đ“‡‹đ“„żđ“‹Ÿđ“ˆŽđ“‚»  jÈœážł / iaq / ireq

Monter · Grimper · Escalader · S’Ă©lever vers le ciel

Étude lexicographique et Ă©tymologique comparĂ©e
Égyptien pharaonique · Copte · Arabe · Bambara & Maninka (langues MandĂ©)

Sous les auspices de 𓅝𓏏𓏭𓅆𓇋𓈎𓂋𓏝 (ណងwty Ă­ážłr | Djehouty L’Excellent) ! ق ۱ ŰĄ

âž»

I. EntrĂ©e principale — Verbe

đ“‡‹đ“„żđ“‹Ÿđ“ˆŽđ“‚» (lire jÈœážł / iaq / ireq) — ou variante đ“‡‹đ“„żđ“ˆŽđ“‚» — est un verbe de l’ancien Ă©gyptien dont le champ sĂ©mantique gravite autour de l’idĂ©e centrale d’ascension : monter, grimper, escalader, s’Ă©lever vers le ciel.

Ce vocable est l’un des plus anciens de la langue des pharaons, attestĂ© dans les Textes des Pyramides d’Ounas (-2375 / -2345), pharaon de la 5e dynastie. Sa racine 𓇋(y) · 𓄿(l, r, Ăą) · 𓈎(ážł, q) — lue de gauche Ă  droite — est la mĂ©tathĂšse exacte de la racine arabe ۱ – ق – ي (r–q–y), lue de droite Ă  gauche, avec les mĂȘmes significations premiĂšres.

La forme đ“‡‹đ“„żđ“ˆŽđ“€€ (lire jÈœážł / jaq / ireq) prend les acceptions de bondir, sauter, s’Ă©lancer. Le signe đ“€€ est le dĂ©terminatif de danser, d’ĂȘtre dans la joie, de jubiler.

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II. Analyse des hiéroglyphes constitutifs

2.1  đ“‡‹ — Roseau fleuri (y / j)

𓇋 est le phonogramme de la constrictive mĂ©dio-palatale sonore /y/ (ou /j/). Alternative : 𓀀. Valeurs : yod, iota, i, y ou ȧ/a.

Copte : âȀ/âȁ (a) · âȈ/âȉ (ei/e) · âȎ/âȏ (ēta/ē). HĂ©breu : Ś™ (yƍd) · ŚÖŽ, ڐ֔. Arabe : ى, Ű„ÙŠ, Ű„, ي (Yāʟ) · و (wāw). SĂ©mitiques : ˀ, i, y, l, w.

2.2  đ“„ż — Vautour percnoptĂšre (Ȝ / l / r / a)

𓄿 est le phonogramme du vautour percnoptĂšre. TranslittĂ©ration Ȝ. Valeurs phonĂ©tiques : /l/, /r/, /a/. Ce signe avait anciennement la valeur de la liquide L — plus ancienne que le /a/ prĂ©fĂ©rentiellement retenu par les premiers Ă©gyptologues.

Copte : âȒ/âȓ (iƍta/i) · âȞ/âȟ (ou/o) · âȈ/âȉ (ei/e) · âȎ/âȏ (ēta/ē) · âȱ/ƍ. HĂ©breu : ڐ (Alef). Arabe : ŰŁ (Aleph) · ŰĄ /ʔ/ (Hamza). SĂ©mitiques : ˀ, r, l, w, Êż (rare).

2.3  đ“…˜ — Pintade nubienne (variante de 𓄿)

𓅘 est la pintade nubienne, variante graphique du vautour percnoptĂšre 𓄿. Elle partage la mĂȘme translittĂ©ration Ȝ et les mĂȘmes valeurs phonĂ©tiques : /l/, /r/, /a/.

2.4  đ“ˆŽ — Dune de sable (q / ážł)

𓈎 est l’occlusive vĂ©laire sourde /q/ ou /ážł/. Voir ážł3.t (qĂ©l.t, hauteur, Ă©minence) et ážł33 (qĂ©lel, colline, terre haute). En bambara (Niger-Congo) : KĂčlu — terre haute, montagne, colline, crĂȘte, huppe d’oiseau.

Copte : /k/ → âȕ · âČ­ (B) · /áž”/ → Ï­. HĂ©breu : ڧ /k/ (Qoph). Arabe : ق /q/ (ឳāf). SĂ©mitiques : ážł, k, q, g, ÄŁ.

2.5  đ“‚» — Jambes marchant (dĂ©terminatif)

đ“‚» est l’idĂ©ogramme de la dĂ©marche, de venir, de revenir. DĂ©terminatif de tout verbe de mouvement. Sa prĂ©sence dans jÈœážł souligne la nature cinĂ©tique et dynamique de l’ascension.

âž»

III. Autres signes constitutifs du champ lexical

𓌳 — Poupe de bateau, bilitĂšre mȜ. Sert Ă  Ă©crire đ“Œłđ“ˆŽđ“đ“Šąđ“†± (lire mÈœážł.t / maqe.t / mereqe.t) : Ă©chelle en bois. Nom d’instrument avec le prĂ©fixe m formĂ© sur la racine jÈœážł.

đ“‹Ÿ — Houlette de pasteur / sceptre royal (áž„ážłÈœt). Il figure dans la composition du champ sĂ©mantique de l’autoritĂ© et de la hauteur — le roi et le dieu sont associĂ©s Ă  l’ascension.

đ“€€ — Homme dansant, un bras sur la poitrine et l’autre en l’air. IdĂ©ogramme et dĂ©terminatif de danser, ĂȘtre dans la joie, jubiler.

𓀠 — Homme les bras levĂ©s au ciel. DĂ©terminatif de hauteur, ĂȘtre haut, Ă©minent, Ă©levĂ©, se rĂ©jouir, ĂȘtre en deuil.

𓊱 — MĂąt Ă  Ă©chelle. IdĂ©ogramme de se tenir, se dresser. Il figure dans la constellation symbolique de l’Ă©chelle pharaonique.

𓊎 — Double escalier (ážłÈœj / qaj / qery). DĂ©terminatif de place Ă©levĂ©e, de monter. Il rappelle la forme d’une pyramide Ă  degrĂ©s.

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IV. Tableau des correspondances phonétiques

Hiéroglyphe Arabe Hébreu Copte / Sémitique
𓇋 (y/j) ي (Yāʟ) / و (wāw) Ś™ (yƍd) / ŚÖŽ, ڐ֔ âȀ, âȈ, âȎ : ˀ, i, y, l, w
𓄿 / 𓅘 (Ȝ/l/r/a) ŰŁ (Aleph) / ŰĄ (Hamza) / ۱ (rāʟ) ڐ (Alef) / Śš (Resh) âȒ, âȞ, âȈ, âȎ, âȱ : ˀ, r, l, w
𓈎 (q/ážł) ق (qāf) /q/ ڧ (Qoph) /k/ âȕ, âČ­, Ï­ : ážł, k, q, g, ÄŁ

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V. Vocables de l’Ă©gyptien pharaonique

đ“‡‹đ“„żđ“‹Ÿđ“ˆŽđ“‚» ou đ“‡‹đ“„żđ“ˆŽđ“‚» (lire jÈœážł / iaq / ireq) — verbe : monter, escalader, s’Ă©lever vers le ciel.

đ“‡‹đ“„żđ“ˆŽđ“€€ (lire jÈœážł / jaq / ireq) — verbe : bondir, sauter, s’Ă©lancer.

𓌳𓄿𓈎𓏏𓊱 ou đ“Œłđ“ˆŽđ“đ“Šąđ“†± (lire mÈœážł.t / maqe.t / mereqe.t) — nom : Ă©chelle en bois. Nom d’instrument (prĂ©fixe m) formĂ© sur la racine jÈœážł. En copte : âșâȟâČ©âȕâȓ (dialecte bohaĂŻrique). En arabe : Ù…ÙŰ±Ù’Ù‚ÙŽŰ§Ű© / mirqāáș— et Ù…ÙŽŰ±Ù’Ù‚ÙŽŰ§Ű© / marqāáș— (escaliers, Ă©chelle, marche, montĂ©e, degrĂ©s).

DĂ©motique : mážły — Ă©chelle.

MétathÚses de la racine

En ancien Ă©gyptien, la racine Ă©crite 𓈎(ážł) · 𓄿(Ȝ) · 𓇋(y) — de droite Ă  gauche — donne :

𓈎𓄿𓇋𓀠 ou 𓈎𓄿 ou 𓈎𓄿𓇋 (lire ážłÈœj / qaj / qai / qery) — verbe : ĂȘtre, devenir grand, haut, Ă©levĂ©, se hausser, s’Ă©lever.

đ“ˆŽđ“„żđ“…± (lire ážłÈœw / qaw / qaou / qerou) — nom : hauteur, importance.

𓈎𓄿𓇋𓏏𓊎 ou 𓈎𓄿𓇋𓏏 (lire ážłÈœj.t / qaj.t / qai.t / qeri.t) — nom : hauteur, Ă©minence de terrain, butte primordiale.

Le scribe employait le dĂ©terminatif 𓊎 (double escalier) rappelant une pyramide Ă  degrĂ©s. Ce dĂ©terminatif indique une place Ă©levĂ©e. Il est aussi utilisĂ© dans le vocable 𓇋𓂝𓂋𓊎 (lire Ă­Êżr / iār) : monter, grimper. Le dĂ©terminatif 𓉔 (mastaba), joint Ă  𓇋𓂝 (Ă­Êż), donne đ“‡‹đ“‚đ“‰” (lire Ă­Êż) : s’Ă©lever, monter.

Dans les langues MandĂ© (Niger-Congo) : en bambara yɛ̀lɛn — monter, s’Ă©lever, grimper ; en maninka yɛ̀lɛ — mĂȘmes acceptions.

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VI. Attestations dans les Textes des Pyramides

Texte 1 — Bondir vers Geb

j3q jr=k jr bw áș–r jt=k jr bw áș–r Gb

Bondis donc vers le lieu oĂč est ton pĂšre, vers le lieu oĂč est Geb

Textes des Pyramides d’Ounas, W/F/S, col. 6-7, Spruch {214}, §139 b. M. Claude Carrier, pp. 66-69, Ă©d. CYBELE 2009.

Texte 2 — Monter vers le ciel sur l’Ă©chelle

pr(w)=k r=k W jr p.t j3q ងr=s
m rn=s pw n(y) m3q.t

Monte donc, Ounas, vers le ciel ! Escalade-le en ce nom qui est sien de « Échelle » !

Textes des Pyramides d’Ounas, W/A/N, col. 20-21, Spruch {306}, §479 a. M. Claude Carrier, pp. 170-171, Ă©d. CYBELE 2009.

Texte 3 — L’Ă©chelle construite par RĂȘ

Êżáž„Êż តd.wy h3y ងត.t T3.w
pr(w) W áž„r m3q.t tn j-jr(w).t~n n=f jt=f RÊż

dresse les deux piliers-djed ! Que vienne l’aube des Pays (afin) qu’Ounas puisse monter sur cette Ă©chelle que lui a construite son pĂšre RĂȘ !

Textes des Pyramides d’Ounas, W/A/S, col. 41, Spruch {272}, §389 b-390 a. M. Claude Carrier, pp. 142-143, Ă©d. CYBELE 2009.

Texte 4 — TĂ©ti dresse son Ă©chelle

តd mdw wÊżb~n T áž„r áž«Êż pw n(y) t3
wÊżb~n RÊż áž„r=f
d=f áž„bs Êżáž„Êż=f m3q.t

–Formule Ă  rĂ©citer– (Si) TĂ©ti s’est purifiĂ©, c’est sur cette butte de terre sur laquelle RĂȘ s’est purifiĂ© ! (S’) il a disposĂ© une Ă©chelle, c’est qu’il a dressĂ© une Ă©chelle !

Textes des Pyramides de Téti, T/F/W, col. 40, Spruch {333}, §542 a-b. M. Claude Carrier, pp. 208-209, éd. CYBELE 2009.

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VII. Attestations dans les Textes des Sarcophages

Texte 1 — Tresser l’Ă©chelle pour Atoum

j កង 8 jpw jr(y).w Êż.wt p.t
jrw~n Ć w m rតw n(y) Êż.wt=f
áčŻs.w m3q.t n Tm
mj.w m áž«sfw jt=áčŻn jm=j
d.y n=j Êż.wy=áčŻn
áčŻs.w n=j m3q.t

Ô ces huit gĂ©nies-Heh, gardiens des salles du ciel, que Chou a créés des humeurs de ses membres, tressez une Ă©chelle pour Atoum ! Venez Ă  la rencontre de votre pĂšre avec moi ! Tendez-moi vos mains ! Tressez pour moi une Ă©chelle,

Textes des Sarcophages, vol. 1, CT II, Spell [76] (sarcophage B1C), p. 1, sections a-f. M. Claude Carrier, pp. 204-205, Éditions du Rocher 2004.

Texte 2 — S’Ă©lever en faucon

áž„Êż(w) rf jb n(y) Wsjr
mȜȜ=f wj jȜq(w)=j m bjk

Que se rĂ©jouisse donc l’esprit d’Osiris quand il me voit (alors que) je m’Ă©lĂšve en faucon

Textes des Sarcophages, vol. 1, CT II, Spell [149] (sarcophage S2P), p. 246, sections a-b. M. Claude Carrier, pp. 360-361, Éditions du Rocher 2004.

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VIII. La Scala Ascendere — L’Ă©chelle pharaonique

Dans la cosmologie des Textes des Pyramides, le pharaon dispose de plusieurs vecteurs d’ascension cĂ©leste : le vent (đ“„€đ“ nf.t), la forme d’un faucon ou d’autres oiseaux, la fumĂ©e de l’encens, le pilier đ“Šœ (តd / djed), le tourbillon de poussiĂšre — et surtout l’Ă©chelle (m3q.t), instrument rituel par excellence de la montĂ©e au ciel.

Le terme m3q.t est un nom d’instrument formĂ© avec le prĂ©fixe m sur la racine jÈœážł. Il dĂ©signe l’Ă©chelle en bois — la Scala Ascendere que pharaon emprunte pour monter au ciel — et constitue l’un des vocables les plus chargĂ©s de la cosmologie pharaonique.

La pyramide Ă  degrĂ©s du roi DjĂ©ser — premiĂšre pyramide de l’histoire — n’est autre que cette m3q.t monumentale : une Ă©chelle de pierre, une ascension pĂ©trifiĂ©e vers le ciel.

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IX. Vocables de l’arabe

La racine ۱ – ق – ي (y–q–r, lue de droite Ă  gauche) ne figure que cinq fois dans le corpus coranique. Elle est la mĂ©tathĂšse exacte de l’Ă©gyptien 𓇋(y) · 𓄿(l,r,Ăą) · 𓈎(ážł,q).

Forme Lecture Sens
Ű±ÙŽÙ‚ÙÙŠÙŽ / ÙŠÙŽŰ±Ù’Ù‚ÙŽÙ‰ raqiya / yarqā monter, escalader, s’Ă©lever par degrĂ©s, gravir (forme I)
Ű±ÙŽÙ‚ÙŽÙ‘Ù‰ / ÙŠÙŰ±ÙŽÙ‚ÙÙ‘ÙŠ raqqā / yuraqqÄ« s’Ă©lever, Ă©lever, promouvoir (forme II)
Ű±ÙÙ‚ÙÙŠÙ‘ ruqiyy progrĂšs, Ă©volution, progression ascensionnelle
Ű§ÙŰ±Ù’ŰȘÙÙ‚ÙŽŰ§ŰĄ irtiqāʔ escalade, montĂ©e, ascension (nom verbal forme VIII)
ŰȘÙŽŰ±Ù’Ù‚ÙÙŠÙŽŰ© tarqiya Ă©lĂ©vation, ascension, distinction, accession, avancement, progrĂšs
Ù…ÙŰ±Ù’Ù‚ÙŽŰ§Ű© / Ù…ÙŽŰ±Ù’Ù‚ÙŽŰ§Ű© mirqāáș— / marqāáș— escaliers, Ă©chelle, marche, montĂ©e, degrĂ©s
ŰȘÙŽŰ±Ù’Ù‚ÙÙˆÙŽŰ© tarquwa clavicule — nom dĂ» Ă  la position Ă©levĂ©e des clavicules dans la charpente corporelle
Ű±ÙŽÙ‚ÙŽÙ‰ / Ű±ÙÙ‚Ù’ÙŠÙŽŰ© raqā / ruqiya charmer, envoĂ»ter, protĂ©ger contre le mauvais sort / charme, incantation

Il est remarquable que la racine arabe Ű±â€“Ù‚â€“ÙŠ, hĂ©ritiĂšre en mĂ©tathĂšse de la racine pharaonique 𓇋(y) · 𓄿(l,r,Ăą) · 𓈎(ážł,q), ait dĂ©veloppĂ© un champ sĂ©mantique que l’on ne retrouve pas explicitement dans l’ancien Ă©gyptien : celui de Ű±ÙŽÙ‚ÙŽÙ‰ / raqā — charmer, envoĂ»ter, protĂ©ger par l’incantation — et de Ű±ÙÙ‚Ù’ÙŠÙŽŰ© / ruqiya — charme, formule magique protectrice.

Cette extension sĂ©mantique n’est pourtant pas aussi Ă©loignĂ©e qu’il y paraĂźt de l’univers rituel pharaonique. L’ascension cĂ©leste du pharaon — telle que la dĂ©crivent les Textes des Pyramides — n’Ă©tait pas un simple dĂ©placement physique : c’Ă©tait une opĂ©ration rituelle de premiĂšre grandeur, mobilisant des formules prononcĂ©es Ă  voix haute, des gestes codifiĂ©s, des supports matĂ©riels (l’Ă©chelle m3q.t, le pilier đ“Šœ, le vent, la fumĂ©e de l’encens), et une puissance magique — le áž„kȜ — inhĂ©rente Ă  la parole du roi et du prĂȘtre-ritualiste.

La ruqiya arabe — formule rĂ©citĂ©e pour protĂ©ger, guĂ©rir ou conjurer — procĂšde du mĂȘme geste fondamental : la parole qui agit sur le rĂ©el, qui ouvre un passage entre le monde visible et l’invisible. Ce que les Textes des Pyramides nommaient តd mdw (« parole Ă  rĂ©citer ») et que le Coran nomme ruqiya, c’est dans les deux cas une incantation d’Ă©lĂ©vation — vers la guĂ©rison, vers la protection, vers le divin.

On peut ainsi faire l’hypothĂšse que la racine Ű±â€“Ù‚â€“ÙŠ a conservĂ©, dans la langue arabe, une mĂ©moire sĂ©mantique plus ancienne : celle d’une montĂ©e vers le sacrĂ© par la parole et le rite — ce que la langue pharaonique exprimait par l’acte physique de grimper (jÈœážł), mais que le contexte rituel chargeait dĂ©jĂ  d’une dimension magico-religieuse que l’arabe a ensuite pleinement dĂ©ployĂ©e.

Occurrences coraniques

S’Ă©lever graduellement — Sourate 17, verset 93

ŰŁÙŽÙˆÙ’ يَكُونَ لَكَ ŰšÙŽÙŠÙ’ŰȘٌ مِّن ŰČÙŰźÙ’Ű±ÙÙÙ ŰŁÙŽÙˆÙ’ ŰȘÙŽŰ±Ù’Ù‚ÙŽÙ‰Ù° فِى Ù±Ù„ŰłÙŽÙ‘Ù…ÙŽŰąŰĄÙ وَلَن Ù†ÙÙ‘Ű€Ù’Ù…ÙÙ†ÙŽ Ù„ÙŰ±ÙÙ‚ÙÙŠÙÙ‘ÙƒÙŽ Ű­ÙŽŰȘَّىٰ ŰȘُنَŰČِّلَ ŰčÙŽÙ„ÙŽÙŠÙ’Ù†ÙŽŰ§ كِŰȘÙŽÙ°ŰšÙ‹Ű§ Ù†ÙŽÙ‘Ù‚Ù’Ű±ÙŽŰ€ÙÙ‡ÙÛ„ قُلْ ŰłÙŰšÙ’Ű­ÙŽŰ§Ù†ÙŽ Ű±ÙŽŰšÙÙ‘Ù‰ هَلْ كُنŰȘُ Ű„ÙÙ„ÙŽÙ‘Ű§ ŰšÙŽŰŽÙŽŰ±Ù‹Ű§ Ű±ÙŽÙ‘ŰłÙÙˆÙ„Ù‹Ű§
ÊŸAw YakĆ«na Laka Baytun Min Zukhrufin ÊŸAw Tarqā FÄ« As-Samāʟi Wa Lan NuÊŸumina LiruqÄ«yika កattā Tunazzila ÊżAlaynā Kitābān NaqraÊŸuhu Qul Subងāna RabbÄ« Hal Kuntu ÊŸIllā Basharān RasĆ«lān

ou que tu n’auras pas une demeure agrĂ©mentĂ©e d’ornements ; ou que tu ne t’Ă©lĂšveras pas graduellement dans le ciel. Nous n’ajouterons pas foi en ton ascension, Ă  moins que tu ne fasses descendre sur nous une Ă©criture que nous rĂ©citerons. » Dis : « Immersion insondable en mon Enseigneur ! Que suis-je sinon un messager qui a une forme humaine ? »

Sourate 17, Ű§Ù„Ű„ŰłŰ±Ű§ŰĄ / Al-Isrāʟ / Le Voyage Nocturne, verset 93. Trad. M. Maurice Gloton, p. 291, Ă©d. Albouraq 2018.

Se hisser — Sourate 38, verset 10

ŰŁÙŽÙ…Ù’ لَهُم مُّلْكُ Ù±Ù„ŰłÙŽÙ‘Ù…ÙŽÙ°ÙˆÙŽÙ°ŰȘِ ÙˆÙŽÙ±Ù„Ù’ŰŁÙŽŰ±Ù’Ű¶Ù ÙˆÙŽÙ…ÙŽŰ§ ŰšÙŽÙŠÙ’Ù†ÙŽÙ‡ÙÙ…ÙŽŰ§ ÙÙŽÙ„Ù’ÙŠÙŽŰ±Ù’ŰȘÙŽÙ‚ÙÙˆŰ§ÛŸ فِى Ù±Ù„Ù’ŰŁÙŽŰłÙ’ŰšÙŽÙ°ŰšÙ
ÊŸAm Lahum Mulku As-Samāwāti Wa Al-ÊŸArឍi Wa Mā Baynahumā FalyartaqĆ« FÄ« Al-ÊŸAsbābi

Ou encore, ont-ils la RoyautĂ© des cieux et de la terre et de ce qui est entre eux deux ? Qu’ils se hissent alors Ă  l’aide de cordes !

Sourate 38, Ű” / áčąĂąd, verset 10. Trad. M. Maurice Gloton, p. 453, Ă©d. Albouraq 2018.

Clavicules et exorcisme — Sourate 75, versets 26-27

ÙƒÙŽÙ„ÙŽÙ‘Űą Ű„ÙŰ°ÙŽŰ§ ŰšÙŽÙ„ÙŽŰșَŰȘِ ٱلŰȘÙŽÙ‘Ű±ÙŽŰ§Ù‚ÙÙ‰ÙŽ · وَقِيلَ مَنْ Ű±ÙŽŰ§Ù‚Ù
Kallā ʟIdhā Balaghati At-Tarāqī · Wa Qīla Man Rāqin

Attention ! Lorsqu’il atteint les clavicules et qu’on dit : « Qui pour exorciser ? »

Sourate 75, Ű§Ù„Ù‚ÙŠŰ§Ù…Ű© / Al-QiyĂąma / La RĂ©surrection, versets 26-27. Trad. M. Maurice Gloton, p. 578, Ă©d. Albouraq 2018.

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Note

Je n’ai pu trouver du cĂŽtĂ© de la langue hĂ©braĂŻque de cognats issus de cette racine ancienne Ă©gyptienne 𓇋(y) · 𓄿(l,r,Ăą) · 𓈎(ážł,q) qu’on retrouve en arabe en mĂ©tathĂšse au sein du corpus coranique avec les mĂȘmes significations premiĂšres. Il se peut qu’il en existe mais dans les donnĂ©es dont je dispose je n’en ai pas trouvĂ© traces.

Du cĂŽtĂ© de l’hĂ©breu, une piste possible — avancĂ©e avec prudence — serait la racine Śš-ڧ-Śą (r-q-Êż), dont dĂ©rive ŚšÖžŚ§ÖŽŚ™ŚąÖ· / rāqĂźaÊż — l’Ă©tendue cĂ©leste, le firmament — tel qu’il apparaĂźt dans la GenĂšse (1 : 8) :

Ś•Ö·Ś™ÖŽÖŒŚ§Ö°ŚšÖžÖ§Ś ڐֱڜÖčŚ”ÖŽŚ™Ś ŚœÖžÖœŚšÖžŚ§ÖŽŚ™ŚąÖ· Ś©ÖžŚŚžÖ·Ś™ÖŽŚ
way·yiq·rā ʟĕ·lĆÂ·hĂźm lā·rā·qß·aÊż ƥā·mā·yim…

« Dieu appela l’Ă©tendue (rāqĂźaÊż) ciel. » — GenĂšse 1 : 8, Bible.

La correspondance des deux premiers radicaux avec l’Ă©gyptien 𓇋(y) · 𓄿(l,r,Ăą) · 𓈎(ážł,q) et l’hĂ©breu Śšâ€“Ś§â€“Śą est remarquable, et la rĂ©sonance sĂ©mantique l’est plus encore : le rāqĂźaÊż hĂ©braĂŻque — ce qui s’Ă©tend et s’Ă©lĂšve au-dessus, l’Ă©tendue cĂ©leste — rĂ©sonne profondĂ©ment avec jÈœážł (monter, s’Ă©lever vers le ciel). Mais le troisiĂšme radical pose problĂšme : Śą (ayin) — fricative pharyngale voisĂ©e — s’Ă©carte du 𓈎(ážł/q) pharaonique et du 𓄿(l,r,Ăą) pharaonique, ce qui interdit de conclure avec certitude Ă  une parentĂ© Ă©tymologique directe. La convergence sĂ©mantique est nĂ©anmoins frappante, et mĂ©rite d’ĂȘtre signalĂ©e.

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