(y) / qeny) — verbe : achever, terminer, rĂ©gler, complĂ©ter, doter, ĂȘtre complet, achevĂ©, dĂ©terminer une limite.

𓐖𓈖𓏜 𓅓 (ážłn(y) m / qeny m) : ĂȘtre pourvu, muni, nanti de, ĂȘtre dotĂ© de.

5.6  Le tort et le prĂ©judice

𓈎𓈖đ“…Ș (ážłnj / qeny) — nom : crime, tort, prĂ©judice, faute commise. Le dĂ©terminatif đ“…Ș — l’alouette huppĂ©e — symbolise ce qui est funeste, mauvais, sinistre.

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VI. Attestations dans les corpus pharaoniques

6.1  La graisse — le Papyrus mĂ©dical Ebers

Wnm(w)~ឫr=k nkt qn ងr-s3-jry, m jwf តd3, mrង.t r(3)-pw

« Tu devras manger par la suite quelque chose de gras, comme de la viande grasse ou de la graisse »

Papyrus médical Ebers, planche 55, 1, p. 115. Trad. Bernard Lalanne & Gérard Métra, éd. Safran, 2017.

K.t n(y).t dr qn.t m jr.ty : msdm.t : 1 ; w3ᾏw : 1 ; mnơ.t : 1 ;

« Autre remÚde pour chasser de la graisse qui est dans les yeux : galÚne : 1 ; malachite : 1 ; ocre rouge : 1 »

Papyrus médical Ebers, planche 57, 14, p. 119. Trad. Lalanne & Métra, éd. Safran, 2017.

K.t n(y) dr qnj.t : w3តw : 2 ; áčŻrw : 1 ; msdm.t : 2,5 ; áž„smn : 1 ;

« Autre remÚde pour chasser un amas de graisse : malachite : 2 ; ocre rouge : 1 ; galÚne : 2,5 ; natron : 1 »

Papyrus médical Ebers, planche 62, 22, p. 129. Trad. Lalanne & Métra, éd. Safran, 2017.

K.t : dqw n(y) ÊżmÊżÊż n(y) bd.t : 1 ; qn n(y) dáž„r : 1 ; bsn

« Autre remÚde : farine de la partie ùmùù du blé amidonnier : 1 ; graisse de peau animale : 1 ; argile »

Papyrus médical Ebers, planche 73, 21, p. 151. Trad. Lalanne & Métra, éd. Safran, 2017.

ážÊż.t qn.t : 1 ; sky n(y) psតn : 1 ; áž„m3.t Máž„.t : 1 ; áž„smn dĆĄr : 1 ;

« djĂąt grasse : 1 ; farine de l’aire de battage du grain : 1 ; sel du Delta : 1 ; natron rouge : 1 »

Papyrus médical Ebers, planche 77, 10, p. 159. Trad. Lalanne & Métra, éd. Safran, 2017.

6.2  La force — Le Conte du NaufragĂ©

đ“‹Žđ“đ“…“đ“†žđ“„żđ“‡‹đ“‡‹đ“đ“Žđ“„đ“ŒĄđ“Č𓂝 đ“đ“€ 𓇋𓂋 đ“ˆŽđ“ˆ–đ“€œđ“ˆ–đ“ŽĄđ“Œ—đ“€œđ“„Łđ“€đ“ŽĄ

st m áș–3yt wÊżt Ă­r ážłn n.k d3r Ă­b.k

« …comme un seul monceau de cadavres. Si tu as la force, maĂźtrise ton cƓur ! »

Le Conte du NaufragĂ©, 132. Texte hiĂ©roglyphique, translittĂ©ration et traduction commentĂ©e par Patrice Le Guilloux, pp. 38-39, 2e Ă©d., Cahiers de l’Association d’Égyptologie Isis n° 1, Angers 2005.

6.3  La bravoure — Les Aventures de SinouhĂ©

đ“Œ»đ“‚‹đ“€đ“ˆ–đ“†‘đ“…±đ“€€ đ“‚‹đ“đ“›đ“ˆ–đ“†‘đ“ˆŽđ“ˆ–đ“€œđ“ˆ–đ“€€đ“‚‹đ“‚žđ“đ“†‘đ“…±đ“€€

mr.n.f wĂ­ ráž«.n.f ážłnn.Ă­ rdt.f wĂ­

« …et il m’aimait car il connaissait ma bravoure. Il m’avait placĂ©… »

Les Aventures de SinouhĂ©, B107, pp. 44, 46. Texte hiĂ©roglyphique, translittĂ©ration et traduction commentĂ©e par Patrice Le Guilloux, 2e Ă©d., Cahier de l’Association d’Égyptologie Isis n° 4, Angers 2005.

6.4  Combattre — Textes des Sarcophages

qn~n=j qnw.w áčŻw

« …et j’ai combattu ceux qui t’ont combattu. »

Textes des Sarcophages du Moyen Empire Ă©gyptien, vol. 1, CT IV, Spell [303] (sarcophage B3L), p. 56, section g. Trad. Claude Carrier, pp. 696-697, Éditions du Rocher, 2004.

6.5  Frapper — La ProphĂ©tie d’Ipou-Our

𓅓𓂝𓏏 đ“ˆ–đ“„ 𓇓𓏏𓈖𓇋𓇋đ“Čđ“€€đ“„ đ“·đ“€ 𓈎𓈖𓈎𓈖 𓏮 đ“‚Ąđ“…“đ“ƒ’đ“„

mtn nswtyw ងr ឳnឳn m íw3w

« Voyez, les serviteurs frappent des bƓufs. »

La ProphĂ©tie d’Ipou-Our, 8, 10, in Les ProphĂ©ties de l’Égypte ancienne, textes traduits et commentĂ©s par AndrĂ© Fermat & Michel Lapidus, p. 149, Ă©d. MdV.

6.6  Le vĂȘtement qĂ©ni — Textes des Sarcophages

n jáčŻy=j r nm.t náčŻr / Êżfn=k(w) m qnj
n s Êżq=t(w)=j r nm.t náčŻr / Êżfn=k(w) m qnj

« Il n’est pas question que je sois saisi dans la salle d’exĂ©cution du dieu, Ă©tant recouvert du qĂ©ni ; il n’est pas question que je sois introduit dans la salle d’exĂ©cution du dieu, Ă©tant recouvert du qĂ©ni. »

Textes des Sarcophages du Moyen Empire Ă©gyptien, vol. 1, CT II, Spell [114] (sarcophage S1C), p. 132, sections a-d. Trad. Claude Carrier, pp. 288-289, Éditions du Rocher, 2004.

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VII. Évolution copte

PhonĂšmes : âȔ/âȕ (kappa, k) · âČŹ/âČ­ (kʰi) · ÏŹ/Ï­ (qima, q) · âȚ/âț (nē) · âȀ/âȁ (alpha) · âȈ/âȉ (ei) · âȰ/âȱ (ƍ) · âČš/âČ© (he, u).

âȕâțâțâȉ (sahidique) — verbe : devenir gras, engraisser, ĂȘtre gras, onctueux, ĂȘtre florissant. Vient de 𓈎𓈖𓄃 (ážłn(y) / qeny).

âȕâțâȁâȁâČ© (sahidique), âČ­âțâȁâČ© (bohaĂŻrique), âȕâțâȉâČ© — nom : gerbe de blĂ©. Vient de 𓈎𓈖𓇋 (ážłny / qeny), faire des gerbes.

Ï­âȱâČ›Ï­, Ï­âȱâČ›Ï­âț, Ï­âČ›Ï­âț (sahidique) — verbe : arracher, cueillir (des raisins), tordre le cou. Vient de 𓈎𓈖𓈎𓈖 𓏮 𓂡 (ážłnážłn), frapper, battre, marteler, aplanir du mĂ©tal.

En dĂ©motique, ážłnážłn / qenqen recouvrait les significations de battre, de combattre, de combat — le geste du forgeron et celui du guerrier restant, jusqu’au bout, le mĂȘme mot.

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VIII. Les langues mandĂ© d’Afrique de l’Ouest

Soninké

xanto — adjectif : gros ; qui a l’esprit Ă©pais (sens nĂ©gatif).

xantu — verbe : grossir, acquĂ©rir de l’embonpoint.

kende — verbe : ĂȘtre solide, vigoureux, Ă©nergique.  Â·  kendendi — rendre Ă©nergique, vigoureux, donner de la force.

kendente — adjectif : solide, fort, Ă©nergique.  Â·  kendeye — nom : force, vigueur.

Bambara

kɛ́n — verbe : avoir de la graisse (le plus souvent celle de l’animal, du bĂ©tail domestique) ; engraisser le bĂ©tail. Nom : graisse, profit.

kɛ́nɛ — adjectif : sain, en bonne santĂ©, actif, aguerri, solide.  Â·  kɛ́nɛya — nom : pleine forme, santĂ©, vigueur.

kĂĄna ou kĂĄnan — verbe : Ă©monder, fendre, diviser, tailler. Synonyme de ci (frapper, fendre du bois, tailler, dĂ©truire).

kɛ́nkɛn — nom : triangle musical, instrument en mĂ©tal de forme triangulaire.  Â·  kɔ́nkɔn — verbe : frapper.

kɔ́niya — verbe : envier, jalouser, dĂ©tester, haĂŻr par jalousie.

kɛ́ÉČɛ (ou kɛ́nyɛ, kĂĄnya) — verbe : Ă©galiser, ajuster, faire Ă©quivaloir, faire coĂŻncider, Ă©quilibrer.

kɛ̀ÉČɛ — nom : cire (substance grasse de couleur jaune).  Â·  kɛ̀ÉČɛkalama (de kɛ̀ÉČɛ + kĂ lama, bĂątonnet) — nom composĂ© : la bougie.

Maninka du Niokolo (Sénégal oriental)

keƋ — verbe : ĂȘtre, devenir gras. Nom : graisse.

kende — verbe : ĂȘtre en bon Ă©tat, en bonne santĂ©, en bonne forme, Ă©nergique.  Â·  kendeyaa — ĂȘtre sain, en bonne santĂ©.

Ce qui frappe ici n’est pas une ressemblance isolĂ©e mais la reconduction du mĂȘme faisceau : la graisse (kɛ́n, keƋ, xantu), la vigueur (kɛ́nɛya, kendeye), la frappe (kɔ́nkɔn, kĂĄna), la percussion du mĂ©tal (kɛ́nkɛn), la jalousie (kɔ́niya) et jusqu’Ă  l’Ă©galisation (kɛ́ÉČɛ) s’y distribuent comme en Ă©gyptien. On notera que kɛ́n signifie Ă  la fois « graisse » et « profit » — exactement la chaĂźne que l’hĂ©breu parcourt de qanah (acquĂ©rir) Ă  miqneh (le bĂ©tail comme richesse).

Note de mĂ©thode. On distinguera ici deux ordres de faits. Les correspondances entre l’Ă©gyptien, l’hĂ©breu et l’arabe reposent sur un cognat afroasiatique Ă©tabli. Les rapprochements mandĂ© relĂšvent d’un autre rĂ©gime de preuve : ils sont relevĂ©s ici comme convergences de forme et de sens, et versĂ©s au dossier d’une enquĂȘte qui reste Ă  conduire. C’est prĂ©cisĂ©ment parce que le faisceau est dense — la graisse, la vigueur, la frappe, la percussion du mĂ©tal, la jalousie, l’Ă©galisation — qu’il appelle un examen systĂ©matique plutĂŽt qu’une conclusion hĂątive.

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IX. Correspondances hĂ©braĂŻques — la racine ڧ-Ś -Ś”

La racine hĂ©braĂŻque ڧ (qoph) — Ś  (nun) — Ś” (he) dĂ©ploie un champ qui recoupe presque terme Ă  terme celui de l’Ă©gyptien :

Forme Lecture Sens
Ś§ÖžŚ ÖžŚ” qanah acquĂ©rir, possĂ©der, obtenir, acheter, crĂ©er, former
ŚžÖŽŚ§Ö°Ś Ö¶Ś” miqneh bĂ©tail, troupeau, animal domestique (vaches, moutons, chĂšvres, brebis)
Ś§ÖžŚ Ö¶Ś” qaneh tige, roseau, plante d’eau, jonc, canne Ă  mesurer, branches de chandelier
Ś§ÖŽŚ Ö°ŚÖžŚ” qinÊŸah jalousie, envie, zĂšle, ardeur, emportement, fureur
Ś§Ö·Ś™ÖŽŚŸ Qayin nom du fils aĂźnĂ© d’Adam et Ève
Ś§Ö”Ś™Ś ÖŽŚ™ Qeyniy adjectif patronymique : la tribu qĂ©nite du beau-pĂšre de MoĂŻse

Une remarque morphologique dĂ©cisive. La racine hĂ©braĂŻque prĂ©sente en troisiĂšme radical la consonne Ś” (hĂš), lĂ  oĂč son cognat arabe prĂ©sente une ي (yāʟ), Ă©quivalente Ă  la Ś™ (yod) hĂ©braĂŻque. Or les verbes hĂ©breux Ă  troisiĂšme radical hĂš avaient primitivement pour troisiĂšme radical soit un waw Ś•, soit un yod Ś™. Le cognat arabe et l’Ă©gyptien 𓈎𓈖𓇋 nous permettent de le savoir : c’est l’hĂ©breu qui a affaibli la finale, et l’Ă©gyptien qui a conservĂ© l’Ă©tat ancien.

9.1  AcquĂ©rir, crĂ©er, former

Ś•Ö·ÖœŚ™Ö°Ś‘ÖžŚšÖ°Ś›Ö”Ś”Ś•ÖŒ ڕַڙÖčÖŒŚŚžÖ·Śš Ś‘ÖžÖŒŚšŚ•ÖŒŚšÖ° ŚÖ·Ś‘Ö°ŚšÖžŚ ڜְڐ֔ڜ ŚąÖ¶ŚœÖ°Ś™ÖčŚ•ŚŸ ڧÖčŚ Ö”Ś” Ś©ÖžŚŚžÖ·Ś™ÖŽŚ Ś•ÖžŚÖžÖœŚšÖ¶Ś„Śƒ
way-ᾇā-rə-áž”ĂȘ-hĆ« way-yƍ-mar; bā-rƫប ÊŸaᾇ-rām lə-ÊŸĂȘl Êżel-yƍ-wn, qƍ-nĂȘh ƥā-ma-yim wā-ʟā-reáčŁ

« Il bénit Abram, et dit : Béni soit Abram par le Dieu TrÚs-Haut, maßtre du ciel et de la terre ! »

GenĂšse 14 : 19, Bible (trad. Louis Segond).

Ś”ÖČŚœÖčŚ•ŚÖŸŚ”Ś•ÖŒŚ ŚÖžŚ‘ÖŽŚ™ŚšÖž Ś§ÖžÖŒŚ Ö¶ŚšÖž Ś”Ś•ÖŒŚ ŚąÖžÖœŚ©Ö°Ś‚ŚšÖž Ś•Ö·ÖœŚ™Ö°Ś›ÖčŚ Ö°Ś Ö¶ÖœŚšÖžŚƒ
hă-lƍ-w-hĆ« ʟā-ᾇü-បā qā-ne-បā, hĆ« ÊżÄ-ƛə-បā way-áž”Ć-nə-ne-បā

« N’est-il pas ton pĂšre, ton crĂ©ateur ? N’est-ce pas lui qui t’a formĂ©, et qui t’a affermi ? »

Deutéronome 32 : 6, Bible (trad. Louis Segond).

Ś•Ö·Ś™ÖŽÖŒŚ§Ö¶ŚŸ Ś™ÖčŚ•ŚĄÖ”ŚŁ ڐֶŚȘÖŸŚ›ÖžÖŒŚœÖŸŚÖ·Ś“Ö°ŚžÖ·ŚȘ ŚžÖŽŚŠÖ°ŚšÖ·Ś™ÖŽŚ ŚœÖ°Ś€Ö·ŚšÖ°ŚąÖ覔
way-yi-qen yƍ-w-sĂȘp̄ ÊŸeáčŻ-kāl-ÊŸaត-maáčŻ miáčŁ-ra-yim lə-p̄ar-ÊżĆh

« Joseph acheta toutes les terres de l’Égypte pour Pharaon »

GenĂšse 47 : 20, Bible (trad. Louis Segond).

9.2  Le troupeau — la graisse devenue richesse

Le passage de la graisse Ă  la possession n’est pas un glissement fortuit. Ce que l’on acquiert (qanah), c’est d’abord le bĂ©tail (miqneh) — et le bĂ©tail se mesure Ă  sa graisse. Le latin dira de mĂȘme pecunia, l’argent, depuis pecus, le troupeau ; et l’anglais capital depuis caput, la tĂȘte de bĂ©tail que l’on compte. Trois familles linguistiques, une seule Ă©quation : la richesse est du bĂ©tail engraissĂ©.

Ś•Ö°ŚÖ·Ś‘Ö°ŚšÖžŚ Ś›ÖžÖŒŚ‘Ö”Ś“ ŚžÖ°ŚÖ覓 Ś‘Ö·ÖŒŚžÖŽÖŒŚ§Ö°Ś Ö¶Ś” Ś‘Ö·ÖŒŚ›Ö¶ÖŒŚĄÖ¶ŚŁ Ś•ÖŒŚ‘Ö·Ś–ÖžÖŒŚ”ÖžÖœŚ‘Śƒ
wə-ÊŸaᾇ-rām kā-ᾇĂȘត mə-ÊŸĆáž; bam-miq-neh bak-ke-sep̄ Ć«-ᾇaz-zā-hāᾇ

« Abram était trÚs riche en troupeaux, en argent et en or. »

GenĂšse 13 : 2, Bible (trad. Louis Segond).

Ś›ÖŽÖŒÖœŚ™ÖŸŚ”ÖžŚ™ÖžŚ” ŚšÖ°Ś›Ś•ÖŒŚ©ÖžŚŚ ŚšÖžŚ‘ ŚžÖŽŚ©Ö¶ÖŒŚŚ‘Ö¶ŚȘ Ś™Ö·Ś—Ö°Ś“ÖžÖŒŚ• Ś•Ö°ŚœÖ茐 Ś™ÖžÖœŚ›Ö°ŚœÖžŚ” ŚÖ¶ŚšÖ¶Ś„ ŚžÖ°Ś’ÖœŚ•ÖŒŚšÖ”Ś™Ś”Ö¶Ś ŚœÖžŚ©Ö”Ś‚ŚŚȘ ڐÖčŚȘÖžŚ ŚžÖŽŚ€Ö°ÖŒŚ Ö”Ś™ ŚžÖŽŚ§Ö°Ś Ö”Ś™Ś”Ö¶ÖœŚŚƒ
kĂź-hā-yāh rə-បƫ-ƥām rāᾇ miĆĄ-ĆĄe-ᾇeáčŻ yaáž„-dāw; wə-lƍ yā-បə-lāh ÊŸe-reáčŁ mə-ឥƫ-rĂȘ-hem lā-ƛĂȘáčŻ ÊŸĆ-áčŻÄm, mip-pə-nĂȘ miq-nĂȘ-hem

« Car leurs richesses Ă©taient trop considĂ©rables pour qu’ils demeurassent ensemble, et la contrĂ©e oĂč ils sĂ©journaient ne pouvait plus leur suffire Ă  cause de leurs troupeaux. »

GenĂšse 36 : 7, Bible (trad. Louis Segond).

Ś•Ö°Ś”ÖŽŚ€Ö°ŚœÖžŚ” Ś™Ö°Ś”Ś•ÖžŚ” Ś‘Ö”ÖŒŚ™ŚŸ ŚžÖŽŚ§Ö°Ś Ö”Ś” Ś™ÖŽŚ©Ö°Ś‚ŚšÖžŚÖ”Śœ Ś•ÖŒŚ‘Ö”Ś™ŚŸ ŚžÖŽŚ§Ö°Ś Ö”Ś” ŚžÖŽŚŠÖ°ŚšÖžŚ™ÖŽŚ
wə-hip̄-lāh Yah-weh, bĂȘn miq-nĂȘh yiƛ-rā-ÊŸĂȘl, Ć«-ᾇĂȘn miq-nĂȘh miáčŁ-rā-yim

« L’Éternel distinguera entre les troupeaux d’IsraĂ«l et les troupeaux des Égyptiens »

Exode 9 : 4, Bible (trad. Louis Segond).

9.3  La jalousie

ڐÖČŚ©Ö¶ŚŚšÖŸŚ©ÖžŚŚ ŚžÖčŚ•Ś©Ö·ŚŚ‘ ŚĄÖ”ŚžÖ¶Śœ Ś”Ö·Ś§ÖŽÖŒŚ Ö°ŚÖžŚ” Ś”Ö·ŚžÖ·ÖŒŚ§Ö°Ś Ö¶ÖœŚ”Śƒ
ʟă-ĆĄer-ƥām mƍ-w-ĆĄaᾇ, sĂȘ-mel haq-qin-ʟāh ham-maq-neh

« …oĂč Ă©tait l’idole de la jalousie, qui excite la jalousie de l’Éternel. »

ÉzĂ©chiel 8 : 3, Bible (trad. Louis Segond).

C’est ici que le dĂ©terminatif Ă©gyptien 𓄃 — la tĂȘte d’antilope bubale, signe de la rage et de l’enragement — prend tout son sens. Le scribe pharaonique l’avait joint au mot de la graisse et de l’acquisition. L’hĂ©breu tire de la mĂȘme racine qinÊŸah, la jalousie. Ce que l’on possĂšde rend enragĂ© celui qui ne possĂšde pas.

âž»

9.4  Le roseau et la canne Ă  mesurer

𓈎𓈖𓇋 𓎅 (ážłnj / qeny) nomme en Ă©gyptien la gerbe de papyrus, le fagot, le faisceau de flĂšches ; l’hĂ©breu Ś§ÖžŚ Ö¶Ś” (qaneh) nomme le roseau, la tige, la canne Ă  mesurer. Le mot a poursuivi sa route : l’ougaritique, langue sĂ©mitique Ă©teinte, Ă©crivait 𐎖𐎐 (qn) pour la canne et la flĂšche ; le guĂšze ኔናቔ (kʷənat) signifie lance, javelot, Ă©pĂ©e, bras. Et le français doit Ă  cette famille son mot canne, remontant Ă  l’égyptien via le latin canna et le grec kanna — roseau, tuyau. C’est le mĂȘme roseau qui, devenu tube, donnera canon ; et la mĂȘme canne Ă  mesurer qui donnera le canon des Écritures, la rĂšgle.

Ś•Ö°Ś”ÖžŚ™ÖžŚ” Ś”Ö·Ś©ÖžÖŒŚŚšÖžŚ‘ ڜַڐÖČŚ’Ö·Ś Ś•Ö°ŚŠÖŽŚžÖžÖŒŚÖčŚ•ŚŸ ŚœÖ°ŚžÖ·Ś‘ÖŒŚ•ÖŒŚąÖ”Ś™ ŚžÖžŚ™ÖŽŚ Ś‘ÖŽÖŒŚ Ö°Ś•Ö”Ś” ŚȘÖ·Ś ÖŽÖŒŚ™Ś ŚšÖŽŚ‘Ö°ŚŠÖžŚ”ÖŒ Ś—ÖžŚŠÖŽŚ™Śš ŚœÖ°Ś§ÖžŚ Ö¶Ś” Ś•ÖžŚ’ÖčÖœŚžÖ¶ŚŚƒ
wə-hā-yāh haĆĄ-ƥā-rāᾇ la-ʟă-ឥam, wə-áčŁim-mā-ÊŸĆ-wn lə-mab-bĆ«-ÊżĂȘ mā-yim; bin-wĂȘh áčŻan-nĂźm riᾇ-áčŁÄh, ងā-áčŁĂźr lə-qā-neh wā-ᾡƍ-me

« Le mirage se changera en Ă©tang et la terre dessĂ©chĂ©e en sources d’eaux ; dans le repaire qui servait de gĂźte aux chacals, croĂźtront des roseaux et des joncs. »

Ésaïe 35 : 7, Bible (trad. Louis Segond).

Ś•Ö°Ś”Ö¶ŚÖ¶Ś–Ö°Ś ÖŽŚ™Ś—Ś•ÖŒ Ś Ö°Ś”ÖžŚšÖ覕ŚȘ Ś“ÖžÖŒŚœÖČŚœŚ•ÖŒ Ś•Ö°Ś—ÖžŚšÖ°Ś‘Ś•ÖŒ ڙְڐÖčŚšÖ”Ś™ ŚžÖžŚŠÖčŚ•Śš Ś§ÖžŚ Ö¶Ś” Ś•ÖžŚĄŚ•ÖŒŚŁ Ś§ÖžŚžÖ”ÖœŚœŚ•ÖŒŚƒ
wə-he-ÊŸez-nĂź-ងƫ nə-hā-rƍ-wáčŻ, dā-lă-lĆ« wə-ងā-rə-ជƫ yə-ÊŸĆ-rĂȘ mā-áčŁĆ-wr; qā-neh wā-sĆ«p̄ qā-mĂȘ-lĆ«

« Les riviĂšres seront infectes, les canaux de l’Égypte seront bas et dessĂ©chĂ©s, les joncs et les roseaux se flĂ©triront. »

Ésaïe 19 : 6, Bible (trad. Louis Segond).

Ś•ÖŒŚ€Ö°ŚȘÖŽŚ™ŚœÖŸŚ€ÖŽÖŒŚ©Ö°ŚŚȘÖŽÖŒŚ™Ś Ś‘Ö°ÖŒŚ™ÖžŚ“Ö覕 Ś•ÖŒŚ§Ö°Ś Ö”Ś” Ś”Ö·ŚžÖŽÖŒŚ“ÖžÖŒŚ” Ś•Ö°Ś”Ś•ÖŒŚ ŚąÖčŚžÖ”Ś“ Ś‘Ö·ÖŒŚ©ÖžÖŒÖœŚŚąÖ·ŚšŚƒ
Ć«-p̄ə-áčŻĂźl-piĆĄ-tĂźm bə-yā-ᾏƍw Ć«-qə-nĂȘh ham-mid-dāh; wə-hĆ« ÊżĆ-mĂȘត baĆĄ-ƥā-Êżar

« …il avait dans la main un cordeau de lin et une canne pour mesurer, et il se tenait Ă  la porte. »

ÉzĂ©chiel 40 : 3, Bible (trad. Louis Segond).

Ś•Ö°Ś©ÖŽŚŚ©ÖžÖŒŚŚ” Ś§ÖžŚ ÖŽŚ™Ś Ś™ÖčŚŠÖ°ŚÖŽŚ™Ś ŚžÖŽŚŠÖŽÖŒŚ“Ö¶ÖŒŚ™Ś”Öž
wə-ĆĄiĆĄ-ƥāh qā-nĂźm, yƍ-áčŁÉ™-ÊŸĂźm miáčŁ-áčŁid-de-hā

« Six branches sortiront de ses cĂŽtĂ©s… »

Exode 25 : 32, Bible (trad. Louis Segond).

ڜÖčŚÖŸŚ§ÖžŚ ÖŽŚ™ŚȘÖž ŚœÖŽÖŒŚ™ Ś‘Ö·Ś›Ö¶ÖŒŚĄÖ¶ŚŁ Ś§ÖžŚ Ö¶Ś” Ś•Ö°Ś—Ö”ŚœÖ¶Ś‘ Ś–Ö°Ś‘ÖžŚ—Ö¶Ś™ŚšÖž ڜÖ茐 Ś”ÖŽŚšÖ°Ś•ÖŽŚ™ŚȘÖžŚ ÖŽŚ™
lƍ-qā-nĂź-áčŻÄ lĂź ᾇak-ke-sep̄ qā-neh, wə-áž„ĂȘ-leᾇ zə-ᾇā-áž„e-បā lƍ hir-wĂź-áčŻÄ-nĂź

« Tu ne m’as point achetĂ© Ă  prix d’argent du roseau aromatique, et tu ne m’as point enivrĂ© de la graisse de tes sacrifices »

ÉsaĂŻe 43 : 24, Bible (trad. Martin). Ce verset rĂ©unit en une seule phrase les deux pĂŽles de la racine : le roseau et la graisse.

ŚœÖžŚžÖžÖŒŚ”ÖŸŚ–Ö¶ÖŒŚ” ŚœÖŽŚ™ ŚœÖ°Ś‘ÖčŚ•Ś ÖžŚ” ŚžÖŽŚ©Ö°ÖŒŚŚ‘ÖžŚ ŚȘÖžŚ‘ÖčŚ•Ś Ś•Ö°Ś§ÖžŚ Ö¶Ś” Ś”Ö·Ś˜ÖčÖŒŚ•Ś‘ ŚžÖ”ŚÖ¶ŚšÖ¶Ś„ ŚžÖ¶ŚšÖ°Ś—ÖžŚ§
lām-māh-zeh lĂź lə-ᾇƍ-w-nāh miĆĄ-ơə-ᾇā áčŻÄ-ᾇƍ-w, wə-qā-neh haáč­-áč­Ć-wᾇ mĂȘ-ÊŸe-reáčŁ mer-ងāq

« Pourquoi m’offrir de l’encens venu de SĂ©ba, et le bon roseau aromatique du pays Ă©loignĂ© ? »

Jérémie 6 : 20, Bible (trad. Louis Segond).

Ś•Ö°Ś”ÖŽŚ›ÖžÖŒŚ” Ś™Ö°Ś”Ś•ÖžŚ” ڐֶŚȘÖŸŚ™ÖŽŚ©Ö°Ś‚ŚšÖžŚÖ”Śœ Ś›Ö·ÖŒŚÖČŚ©Ö¶ŚŚš Ś™ÖžŚ Ś•ÖŒŚ“ Ś”Ö·Ś§ÖžÖŒŚ Ö¶Ś” Ś‘Ö·ÖŒŚžÖ·ÖŒŚ™ÖŽŚ
wə-hik-kāh Yah-weh ÊŸeáčŻ-yiƛ-rā-ÊŸĂȘl, ka-ʟă-ĆĄer yā-nĆ«áž haq-qā-neh bam-ma-yim

« L’Éternel frappera IsraĂ«l, et il en sera de lui comme du roseau qui est agitĂ© dans les eaux »

1 Rois 14 : 15, Bible (trad. Louis Segond).

Ś”ÖŽŚ Ö”ÖŒŚ” Ś‘ÖžŚ˜Ö·Ś—Ö°ŚȘÖžÖŒ ŚœÖ°ÖŒŚšÖž ŚąÖ·ŚœÖŸŚžÖŽŚ©Ö°ŚŚąÖ¶Ś Ö¶ŚȘ Ś”Ö·Ś§ÖžÖŒŚ Ö¶Ś” Ś”ÖžŚšÖžŚŠŚ•ÖŒŚ„ Ś”Ö·Ś–Ö¶ÖŒŚ” ŚąÖ·ŚœÖŸŚžÖŽŚŠÖ°ŚšÖ·Ś™ÖŽŚ
hin-nĂȘh ᾇā-áč­aáž„-tā lə-បā Êżal-miĆĄ-Êże-neáčŻ haq-qā-neh hā-rā-áčŁĆ«áčŁ haz-zeh Êżal-miáčŁ-ra-yim

« Voici, tu as pris pour soutien ce roseau cassĂ©… tel est Pharaon, roi d’Égypte, pour tous ceux qui se confient en lui. »

2 Rois 18 : 21, Bible (trad. Louis Segond).

ŚȘÖ·ÖŒÖœŚ—Ö·ŚȘÖŸŚŠÖ¶ŚÖ±ŚœÖŽŚ™Ś Ś™ÖŽŚ©Ö°ŚŚ›ÖžÖŒŚ‘ Ś‘Ö°ÖŒŚĄÖ”ŚȘÖ¶Śš Ś§ÖžŚ Ö¶Ś” Ś•ÖŒŚ‘ÖŽŚŠÖžÖŒÖœŚ”Śƒ
ta-áž„aáčŻ-áčŁe-ÊŸÄ•-lĂźm yiĆĄ-kāᾇ; bə-sĂȘ-áčŻer qā-neh Ć«-ᾇiáčŁ-áčŁÄh

« Il se couche sous les lotus, au milieu des roseaux et des marécages »

Job 40 : 21, Bible (trad. Louis Segond).

Ś•Ö°Ś”ÖŽŚ Ö”ÖŒŚ” Ś€ Ś©Ö¶ŚŚ‘Ö·Śą Ś©ÖŽŚŚ‘ÖłÖŒŚœÖŽŚ™Ś ŚąÖ覜Ö覕ŚȘ Ś‘Ö°ÖŒŚ§ÖžŚ Ö¶Ś” ŚÖ¶Ś—ÖžŚ“ Ś‘Ö°ÖŒŚšÖŽŚ™ŚÖ覕ŚȘ Ś•Ö°Ś˜Ö覑ÖčÖœŚ•ŚȘڃ
wə-hin-nĂȘh ĆĄe-ᾇaÊż ĆĄib-bo-lĂźm, ÊżĆ-lƍ-wáčŻ bə-qā-neh ÊŸe-ងāត bə-rĂź-ÊŸĆ-wáčŻ wə-áč­Ć-ᾇƍ-wáčŻ

« Voici, sept Ă©pis gras et beaux montĂšrent sur une mĂȘme tige. »

GenĂšse 41 : 5, Bible (trad. Louis Segond). LĂ  encore, la graisse et le roseau dans le mĂȘme verset.

9.5  La mesure et la limite — du heqat au áž„Ćq

Le vocable 𓐖 𓈖𓏏 (qnt / qenet), joint au terme đ“‹Ÿđ“ŒŸ đ“„ (áž„kȝt) avec les dĂ©terminatifs đ“›đ“Œœ, forme đ“‹Ÿđ“ŒŸđ“„ 𓐖 𓈖𓏏 đ“›đ“Œœ (áž„kȝt-ážłnt / heqat-qenet) : le « double heqat », deux heqat pour un volume de 9,538 dmÂł. Le heqat est cette canne Ă  l’extrĂ©mitĂ© supĂ©rieure recourbĂ©e đ“‹Ÿ, l’un des sceptres pharaoniques. Le signe đ“ŒŸ — mesure d’oĂč s’écoule du grain, idĂ©ogramme d’orge — prĂ©cĂ©dĂ© de 𓏛, dĂ©terminatif des notions abstraites, renvoie Ă  la mesure de quantitĂ©.

Ce nom a essaimĂ© dans tout le domaine sĂ©mitique. L’hĂ©breu Ś—Ö茧 (áž„Ćq), de Ś—ÖžŚ§Ö·Ś§ (áž„aqaq), signifie : chose fixĂ©e, loi, acte lĂ©gislatif, dĂ©cret, prĂ©cepte, ordonnance, statut, coutume, part, portion. L’arabe Ű§Ù„Ű­Ù‚Ù‘ (al-កaqq, pluriel Ű­ÙÙ‚ÙÙˆÙ‚ áž„uqĆ«q) : VĂ©ritĂ©, Devoir, Droit, Justice ; et Ű­Ù‚ÙŠÙ‚Ű© (áž„aqÄ«qa, pluriel Ű­ÙŽÙ‚ÙŽŰ§ŰŠÙÙ‚) : RĂ©alitĂ©, VĂ©ritĂ©, AuthenticitĂ© — racine កQQ. L’aramĂ©en syriaque a áž„uqqā : ligne, rĂšgle. L’éthiopien áž„aqaqa : Ă©galiser, lier, fixer.

Le chemin est net : d’une mesure de grain Ă  la loi, du volume dĂ©terminĂ© au dĂ©cret, de l’étalon matĂ©riel Ă  la VĂ©ritĂ©. Ce que le droit appelle « rĂšgle » n’a jamais cessĂ© d’ĂȘtre la canne Ă  mesurer.

Les idĂ©es d’achever, de terminer, de fixer un terme s’écrivaient de mĂȘme 𓐖𓈖𓏜 (ážłn(y) / qeny). Le rapprochement s’impose avec l’hĂ©breu Ś§ÖŽŚ Ö°ŚŠÖ”Ś™ (qináčŁĂȘ), traduit ici par « terme » :

ŚąÖ·Ś“ÖŸŚÖžŚ ÖžŚ” Ś€ ŚȘÖ°ÖŒŚ©ÖŽŚ‚Ś™ŚžŚ•ÖŒŚŸ Ś§ÖŽŚ Ö°ŚŠÖ”Ś™ ŚœÖ°ŚžÖŽŚœÖŽÖŒŚ™ŚŸ ŚȘÖžÖŒŚ‘ÖŽŚ™Ś Ś•ÖŒ Ś•Ö°ŚÖ·Ś—Ö·Śš Ś Ö°Ś“Ö·Ś‘Ö”ÖŒÖœŚšŚƒ
Êżaត-ʟā-nāh tə-ƛü-mĆ«n qin-áčŁĂȘ lə-mil-lĂźn; tā-ᾇü-nĆ«, wə-ÊŸa-áž„ar nə-តab-bĂȘr

« Quand mettrez-vous un terme Ă  ces discours ? Ayez de l’intelligence, puis nous parlerons. »

Job 18 : 2, Bible (trad. Louis Segond).

9.6  L’égal et le dĂ» — le bambara kĂĄn

Le champ de la mesure conduit Ă  celui de l’équitĂ©, et le bambara en fournit un tĂ©moin remarquable. Le verbe qualitatif kĂĄn (Bamadaba → 2954, distinct des homonymes traitĂ©s plus haut) signifie d’abord ĂȘtre Ă©gal, pareil, identique : Ăč ka kĂĄn, « ils sont Ă©gaux ». De lĂ , par un glissement qui n’a rien d’isolĂ©, il passe au sens de convenable, nĂ©cessaire, dĂ», mĂ©ritĂ© : Ă  ka kĂĄn, « il faut, il convient » ; Ă  ka kĂĄn ní
 yĂ©, « il mĂ©rite » ; ĂČ tĂčn man kĂĄn kĂ  kɛ́, « il ne fallait pas le faire ».

Ce trajet — de l’égal au dĂ» — est exactement celui qu’accomplit la racine sĂ©mitique de la mesure. L’arabe Ű­Ù‚Ù‘ (áž„aqq) part de la mesure fixĂ©e et aboutit au droit, au devoir, Ă  ce qui est dĂ» ; l’hĂ©breu Ś—Ö茧 (áž„Ćq) va du volume dĂ©terminĂ© au dĂ©cret et Ă  la loi. Le bambara kĂĄn refait ce chemin de bout en bout : ce qui est ajustĂ© Ă  la mesure devient ce qui est juste, puis ce qui est obligatoire. On retrouve lĂ , du cĂŽtĂ© mandĂ©, le geste mĂȘme de kɛ́ÉČɛ (Ă©galiser, ajuster, faire Ă©quivaloir) et de l’égyptien ážłn r (« ĂȘtre Ă©quivalent, monter jusqu’à », pour une mesure). Que la justice se dise partout depuis la balance — l’égal, le juste, le dĂ» — n’est pas le moindre Ă©cho de cette racine.

âž»

X. Qayin — le nom du forgeron

On donne rarement Ă  savoir que le nom hĂ©breu du personnage fratricide de la GenĂšse — Ś§Ö·Ś™ÖŽŚŸ, Qayin, CaĂŻn — procĂšde de cette mĂȘme racine, et des acceptions attachĂ©es Ă  Ś§ÖžŚ ÖžŚ” (qanah) : acquĂ©rir, acheter, obtenir, mais aussi crĂ©er, former, consolider.

Ś•Ö°Ś”ÖžŚÖžŚ“ÖžŚ Ś™ÖžŚ“Ö·Śą ڐֶŚȘÖŸŚ—Ö·Ś•ÖžÖŒŚ” ŚÖŽŚ©Ö°ŚŚȘÖčÖŒŚ• ڕַŚȘÖ·ÖŒŚ”Ö·Śš ڕַŚȘÖ”ÖŒŚœÖ¶Ś“ ڐֶŚȘÖŸŚ§Ö·Ś™ÖŽŚŸ ڕַŚȘÖčÖŒŚŚžÖ¶Śš Ś§ÖžŚ ÖŽŚ™ŚȘÖŽŚ™ ŚÖŽŚ™Ś©Ś ڐֶŚȘÖŸŚ™Ö°Ś”Ś•ÖžÖœŚ”Śƒ
wə-hā-ʟā-តām, yā-តaÊż ÊŸeáčŻ-áž„aw-wāh ÊŸiĆĄ-tƍw; wat-ta-har wat-tĂȘ-leត ÊŸeáčŻ-qa-yin, wat-tƍ-mer qā-nĂź-áčŻĂź ÊŸĂźĆĄ ÊŸeáčŻ-Yah-weh

« Adam connut Ève, sa femme ; elle conçut, et enfanta CaĂŻn, et elle dit : J’ai formĂ© un homme avec l’aide de l’Éternel. »

GenĂšse 4 : 1, Bible (trad. Louis Segond). Le verbe employĂ© est qānĂźáčŻĂź, de qanah — former, crĂ©er, acquĂ©rir.

Dans l’esprit du scribe de la GenĂšse, Qayin est donc conçu comme un crĂ©ateur, un premier civilisateur. Son nom est d’ailleurs associĂ© Ă  la lance et au javelot, le sous-entendant comme artisan, forgeron — l’HĂ©phaĂŻstos sĂ©mite, maĂźtre des arts de la forge et du travail des mĂ©taux :

Ś•ÖŒŚžÖŽŚ©Ö°ŚŚ§Ö·Śœ ڧ֔ڙڠÖ覕 کְځڜÖčŚ©Ś ŚžÖ”ŚÖ覕ŚȘ ŚžÖŽŚ©Ö°ŚŚ§Ö·Śœ Ś Ö°Ś—ÖčŚ©Ö¶ŚŚȘ Ś•Ö°Ś”Ś•ÖŒŚ Ś—ÖžŚ’Ś•ÖŒŚš Ś—ÖČŚ“ÖžŚ©ÖžŚŚ”
Ć«-miĆĄ-qal qĂȘ-nƍw ơə-lƍơ mĂȘ-ÊŸĆ-wáčŻ miĆĄ-qal nə-áž„Ć-ĆĄeáčŻ, wə-hĆ« ងā-ឥƫr ងă-តā-ƥāh

« …il avait une lance du poids de trois cents sicles d’airain, et il Ă©tait ceint d’une Ă©pĂ©e neuve. »

2 Samuel 21 : 16, Bible (trad. Louis Segond). Le mot qĂȘnƍw — sa lance — porte la racine mĂȘme du nom de CaĂŻn.

Mais les acceptions premiĂšres de cette racine sont la force, la puissance, la suprĂ©matie, la domination — en Ă©gyptien pharaonique 𓈎𓈖 𓈖𓂡 (ážłnn(y) / qeneny) — ainsi que la vĂ©hĂ©mence et la rigiditĂ©. Qayin renvoie de mĂȘme Ă  ce qui sert de fondement, de base, d’étalon de mesure, de rĂšgle : un prototype, un archĂ©type, un symbole primitif. Son nom renvoie encore Ă  la possession, Ă  l’appropriation, Ă  la coercition, Ă  la saisie.

L’égyptien dit tout cela avec 𓈎𓈖𓀜 (ážłnj / qeny) : ĂȘtre capable, fort, brave, courageux, vaillant, puissant, vigoureux, corpulent ; devenir fort, actif, vif ; ĂȘtre abondant, prodigue, excessif. Le dĂ©terminatif qui l’accompagne — 𓀜, l’homme frappant avec un bĂąton tenu Ă  deux mains — dit la force, la violence, la contrainte, l’effort, et aussi l’enseignement. En Égypte ancienne, les braves s’appelaient les đ“ˆŽđ“ˆ–đ“‡‹đ“‡‹đ“đ“‚Ąđ“€€đ“„ (ážłnyt / qenyt) ; et 𓈎𓈖𓀜 𓀀 (ážłnj / qeny), « le brave », servait de titre militaire.

La mĂ©tathĂšse. La racine Ă©gyptienne 𓈎 (ážł) — 𓈖 (n) — 𓇋 (y) est une mĂ©tathĂšse de celle qui forme en hĂ©breu le nom du fils aĂźnĂ© : ڧ (qoph) — Ś™ (yod) — ڟ (nun). L’équivalent hĂ©breu du yod, qui est 𓇋 (y), s’écrit en Ă©gyptien Ă  la fin comme troisiĂšme radical dans 𓈎𓈖𓀜 (ážłnj), lĂ  oĂč l’hĂ©breu le place au milieu dans Qa-y-in. MĂȘme trois consonnes, ordre distinct, sens identique.

Le forgeron. Le sens Ă©gyptien d’ĂȘtre habile, capable, compĂ©tent ne messied pas Ă  un bon forgeron ni Ă  un guerrier — puisque le sens de « javelot » est assimilĂ© au nom de Qayin. Et 𓈎𓈖𓈎𓈖 𓏮 𓂡 (ážłnážłn) signifiait frapper, battre, marteler, aplanir du mĂ©tal : il n’y a ici aucun doute qu’il s’agit de l’activitĂ© du faber. En arabe, forger, former, assembler, agglomĂ©rer, consolider, organiser se dit Ù‚Ű§Ù† (qāna) — et le forgeron s’appelle قين (qayn). La racine ق-ي-ن est une mĂ©tathĂšse de ق-ن-ي, et rejoint exactement le nom hĂ©breu de Qayin.

Le tort. L’égyptien possĂšde aussi 𓈎𓈖đ“…Ș (ážłnj / qeny), avec le dĂ©terminatif de l’alouette huppĂ©e symbolisant ce qui est funeste et mauvais, et les significations de faute commise et de prĂ©judice infligĂ© — tels qu’attribuĂ©s Ă  CaĂŻn, coupable de fratricide.

La jalousie. De cette mĂȘme racine hĂ©braĂŻque procĂšde Ś§ÖŽŚ Ö°ŚÖžŚ” (qinÊŸah) : la jalousie, l’envie, le zĂšle, l’ardeur, l’emportement, la fureur. D’oĂč le dĂ©terminatif de rage 𓄃 joint par le scribe Ă  𓈎𓈖𓄃. Et l’on se souviendra que l’offrande d’Abel Ă©tait prĂ©cisĂ©ment une offrande grasse :

Ś•Ö°Ś”Ö¶Ś‘Ö¶Śœ Ś”Ö”Ś‘ÖŽŚ™Ś Ś’Ö·ŚÖŸŚ”Ś•ÖŒŚ ŚžÖŽŚ‘Ö°ÖŒŚ›Ö茚Ö覕ŚȘ ŚŠÖčŚŚ Ö覕 Ś•ÖŒŚžÖ”ÖœŚ—Ö¶ŚœÖ°Ś‘Ö”Ś”Ö¶ŚŸ Ś•Ö·Ś™ÖŽÖŒŚ©Ö·ŚŚą Ś™Ö°Ś”Ś•ÖžŚ” ŚÖ¶ŚœÖŸŚ”Ö¶Ś‘Ö¶Śœ Ś•Ö°ŚÖ¶ŚœÖŸŚžÖŽŚ Ö°Ś—ÖžŚȘÖčÖœŚ•Śƒ
wə-he-ᾇel hĂȘ-ᾇü ឥam-hĆ« mib-bə-áž”Ć-rƍ-wáčŻ áčŁĆ-nƍw Ć«-mĂȘ-áž„el-ᾇĂȘ-hen; way-yi-ĆĄaÊż Yah-weh, ÊŸel-he-ᾇel wə-ÊŸel-min-ងā-áčŻĆw

« …et Abel, de son cĂŽtĂ©, en fit une des premiers-nĂ©s de son troupeau et de leur graisse. L’Éternel porta un regard favorable sur Abel et sur son offrande. »

GenĂšse 4 : 4, Bible (trad. Louis Segond).

La boucle se referme : la graisse du troupeau (miqneh) fait la richesse ; la richesse suscite la jalousie (qinÊŸah) ; la jalousie arme la main de Qayin. Un seul squelette consonantique porte le mobile, l’objet et l’auteur du premier meurtre.

10.1  Le bĂątisseur de ville

Ś•Ö·Ś™Ö”ÖŒŚ“Ö·Śą Ś§Ö·Ś™ÖŽŚŸ ڐֶŚȘÖŸŚÖŽŚ©Ö°ŚŚȘÖčÖŒŚ• ڕַŚȘÖ·ÖŒŚ”Ö·Śš ڕַŚȘÖ”ÖŒŚœÖ¶Ś“ ڐֶŚȘÖŸŚ—ÖČŚ ÖčŚ•ŚšÖ° Ś•Ö·ÖœŚ™Ö°Ś”ÖŽŚ™ Ś‘ÖčÖŒŚ Ö¶Ś” ŚąÖŽŚ™Śš Ś•Ö·Ś™ÖŽÖŒŚ§Ö°ŚšÖžŚ Ś©Ö”ŚŚ Ś”ÖžŚąÖŽŚ™Śš Ś›Ö°ÖŒŚ©Ö”ŚŚ Ś‘Ö°ÖŒŚ Ö覕 Ś—ÖČŚ ÖčÖœŚ•ŚšÖ°Śƒ
way-yĂȘ-តaÊż qa-yin ÊŸeáčŻ-ÊŸiĆĄ-tƍw, wat-ta-har wat-tĂȘ-leត ÊŸeáčŻ-ងă-nƍ-wáž”; way-hĂź bƍ-neh ÊżĂźr, way-yiq-rā ĆĄĂȘm hā-ÊżĂźr, kə-ĆĄĂȘm bə-nƍw ងă-nƍ-wáž”

« Caïn connut sa femme ; elle conçut, et enfanta Hénoc. Il bùtit ensuite une ville, et il donna à cette ville le nom de son fils Hénoc. »

GenĂšse 4 : 17, Bible (trad. Louis Segond).

Il faut savoir que Ś—ÖČŚ Ś•Ö覚ְ (កanƍwk, HĂ©noc) vient du verbe Ś—ÖžŚ Ö·ŚšÖ° (áž„anak) : initier, inaugurer, instruire, Ă©tablir, instituer. Le fils du forgeron porte le nom de l’inauguration — et donne le sien Ă  la premiĂšre ville.

10.2  Les QĂ©nites

Les QĂ©nites, peuple de mĂ©tallurgistes semi-nomades Ă©voquĂ© dans la Bible hĂ©braĂŻque, sont tenus pour les descendants de Qayin le forgeron. JĂ©thro (Ś™ŚȘŚšŚ•, yiáčŻrƍ), beau-pĂšre de MoĂŻse, Ă©tait appelĂ© le QĂ©ni — allusion Ă  CaĂŻn le travailleur des mĂ©taux, maĂźtre du feu et des forges.

Ś•ÖŒŚ‘Ö°Ś Ö”Ś™ Ś§Ö”Ś™Ś ÖŽŚ™ Ś—ÖčŚȘ֔ڟ ŚžÖčŚ©Ö¶ŚŚ” ŚąÖžŚœŚ•ÖŒ ŚžÖ”ŚąÖŽŚ™Śš ڔַŚȘÖ°ÖŒŚžÖžŚšÖŽŚ™Ś ڐֶŚȘÖŸŚ‘Ö°ÖŒŚ Ö”Ś™ Ś™Ö°Ś”Ś•ÖŒŚ“ÖžŚ”
Ć«-ᾇə-nĂȘ qĂȘ-nĂź áž„Ć-áčŻĂȘn mƍ-ĆĄeh ÊżÄ-lĆ« mĂȘ-ÊżĂźr hat-tə-mā-rĂźm ÊŸeáčŻ-bə-nĂȘ yə-hĆ«-តāh

« Les fils du QĂ©nite, beau-pĂšre de MoĂŻse, montĂšrent de la ville des palmiers, avec les fils de Juda… »

Juges 1 : 16, Bible (trad. Louis Segond).

10.3  Le nid, l’abri — qēn et le bambara kĂĄna

La mĂȘme racine porte encore, en hĂ©breu, le nom du nid : ڧ֔ڟ (qēn), de Ś§ÖžŚ Ö·ŚŸ (qanan), faire son nid, nicher. Le nid est le point oĂč deux champs de la racine se nouent : c’est une chose tressĂ©e — brindilles entrelacĂ©es, comme la natte 𓈎𓈖𓎅 et la gerbe 𓈎𓈖𓇋 — et c’est un abri. De l’entrelacs Ă  la protection, le chemin est direct ; et l’égyptien le confirme, dont la mĂ©tathĂšse 𓈎𓈖𓇋 (ážłny) signifie Ă©treindre, enlacer, envelopper, et dont le vĂȘtement qeni est ce dont on est recouvert.

Le texte biblique joue lui-mĂȘme de cette parentĂ©. Lorsque Balaam aperçoit le QĂ©nite, il file le calembour entre haq-qĂȘynĂź (le QĂ©nite) et qinnekha (ton nid) :

Ś•Ö·Ś™Ö·ÖŒŚšÖ°Ś ڐֶŚȘÖŸŚ”Ö·Ś§Ö”ÖŒŚ™Ś ÖŽŚ™ Ś•Ö·Ś™ÖŽÖŒŚ©ÖžÖŒŚ‚Ś ŚžÖ°Ś©ÖžŚŚœÖ覕 ڕַڙÖčÖŒŚŚžÖ·Śš ڐ֔ڙŚȘÖžŚŸ ŚžÖčÖœŚ•Ś©ÖžŚŚ‘Ö¶ŚšÖž Ś•Ö°Ś©ÖŽŚ‚Ś™Ś Ś‘Ö·ÖŒŚĄÖ¶ÖŒŚœÖ·Śą Ś§ÖŽŚ Ö¶ÖŒÖœŚšÖžŚƒ
way-yar ÊŸeáčŻ-haq-qĂȘ-nĂź, way-yiƛ-ƛā mə-ƥā-lƍw way-yƍ-mar; ÊŸĂȘ-áčŻÄn mƍ-wƍ-ƥā-ᾇe-បā, wə-ƛüm bas-se-laÊż qin-ne-បā

« Balaam vit les Qénites, et prononça son oracle : Ta demeure est solide, et ton nid posé sur le roc. »

Nombres 24 : 21, Bible (trad. Louis Segond). Le nid (qēn) et le QĂ©nite (qĂȘynĂź) sonnent de la mĂȘme racine : l’auteur savait que le peuple du forgeron portait le nom de l’abri nichĂ© dans la pierre.

Le bambara valide la chaĂźne de son cĂŽtĂ©. Le verbe kĂĄna signifie protĂ©ger, veiller sur ; kĂĄna comme nom, la protection. Parmi ses synonymes figure sutura — empruntĂ© Ă  l’arabe ŰłÙŰȘÙ’Ű± (satr), « le fait de couvrir » : couvrir, donc protĂ©ger. La langue refait, avec un mot importĂ©, le geste mĂȘme que la racine 𓈎𓈖 accomplit depuis l’Égypte — envelopper pour abriter. On gardera la prudence d’usage : le Bamadaba distingue par leur numĂ©rotation ce kĂĄna (protĂ©ger) et le kĂĄn de l’égalitĂ©, ce qui signale de l’homonymie ; mais la convergence de la protection avec l’enveloppement ážłny et le nid qēn n’en reste pas moins frappante.

Il serait intĂ©ressant, Ă  ce propos, de mener une recherche linguistique sur les patronymes d’Afrique subsaharienne — dans la communautĂ© peule comme dans d’autres. Des noms tels que Kane, KantĂ©, KandĂ© (nom du Roi-Forgeron Soumaoro KantĂ©), KonatĂ©, KontĂ©, KanoutĂ©, KonĂ© (celui qui est puissant et fort) sont liĂ©s au pouvoir — canne, bĂąton de pĂątre, sceptre — Ă  la domination, Ă  la maĂźtrise, Ă  une profession, au travail du fer et Ă  la forge. Des patronymes qui rappellent les vocables de l’Égypte pharaonique et le nom de CaĂŻn. Ces noms africains seraient-ils qĂ©nites ?

âž»

XI. Vocables de l’arabe

11.1  La racine ق-ن-ي — acquĂ©rir, nantir

Sens : contenter, satisfaire, acquĂ©rir, donner la suffisance Ă  quelqu’un, nantir, rendre satisfait, faire acquĂ©rir, mettre le gibier Ă  portĂ©e du chasseur.

ŰŁÙŽÙ‚Ù’Ù†ÙŽÙ‰Ù° / يُقْنِي (aqnā / yuqnÄ«) — verbe forme IV : faire acquĂ©rir, obtenir, faire contenter, donner la suffisance, rendre satisfait.

Cette racine n’apparaĂźt qu’une seule fois dans le corpus coranique, avec le sens de « nanti » :

ÙˆÙŽŰŁÙŽÙ†ÙŽÙ‘Ù‡ÙÛ„ هُوَ ŰŁÙŽŰșْنَىٰ ÙˆÙŽŰŁÙŽÙ‚Ù’Ù†ÙŽÙ‰Ù°
Wa ʟAnnahu Huwa ʟAghnā Wa ʟAqnā

« …et que c’est Lui qui a enrichi et a nanti, »

Sourate 53, Ű§Ù„Ù†ŰŹÙ… / An-Najm / L’Étoile, verset 58, in Le Coran, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, p. 528, Ă©d. Albouraq 2018.

11.2  La mĂ©tathĂšse ق-ي-ن — forger

Ù‚Ű§Ù† / يقين (qāna / yaqÄ«nu) — verbe forme I : forger, assembler, organiser, agglomĂ©rer, consolider, Ă©galer ensemble.

قين (qayn) — nom : le forgeron.

C’est ici que la dĂ©monstration se boucle : la mĂ©tathĂšse arabe q-y-n donne au forgeron son nom exact, dans le mĂȘme ordre consonantique que l’hĂ©breu Qa-y-in. La forge et le fratricide portent le mĂȘme mot dans deux langues sĂ©mitiques distinctes.

11.3  La racine ق-ن-و — possĂ©der, la grappe

Sens : acquĂ©rir quelque chose, se procurer, s’approprier, possĂ©der, rĂ©tribuer quelqu’un.

Ù‚ÙÙ†Ù’ÙˆÙŽŰ§Ù† (qinwān) — nom pluriel : rĂ©gimes ou grappes de dattes.

وَهُوَ Ù±Ù„ÙŽÙ‘Ű°ÙÙ‰Ù“ ŰŁÙŽÙ†ŰČَلَ مِنَ Ù±Ù„ŰłÙŽÙ‘Ù…ÙŽŰąŰĄÙ Ù…ÙŽŰąŰĄÙ‹ ÙÙŽŰŁÙŽŰźÙ’Ű±ÙŽŰŹÙ’Ù†ÙŽŰ§ ŰšÙÙ‡ÙÛŠ Ù†ÙŽŰšÙŽŰ§ŰȘَ كُلِّ ŰŽÙŽÙ‰Ù’ŰĄÙ ÙÙŽŰŁÙŽŰźÙ’Ű±ÙŽŰŹÙ’Ù†ÙŽŰ§ مِنْهُ ŰźÙŽŰ¶ÙŰ±Ù‹Ű§ Ù†ÙÙ‘ŰźÙ’Ű±ÙŰŹÙ مِنْهُ Ű­ÙŽŰšÙ‹Ù‘Ű§ مُّŰȘÙŽŰ±ÙŽŰ§ÙƒÙŰšÙ‹Ű§ وَمِنَ Ù±Ù„Ù†ÙŽÙ‘ŰźÙ’Ù„Ù مِن Ű·ÙŽÙ„Ù’ŰčÙÙ‡ÙŽŰ§ Ù‚ÙÙ†Ù’ÙˆÙŽŰ§Ù†ÙŒ ŰŻÙŽŰ§Ù†ÙÙŠÙŽŰ©ÙŒ ÙˆÙŽŰŹÙŽÙ†ÙŽÙ‘Ù°ŰȘٍ مِّنْ ŰŁÙŽŰčÙ’Ù†ÙŽŰ§ŰšÙ وَٱلŰČَّيْŰȘُونَ ÙˆÙŽÙ±Ù„Ű±ÙÙ‘Ù…ÙŽÙ‘Ű§Ù†ÙŽ Ù…ÙŰŽÙ’ŰȘÙŽŰšÙÙ‡Ù‹Ű§ وَŰșÙŽÙŠÙ’Ű±ÙŽ مُŰȘÙŽŰŽÙŽÙ°ŰšÙÙ‡Ù ۗ Ù±Ù†ŰžÙŰ±ÙÙˆÙ“Ű§ÛŸ Ű„ÙÙ„ÙŽÙ‰Ù° Ű«ÙŽÙ…ÙŽŰ±ÙÙ‡ÙÛŠÙ“ Ű„ÙŰ°ÙŽŰą ŰŁÙŽŰ«Ù’Ù…ÙŽŰ±ÙŽ وَيَنْŰčِهِۊٓ ۚ Ű„ÙÙ†ÙŽÙ‘ فِى Ű°ÙŽÙ°Ù„ÙÙƒÙÙ…Ù’ Ù„ÙŽŰĄÙŽŰ§ÙŠÙŽÙ°ŰȘٍ لِّقَوْمٍ ÙŠÙŰ€Ù’Ù…ÙÙ†ÙÙˆÙ†ÙŽ
wa-huwa lladhÄ« ÊŸanzala mina s-samāʟi māʟan fa-ÊŸakhrajnā bihÄ« nabāta kulli shayÊŸin fa-ÊŸakhrajnā minhu khaឍiran nukhriju minhu áž„abban mutarākiban wa-mina n-nakhli min áč­alÊżihā qinwānun dāniyatun wa-jannātin min ÊŸaÊżnābin wa-z-zaytĆ«na wa-r-rummāna mushtabihan wa-ghayra mutashābihin — ináș“urĆ« ÊŸilā thamarihÄ« ÊŸidhā ÊŸathmara wa-yanÊżihÄ« — ÊŸinna fÄ« dhālikum la-ʟāyātin li-qawmin yuÊŸminĆ«na

« Et c’est Lui qui a fait descendre soudainement une eau du ciel. Alors, par elle, Nous avons fait sortir toutes sortes de vĂ©gĂ©tation. Puis Ă  partir d’elle, Nous avons fait sortir de la verdure dont Nous produisons graines agglomĂ©rĂ©es et rĂ©gimes de dattes s’abaissant des spathes des palmiers, et des jardins de vignes, et des oliviers, et des grenadiers, semblables et non comparables. Observez leurs fruits quand ils sont formĂ©s et arrivent Ă  maturitĂ© ! Vraiment, en cela : des Signes pour des tenants qui mettent en Ɠuvre le DĂ©pĂŽt confiĂ© ! »

Sourate 6, Ű§Ù„ŰŁÙ†ŰčŰ§Ù… / Al-AnÊżĂąm / Les Bestiaux, verset 99, in Le Coran, trad. M. Maurice Gloton, p. 140, Ă©d. Albouraq 2018.

La grappe est un faisceau : ce qui est liĂ©, rassemblĂ©, tressĂ©. On retrouve le geste du đ“ˆŽđ“ˆ–đ“‡‹đ“…±đ“‹­đ“„ Ă©gyptien — la gerbe — et son dĂ©terminatif 𓋭, le nƓud.

11.4  La racine Űș-ن-ي — la richesse

Dans le verset 58 de la sourate An-Najm figure, aux cĂŽtĂ©s de aqnā, un second vocable liĂ© Ă  la richesse : ŰŁÙŽŰșْنَىٰ (aghnā), de la racine Űș-ن-ي. Sa consonne initiale Űș (ÄĄayn) est une fricative uvulaire voisĂ©e ; or la consonne Ă©gyptienne 𓈎 (ážł, q), occlusive uvulo-vĂ©laire sourde, correspond aussi — quoique rarement — Ă  ce ÄĄayn sĂ©mitique.

Űșَنِيَ (ÄĄaniya) — verbe : ĂȘtre riche, ĂȘtre fortunĂ©.

Űșِنًى (ÄĄinā) — nom : la richesse, la fortune, l’opulence, l’abondance.

ٱلْŰșَنِيُّ (Al-Ghaniyy) — l’un des 99 noms d’Allāh : Le Riche, l’IndĂ©pendant, l’Opulent, Celui qui se suffit Ă  Lui-mĂȘme.

Le verset 58 fait ainsi rĂ©fĂ©rence au Dieu de l’Islam comme Ă  « celui qui enrichit ». La racine de l’abondance, partie de la graisse animale en Ă©gyptien, aboutit ici Ă  un attribut divin.

âž»

XII. Synthùse — la consistance acquise

Une seule racine trilitĂšre, six champs de sens, et un fil qui les traverse : prendre consistance. Le corps qui engraisse, l’homme qui devient fort, le mĂ©tal qu’on martĂšle jusqu’à lui donner forme, la fibre qu’on tresse jusqu’à faire natte, la mesure qu’on fixe jusqu’à faire loi. Dans chaque cas, une matiĂšre indĂ©terminĂ©e reçoit poids, forme et limite.

C’est pourquoi le mĂȘme mot dit l’acquisition et la crĂ©ation. En hĂ©breu, qanah signifie acquĂ©rir et former — et Ève, enfantant, emploie le verbe du commerce pour dire l’engendrement. Le forgeron acquiert la forme au mĂ©tal comme le berger acquiert le troupeau ; l’un et l’autre font passer Ă  l’ĂȘtre ce qui n’était pas encore dĂ©terminĂ©.

De lĂ  procĂšde la figure de Qayin, dont le nom rassemble tout : le forgeron, le maĂźtre du feu, le premier bĂątisseur de ville, l’inventeur des poids et mesures, l’ancĂȘtre des QĂ©nites mĂ©tallurgistes — et le meurtrier. Car la mĂȘme racine qui donne la richesse donne la jalousie : le bĂ©tail gras d’Abel appelle qinÊŸah, et qinÊŸah arme la main de celui qui porte ce nom. Le mythe n’a rien ajoutĂ© que la langue ne contĂźnt dĂ©jĂ .

L’égyptien avait dit tout cela avant, et l’avait Ă©crit avec ses neuf dĂ©terminatifs : la tĂȘte d’antilope pour la rage, le bras armĂ© pour la force, les bĂątons croisĂ©s pour le coup, la branche pour le maillet, le nƓud pour la gerbe, les canaux pour la limite. Un mĂȘme son — et neuf maniĂšres de prĂ©ciser ce qu’il fallait entendre.

𓅝𓏏𓏭𓅆𓇋𓈎𓂋𓏝  ážŽáž„wty Ă­ážłr — Djehouty L’Excellent

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