𓇋đ“ƒč𓈖𓁾  ywn / youn

Couleur · Teint · Aspect · Nature · CaractÚre

De la couleur de la peau Ă  la nature de l’ĂȘtre — la racine y-w-n

Égyptien pharaonique · DĂ©motique · Copte · Arabe · Langues MandĂ© et Songhay

Sous les auspices de 𓅝𓏏𓏭𓅆𓇋𓈎𓂋𓏝 (ណងwty Ă­ážłr | Djehouty L’Excellent) ! ق ۱ ŰĄ

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Introduction — la couleur et l’ĂȘtre

Il est des mots qui, en nommant l’apparence, nomment en mĂȘme temps l’essence. Le vocable 𓇋đ“ƒč𓈖𓁾 (lire ywn / youn) est de ceux-lĂ . Il dĂ©signe la couleur — celle du teint, de la chair, des fleurs, des membres du corps — mais aussi, du mĂȘme mouvement, l’aspect extĂ©rieur, la nature, l’espĂšce et le caractĂšre. Pour le scribe Ă©gyptien, ce qui se voit dit ce qui est.

Cette double portĂ©e n’est pas propre Ă  l’Ă©gyptien. L’arabe لَوْن (lawn), qui nomme la couleur, signifie aussi le genre, l’espĂšce, la qualitĂ©, le type, la variĂ©tĂ©. Deux langues, un mĂȘme faisceau : la teinte et la nature tenues dans un seul mot. Nous verrons que ce n’est pas une rencontre fortuite, mais l’hĂ©ritage d’une racine commune, dont l’Ă©gyptien ancien conserve le plus ancien Ă©tat Ă©crit.

Nous suivrons trois questions. D’abord la racine elle-mĂȘme et l’alternance de son premier radical entre l’Ă©gyptien (y) et l’arabe (l). Ensuite le trajet sĂ©mantique qui, de la couleur de la peau, mĂšne au caractĂšre et Ă  l’espĂšce. Enfin les Ă©chos que cette conception trouve dans les langues africaines, oĂč l’apparence se dit Ă©galement par le trait et par l’Ɠil.

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I. Correspondances phonétiques inter-langues

Égyptien HĂ©breu Arabe
𓇋 (y) Ś™ (Yod) ي (yāʟ) · ل (lām)
đ“…± (w ) Ś• (Waw) و (wāw)
𓈖 (n) Ś  (Nun) ن (nĆ«n)

SĂ©mitiques communs : pour 𓇋 — ˀ, i, y, l, w ; pour 𓈖 — n, l.

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II. PhonĂšmes de l’Ă©gyptien pharaonique

2.1  đ“‡‹ — Le roseau fleuri (y)

Constrictive mĂ©dio-palatale sonore, notĂ©e y ou j ; signe alternatif 𓀀. Le choix de ce signe n’est pas indiffĂ©rent : le roseau fleuri Ă©voque la nature vĂ©gĂ©tale, et c’est par lui que le scribe ouvre le mot de la couleur.

Copte : âȀ / âȁ (alpha) [a, ʕ, ʔ] · âȈ / âȉ (ei) [e] · âȎ / âȏ (ēta) [eː, ɛː, i]

HĂ©breu : Ś™ (Yod) /j/, /Ă©/, /i/ — ou ŚÖŽ, ڐ֔

Arabe : ى /aː/ (alif) · Ű„ÙŠ /yʔ/ · Ű„ /ʔ/ · ي (yāʟ) · و (wāw)

SĂ©mitiques communs : ˀ, i, y, l, w.

2.2  đ“ƒč — Le liĂšvre ou la hase (wn)

Phonogramme bilitĂšre notant wn / oun. C’est lui qui porte, Ă  lui seul, les deuxiĂšme et troisiĂšme radicales de la racine — un seul signe pour deux consonnes.

2.3  đ“ˆ– — Le filet d’eau (n)

Occlusive apico-dentale.

Copte : âȚ / âț (nē) [n] · âȘ / âș (mē) [m] · âČą / âČŁ (rƍ) [r]

HĂ©breu : Ś  (Nun) — Arabe : ن (nĆ«n)

Sémitiques communs : n, l.

2.4  Signes de la variante graphique

𓆛 Le tilapia du Nil — phonogramme bilitùre ín / in.

𓌰 Le couteau de boucher — idĂ©ogramme du couteau ; phonogramme bilitĂšre nm.

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III. Déterminatifs hiéroglyphiques

𓁾 MĂšche de cheveux — IdĂ©ogramme de la chevelure et des cheveux ; dĂ©terminatif des poils, de la couleur de la peau, du deuil, de la calvitie, et plus largement de l’idĂ©e de privation. Sa prĂ©sence dans 𓇋đ“ƒč𓈖𓁾 oriente immĂ©diatement le sens vers le teint, la couleur de la chair — ce qui se voit du corps.

𓏛 Rouleau de papyrus reliĂ© et scellĂ© — DĂ©terminatif de l’Ă©criture, du ciseau et des notions abstraites ; idĂ©ogramme d’Ă©crire et de scribe. Sa prĂ©sence dans la variante 𓇋𓆛𓈖𓌰𓁾𓏛 marque le passage du concret Ă  l’abstrait : de la couleur visible au caractĂšre.

Le contraste des dĂ©terminatifs. Ces deux signes rĂ©sument Ă  eux seuls le trajet du mot : la mĂšche de cheveux pour le teint du corps, le rouleau scellĂ© pour la nature intĂ©rieure. La langue pharaonique distingue les deux registres par la graphie mĂȘme, tout en les tenant sous une seule racine.

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IV. Vocables de l’Ă©gyptien pharaonique

𓇋đ“ƒč𓈖𓁾 (lire ywn / youn) — nom : couleur, teint de la peau, de la chair, couleur des fleurs et des membres du corps, aspect extĂ©rieur, apparence.

𓇋𓆛𓈖𓌰𓁾𓏛 (lire ywnm / younem) — nom : le naturel, le caractĂšre. Variante graphique de la mĂȘme racine.

đ“‡‹đ“»đ“ˆ–đ“›đ“žđ“Œđ“‡Żđ“†°đ“„ (lire jwn-n-p.t / youn-ne-pet) — littĂ©ralement « couleur du ciel » : le lin Ă  fleur bleue, dĂ©nomination poĂ©tique de la plante par sa teinte. En copte âȁâČ©âȁâț âșâČĄâȉ.

đ“‡‹đ“Žđ“Œđ“ˆ–đ“…±đ“€đ“Ș (lire Ă­nw / inou) — nom : modĂšle, exemple.

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V. La racine — l’alternance du premier radical

La racine arabe qui nomme la couleur est ل (lām) — و (wāw) — ن (nĆ«n), Ă  lire de droite Ă  gauche : trois consonnes, trois lettres.

Du cĂŽtĂ© Ă©gyptien, la racine ne s’Ă©crit qu’avec deux signes. Le premier, 𓇋, le roseau fleuri, note le yod (y). Le second, đ“ƒč, le liĂšvre, est un phonogramme bilitĂšre : il porte Ă  lui seul les deux consonnes suivantes, w puis n. Un seul signe, deux sons.

Consonne pour consonne, la comparaison donne donc :

Égyptien pharaonique : 𓇋 (y) · đ“ƒč (w + n)  â†’  y – w – n

Arabe : ل (l) · و (w) · ن (n)  â†’  l – w – n

Les deuxiĂšme et troisiĂšme radicales sont identiques dans les deux langues : w puis n, dans le mĂȘme ordre. Seule la premiĂšre diffĂšre — et cette diffĂ©rence, loin d’ĂȘtre un obstacle, relĂšve d’une correspondance rĂ©guliĂšre : le signe 𓇋 a pour Ă©quivalents sĂ©mitiques documentĂ©s ˀ, i, y, l, w. La liquide l figure donc parmi les rĂ©alisations attendues de ce phonĂšme. LĂ  oĂč l’arabe emploie la consonne liquide ل, le scribe de l’Égypte ancienne Ă©crivait un yod, 𓇋.

Une correspondance sans hypothĂšse ad hoc. La comparaison est complĂšte, radicale par radicale, sans permutation ni dĂ©placement. Elle n’exige aucune construction particuliĂšre : elle suit les Ă©quivalences que l’Ă©gyptologie reconnaĂźt elle-mĂȘme pour le roseau fleuri.

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VI. Attestations pharaoniques

6.1  La couleur de la chair — Papyrus Ebers

Dans le lexique mĂ©dical, ywn sert Ă  dĂ©crire la teinte de la chair, critĂšre d’examen clinique :

m Êż.t nb.t n(y ).t s, gmm(w )=k s.y my jwn n(y ) áž„Êżw=f ..?.. ĆĄm=s

« …dans toute partie du corps d’un homme et que tu la trouves semblable Ă  la couleur de sa chair superficielle ..?.. n’allant »

Nouvelle transcription du Papyrus Médical Ebers, Planche 106, 4-5. Translittération et traduction de Bernard Lalanne et Gérard Métra, page 217, édit. Safran.

6.2  La nature de l’homme — Le Livre des Morts

Dans la DĂ©claration d’innocence, le mĂȘme mot ne dĂ©signe plus la teinte mais la nature du dĂ©funt — son ĂȘtre propre :

j Sráž«y pr(=w ) m (WáčŻn.t), n th=j jwn=j n jÊż=j náčŻr

« Ô l’Accusateur, originaire de (OutchĂ©net), je n’ai pas oubliĂ© ma nature (littĂ©ralement : mon aspect) (au point de) ne pas avoir lavĂ© le dieu ! »

Le Livre des Morts de l’Égypte ancienne, Chapitre 125 (DĂ©claration d’innocence — suite 3), Papyrus de Nebseny, BM EA 9900 (Papyrus Burton), XVIIIe dynastie (ca. 1550-1300), British Museum, (32), page 444. TranslittĂ©ration et traduction M. Claude Carrier, Ă©dit. CYBELE, 2009.

Le rapprochement de ces deux attestations est Ă©clairant. Le mĂȘme vocable sert au mĂ©decin pour juger d’un teint et au dĂ©funt pour attester de sa droiture. Entre la couleur de la chair et la nature de l’ĂȘtre, la langue pharaonique ne pose pas de rupture : l’une manifeste l’autre.

6.3  Autres rĂ©fĂ©rences textuelles

Pour les acceptions de nature, de tempĂ©rament et de caractĂšre, on consultera les Enseignements pour MĂ©rikarĂȘ, en Ă©criture hiĂ©ratique. Voir Ă©galement Bersheh II, 21 (P. E. Newberry, El Bersheh) ; Urk. IV, 119, 5 (K. Sethe, W. Helck, Urkunden der 18. Dynastie, Leipzig) ; MerikarĂȘ P31 et P40 (J.-F. Quack, Studien zur Lehre fĂŒr Merikare, Wiesbaden).

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VII. Le verbe — Ă­ny, « paraĂźtre »

Au nom de la couleur rĂ©pond un verbe : Ă­ny, « paraĂźtre ». La cohĂ©rence est parfaite — si le nom dit l’aspect, le verbe dit l’acte d’apparaĂźtre. Ce verbe a donnĂ© en copte âȈâȒâȚâȈ, qui signifie « ressembler », « imiter », et comme nom « ressemblance », « modĂšle ».

La famille se complĂšte avec đ“‡‹đ“Žđ“Œđ“ˆ–đ“…±đ“€đ“Ș (Ă­nw / inou), « modĂšle, exemple ». Se dessine ainsi une chaĂźne conceptuelle continue : paraĂźtre → avoir tel aspect, telle couleur → ressembler → servir de modĂšle. Ce que l’on donne Ă  voir devient ce sur quoi l’on se rĂšgle.

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VIII. Démotique et copte

En dĂ©motique, le vocable s’Ă©crit Ă­wn et signifie couleur, espĂšce ou Ă©tat — les trois acceptions dĂ©jĂ  prĂ©sentes en Ă©gyptien classique.

Le copte, dernier état vivant de la langue égyptienne, a conservé le mot dans plusieurs dialectes :

âȁâČ©âȁâț et âȁâČ©âȁâȁâț (sahidique) · âȁâȟâČ©âȉâȓâț (sahidique) · âȁâȟâČ©âȏâț (fayoumique) · âȁâȟâČ©âȁâț (bohaĂŻrique)

Toutes ces formes portent les mĂȘmes significations : couleur, aspect extĂ©rieur, ĂȘtre, caractĂšre. Valeurs phonĂ©tiques mobilisĂ©es : âȀ [a, ʕ, ʔ] · âȞ [o] · âȈ [e] · âȎ [eː, ɛː, i] · âČš [u, w, i, v] · âȒ [i, j] · âȚ [n].

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IX. Vocables de l’arabe

La racine ل — و — ن (l-w-n) fournit Ă  l’arabe tout le vocabulaire de la couleur :

لَوَّنَ / يُلَوِّنُ (lawwana / yulawwinu) — verbe, forme II : colorer, peindre, teinter.

لَوْن (lawn), pluriel ŰŁÙ„ÙˆŰ§Ù† (alwān) — nom : couleur, teinte — mais aussi genre, espĂšce, qualitĂ©, type, variĂ©tĂ©.

Une convergence de fond. Le mot arabe de la couleur signifie aussi le genre, l’espĂšce, la variĂ©tĂ© — exactement comme l’Ă©gyptien ywn dĂ©signait Ă  la fois la teinte et l’espĂšce, la nature, le caractĂšre. Les deux langues rangent sous un mĂȘme mot ce qui se voit et ce que la chose est.

9.1  La racine dans le corpus coranique

La racine apparaĂźt neuf fois dans le Coran ; nous en retenons sept. Un fait s’impose Ă  la lecture : dans la grande majoritĂ© de ces occurrences, le mot est accompagnĂ© de muáž«talif (« variĂ©, divers »). Le Coran ne parle presque jamais de « la couleur » d’une chose isolĂ©e : il parle de la diversitĂ© des couleurs — des fruits, des montagnes, des troupeaux, des langues et des hommes. Le vocable y sert une thĂ©ologie de la variĂ©tĂ©, oĂč la multiplicitĂ© des teintes vaut comme signe.

La vache jaune — Sourate 2, verset 69

Ù‚ÙŽŰ§Ù„ÙÙˆŰ§ÛŸ Ù±ŰŻÙ’Űčُ Ù„ÙŽÙ†ÙŽŰ§ Ű±ÙŽŰšÙŽÙ‘ÙƒÙŽ ÙŠÙŰšÙŽÙŠÙÙ‘Ù† Ù„ÙŽÙ‘Ù†ÙŽŰ§ Ù…ÙŽŰ§ Ù„ÙŽÙˆÙ’Ù†ÙÙ‡ÙŽŰ§ ۚ Ù‚ÙŽŰ§Ù„ÙŽ Ű„ÙÙ†ÙŽÙ‘Ù‡ÙÛ„ يَقُولُ Ű„ÙÙ†ÙŽÙ‘Ù‡ÙŽŰ§ ŰšÙŽÙ‚ÙŽŰ±ÙŽŰ©ÙŒÛ­ Ű”ÙŽÙÙ’Ű±ÙŽŰąŰĄÙ ÙÙŽŰ§Ù‚ÙŰčٌۭ Ù„ÙŽÙ‘ÙˆÙ’Ù†ÙÙ‡ÙŽŰ§ ŰȘÙŽŰłÙŰ±ÙÙ‘ Ù±Ù„Ù†ÙŽÙ‘Ù°ŰžÙŰ±ÙÙŠÙ†ÙŽ
qālĆ« dÊżu lanā rabbaka yubayyin lanā mā lawnuhā, qāla ÊŸinnahĆ« yaqĆ«lu ÊŸinnahā baqaratun áčŁafrāʟu fāqiÊżun lawnuhā tasurru n-nāáș“irÄ«na

« Ils dirent : « Invoque ton Enseigneur pour nous afin qu’Il nous prĂ©cise quelle est sa couleur ? » Il dit : « Vraiment, Il dit qu’il s’agit d’une vache jaune, de couleur vive trĂšs pure, agrĂ©able Ă  regarder. » »

Sourate 2, Ű§Ù„ŰšÙ‚Ű±Ű© / Al-Baqara / La Vache, verset 69, in Le Coran, page 10, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©dition bilingue Arabe-Français, Ă©ditions Albouraq 2018.

Ce qui est dissĂ©minĂ© sur la terre — Sourate 16, verset 13

ÙˆÙŽÙ…ÙŽŰ§ Ű°ÙŽŰ±ÙŽŰŁÙŽ لَكُمْ فِى Ù±Ù„Ù’ŰŁÙŽŰ±Ù’Ű¶Ù Ù…ÙŰźÙ’ŰȘÙŽÙ„ÙÙÙ‹Ű§ ŰŁÙŽÙ„Ù’ÙˆÙŽÙ°Ù†ÙÙ‡ÙÛ„Ù“ ۗ Ű„ÙÙ†ÙŽÙ‘ فِى Ű°ÙŽÙ°Ù„ÙÙƒÙŽ Ù„ÙŽŰĄÙŽŰ§ÙŠÙŽŰ©Ù‹Û­ Ù„ÙÙ‘Ù‚ÙŽÙˆÙ’Ù…ÙÛą ÙŠÙŽŰ°ÙŽÙ‘ÙƒÙŽÙ‘Ű±ÙÙˆÙ†ÙŽ
wa-mā dharaÊŸa lakum fÄ« l-ÊŸarឍi mukhtalifan ÊŸalwānuhĆ«, ÊŸinna fÄ« dhālika la-ʟāyatan li-qawmin yadhdhakkarĆ«na

« Et ce qu’Il a dissĂ©minĂ© pour vous sur la terre prend des couleurs variĂ©es. Vraiment en cela : des Signes pour ceux qui se rappellent ! »

Sourate 16, Ű§Ù„Ù†Ű­Ù„ / An-Naáž„l / Les Abeilles, verset 13, in Le Coran, page 268, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©dition bilingue Arabe-Français, Ă©ditions Albouraq 2018.

Le breuvage des abeilles — Sourate 16, verset 69

Ű«ÙÙ…ÙŽÙ‘ كُلِى مِن كُلِّ Ù±Ù„Ű«ÙŽÙ‘Ù…ÙŽŰ±ÙŽÙ°ŰȘِ ÙÙŽÙ±ŰłÙ’Ù„ÙÙƒÙÙ‰ ŰłÙŰšÙÙ„ÙŽ Ű±ÙŽŰšÙÙ‘ÙƒÙ Ű°ÙÙ„ÙÙ„Ù‹Û­Ű§ ۚ ÙŠÙŽŰźÙ’Ű±ÙŰŹÙ Ù…ÙÙ†Ûą ŰšÙŰ·ÙÙˆÙ†ÙÙ‡ÙŽŰ§ ŰŽÙŽŰ±ÙŽŰ§ŰšÙŒÛ­ Ù…ÙÙ‘ŰźÙ’ŰȘَلِفٌ ŰŁÙŽÙ„Ù’ÙˆÙŽÙ°Ù†ÙÙ‡ÙÛ„ فِيهِ ŰŽÙÙÙŽŰąŰĄÙŒÛ­ Ù„ÙÙ‘Ù„Ù†ÙŽÙ‘Ű§ŰłÙ ۗ Ű„ÙÙ†ÙŽÙ‘ فِى Ű°ÙŽÙ°Ù„ÙÙƒÙŽ Ù„ÙŽŰĄÙŽŰ§ÙŠÙŽŰ©Ù‹Û­ Ù„ÙÙ‘Ù‚ÙŽÙˆÙ’Ù…ÙÛą يَŰȘÙŽÙÙŽÙƒÙŽÙ‘Ű±ÙÙˆÙ†ÙŽ
thumma kulÄ« min kulli th-thamarāti fa-slukÄ« subula rabbiki dhululan, yakhruju min buáč­Ć«nihā sharābun mukhtalifun ÊŸalwānuhĆ« fÄ«hi shifāʟun li-n-nāsi, ÊŸinna fÄ« dhālika la-ʟāyatan li-qawmin yatafakkarĆ«na

« Puis, butine de toutes espÚces de fruits. Alors, emprunte les chemins de ton Enseigneur avec humilité ! Il sort de son abdomen un breuvage aux couleurs variées dans lequel les humains trouvent un remÚde. Vraiment en cela : un Signe pour ceux qui méditent ! »

Sourate 16, Ű§Ù„Ù†Ű­Ù„ / An-Naáž„l / Les Abeilles, verset 69, in Le Coran, page 274, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©dition bilingue Arabe-Français, Ă©ditions Albouraq 2018.

La diversitĂ© des langues et des couleurs — Sourate 30, verset 22

وَمِنْ ŰĄÙŽŰ§ÙŠÙŽÙ°ŰȘِهِۊ ŰźÙŽÙ„Ù’Ù‚Ù Ù±Ù„ŰłÙŽÙ‘Ù…ÙŽÙ°ÙˆÙŽÙ°ŰȘِ ÙˆÙŽÙ±Ù„Ù’ŰŁÙŽŰ±Ù’Ű¶Ù ÙˆÙŽÙ±ŰźÙ’ŰȘِلَٰفُ ŰŁÙŽÙ„Ù’ŰłÙÙ†ÙŽŰȘِكُمْ ÙˆÙŽŰŁÙŽÙ„Ù’ÙˆÙŽÙ°Ù†ÙÙƒÙÙ…Ù’ ۚ Ű„ÙÙ†ÙŽÙ‘ فِى Ű°ÙŽÙ°Ù„ÙÙƒÙŽ Ù„ÙŽŰĄÙŽŰ§ÙŠÙŽÙ°ŰȘÙÛą لِّلْŰčَٰلِمِينَ
wa-min ʟāyātihÄ« khalqu s-samāwāti wa-l-ÊŸarឍi wa-khtilāfu ÊŸalsinatikum wa-ÊŸalwānikum, ÊŸinna fÄ« dhālika la-ʟāyātin li-l-ÊżÄlimÄ«na

« Et parmi Ses Signes : la création des cieux et de la terre, et la diversité de vos langages et de vos couleurs. Vraiment, en cela, des Signes pour ceux qui savent ! »

Sourate 30, Ű§Ù„Ű±ÙˆÙ… / Ar-RĆ«m / Les Byzantins, verset 22, in Le Coran, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©dition bilingue Arabe-Français, Ă©ditions Albouraq 2018.

Les fruits et les montagnes — Sourate 35, verset 27

ŰŁÙŽÙ„ÙŽÙ…Ù’ ŰȘÙŽŰ±ÙŽ ŰŁÙŽÙ†ÙŽÙ‘ ٱللَّهَ ŰŁÙŽÙ†ŰČَلَ مِنَ Ù±Ù„ŰłÙŽÙ‘Ù…ÙŽŰąŰĄÙ Ù…ÙŽŰąŰĄÙ‹Û­ ÙÙŽŰŁÙŽŰźÙ’Ű±ÙŽŰŹÙ’Ù†ÙŽŰ§ ŰšÙÙ‡ÙÛŠ Ű«ÙŽÙ…ÙŽŰ±ÙŽÙ°ŰȘÙÛą Ù…ÙÙ‘ŰźÙ’ŰȘÙŽÙ„ÙÙÙ‹Ű§ ŰŁÙŽÙ„Ù’ÙˆÙŽÙ°Ù†ÙÙ‡ÙŽŰ§ ۚ وَمِنَ Ù±Ù„Ù’ŰŹÙŰšÙŽŰ§Ù„Ù ŰŹÙŰŻÙŽŰŻÙŒÛą ŰšÙÙŠŰ¶ÙŒÛ­ ÙˆÙŽŰ­ÙÙ…Ù’Ű±ÙŒÛ­ Ù…ÙÙ‘ŰźÙ’ŰȘَلِفٌ ŰŁÙŽÙ„Ù’ÙˆÙŽÙ°Ù†ÙÙ‡ÙŽŰ§ وَŰșÙŽŰ±ÙŽŰ§ŰšÙÙŠŰšÙ ŰłÙÙˆŰŻÙŒÛ­
ÊŸa-lam tara ÊŸanna llāha ÊŸanzala mina s-samāʟi māʟan fa-ÊŸakhrajnā bihÄ« thamarātin mukhtalifan ÊŸalwānuhā, wa-mina l-jibāli judadun bīឍun wa-áž„umrun mukhtalifun ÊŸalwānuhā wa-gharābÄ«bu sĆ«dun

« Ne vois-tu pas qu’AllĂąh fait descendre soudainement une eau du ciel ? Alors, grĂące Ă  elle, Nous faisons sortir des fruits de couleurs variĂ©es, et dans les montagnes des stries de couleurs variĂ©es, blanches et rouges ou d’un noir intense. »

Sourate 35, ÙŰ§Ű·Ű± / Fāáč­ir / DiffĂ©renciateur originel, verset 27, in Le Coran, page 437, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©dition bilingue Arabe-Français, Ă©ditions Albouraq 2018.

Les couleurs des humains — Sourate 35, verset 28

وَمِنَ Ù±Ù„Ù†ÙŽÙ‘Ű§ŰłÙ ÙˆÙŽÙ±Ù„ŰŻÙŽÙ‘ÙˆÙŽŰąŰšÙÙ‘ ÙˆÙŽÙ±Ù„Ù’ŰŁÙŽÙ†Ù’Űčَٰمِ Ù…ÙŰźÙ’ŰȘَلِفٌ ŰŁÙŽÙ„Ù’ÙˆÙŽÙ°Ù†ÙÙ‡ÙÛ„ ÙƒÙŽŰ°ÙŽÙ°Ù„ÙÙƒÙŽ ۗ Ű„ÙÙ†ÙŽÙ‘Ù…ÙŽŰ§ ÙŠÙŽŰźÙ’ŰŽÙŽÙ‰ ٱللَّهَ مِنْ ŰčÙŰšÙŽŰ§ŰŻÙÙ‡Ù ٱلْŰčÙÙ„ÙŽÙ…ÙŽÙ°Ù“Ű€ÙŰ§ÛŸ ۗ Ű„ÙÙ†ÙŽÙ‘ ٱللَّهَ ŰčَŰČِيŰČٌ ŰșÙŽÙÙÙˆŰ±ÙŒ
wa-mina n-nāsi wa-d-dawābbi wa-l-ÊŸanÊżÄmi mukhtalifun ÊŸalwānuhĆ« ka-dhālika, ÊŸinnamā yakhshā llāha min Êżibādihi l-Êżulamāʟu, ÊŸinna llāha ÊżazÄ«zun ghafĆ«run

« Et de mĂȘme sont variĂ©es les couleurs des humains, et des animaux, et du bĂ©tail. Parmi les adorateurs d’AllĂąh seuls les savants Le redoutent. Vraiment, AllĂąh, Inaccessible, TrĂšs-Recouvreur ! »

Sourate 35, ÙŰ§Ű·Ű± / Fāáč­ir / DiffĂ©renciateur originel, verset 28, in Le Coran, page 437, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©dition bilingue Arabe-Français, Ă©ditions Albouraq 2018.

Les plantes qui jaunissent — Sourate 39, verset 21

ŰŁÙŽÙ„ÙŽÙ…Ù’ ŰȘÙŽŰ±ÙŽ ŰŁÙŽÙ†ÙŽÙ‘ ٱللَّهَ ŰŁÙŽÙ†ŰČَلَ مِنَ Ù±Ù„ŰłÙŽÙ‘Ù…ÙŽŰąŰĄÙ Ù…ÙŽŰąŰĄÙ‹Û­ ÙÙŽŰłÙŽÙ„ÙŽÙƒÙŽÙ‡ÙÛ„ ÙŠÙŽÙ†ÙŽÙ°ŰšÙÙŠŰčَ فِى Ù±Ù„Ù’ŰŁÙŽŰ±Ù’Ű¶Ù Ű«ÙÙ…ÙŽÙ‘ ÙŠÙŰźÙ’Ű±ÙŰŹÙ ŰšÙÙ‡ÙÛŠ ŰČÙŽŰ±Ù’ŰčÙ‹Û­Ű§ Ù…ÙÙ‘ŰźÙ’ŰȘÙŽÙ„ÙÙÙ‹Ű§ ŰŁÙŽÙ„Ù’ÙˆÙŽÙ°Ù†ÙÙ‡ÙÛ„ Ű«ÙÙ…ÙŽÙ‘ ÙŠÙŽÙ‡ÙÙŠŰŹÙ فَŰȘÙŽŰ±ÙŽÙ‰Ù°Ù‡Ù Ù…ÙŰ”Ù’ÙÙŽŰ±Ù‹Ù‘Û­Ű§ Ű«ÙÙ…ÙŽÙ‘ ÙŠÙŽŰŹÙ’Űčَلُهُۄ Ű­ÙŰ·ÙŽÙ°Ù…Ù‹Ű§ ۚ Ű„ÙÙ†ÙŽÙ‘ فِى Ű°ÙŽÙ°Ù„ÙÙƒÙŽ Ù„ÙŽŰ°ÙÙƒÙ’Ű±ÙŽÙ‰Ù° Ù„ÙŰŁÙÙˆÛŸÙ„ÙÙ‰ Ù±Ù„Ù’ŰŁÙŽÙ„Ù’ŰšÙŽÙ°ŰšÙ
ÊŸa-lam tara ÊŸanna llāha ÊŸanzala mina s-samāʟi māʟan fa-salakahĆ« yanābÄ«Êża fÄ« l-ÊŸarឍi thumma yukhriju bihÄ« zarÊżan mukhtalifan ÊŸalwānuhĆ« thumma yahÄ«ju fa-tarāhu muáčŁfarran thumma yajÊżaluhĆ« áž„uáč­Äman, ÊŸinna fÄ« dhālika la-dhikrā li-ÊŸulÄ« l-ÊŸalbābi

« Ne vois-tu pas qu’AllĂąh fait soudainement descendre du ciel une eau qu’Il achemine Ă  travers la terre vers des sources jaillissantes ? Puis, grĂące Ă  elle, Il fait sortir des plantes aux couleurs variĂ©es. Puis celles-ci se fanent de sorte que tu les vois jaunir, puis Il les rĂ©duit en brindilles dessĂ©chĂ©es. Vraiment, voici en cela un rappel pour les ĂȘtres dotĂ©s de conscience quintessentielle. »

Sourate 39, Ű§Ù„ŰČÙ…Ű± / Az-Zumar / Les Groupes, verset 21, in Le Coran, page 460, essai de traduction et annotations par M. Maurice Gloton, Ă©dition bilingue Arabe-Français, Ă©ditions Albouraq 2018.

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X. Échos dans les langues africaines

La conception qui noue la couleur Ă  la nature de l’ĂȘtre trouve, dans plusieurs langues d’Afrique de l’Ouest, des Ă©chos qu’il vaut la peine d’examiner. Deux ensembles distincts se dĂ©gagent, qu’il convient de ne pas confondre.

10.1  Le premier ensemble — le tracĂ© et le trait

Songhay (Mali, Niger, Burkina Faso, NigĂ©ria, BĂ©nin) : noona ou noonay — la couleur.

Maninka du Niokolo (SĂ©nĂ©gal), langue MandĂ© : nĂłono — tracer, Ă©crire.

SoninkĂ©, langue MandĂ© : noone ou noono — ĂȘtre tracĂ©, tracer ; et aussi trait physique, caractĂšre, variĂ©tĂ©, trace, tache.

Une triade commune. Le soninkĂ© noono rĂ©unit exactement le faisceau que nous avons suivi depuis l’Ă©gyptien : le trait visible, le caractĂšre et la variĂ©tĂ©. C’est, terme pour terme, la triade que portent ywn en Ă©gyptien et lawn en arabe. Que des langues aussi Ă©loignĂ©es rangent sous un mĂȘme mot ces trois notions dit quelque chose d’une maniĂšre commune de penser : ce qui se marque au-dehors dĂ©signe ce que la chose est.

On notera de surcroĂźt que le sens premier du maninka et du soninkĂ© est celui de tracer, d’Ă©crire — le trait avant la teinte. La couleur y est d’abord une marque portĂ©e, un tracĂ© sur la surface : conception voisine de celle du dĂ©terminatif Ă©gyptien 𓁾, la mĂšche de cheveux, qui classe la couleur du cĂŽtĂ© de ce qui pousse et se voit sur le corps.

10.2  Le second ensemble — l’Ɠil et l’apparence

Bambara, langue MandĂ© : la couleur se dit ÉČɛ́. Or ce vocable est aussi le nom de l’Ɠil, et il dĂ©signe encore l’aspect, la couleur, le coloriage.

Maninka (GuinĂ©e, Mali), langue MandĂ© : l’apparence se dit ÉČĂĄ.

Ces formes ne se rattachent pas phonĂ©tiquement au premier ensemble — la nasale palatale ÉČ n’est pas la dentale n — et il serait imprudent de les confondre. Mais elles Ă©clairent la mĂȘme intuition par une autre voie : en bambara, un seul mot nomme l’Ɠil et ce qui se donne Ă  voir. La couleur y est dĂ©finie par l’organe qui la perçoit. On se souviendra qu’en Ă©gyptien le verbe de la mĂȘme famille Ă©tait Ă­ny, « paraĂźtre » — c’est-Ă -dire : se donner Ă  l’Ɠil.

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Conclusion

Nous sommes partis d’un mot qui semblait ne dire qu’une chose simple — la couleur — et nous l’avons trouvĂ© chargĂ© de tout ce qu’un ĂȘtre peut manifester de lui-mĂȘme. En Ă©gyptien pharaonique, 𓇋đ“ƒč𓈖𓁾 (ywn) nomme le teint de la chair, l’aspect extĂ©rieur, l’espĂšce et le caractĂšre. Le choix des dĂ©terminatifs le montre Ă  lui seul : la mĂšche de cheveux 𓁾 pour la couleur du corps, le rouleau scellĂ© 𓏛 pour la nature intĂ©rieure.

La racine s’est transmise sans rupture. Le dĂ©motique dit Ă­wn ; le copte âȁâČ©âȁâț, âȁâȟâČ©âȏâț, âȁâȟâČ©âȁâț — couleur, aspect, ĂȘtre, caractĂšre. Et l’arabe, avec لَوْن (lawn), conserve intacts les deux versants : la teinte et l’espĂšce, la nuance et le genre. La correspondance est rĂ©guliĂšre, radicale par radicale : w et n identiques dans les deux langues, la liquide ل de l’arabe rĂ©pondant au yod 𓇋 de l’Ă©gyptien selon une Ă©quivalence attestĂ©e.

Reste le plus remarquable. LĂ  oĂč le Coran emploie ce mot, c’est presque toujours au pluriel et accompagnĂ© de muáž«talif : les couleurs variĂ©es des fruits, des montagnes, des troupeaux, des langues et des hommes. La diversitĂ© des teintes y devient signe — de mĂȘme que, pour le scribe Ă©gyptien, la couleur d’un ĂȘtre disait sa nature. D’un bout Ă  l’autre de cette histoire, un mĂȘme postulat : l’apparence n’est pas le contraire de l’essence, elle en est la manifestation. Ce que les langues MandĂ© redisent Ă  leur maniĂšre, en nommant d’un seul mot le trait, le caractĂšre et la variĂ©tĂ© — ou l’Ɠil et ce qu’il voit.

𓅝𓏏𓏭𓅆𓇋𓈎𓂋𓏝  ážŽáž„wty Ă­ážłr — Djehouty L’Excellent

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