đđđ ážłn(y) / qeny
La graisse et la force · Le marteau et le roseau · De ឳn(y) à Qayin
Ătude lexicographique et Ă©tymologique comparĂ©e
Ăgyptien pharaonique · DĂ©motique · Copte · Langues mandĂ© · HĂ©breu · Arabe · Ougaritique · GuĂšze
Sous les auspices de đ đđđ đđđđ (ážáž„wty Ăážłr | Djehouty L’Excellent) ! Ù Ű± ŰĄ
âž»
I. Entrée principale
đđđ (lire ážłn(y) / qeny) â verbe : ĂȘtre, devenir gros, gras. Et en tant que nom : gras, gros, et aussi le fumet de la graisse des animaux sacrifiĂ©s, qui s’Ă©lĂšve vers le ciel.
De cette racine trilitĂšre đ (ážł) â đ (n) â đ (y) procĂšde l’un des rĂ©seaux lexicaux les plus Ă©tendus de la langue pharaonique. Six champs de sens s’y dĂ©ploient â la graisse et l’embonpoint, la force et la bravoure, le martĂšlement et la forge, le roseau et le tressage, l’achĂšvement et la mesure, le tort et le prĂ©judice â que relie une mĂȘme intuition : celle de la consistance acquise. Ce qui est gras a pris du poids ; ce qui est fort a pris de la force ; ce qui est martelĂ© a pris forme ; ce qui est achevĂ© a pris sa mesure.
Cette mĂȘme racine porte, en hĂ©breu, le nom de ڧַŚÖŽŚ (Qayin, CaĂŻn) â le forgeron, le civilisateur, le premier bĂątisseur de ville.
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II. Correspondances phonétiques inter-langues
| Hiéroglyphe | Hébreu | Arabe |
|---|---|---|
| đ (ážł, q) | ڧ (qof, qoph) | Ù (qÄf) |
| đ (n) | Ś (Nun) | Ù (nĆ«n) |
| đ (y) | Ś (yĆd), ŚÖŽ, ŚÖ” | Ù (YÄÊŸ), Ù, Ű„, Ù (wÄw) |
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III. PhonĂšmes de l’Ă©gyptien pharaonique
3.1 đ â Dune de sable, flanc de colline (ážł / q)
Occlusive vĂ©laire sourde. Voir ážłÈ.t (qĂ©l.t â hauteur, Ă©minence, ce qui est en hauteur) et ážłÈÈ (qĂ©lel â colline, terre haute). Comme en bambara (Niger-Congo) « kĂčlu » : terre haute, montagne, colline, crĂȘte â et par extension mĂšche de cheveux au-dessus de la tĂȘte, huppe d’oiseau.
Copte : /k/ > âČ (A, F, L, M, S, B), âČ (B) ; /áž”/ > Ï (A, F, L, M, S, B).
HĂ©breu : ڧ (Qoph). Arabe : Ù (ážłÄf). SĂ©mitiques : ážł, k, q, g, ÄŁ.
3.2 đ â Le filet d’eau (n)
Occlusive apico-dentale. Copte : /n/ (âČ/âČ, nÄ) ; /m/ (âČ/âČ, mÄ) ; /r/ (âČą/âČŁ, rĆ). HĂ©breu : Ś (Nun). Arabe : Ù (nĆ«n). SĂ©mitiques : n, l.
3.3 đ â Le roseau fleuri (y / j)
Constrictive mĂ©dio-palatale sonore, alternative de đ : yod, iota, i, y ou ȧ/a. Copte : âČ/âČ (alpha), âČ/âČ (ei), âČ/âČ (Äta). HĂ©breu : Ś (yĆd), ŚÖŽ, ŚÖ”. Arabe : Ù, Ű„Ù, Ű„, Ù (YÄÊŸ), Ù (wÄw). SĂ©mitiques : Ë, i, Ê, r, l.
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IV. Les neuf déterminatifs
Aucune racine ne se laisse mieux lire par ses dĂ©terminatifs que celle-ci : chacun oriente le mĂȘme squelette consonantique vers un champ distinct. Le scribe ne se contentait pas d’Ă©crire un son â il indiquait au lecteur lequel des six sens il devait entendre.
| Signe | Description | Valeur |
|---|---|---|
| đ | tĂȘte d’antilope bubale | habile · rage · enrager |
| đ | homme frappant avec un bĂąton tenu Ă deux mains | force · violence · contraindre · effort · enseigner |
| đĄ | avant-bras, la main tenant une canne | tout acte demandant un effort · examiner · fort |
| đŽ | deux bĂątons entrecroisĂ©s, « swa / soua » | casser · couper · sĂ©parer · endommager · diviser · traverser |
| đ± | branche (phonĂ©tique áž«t / khat) | arbre · bois · objets en bois |
| đ„ | trois traits | pluralitĂ© · collectivitĂ© |
| đ | nĆud | nĆud · nouer |
| đ | rouleau de papyrus reliĂ© et scellĂ© | Ă©criture · scribe · notions abstraites · fin, poli, moudre fin |
| đ (ážłn / qen) | canaux d’irrigation | domaine · espace · endroit dĂ©limitĂ© · ĂȘtre complet, achevĂ© |
Le signe đŽ mĂ©rite une note. Les langues mandĂ© d’Afrique de l’Ouest offrent un Ă©cho remarquable de sa valeur : en maninka sĂĄ (gratter, tailler) et sÉÌÉ (percer, trouer) ; en bambara sÉÌgÉ (percer, trouer, transpercer, entrecroiser). Le nom mĂȘme du signe â « swa / soua » â se retrouve dans ce champ du percement et de l’entrecroisement.
Le signe đ est employĂ© comme phonogramme bilitĂšre dans đđđ (lire ážłn(y) / qeny) â achever, terminer, rĂ©gler, complĂ©ter, ĂȘtre complet.
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V. Vocables de l’Ă©gyptien pharaonique â six champs de sens
5.1 La graisse et l’embonpoint
đđđ (ážłn(y) / qeny) â verbe : ĂȘtre, devenir gros, gras. Nom : gras, gros, et le fumet de la graisse des animaux sacrifiĂ©s s’Ă©levant vers le ciel.
đđđđ (ážłn(y)t / qenyt) â nom : graisse. Le terme dĂ©signe aussi le jaunissement de l’Ćil, comme s’il prĂ©sentait de la graisse Ă l’intĂ©rieur.
đđđđđ (ážłn(y)t / qenyt) â nom : fumĂ©e grasse.
5.2 La force et la bravoure
đđđ (ážłnj / qeny) â verbe : ĂȘtre fort, brave, courageux, vaillant, puissant ; ĂȘtre vigoureux, devenir fort, actif, vif ; ĂȘtre prodigue, excessif. Nom : la profusion, l’abondance. Dans l’expression ážłn r : ĂȘtre Ă©quivalent, monter jusqu’Ă â pour une mesure, une quantitĂ© donnĂ©e.
đđ đđĄ (ážłnn(y) / qeneny) â nom : pouvoir, domination, suprĂ©matie.
đđđŽ (ážłn(y) / qeny) â nom : audace, vaillance, tĂ©mĂ©ritĂ©.
đĄđ« ou đĄ đŽ (ážłn(y) / qeny) : devenir brave, courageux, vaillant, victorieux, fort, habile, compĂ©tent, actif, Ă©veillĂ© â et, pour un fils ou un hĂ©ritier, obĂ©issant, respectueux.
đđđđđđĄđđ„ (ážłnyt / qenyt) â nom : les braves.
đđđđĄ (ážłn(y)t / qenet) â nom : valeur, bravoure, vaillance, vigueur, courage.
5.3 Le martĂšlement et la forge
đđđđ đŽ đĄ (ážłnážłn / qenqen) â verbe : frapper, battre (une personne ou un objet), rouer de coups, marteler, aplanir du mĂ©tal, Ă©craser. Le terme dĂ©signe aussi la grenaille d’un mĂ©tal.
đđđđđđđđ± (ážłnyážłny.t / qenyqeny.t) â nom : maillet, sorte de marteau en bois dur Ă deux tĂȘtes dont se servent les ouvriers du bois, du mĂ©tal et de la pierre.
La forme redoublĂ©e est signifiante : đđđđ rĂ©pĂšte la racine pour dire l’action rĂ©pĂ©tĂ©e â le coup qui revient, le martĂšlement. Le copte a gardĂ© ÏŹâČÏŹâČ avec le sens de faire de la musique, jouer d’un instrument â la percussion Ă©tant restĂ©e dans le mot. Comparez avec le bambara kÉÌnkÉn (triangle musical, instrument en mĂ©tal de forme triangulaire) et kÉÌnkÉn (frapper) : mĂȘme redoublement, mĂȘme percussion du mĂ©tal.
5.4 Le roseau, la gerbe et le tressage
đđđ đ đ° (ážłny / qeny) â verbe : germer.
đđđ (ážłny / qeny) : faire des gerbes.
đđđđ ±đđ„ (ážłnjw / qenyou) â nom : gerbes.
đđđ ou đđđł (ážłn(y) / qeny) â nom : natte, petit tapis de roseau qen. Cette natte doit son nom au fait qu’elle est faite de fibres de roseaux tressĂ©es.
đđđđČđđ± (ážłnyw / qenyou) â nom : chaise Ă porteur, litiĂšre, palanquin â sans doute fabriquĂ©s eux aussi Ă partir de cette matiĂšre vĂ©gĂ©tale.
đđđđ đ đ° (ážłnn(y) / qeneny) â nom : le roseau odorant, Acorus calamus.
đđđ đ (ážłn(y) / qeny) â nom : piĂšce de costume, chĂąle, Ă©charpe cĂ©rĂ©monielle, ornement sacerdotal portĂ© par les prĂȘtres lors des cĂ©rĂ©monies funĂ©raires ou du rite de l’ouverture de la bouche. Le qeny rappelle l’Ă©phod, vĂȘtement sacerdotal des IsraĂ©lites lors des pratiques oraculaires â et doit sans doute son nom Ă sa fabrication en fibres de roseaux tressĂ©es.
5.5 L’achĂšvement et la mesure
đđđ (ážłn(y) / qeny) â verbe : achever, terminer, rĂ©gler, complĂ©ter, doter, ĂȘtre complet, achevĂ©, dĂ©terminer une limite.
đđđ đ (ážłn(y) m / qeny m) : ĂȘtre pourvu, muni, nanti de, ĂȘtre dotĂ© de.
5.6 Le tort et le préjudice
đđđ Ș (ážłnj / qeny) â nom : crime, tort, prĂ©judice, faute commise. Le dĂ©terminatif đ Ș â l’alouette huppĂ©e â symbolise ce qui est funeste, mauvais, sinistre.
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VI. Attestations dans les corpus pharaoniques
6.1 La graisse â le Papyrus mĂ©dical Ebers
« Tu devras manger par la suite quelque chose de gras, comme de la viande grasse ou de la graisse »
Papyrus médical Ebers, planche 55, 1, p. 115. Trad. Bernard Lalanne & Gérard Métra, éd. Safran, 2017.
« Autre remÚde pour chasser de la graisse qui est dans les yeux : galÚne : 1 ; malachite : 1 ; ocre rouge : 1 »
Papyrus médical Ebers, planche 57, 14, p. 119. Trad. Lalanne & Métra, éd. Safran, 2017.
« Autre remÚde pour chasser un amas de graisse : malachite : 2 ; ocre rouge : 1 ; galÚne : 2,5 ; natron : 1 »
Papyrus médical Ebers, planche 62, 22, p. 129. Trad. Lalanne & Métra, éd. Safran, 2017.
« Autre remÚde : farine de la partie ùmùù du blé amidonnier : 1 ; graisse de peau animale : 1 ; argile »
Papyrus médical Ebers, planche 73, 21, p. 151. Trad. Lalanne & Métra, éd. Safran, 2017.
« djĂąt grasse : 1 ; farine de l’aire de battage du grain : 1 ; sel du Delta : 1 ; natron rouge : 1 »
Papyrus médical Ebers, planche 77, 10, p. 159. Trad. Lalanne & Métra, éd. Safran, 2017.
6.2 La force â Le Conte du NaufragĂ©
đŽđđ đđżđđđđđ„đĄđČđ đđ€ đđ đđđđđĄđđđŁđ€đĄ
« …comme un seul monceau de cadavres. Si tu as la force, maĂźtrise ton cĆur ! »
Le Conte du NaufragĂ©, 132. Texte hiĂ©roglyphique, translittĂ©ration et traduction commentĂ©e par Patrice Le Guilloux, pp. 38-39, 2e Ă©d., Cahiers de l’Association d’Ăgyptologie Isis n° 1, Angers 2005.
6.3 La bravoure â Les Aventures de SinouhĂ©
đ»đđđđđ ±đ đđđđđđđđđđđđđđđ ±đ
« …et il m’aimait car il connaissait ma bravoure. Il m’avait placĂ©… »
Les Aventures de SinouhĂ©, B107, pp. 44, 46. Texte hiĂ©roglyphique, translittĂ©ration et traduction commentĂ©e par Patrice Le Guilloux, 2e Ă©d., Cahier de l’Association d’Ăgyptologie Isis n° 4, Angers 2005.
6.4 Combattre â Textes des Sarcophages
« …et j’ai combattu ceux qui t’ont combattu. »
Textes des Sarcophages du Moyen Empire Ă©gyptien, vol. 1, CT IV, Spell [303] (sarcophage B3L), p. 56, section g. Trad. Claude Carrier, pp. 696-697, Ăditions du Rocher, 2004.
6.5 Frapper â La ProphĂ©tie d’Ipou-Our
đ đđ đđ„ đđđđđđČđđ„ đ·đ€ đđđđ đŽ đĄđ đđ„
« Voyez, les serviteurs frappent des bĆufs. »
La ProphĂ©tie d’Ipou-Our, 8, 10, in Les ProphĂ©ties de l’Ăgypte ancienne, textes traduits et commentĂ©s par AndrĂ© Fermat & Michel Lapidus, p. 149, Ă©d. MdV.
6.6 Le vĂȘtement qĂ©ni â Textes des Sarcophages
n s Êżq=t(w)=j r nm.t náčŻr / Êżfn=k(w) m qnj
« Il n’est pas question que je sois saisi dans la salle d’exĂ©cution du dieu, Ă©tant recouvert du qĂ©ni ; il n’est pas question que je sois introduit dans la salle d’exĂ©cution du dieu, Ă©tant recouvert du qĂ©ni. »
Textes des Sarcophages du Moyen Empire Ă©gyptien, vol. 1, CT II, Spell [114] (sarcophage S1C), p. 132, sections a-d. Trad. Claude Carrier, pp. 288-289, Ăditions du Rocher, 2004.
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VII. Ăvolution copte
PhonĂšmes : âČ/âČ (kappa, k) · âČŹ/âČ (kʰi) · ÏŹ/Ï (qima, q) · âČ/âČ (nÄ) · âČ/âČ (alpha) · âČ/âČ (ei) · âȰ/âȱ (Ć) · âČš/âČ© (he, u).
âČâČâČâČ (sahidique) â verbe : devenir gras, engraisser, ĂȘtre gras, onctueux, ĂȘtre florissant. Vient de đđđ (ážłn(y) / qeny).
âČâČâČâČâČ© (sahidique), âČâČâČâČ© (bohaĂŻrique), âČâČâČâČ© â nom : gerbe de blĂ©. Vient de đđđ (ážłny / qeny), faire des gerbes.
ÏâȱâČÏ, ÏâȱâČÏâČ, ÏâČÏâČ (sahidique) â verbe : arracher, cueillir (des raisins), tordre le cou. Vient de đđđđ đŽ đĄ (ážłnážłn), frapper, battre, marteler, aplanir du mĂ©tal.
En dĂ©motique, ážłnážłn / qenqen recouvrait les significations de battre, de combattre, de combat â le geste du forgeron et celui du guerrier restant, jusqu’au bout, le mĂȘme mot.
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VIII. Les langues mandĂ© d’Afrique de l’Ouest
Soninké
xanto â adjectif : gros ; qui a l’esprit Ă©pais (sens nĂ©gatif).
xantu â verbe : grossir, acquĂ©rir de l’embonpoint.
kende â verbe : ĂȘtre solide, vigoureux, Ă©nergique. · kendendi â rendre Ă©nergique, vigoureux, donner de la force.
kendente â adjectif : solide, fort, Ă©nergique. · kendeye â nom : force, vigueur.
Bambara
kÉÌn â verbe : avoir de la graisse (le plus souvent celle de l’animal, du bĂ©tail domestique) ; engraisser le bĂ©tail. Nom : graisse, profit.
kÉÌnÉ â adjectif : sain, en bonne santĂ©, actif, aguerri, solide. · kÉÌnÉya â nom : pleine forme, santĂ©, vigueur.
kĂĄna ou kĂĄnan â verbe : Ă©monder, fendre, diviser, tailler. Synonyme de ci (frapper, fendre du bois, tailler, dĂ©truire).
kÉÌnkÉn â nom : triangle musical, instrument en mĂ©tal de forme triangulaire. · kÉÌnkÉn â verbe : frapper.
kÉÌniya â verbe : envier, jalouser, dĂ©tester, haĂŻr par jalousie.
kÉÌÉČÉ (ou kÉÌnyÉ, kĂĄnya) â verbe : Ă©galiser, ajuster, faire Ă©quivaloir, faire coĂŻncider, Ă©quilibrer.
kÉÌÉČÉ â nom : cire (substance grasse de couleur jaune). · kÉÌÉČÉkalama (de kÉÌÉČÉ + kĂ lama, bĂątonnet) â nom composĂ© : la bougie.
Maninka du Niokolo (Sénégal oriental)
keĆ â verbe : ĂȘtre, devenir gras. Nom : graisse.
kende â verbe : ĂȘtre en bon Ă©tat, en bonne santĂ©, en bonne forme, Ă©nergique. · kendeyaa â ĂȘtre sain, en bonne santĂ©.
Ce qui frappe ici n’est pas une ressemblance isolĂ©e mais la reconduction du mĂȘme faisceau : la graisse (kÉÌn, keĆ, xantu), la vigueur (kÉÌnÉya, kendeye), la frappe (kÉÌnkÉn, kĂĄna), la percussion du mĂ©tal (kÉÌnkÉn), la jalousie (kÉÌniya) et jusqu’Ă l’Ă©galisation (kÉÌÉČÉ) s’y distribuent comme en Ă©gyptien. On notera que kÉÌn signifie Ă la fois « graisse » et « profit » â exactement la chaĂźne que l’hĂ©breu parcourt de qanah (acquĂ©rir) Ă miqneh (le bĂ©tail comme richesse).
Note de mĂ©thode. On distinguera ici deux ordres de faits. Les correspondances entre l’Ă©gyptien, l’hĂ©breu et l’arabe reposent sur un cognat afroasiatique Ă©tabli. Les rapprochements mandĂ© relĂšvent d’un autre rĂ©gime de preuve : ils sont relevĂ©s ici comme convergences de forme et de sens, et versĂ©s au dossier d’une enquĂȘte qui reste Ă conduire. C’est prĂ©cisĂ©ment parce que le faisceau est dense â la graisse, la vigueur, la frappe, la percussion du mĂ©tal, la jalousie, l’Ă©galisation â qu’il appelle un examen systĂ©matique plutĂŽt qu’une conclusion hĂątive.
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IX. Correspondances hĂ©braĂŻques â la racine ڧ-Ś -Ś
La racine hĂ©braĂŻque ڧ (qoph) â Ś (nun) â Ś (he) dĂ©ploie un champ qui recoupe presque terme Ă terme celui de l’Ă©gyptien :
| Forme | Lecture | Sens |
|---|---|---|
| Ś§ÖžŚ ÖžŚ | qanah | acquĂ©rir, possĂ©der, obtenir, acheter, crĂ©er, former |
| ŚÖŽŚ§Ö°Ś Ö¶Ś | miqneh | bĂ©tail, troupeau, animal domestique (vaches, moutons, chĂšvres, brebis) |
| Ś§ÖžŚ Ö¶Ś | qaneh | tige, roseau, plante d’eau, jonc, canne Ă mesurer, branches de chandelier |
| Ś§ÖŽŚ Ö°ŚÖžŚ | qinÊŸah | jalousie, envie, zĂšle, ardeur, emportement, fureur |
| ڧַŚÖŽŚ | Qayin | nom du fils aĂźnĂ© d’Adam et Ăve |
| Ś§Ö”ŚŚ ÖŽŚ | Qeyniy | adjectif patronymique : la tribu qĂ©nite du beau-pĂšre de MoĂŻse |
Une remarque morphologique dĂ©cisive. La racine hĂ©braĂŻque prĂ©sente en troisiĂšme radical la consonne Ś (hĂš), lĂ oĂč son cognat arabe prĂ©sente une Ù (yÄÊŸ), Ă©quivalente Ă la Ś (yod) hĂ©braĂŻque. Or les verbes hĂ©breux Ă troisiĂšme radical hĂš avaient primitivement pour troisiĂšme radical soit un waw Ś, soit un yod Ś. Le cognat arabe et l’Ă©gyptien đ–đ–đ nous permettent de le savoir : c’est l’hĂ©breu qui a affaibli la finale, et l’Ă©gyptien qui a conservĂ© l’Ă©tat ancien.
9.1 Acquérir, créer, former
way-ážÄ-rÉ-áž”ĂȘ-hĆ« way-yĆ-mar; bÄ-rƫប ÊŸaáž-rÄm lÉ-ÊŸĂȘl Êżel-yĆ-wn, qĆ-nĂȘh ĆĄÄ-ma-yim wÄ-ÊŸÄ-reáčŁ
« Il bénit Abram, et dit : Béni soit Abram par le Dieu TrÚs-Haut, maßtre du ciel et de la terre ! »
GenĂšse 14 : 19, Bible (trad. Louis Segond).
hÄ-lĆ-w-hĆ« ÊŸÄ-ážĂź-áž”Ä qÄ-ne-áž”Ä, hĆ« ÊżÄ-ĆÉ-áž”Ä way-áž”Ć-nÉ-ne-áž”Ä
« Nâest-il pas ton pĂšre, ton crĂ©ateur ? Nâest-ce pas lui qui tâa formĂ©, et qui tâa affermi ? »
Deutéronome 32 : 6, Bible (trad. Louis Segond).
way-yi-qen yĆ-w-sĂȘpÌ ÊŸeáčŻ-kÄl-ÊŸaáž-maáčŻ miáčŁ-ra-yim lÉ-pÌar-ÊżĆh
« Joseph acheta toutes les terres de lâĂgypte pour Pharaon »
GenĂšse 47 : 20, Bible (trad. Louis Segond).
9.2 Le troupeau â la graisse devenue richesse
Le passage de la graisse Ă la possession n’est pas un glissement fortuit. Ce que l’on acquiert (qanah), c’est d’abord le bĂ©tail (miqneh) â et le bĂ©tail se mesure Ă sa graisse. Le latin dira de mĂȘme pecunia, l’argent, depuis pecus, le troupeau ; et l’anglais capital depuis caput, la tĂȘte de bĂ©tail que l’on compte. Trois familles linguistiques, une seule Ă©quation : la richesse est du bĂ©tail engraissĂ©.
wÉ-ÊŸaáž-rÄm kÄ-ážĂȘáž mÉ-ÊŸĆáž; bam-miq-neh bak-ke-sepÌ Ć«-ážaz-zÄ-hÄáž
« Abram était trÚs riche en troupeaux, en argent et en or. »
GenĂšse 13 : 2, Bible (trad. Louis Segond).
kĂź-hÄ-yÄh rÉ-បƫ-ĆĄÄm rÄáž miĆĄ-ĆĄe-ážeáčŻ yaáž„-dÄw; wÉ-lĆ yÄ-áž”É-lÄh ÊŸe-reáčŁ mÉ-ឥƫ-rĂȘ-hem lÄ-ĆĂȘáčŻ ÊŸĆ-áčŻÄm, mip-pÉ-nĂȘ miq-nĂȘ-hem
« Car leurs richesses Ă©taient trop considĂ©rables pour quâils demeurassent ensemble, et la contrĂ©e oĂč ils sĂ©journaient ne pouvait plus leur suffire Ă cause de leurs troupeaux. »
GenĂšse 36 : 7, Bible (trad. Louis Segond).
wÉ-hipÌ-lÄh Yah-weh, bĂȘn miq-nĂȘh yiĆ-rÄ-ÊŸĂȘl, Ć«-ážĂȘn miq-nĂȘh miáčŁ-rÄ-yim
« LâĂternel distinguera entre les troupeaux dâIsraĂ«l et les troupeaux des Ăgyptiens »
Exode 9 : 4, Bible (trad. Louis Segond).
9.3 La jalousie
ÊŸÄ-ĆĄer-ĆĄÄm mĆ-w-ĆĄaáž, sĂȘ-mel haq-qin-ÊŸÄh ham-maq-neh
« …oĂč Ă©tait lâidole de la jalousie, qui excite la jalousie de lâĂternel. »
ĂzĂ©chiel 8 : 3, Bible (trad. Louis Segond).
C’est ici que le dĂ©terminatif Ă©gyptien đ â la tĂȘte d’antilope bubale, signe de la rage et de l’enragement â prend tout son sens. Le scribe pharaonique l’avait joint au mot de la graisse et de l’acquisition. L’hĂ©breu tire de la mĂȘme racine qinÊŸah, la jalousie. Ce que l’on possĂšde rend enragĂ© celui qui ne possĂšde pas.
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9.4 Le roseau et la canne Ă mesurer
đđđ đ (ážłnj / qeny) nomme en Ă©gyptien la gerbe de papyrus, le fagot, le faisceau de flĂšches ; lâhĂ©breu Ś§ÖžŚ Ö¶Ś (qaneh) nomme le roseau, la tige, la canne Ă mesurer. Le mot a poursuivi sa route : lâougaritique, langue sĂ©mitique Ă©teinte, Ă©crivait đđ (qn) pour la canne et la flĂšche ; le guĂšze á”áá” (kÊ·Énat) signifie lance, javelot, Ă©pĂ©e, bras. Et le français doit Ă cette famille son mot canne, remontant Ă lâĂ©gyptien via le latin canna et le grec kanna â roseau, tuyau. Câest le mĂȘme roseau qui, devenu tube, donnera canon ; et la mĂȘme canne Ă mesurer qui donnera le canon des Ăcritures, la rĂšgle.
wÉ-hÄ-yÄh haĆĄ-ĆĄÄ-rÄáž la-ÊŸÄ-ឥam, wÉ-áčŁim-mÄ-ÊŸĆ-wn lÉ-mab-bĆ«-ÊżĂȘ mÄ-yim; bin-wĂȘh áčŻan-nĂźm riáž-áčŁÄh, áž„Ä-áčŁĂźr lÉ-qÄ-neh wÄ-ឥĆ-me
« Le mirage se changera en Ă©tang et la terre dessĂ©chĂ©e en sources dâeaux ; dans le repaire qui servait de gĂźte aux chacals, croĂźtront des roseaux et des joncs. »
ĂsaĂŻe 35 : 7, Bible (trad. Louis Segond).
wÉ-he-ÊŸez-nĂź-ងƫ nÉ-hÄ-rĆ-wáčŻ, dÄ-lÄ-lĆ« wÉ-áž„Ä-rÉ-ážĆ« yÉ-ÊŸĆ-rĂȘ mÄ-áčŁĆ-wr; qÄ-neh wÄ-sĆ«pÌ qÄ-mĂȘ-lĆ«
« Les riviĂšres seront infectes, les canaux de lâĂgypte seront bas et dessĂ©chĂ©s, les joncs et les roseaux se flĂ©triront. »
ĂsaĂŻe 19 : 6, Bible (trad. Louis Segond).
Ć«-pÌÉ-áčŻĂźl-piĆĄ-tĂźm bÉ-yÄ-ážĆw Ć«-qÉ-nĂȘh ham-mid-dÄh; wÉ-hĆ« ÊżĆ-mĂȘáž baĆĄ-ĆĄÄ-Êżar
« …il avait dans la main un cordeau de lin et une canne pour mesurer, et il se tenait Ă la porte. »
ĂzĂ©chiel 40 : 3, Bible (trad. Louis Segond).
wÉ-ĆĄiĆĄ-ĆĄÄh qÄ-nĂźm, yĆ-áčŁÉ-ÊŸĂźm miáčŁ-áčŁid-de-hÄ
« Six branches sortiront de ses cĂŽtĂ©s… »
Exode 25 : 32, Bible (trad. Louis Segond).
lĆ-qÄ-nĂź-áčŻÄ lĂź ážak-ke-sepÌ qÄ-neh, wÉ-áž„ĂȘ-leáž zÉ-ážÄ-áž„e-áž”Ä lĆ hir-wĂź-áčŻÄ-nĂź
« Tu ne mâas point achetĂ© Ă prix dâargent du roseau aromatique, et tu ne mâas point enivrĂ© de la graisse de tes sacrifices »
ĂsaĂŻe 43 : 24, Bible (trad. Martin). Ce verset rĂ©unit en une seule phrase les deux pĂŽles de la racine : le roseau et la graisse.
lÄm-mÄh-zeh lĂź lÉ-ážĆ-w-nÄh miĆĄ-ĆĄÉ-ážÄ áčŻÄ-ážĆ-w, wÉ-qÄ-neh haáč-áčĆ-wáž mĂȘ-ÊŸe-reáčŁ mer-áž„Äq
« Pourquoi mâoffrir de lâencens venu de SĂ©ba, et le bon roseau aromatique du pays Ă©loignĂ© ? »
Jérémie 6 : 20, Bible (trad. Louis Segond).
wÉ-hik-kÄh Yah-weh ÊŸeáčŻ-yiĆ-rÄ-ÊŸĂȘl, ka-ÊŸÄ-ĆĄer yÄ-nƫហhaq-qÄ-neh bam-ma-yim
« LâĂternel frappera IsraĂ«l, et il en sera de lui comme du roseau qui est agitĂ© dans les eaux »
1 Rois 14 : 15, Bible (trad. Louis Segond).
hin-nĂȘh ážÄ-áčaáž„-tÄ lÉ-áž”Ä Êżal-miĆĄ-Êże-neáčŻ haq-qÄ-neh hÄ-rÄ-áčŁĆ«áčŁ haz-zeh Êżal-miáčŁ-ra-yim
« Voici, tu as pris pour soutien ce roseau cassĂ©… tel est Pharaon, roi dâĂgypte, pour tous ceux qui se confient en lui. »
2 Rois 18 : 21, Bible (trad. Louis Segond).
ta-áž„aáčŻ-áčŁe-ÊŸÄ-lĂźm yiĆĄ-kÄáž; bÉ-sĂȘ-áčŻer qÄ-neh Ć«-ážiáčŁ-áčŁÄh
« Il se couche sous les lotus, au milieu des roseaux et des marécages »
Job 40 : 21, Bible (trad. Louis Segond).
wÉ-hin-nĂȘh ĆĄe-ážaÊż ĆĄib-bo-lĂźm, ÊżĆ-lĆ-wáčŻ bÉ-qÄ-neh ÊŸe-áž„Äáž bÉ-rĂź-ÊŸĆ-wáčŻ wÉ-áčĆ-ážĆ-wáčŻ
« Voici, sept Ă©pis gras et beaux montĂšrent sur une mĂȘme tige. »
GenĂšse 41 : 5, Bible (trad. Louis Segond). LĂ encore, la graisse et le roseau dans le mĂȘme verset.
9.5 La mesure et la limite â du heqat au áž„Ćq
Le vocable đ đđ (qnt / qenet), joint au terme đŸđŸ đ„ (áž„kÈt) avec les dĂ©terminatifs đđœ, forme đŸđŸđ„ đ đđ đđœ (áž„kÈt-ážłnt / heqat-qenet) : le « double heqat », deux heqat pour un volume de 9,538 dmÂł. Le heqat est cette canne Ă lâextrĂ©mitĂ© supĂ©rieure recourbĂ©e đŸ, lâun des sceptres pharaoniques. Le signe đŸ â mesure dâoĂč sâĂ©coule du grain, idĂ©ogramme dâorge â prĂ©cĂ©dĂ© de đ, dĂ©terminatif des notions abstraites, renvoie Ă la mesure de quantitĂ©.
Ce nom a essaimĂ© dans tout le domaine sĂ©mitique. LâhĂ©breu ŚÖ茧 (áž„Ćq), de ŚÖžŚ§Ö·Ś§ (áž„aqaq), signifie : chose fixĂ©e, loi, acte lĂ©gislatif, dĂ©cret, prĂ©cepte, ordonnance, statut, coutume, part, portion. Lâarabe ۧÙŰÙÙ (al-កaqq, pluriel ŰÙÙÙÙÙ áž„uqĆ«q) : VĂ©ritĂ©, Devoir, Droit, Justice ; et ŰÙÙÙŰ© (áž„aqÄ«qa, pluriel ŰÙÙÙۧۊÙÙ) : RĂ©alitĂ©, VĂ©ritĂ©, AuthenticitĂ© â racine កQQ. LâaramĂ©en syriaque a áž„uqqÄ : ligne, rĂšgle. LâĂ©thiopien áž„aqaqa : Ă©galiser, lier, fixer.
Le chemin est net : dâune mesure de grain Ă la loi, du volume dĂ©terminĂ© au dĂ©cret, de lâĂ©talon matĂ©riel Ă la VĂ©ritĂ©. Ce que le droit appelle « rĂšgle » nâa jamais cessĂ© dâĂȘtre la canne Ă mesurer.
Les idĂ©es dâachever, de terminer, de fixer un terme sâĂ©crivaient de mĂȘme đđđ (ážłn(y) / qeny). Le rapprochement sâimpose avec lâhĂ©breu Ś§ÖŽŚ Ö°ŚŠÖ”Ś (qináčŁĂȘ), traduit ici par « terme » :
Êżaáž-ÊŸÄ-nÄh tÉ-ĆĂź-mĆ«n qin-áčŁĂȘ lÉ-mil-lĂźn; tÄ-ážĂź-nĆ«, wÉ-ÊŸa-áž„ar nÉ-ážab-bĂȘr
« Quand mettrez-vous un terme Ă ces discours ? Ayez de lâintelligence, puis nous parlerons. »
Job 18 : 2, Bible (trad. Louis Segond).
9.6 LâĂ©gal et le dĂ» â le bambara kĂĄn
Le champ de la mesure conduit Ă celui de lâĂ©quitĂ©, et le bambara en fournit un tĂ©moin remarquable. Le verbe qualitatif kĂĄn (Bamadaba â 2954, distinct des homonymes traitĂ©s plus haut) signifie dâabord ĂȘtre Ă©gal, pareil, identique : Ăč ka kĂĄn, « ils sont Ă©gaux ». De lĂ , par un glissement qui nâa rien dâisolĂ©, il passe au sens de convenable, nĂ©cessaire, dĂ», mĂ©ritĂ© : Ă ka kĂĄn, « il faut, il convient » ; Ă ka kĂĄn nĂ⊠yĂ©, « il mĂ©rite » ; ĂČ tĂčn man kĂĄn kĂ kÉÌ, « il ne fallait pas le faire ».
Ce trajet â de lâĂ©gal au dĂ» â est exactement celui quâaccomplit la racine sĂ©mitique de la mesure. Lâarabe ŰÙÙ (áž„aqq) part de la mesure fixĂ©e et aboutit au droit, au devoir, Ă ce qui est dĂ» ; lâhĂ©breu ŚÖ茧 (áž„Ćq) va du volume dĂ©terminĂ© au dĂ©cret et Ă la loi. Le bambara kĂĄn refait ce chemin de bout en bout : ce qui est ajustĂ© Ă la mesure devient ce qui est juste, puis ce qui est obligatoire. On retrouve lĂ , du cĂŽtĂ© mandĂ©, le geste mĂȘme de kÉÌÉČÉ (Ă©galiser, ajuster, faire Ă©quivaloir) et de lâĂ©gyptien ážłn r (« ĂȘtre Ă©quivalent, monter jusquâà », pour une mesure). Que la justice se dise partout depuis la balance â lâĂ©gal, le juste, le dĂ» â nâest pas le moindre Ă©cho de cette racine.
âž»
X. Qayin â le nom du forgeron
On donne rarement Ă savoir que le nom hĂ©breu du personnage fratricide de la GenĂšse â Ś§Ö·ŚÖŽŚ, Qayin, CaĂŻn â procĂšde de cette mĂȘme racine, et des acceptions attachĂ©es Ă Ś§ÖžŚ ÖžŚ (qanah) : acquĂ©rir, acheter, obtenir, mais aussi crĂ©er, former, consolider.
wÉ-hÄ-ÊŸÄ-ážÄm, yÄ-ážaÊż ÊŸeáčŻ-áž„aw-wÄh ÊŸiĆĄ-tĆw; wat-ta-har wat-tĂȘ-leáž ÊŸeáčŻ-qa-yin, wat-tĆ-mer qÄ-nĂź-áčŻĂź ÊŸĂźĆĄ ÊŸeáčŻ-Yah-weh
« Adam connut Ăve, sa femme ; elle conçut, et enfanta CaĂŻn, et elle dit : Jâai formĂ© un homme avec lâaide de lâĂternel. »
GenĂšse 4 : 1, Bible (trad. Louis Segond). Le verbe employĂ© est qÄnĂźáčŻĂź, de qanah â former, crĂ©er, acquĂ©rir.
Dans lâesprit du scribe de la GenĂšse, Qayin est donc conçu comme un crĂ©ateur, un premier civilisateur. Son nom est dâailleurs associĂ© Ă la lance et au javelot, le sous-entendant comme artisan, forgeron â lâHĂ©phaĂŻstos sĂ©mite, maĂźtre des arts de la forge et du travail des mĂ©taux :
Ć«-miĆĄ-qal qĂȘ-nĆw ĆĄÉ-lĆĆĄ mĂȘ-ÊŸĆ-wáčŻ miĆĄ-qal nÉ-áž„Ć-ĆĄeáčŻ, wÉ-hĆ« áž„Ä-ឥƫr áž„Ä-ážÄ-ĆĄÄh
« …il avait une lance du poids de trois cents sicles dâairain, et il Ă©tait ceint dâune Ă©pĂ©e neuve. »
2 Samuel 21 : 16, Bible (trad. Louis Segond). Le mot qĂȘnĆw â sa lance â porte la racine mĂȘme du nom de CaĂŻn.
Mais les acceptions premiĂšres de cette racine sont la force, la puissance, la suprĂ©matie, la domination â en Ă©gyptien pharaonique đđ đđĄ (ážłnn(y) / qeneny) â ainsi que la vĂ©hĂ©mence et la rigiditĂ©. Qayin renvoie de mĂȘme Ă ce qui sert de fondement, de base, dâĂ©talon de mesure, de rĂšgle : un prototype, un archĂ©type, un symbole primitif. Son nom renvoie encore Ă la possession, Ă lâappropriation, Ă la coercition, Ă la saisie.
LâĂ©gyptien dit tout cela avec đđđ (ážłnj / qeny) : ĂȘtre capable, fort, brave, courageux, vaillant, puissant, vigoureux, corpulent ; devenir fort, actif, vif ; ĂȘtre abondant, prodigue, excessif. Le dĂ©terminatif qui lâaccompagne â đ, lâhomme frappant avec un bĂąton tenu Ă deux mains â dit la force, la violence, la contrainte, lâeffort, et aussi lâenseignement. En Ăgypte ancienne, les braves sâappelaient les đđđđđđĄđđ„ (ážłnyt / qenyt) ; et đđđ đ (ážłnj / qeny), « le brave », servait de titre militaire.
La mĂ©tathĂšse. La racine Ă©gyptienne đ (ážł) â đ (n) â đ (y) est une mĂ©tathĂšse de celle qui forme en hĂ©breu le nom du fils aĂźnĂ© : ڧ (qoph) â Ś (yod) â Ś (nun). LâĂ©quivalent hĂ©breu du yod, qui est đ (y), sâĂ©crit en Ă©gyptien Ă la fin comme troisiĂšme radical dans đđđ (ážłnj), lĂ oĂč lâhĂ©breu le place au milieu dans Qa-y-in. MĂȘme trois consonnes, ordre distinct, sens identique.
Le forgeron. Le sens Ă©gyptien dâĂȘtre habile, capable, compĂ©tent ne messied pas Ă un bon forgeron ni Ă un guerrier â puisque le sens de « javelot » est assimilĂ© au nom de Qayin. Et đđđđ đŽ đĄ (ážłnážłn) signifiait frapper, battre, marteler, aplanir du mĂ©tal : il nây a ici aucun doute quâil sâagit de lâactivitĂ© du faber. En arabe, forger, former, assembler, agglomĂ©rer, consolider, organiser se dit ÙŰ§Ù (qÄna) â et le forgeron sâappelle ÙÙÙ (qayn). La racine Ù-Ù-Ù est une mĂ©tathĂšse de Ù-Ù-Ù, et rejoint exactement le nom hĂ©breu de Qayin.
Le tort. LâĂ©gyptien possĂšde aussi đđđ Ș (ážłnj / qeny), avec le dĂ©terminatif de lâalouette huppĂ©e symbolisant ce qui est funeste et mauvais, et les significations de faute commise et de prĂ©judice infligĂ© â tels quâattribuĂ©s Ă CaĂŻn, coupable de fratricide.
La jalousie. De cette mĂȘme racine hĂ©braĂŻque procĂšde Ś§ÖŽŚ Ö°ŚÖžŚ (qinÊŸah) : la jalousie, lâenvie, le zĂšle, lâardeur, lâemportement, la fureur. DâoĂč le dĂ©terminatif de rage đ joint par le scribe Ă đđđ. Et lâon se souviendra que lâoffrande dâAbel Ă©tait prĂ©cisĂ©ment une offrande grasse :
wÉ-he-ážel hĂȘ-ážĂź ឥam-hĆ« mib-bÉ-áž”Ć-rĆ-wáčŻ áčŁĆ-nĆw Ć«-mĂȘ-áž„el-ážĂȘ-hen; way-yi-ĆĄaÊż Yah-weh, ÊŸel-he-ážel wÉ-ÊŸel-min-áž„Ä-áčŻĆw
« …et Abel, de son cĂŽtĂ©, en fit une des premiers-nĂ©s de son troupeau et de leur graisse. LâĂternel porta un regard favorable sur Abel et sur son offrande. »
GenĂšse 4 : 4, Bible (trad. Louis Segond).
La boucle se referme : la graisse du troupeau (miqneh) fait la richesse ; la richesse suscite la jalousie (qinÊŸah) ; la jalousie arme la main de Qayin. Un seul squelette consonantique porte le mobile, lâobjet et lâauteur du premier meurtre.
10.1 Le bĂątisseur de ville
way-yĂȘ-ážaÊż qa-yin ÊŸeáčŻ-ÊŸiĆĄ-tĆw, wat-ta-har wat-tĂȘ-leáž ÊŸeáčŻ-áž„Ä-nĆ-wáž”; way-hĂź bĆ-neh ÊżĂźr, way-yiq-rÄ ĆĄĂȘm hÄ-ÊżĂźr, kÉ-ĆĄĂȘm bÉ-nĆw áž„Ä-nĆ-wáž”
« Caïn connut sa femme ; elle conçut, et enfanta Hénoc. Il bùtit ensuite une ville, et il donna à cette ville le nom de son fils Hénoc. »
GenĂšse 4 : 17, Bible (trad. Louis Segond).
Il faut savoir que ŚÖČŚ ŚÖčŚÖ° (កanĆwk, HĂ©noc) vient du verbe ŚÖžŚ Ö·ŚÖ° (áž„anak) : initier, inaugurer, instruire, Ă©tablir, instituer. Le fils du forgeron porte le nom de lâinauguration â et donne le sien Ă la premiĂšre ville.
10.2 Les Qénites
Les QĂ©nites, peuple de mĂ©tallurgistes semi-nomades Ă©voquĂ© dans la Bible hĂ©braĂŻque, sont tenus pour les descendants de Qayin le forgeron. JĂ©thro (ŚŚȘŚšŚ, yiáčŻrĆ), beau-pĂšre de MoĂŻse, Ă©tait appelĂ© le QĂ©ni â allusion Ă CaĂŻn le travailleur des mĂ©taux, maĂźtre du feu et des forges.
Ć«-ážÉ-nĂȘ qĂȘ-nĂź áž„Ć-áčŻĂȘn mĆ-ĆĄeh ÊżÄ-lĆ« mĂȘ-ÊżĂźr hat-tÉ-mÄ-rĂźm ÊŸeáčŻ-bÉ-nĂȘ yÉ-hĆ«-ážÄh
« Les fils du QĂ©nite, beau-pĂšre de MoĂŻse, montĂšrent de la ville des palmiers, avec les fils de Juda… »
Juges 1 : 16, Bible (trad. Louis Segond).
10.3 Le nid, lâabri â qÄn et le bambara kĂĄna
La mĂȘme racine porte encore, en hĂ©breu, le nom du nid : Ś§Ö”Ś (qÄn), de Ś§ÖžŚ Ö·Ś (qanan), faire son nid, nicher. Le nid est le point oĂč deux champs de la racine se nouent : câest une chose tressĂ©e â brindilles entrelacĂ©es, comme la natte đđđ et la gerbe đđđ â et câest un abri. De lâentrelacs Ă la protection, le chemin est direct ; et lâĂ©gyptien le confirme, dont la mĂ©tathĂšse đđđ (ážłny) signifie Ă©treindre, enlacer, envelopper, et dont le vĂȘtement qeni est ce dont on est recouvert.
Le texte biblique joue lui-mĂȘme de cette parentĂ©. Lorsque Balaam aperçoit le QĂ©nite, il file le calembour entre haq-qĂȘynĂź (le QĂ©nite) et qinnekha (ton nid) :
way-yar ÊŸeáčŻ-haq-qĂȘ-nĂź, way-yiĆ-ĆÄ mÉ-ĆĄÄ-lĆw way-yĆ-mar; ÊŸĂȘ-áčŻÄn mĆ-wĆ-ĆĄÄ-áže-áž”Ä, wÉ-ĆĂźm bas-se-laÊż qin-ne-áž”Ä
« Balaam vit les Qénites, et prononça son oracle : Ta demeure est solide, et ton nid posé sur le roc. »
Nombres 24 : 21, Bible (trad. Louis Segond). Le nid (qÄn) et le QĂ©nite (qĂȘynĂź) sonnent de la mĂȘme racine : lâauteur savait que le peuple du forgeron portait le nom de lâabri nichĂ© dans la pierre.
Le bambara valide la chaĂźne de son cĂŽtĂ©. Le verbe kĂĄna signifie protĂ©ger, veiller sur ; kĂĄna comme nom, la protection. Parmi ses synonymes figure sutura â empruntĂ© Ă lâarabe ŰłÙŰȘÙ۱ (satr), « le fait de couvrir » : couvrir, donc protĂ©ger. La langue refait, avec un mot importĂ©, le geste mĂȘme que la racine đ–đ accomplit depuis lâĂgypte â envelopper pour abriter. On gardera la prudence dâusage : le Bamadaba distingue par leur numĂ©rotation ce kĂĄna (protĂ©ger) et le kĂĄn de lâĂ©galitĂ©, ce qui signale de lâhomonymie ; mais la convergence de la protection avec lâenveloppement ážłny et le nid qÄn nâen reste pas moins frappante.
Il serait intĂ©ressant, Ă ce propos, de mener une recherche linguistique sur les patronymes dâAfrique subsaharienne â dans la communautĂ© peule comme dans dâautres. Des noms tels que Kane, KantĂ©, KandĂ© (nom du Roi-Forgeron Soumaoro KantĂ©), KonatĂ©, KontĂ©, KanoutĂ©, KonĂ© (celui qui est puissant et fort) sont liĂ©s au pouvoir â canne, bĂąton de pĂątre, sceptre â Ă la domination, Ă la maĂźtrise, Ă une profession, au travail du fer et Ă la forge. Des patronymes qui rappellent les vocables de lâĂgypte pharaonique et le nom de CaĂŻn. Ces noms africains seraient-ils qĂ©nites ?
âž»
XI. Vocables de lâarabe
11.1 La racine Ù-Ù-Ù â acquĂ©rir, nantir
Sens : contenter, satisfaire, acquĂ©rir, donner la suffisance Ă quelquâun, nantir, rendre satisfait, faire acquĂ©rir, mettre le gibier Ă portĂ©e du chasseur.
ŰŁÙÙÙÙÙÙÙ° / ÙÙÙÙÙÙÙ (aqnÄ / yuqnÄ«) â verbe forme IV : faire acquĂ©rir, obtenir, faire contenter, donner la suffisance, rendre satisfait.
Cette racine nâapparaĂźt quâune seule fois dans le corpus coranique, avec le sens de « nanti » :
Wa ÊŸAnnahu Huwa ÊŸAghnÄ Wa ÊŸAqnÄ
« …et que câest Lui qui a enrichi et a nanti, »
Sourate 53, ۧÙÙŰŹÙ / An-Najm / LâĂtoile, verset 58, in Le Coran, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, p. 528, Ă©d. Albouraq 2018.
11.2 La mĂ©tathĂšse Ù-Ù-Ù â forger
ÙŰ§Ù / ÙÙÙÙ (qÄna / yaqÄ«nu) â verbe forme I : forger, assembler, organiser, agglomĂ©rer, consolider, Ă©galer ensemble.
ÙÙÙ (qayn) â nom : le forgeron.
Câest ici que la dĂ©monstration se boucle : la mĂ©tathĂšse arabe q-y-n donne au forgeron son nom exact, dans le mĂȘme ordre consonantique que lâhĂ©breu Qa-y-in. La forge et le fratricide portent le mĂȘme mot dans deux langues sĂ©mitiques distinctes.
11.3 La racine Ù-Ù-Ù â possĂ©der, la grappe
Sens : acquĂ©rir quelque chose, se procurer, sâapproprier, possĂ©der, rĂ©tribuer quelquâun.
ÙÙÙÙÙÙŰ§Ù (qinwÄn) â nom pluriel : rĂ©gimes ou grappes de dattes.
wa-huwa lladhÄ« ÊŸanzala mina s-samÄÊŸi mÄÊŸan fa-ÊŸakhrajnÄ bihÄ« nabÄta kulli shayÊŸin fa-ÊŸakhrajnÄ minhu khaážiran nukhriju minhu áž„abban mutarÄkiban wa-mina n-nakhli min áčalÊżihÄ qinwÄnun dÄniyatun wa-jannÄtin min ÊŸaÊżnÄbin wa-z-zaytĆ«na wa-r-rummÄna mushtabihan wa-ghayra mutashÄbihin â ináșurĆ« ÊŸilÄ thamarihÄ« ÊŸidhÄ ÊŸathmara wa-yanÊżihÄ« â ÊŸinna fÄ« dhÄlikum la-ÊŸÄyÄtin li-qawmin yuÊŸminĆ«na
« Et câest Lui qui a fait descendre soudainement une eau du ciel. Alors, par elle, Nous avons fait sortir toutes sortes de vĂ©gĂ©tation. Puis Ă partir dâelle, Nous avons fait sortir de la verdure dont Nous produisons graines agglomĂ©rĂ©es et rĂ©gimes de dattes sâabaissant des spathes des palmiers, et des jardins de vignes, et des oliviers, et des grenadiers, semblables et non comparables. Observez leurs fruits quand ils sont formĂ©s et arrivent Ă maturitĂ© ! Vraiment, en cela : des Signes pour des tenants qui mettent en Ćuvre le DĂ©pĂŽt confiĂ© ! »
Sourate 6, ۧÙŰŁÙŰčŰ§Ù / Al-AnÊżĂąm / Les Bestiaux, verset 99, in Le Coran, trad. M. Maurice Gloton, p. 140, Ă©d. Albouraq 2018.
La grappe est un faisceau : ce qui est liĂ©, rassemblĂ©, tressĂ©. On retrouve le geste du đđđđ ±đđ„ Ă©gyptien â la gerbe â et son dĂ©terminatif đ, le nĆud.
11.4 La racine Űș-Ù-Ù â la richesse
Dans le verset 58 de la sourate An-Najm figure, aux cĂŽtĂ©s de aqnÄ, un second vocable liĂ© Ă la richesse : ŰŁÙŰșÙÙÙÙÙ° (aghnÄ), de la racine Űș-Ù-Ù. Sa consonne initiale Űș (ÄĄayn) est une fricative uvulaire voisĂ©e ; or la consonne Ă©gyptienne đ (ážł, q), occlusive uvulo-vĂ©laire sourde, correspond aussi â quoique rarement â Ă ce ÄĄayn sĂ©mitique.
ŰșÙÙÙÙÙ (ÄĄaniya) â verbe : ĂȘtre riche, ĂȘtre fortunĂ©.
ŰșÙÙÙÙ (ÄĄinÄ) â nom : la richesse, la fortune, lâopulence, lâabondance.
Ù±ÙÙŰșÙÙÙÙÙÙ (Al-Ghaniyy) â lâun des 99 noms dâAllÄh : Le Riche, lâIndĂ©pendant, lâOpulent, Celui qui se suffit Ă Lui-mĂȘme.
Le verset 58 fait ainsi rĂ©fĂ©rence au Dieu de lâIslam comme à « celui qui enrichit ». La racine de lâabondance, partie de la graisse animale en Ă©gyptien, aboutit ici Ă un attribut divin.
âž»
XII. SynthĂšse â la consistance acquise
Une seule racine trilitĂšre, six champs de sens, et un fil qui les traverse : prendre consistance. Le corps qui engraisse, lâhomme qui devient fort, le mĂ©tal quâon martĂšle jusquâĂ lui donner forme, la fibre quâon tresse jusquâĂ faire natte, la mesure quâon fixe jusquâĂ faire loi. Dans chaque cas, une matiĂšre indĂ©terminĂ©e reçoit poids, forme et limite.
Câest pourquoi le mĂȘme mot dit lâacquisition et la crĂ©ation. En hĂ©breu, qanah signifie acquĂ©rir et former â et Ăve, enfantant, emploie le verbe du commerce pour dire lâengendrement. Le forgeron acquiert la forme au mĂ©tal comme le berger acquiert le troupeau ; lâun et lâautre font passer Ă lâĂȘtre ce qui nâĂ©tait pas encore dĂ©terminĂ©.
De lĂ procĂšde la figure de Qayin, dont le nom rassemble tout : le forgeron, le maĂźtre du feu, le premier bĂątisseur de ville, lâinventeur des poids et mesures, lâancĂȘtre des QĂ©nites mĂ©tallurgistes â et le meurtrier. Car la mĂȘme racine qui donne la richesse donne la jalousie : le bĂ©tail gras dâAbel appelle qinÊŸah, et qinÊŸah arme la main de celui qui porte ce nom. Le mythe nâa rien ajoutĂ© que la langue ne contĂźnt dĂ©jĂ .
LâĂ©gyptien avait dit tout cela avant, et lâavait Ă©crit avec ses neuf dĂ©terminatifs : la tĂȘte dâantilope pour la rage, le bras armĂ© pour la force, les bĂątons croisĂ©s pour le coup, la branche pour le maillet, le nĆud pour la gerbe, les canaux pour la limite. Un mĂȘme son â et neuf maniĂšres de prĂ©ciser ce quâil fallait entendre.
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