đŹđ§đđ dmáž / demedj
Unir · Joindre · Lier · Réassembler · Rendre complet · Totaliser
Ătude lexicographique et Ă©tymologique comparĂ©e
Ăgyptien pharaonique · Copte · HĂ©breu · Arabe · Akkadien · Ougaritique
Sous les auspices de đ đđđ đđđđ (ážáž„wty Ăážłr | Djehouty L’Excellent) ! Ù Ű± ŰĄ
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I. Sens et acceptions
Le verbe Ă©gyptien ancien đŹđ§đđ (lire dmáž / demedj) est d’une remarquable densitĂ© sĂ©mantique, dont le champ lexical gravite autour de l’idĂ©e centrale d’union, de jonction et de complĂ©tude.
Comme verbe : unir, joindre, lier, rĂ©assembler, consolider un corps dĂ©membrĂ©, rĂ©unir des personnes, aller retrouver quelqu’un, rejoindre, rendre complet, unifier, rassembler, accumuler, thĂ©sauriser, totaliser, additionner, entasser des grains, unifier des terres.
Comme nom : rĂ©union, entier, complet, achevĂ©, intĂ©gral, total. Le total gĂ©nĂ©ral se disait đŹđ„ (dmáž smÈ / demedj sema). En contexte mathĂ©matique : totaliser, accumuler, additionner.
Le pseudo-participe dmáž ou dmáž-tĂ exprime les Ă©tats de « complet », « entier », « achevĂ© », « intĂ©gral ». Les variantes graphiques attestĂ©es incluent đŹđ§đ et đŹđ§. L’expression náčŻrw dmážw signifie littĂ©ralement « les dieux en totalitĂ© » ou « au complet », illustrant l’usage collectif et exhaustif du terme.
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II. Analyse des hiéroglyphes constitutifs
2.1 đŹ â Les deux sceptres nekhakha
Cet idĂ©ogramme reprĂ©sente deux sceptres náž«Ènáž«È / nekhakha đđđŒđż đđŒđż đ , emblĂšmes royaux de l’Ăgypte ancienne porteurs des significations de rĂ©unir, unifier, totaliser, apparier, joindre. Il est composĂ© du signe đ¶ (ĆĄn / shen), figurant un anneau ou une bague â dont le sens verbal est entourer, circonscrire, encercler â sur lequel sont fichĂ©s dos Ă dos deux sceptres náž«Ènáž«È, l’un des sceptres d’Osiris.
Le sceptre náž«Ènáž«È apparaĂźt Ă©galement au-dessus du bras levĂ© du dieu ithyphallique prĂ©dynastique Min, dieu de la fertilitĂ©, de la reproduction et de la foudre â longtemps interprĂ©tĂ© Ă tort comme un flabellum, alors qu’il s’agit en rĂ©alitĂ© d’un symbole mĂ©tĂ©orologique liĂ© Ă la foudre descendant d’en haut, dont le bruissement imitait le son de l’orage. Min Ă©tait associĂ© Ă la fulgurite â du latin fulgur, « foudre » : ces fragments de silice tubulaires issus de l’impact de la foudre sur une roche, dont l’hiĂ©roglyphe est đ, constituaient l’emblĂšme mĂȘme du dieu. Il Ă©tait reprĂ©sentĂ© le corps enserrĂ© dans un linceul, coiffĂ© d’un bandeau (Ű”ÙÙ Ùۧۯ / áčŁimÄd en arabe) autour de la tĂȘte, avec deux plumes d’autruche fichĂ©es.
Cette iconographie rappelle de façon frappante l’ancien dieu phĂ©nicien et cananĂ©en de la fertilitĂ© et des orages, ŚÖžÖŒŚąÖ·Ś (BĂĄÊżal), tel que figurĂ© sur la stĂšle du Baal au foudre conservĂ©e au Louvre, qui brandit de son bras levĂ© une massue (áčŁmd) au-dessus de la tĂȘte. Le bandeau Ă deux plumes de Min mĂ©rite d’ĂȘtre rapprochĂ© de la coiffe Ă deux cornes du BĂĄÊżal sĂ©mitique.
Cet idĂ©ogramme est enfin un symbole royal de puissance et de protection : le verbe náž«È (đđđĄ) signifie en Ă©gyptien pharaonique secourir, aider, venir en aide, protĂ©ger â renvoyant Ă l’image du roi en tant que rassembleur, unificateur et protecteur de son peuple.
2.2 đ§ â La main (d)
Ce phonogramme reprĂ©sente une main avec le pouce accolĂ© aux autres doigts. Lettre D de l’Ă©criture hiĂ©roglyphique, son nom remonte Ă un ancien mot Ă©gyptien dĂ©signant la main : Id â que l’on rapproche directement de l’hĂ©breu ŚÖžŚ / Yad [yawd] et de l’arabe ÙÙŰŻ / Yad, tous deux signifiant « main ». Du point de vue phonĂ©tique : occlusive dentale faible. HĂ©breu : ŚÖŒ (dÄl) ou Ś (tet). Arabe : ŰŻÙŰ§Ù / dÄl / d. SĂ©mitiques : d, áč, t.
2.3 đ â Le cobra (áž)
Ce phonogramme note la consonne áž (logogramme cobra / ážt). Valeur phonĂ©tique : áž / dj / áčŻ / tch / d. Copte : Ï« (ážanážia). HĂ©breu : ŚÖŒ / Ś (GuimĂšl) ou ŚŠ (Tsadei / áčŁ). Arabe : Űž (áșÄÊŸ) · Ű” (áčąÄd) · ۶ (ážÄd) · ŰŹ (jÄ«m). SĂ©mitiques : áčŁ, z, áž, áž.
2.4 đ â Le hibou (m)
Ce phonogramme correspond Ă la consonne /m/, occlusive bilabiale sonore nasale. En copte, Ă©volution trialectale : âČ/âČ (mÄ/m), mais aussi âČ/âČ (bÄta/b [b, v, w]) et âČš/âČ© (he/u [u, w, i, v]). Arabe : Ù / mÄ«m / m.
2.5 đ â Le rouleau de papyrus
Ce signe reprĂ©sente un rouleau de papyrus reliĂ© et scellĂ©. DĂ©terminatif d’Ă©criture, de ciseau, et de notions abstraites. IdĂ©ogramme d’Ă©crire, d’Ă©criture, de scribe. Signale aussi des acceptions de fin, poli, moudre fin, polir.
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III. Correspondances phonétiques
| Hiéroglyphe | Arabe | Hébreu | Copte |
|---|---|---|---|
| đ§ (d) | ŰŻ (dÄl / d) | Ś (dalet / d) | âČŠ/âȧ (tau / t) |
| đ (m) | Ù (mÄ«m / m) | Ś (mĂšm / m) | âČ/âČ (mÄ / m) |
| đ (áž) | Ű” (áčąÄd) / ۶ (ážÄd) | ŚŠ (TsadĂ© / áčŁ) | Ï« (ážanážia) |
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IV. Attestations dans les corpus pharaoniques
Les Textes des Pyramides â Ounas et TĂ©ti
La mention la plus ancienne du vocable verbal đŹđ§đđ se trouve dans les premiers Textes des Pyramides, ceux du pharaon Ounas et du pharaon TĂ©ti, avec la signification fondamentale de rassembler ou rĂ©unifier un corps dĂ©membrĂ© :
« que l’on rassemble ses membres qui sont dans les mystĂšres »
Textes des Pyramides d’Ounas, antichambre, W/A/S, col. 2, Spruch {260}, §318 a. Trad. Claude Carrier, pp. 128-129, Ă©d. CybĂšle 2009.
« (S’)il t’a regroupĂ©, c’est que rien ne peut te gĂȘner ! »
Textes des Pyramides de Téti, antichambre, T/A/W, col. 33, Spruch {364}, §617 b. Trad. Claude Carrier, pp. 310-311, éd. CybÚle 2009.
Les Textes des Sarcophages du Moyen Empire
j áž„r(w).t dmáž náčŻr N pn
« Ă Celle qui monte, croise tes bras ! / Ă Celle qui s’Ă©loigne, unis le dieu audit N ! »
Textes des Sarcophages, vol. 2, CT VI, Spell [502], sarcophage B1Bo, pp. 86-87. Trad. Claude Carrier, p. 1232, éd. du Rocher 2004.
Ăž dmáž=w sm3w~n=j dmáž~n=j 3áž«.w
dmáž-n=j Sáž«m.w Sáž«m.w smsw.w
« Complet est Celui que j’ai ramenĂ© du ciel / Complet est Celui que j’ai ralliĂ© (aprĂšs que) j’eus rĂ©uni les Bienheureux / et que j’eus rĂ©uni les Puissants et les Puissants Anciens »
Textes des Sarcophages, vol. 3, CT III, Spell [1017], papyrus P.Gard.II, p. 236. Trad. Claude Carrier, pp. 2160-2161, éd. du Rocher 2004.
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V. Copte
Le vocable pharaonique đŹđ§đđ (dmáž / demedj) a donnĂ© naissance en copte Ă deux formes dialectales hĂ©ritiĂšres directes :
âȧâȱâČâȧ (dialecte bohaĂŻrique) · âȧâȱâČâČâȧ (dialecte sahidique)
Ces formes ont prĂ©servĂ© les significations verbales originelles d’unir, joindre, lier. En tant que nom, âȧâȱâČâČâȧ (sahidique) prend les sens de rencontre, Ă©vĂ©nement, hasard. Le vocable dĂ©motique correspondant est tmt, signifiant rĂ©unir, unir â avec Ă©galement le sens de troubler.
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VI. Hébreu
Le vocable hĂ©breu ŚŠÖžŚÖ·Ś / áčŁamad constitue le pendant sĂ©mitique le plus direct du terme Ă©gyptien â et plus prĂ©cisĂ©ment sa mĂ©tathĂšse : les consonnes de la racine Ă©gyptienne d-m-áž se retrouvent rĂ©ordonnĂ©es en áčŁ-m-d dans la racine hĂ©braĂŻque.
Ses acceptions verbales sont : joindre, lier, s’attacher, ĂȘtre attachĂ©, se joindre Ă , combiner ensemble, ajuster ensemble, atteler. Le dĂ©rivĂ© nominal ŚŠÖ¶ŚÖ¶Ś / áčŁemed (nom masculin) signifie : paire, ensemble, couple, Ă©quipe, joug, attelage.
Cette correspondance s’Ă©tend aux autres langues sĂ©mitiques :
Akkadien : áčŁmd â lier ensemble, atteler · Ougaritique : áčŁmd â tige, canne, joug
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VII. Vocables de l’arabe
La racine Ű”-Ù -ŰŻ (áčŁ-m-d)
Ű”ÙÙ ÙÙŰŻÙ / ÙÙŰ”ÙÙ ÙÙŰŻÙ (áčŁammada / yuáčŁammidu) â verbe, forme II : rĂ©sister, tenir ferme, rĂ©parer, soigner de maniĂšre assidue, se rendre auprĂšs de quelqu’un, nouer un foulard, attacher un bandeau autour de la tĂȘte, thĂ©sauriser, Ă©pargner, rĂ©server comme gain net.
Ű”ÙÙ Ùۧۯ (áčŁimÄd) â nom : Ă©toffe ou linge que l’on enroule, attache ou noue autour de la tĂȘte.
Ű”ÙÙ ÙŰŻ (áčŁamad) â nom : maĂźtre.
Ű”Ű§Ù ÙŰŻ (áčŁÄmid) â adjectif : ferme, stable, fixe, rĂ©sistant, persistant.
La racine ۶-Ù -ŰŻ (áž-m-d)
۶ÙÙ ÙŰŻÙ / ÙÙ۶ÙÙ ÙŰŻÙ (ážamada / yaážmudu) â verbe, forme I : bander, panser, lier, se joindre, joug.
۶ÙÙ Ùۧۯ (ážimÄd) â nom : bandage, pansement, plĂątre.
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VIII. ۧÙŰ”ÙÙÙ ÙŰŻ / Al-áčąamad â Un hapax coranique
Le vocable ۧÙŰ”ÙÙÙ ÙŰŻ / Al-áčąamad constitue un hapax au sein du corpus coranique, apparaissant une seule fois au verset 2 de la sourate 112 ۧÙۄ۟Ùۧ۔ / Al-IkhlÄáčŁ (Le MonothĂ©isme pur), sourate entiĂšrement consacrĂ©e Ă la description de la nature divine.
AllÄhu AáčŁ-áčąamadu
Ce terme a constituĂ© un vĂ©ritable dĂ©fi pour les traducteurs Ă travers les siĂšcles, aucun consensus ne s’Ă©tant Ă©tabli sur sa signification prĂ©cise :
| Traducteur | Traduction proposée |
|---|---|
| M. Kazimirski | C’est le Dieu Ă qui tous les ĂȘtres s’adressent dans leurs besoins |
| Denise Masson | L’ImpĂ©nĂ©trable |
| Muhammad Hamidullah | Dieu, l’Absolu |
| André Chouraqui | Allah, le Numineux |
| Jacques Berque | Dieu de plénitude |
| Maurice Gloton | L’ImpĂ©nĂ©trable Soutien Universel |
Parmi ces traductions, nous retenons particuliĂšrement : « Celui sur lequel on s’appuie », « Celui qui arrange toute chose », « Le Soutien Universel » et « L’ImpĂ©nĂ©trable Soutien Universel » de Maurice Gloton.
Ă la lumiĂšre du lien Ă©tabli avec l’Ă©gyptien pharaonique đŹđ§đđ â dont la racine est la mĂ©tathĂšse de la racine arabe Ű”-Ù -ŰŻ (ou ۶-Ù -ŰŻ) â des traductions complĂ©mentaires peuvent ĂȘtre proposĂ©es :
Que la racine d’un des attributs divins les plus fondamentaux de la thĂ©ologie coranique puisse se retrouver dans les textes les plus anciens de l’Ăgypte pharaonique â les Textes des Pyramides d’Ounas et de TĂ©ti, les Textes des Sarcophages du Moyen Empire â et rĂ©sonner Ă travers le copte, l’hĂ©breu, l’akkadien et l’ougaritique, invite Ă une rĂ©flexion profonde sur la continuitĂ© des intuitions spirituelles et linguistiques Ă travers les civilisations du bassin mĂ©diterranĂ©en et de l’Afrique du Nord-Est.
đ đ€ ážáž„wty Ăážłr â Djehouty L’Excellent