đđđđ€ Êżrf / Äref
Combiner · Unir · Envelopper · Clore · Contenir · Encercler
Ătude lexicographique et Ă©tymologique comparĂ©e
Ăgyptien pharaonique · DĂ©motique · Copte · HĂ©breu · Arabe · Papyrus Ebers
Sous les auspices de đ đđđ đđđđ (ážáž„wty Ăážłr | Djehouty L’Excellent) ! Ù Ű± ŰĄ
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I. Correspondances phonétiques inter-langues
| Ăgyptien ancien | Arabe | HĂ©breu |
|---|---|---|
| đ (Êż â fricative pharyngale voisĂ©e) | Űș (ÄĄayn) | Śą (Ayin) |
| đ (r â vibrante apico-alvĂ©olaire) | Ù (lÄm) | Śš (Resh) / Ś (Lamed) |
| đ (f â labio-dentale sourde) | Ù (fÄÊŸ) | Ś€ / ŚŁ (Pe) |
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II. PhonĂšmes de l’Ă©gyptien pharaonique
2.1 đ â L’avant-bras (Êż â fricative pharyngale voisĂ©e : a, Ä, Ë€, Êż)
Produite au fond du conduit vocal par la constriction des muscles pharyngaux, cette consonne propre aux langues afro-asiatiques et chamito-sémitiques est étrangÚre au systÚme phonologique du français. Elle se manifeste différemment selon les langues qui en héritent :
Copte : âČ/âČ (iĆta/i) · âČ/âČ (alpha/a) · âČ/âČ (ei/e) · âČ/âČ (Äta/Ä) · âČ/âČ (ou/o)
HĂ©breu : Śą / Ê / (Ayin) â consonne gutturale dont l’articulation varie selon les traditions de lecture.
Arabe : Űč (ÊżAyn) â consonne distinctive de l’arabe classique, porteuse d’une forte charge phonologique et Ă©tymologique.
SĂ©mitiques communs : Êż, ÄĄ, l, r, Ë.
2.2 đ â La bouche (/r/ â vibrante apico-alvĂ©olaire)
Ce phonĂšme, figurĂ© par le hiĂ©roglyphe de la bouche humaine, reprĂ©sente en moyen Ă©gyptien une vibrante apico-alvĂ©olaire comparable au r roulĂ© des langues mĂ©diterranĂ©ennes. Ses rĂ©alisations dans les langues dĂ©rivĂ©es tĂ©moignent d’une remarquable mobilitĂ© articulatoire :
Copte : âČą/âČŁ (rĆ/r) · âČ/âČ (laula/l) â propre au dialecte fayoumique · âČ/âČ (nÄ/n) â par assimilation nasale
HĂ©breu : Śš (Resh) · Ś (Lamed)
Arabe : ۱ (rÄÊŸ) â consonne liquide dont la prononciation emphatique influe sur la couleur vocalique environnante · Ù (lÄm)
2.3 đ â La vipĂšre Ă cornes (Cerastes cerastes) (/f/)
Ce hiĂ©roglyphe reprĂ©sente la vipĂšre Ă cornes du dĂ©sert Ă©gyptien, redoutĂ©e pour son venin puissant et sa discrĂ©tion dans le sable. En tant que phonogramme, il note la consonne labio-dentale /f/, partagĂ©e par l’ensemble des langues afro-asiatiques :
Copte : Ï„ (Fei/f) · âČ (bÄta/b â Vida)
HĂ©breu : Ś€ / ŚŁ (Pe) â [f] en position fricative, [p] en position occlusive
Arabe : Ù (fÄÊŸ) â labio-dentale sourde, stable dans toutes les variĂ©tĂ©s de l’arabe
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III. Déterminatifs hiéroglyphiques
đ€ Sac nouĂ© en lin â IdĂ©ogramme du lin et du vĂȘtement ; dĂ©terminatif sĂ©mantique de l’action d’empaqueter, d’envelopper, de conditionner dans une enveloppe close. Son association avec la racine Êżrf oriente immĂ©diatement le sens vers la fermeture et la contenance.
đ© Bande de tissu â DĂ©terminatif de bander et du bandage, renvoyant Ă la pratique mĂ©dicale et funĂ©raire de l’emmaillotement, omniprĂ©sente dans la civilisation pharaonique.
đ± Boucle de corde avec les extrĂ©mitĂ©s vers le haut â IdĂ©ogramme de la corde ; dĂ©terminatif de vĂȘtements, d’habillement et d’empaqueter. Ce signe Ă©voque le geste d’attacher, de nouer, de lier un contenu dans son enveloppe â prolongeant ainsi le champ sĂ©mantique de la racine vers l’idĂ©e de clĂŽture et de contention.
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IV. Vocables de l’Ă©gyptien ancien
đđđđ€ (lire Êżrf / Äref) â verbe : combiner, unir ensemble, envelopper, clore, contenir, encercler.
On rencontre Ă©galement des variantes graphiques abrĂ©gĂ©es avec les mĂȘmes acceptions : soit avec le seul signe du sac nouĂ© đ€, soit avec la bande de tissu đ© en guise de dĂ©terminatif. Cette pluralitĂ© de graphies reflĂšte la souplesse de l’orthographe Ă©gyptienne, qui privilĂ©gie la lisibilitĂ© sĂ©mantique sur la fixitĂ© scripturaire.
đđđđ€ (lire Êżrf / Äref) â nom : sac, bourse, contenant fermĂ©.
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V. SynthÚse des correspondances graphiques et phonétiques
La racine de l’Ă©gyptien pharaonique s’Ă©crivait đ (Êż, Ä) â đ (r) â đ (f), munie du signe reprĂ©sentant un sac nouĂ© en lin đ€ (idĂ©ogramme de lin et de vĂȘtement, dĂ©terminatif d’empaqueter et d’envelopper) ou de la bande de tissu đ© (dĂ©terminatif de bander, de bandage), ou encore de la boucle de corde đ± (dĂ©terminatif de vĂȘtements et d’empaqueter).
Le premier radical đ (Êż, Ä), fricative pharyngale voisĂ©e en Ă©gyptien ancien, correspond du cĂŽtĂ© de l’arabe Ă la fricative vĂ©laire voisĂ©e Űș (ÄĄayn / ÄĄ). Au deuxiĂšme radical đ (r), vibrante apico-alvĂ©olaire, rĂ©pond la dentale latĂ©rale voisĂ©e Ù (lÄm / l) de l’arabe.
Prise comme vocable verbal, cette racine munie du signe du sac avait les acceptions de combiner, unir ensemble, envelopper, clore, contenir, encercler. Prise comme nom, elle dĂ©signait une bourse, un sac. En dĂ©motique, le vocable Êżrf ou Êżrb signifiait enfermer, envelopper une momie. La racine a donnĂ© en copte âȱâČŁâČ, âȱâČŁÏ„, âČâČŁÏ„ avec les sens d’entourer, restreindre, circonscrire. L’arabe ŰșÙÙÙÙÙÙ (ÄĄallafa), avec ses acceptions d’envelopper, recouvrir, emballer, cacher, fermer, rejoint pleinement les mĂȘmes significations du vocable de l’Ă©gyptien pharaonique.
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VI. Attestation dans les Textes des Pyramides
La racine apparaĂźt dĂšs les plus anciens textes de l’Ăgypte pharaonique â les Textes des Pyramides â notamment dans ceux de la Pyramide d’Ounas (Ve Dynastie, -2375 / -2345), les plus anciens textes religieux Ă©crits connus de l’humanitĂ©.
« Une bourse de malachite. Une bourse de galÚne. »
Textes des Pyramides d’Ounas, chambre funĂ©raire, col. 11, Spruch {79}, §54d, pp. 24-25. Trad. Claude Carrier, Ă©d. CybĂšle, Paris, 2009.
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VII. Démotique
En dĂ©motique â script cursif issu de l’Ă©criture hiĂ©ratique, en usage Ă partir du VIIe siĂšcle avant notre Ăšre â la racine Êżrf ou Êżrb acquiert une rĂ©sonance funĂ©raire marquĂ©e : elle signifie enfermer, envelopper une momie. Ce glissement sĂ©mantique s’inscrit dans la logique symbolique de la racine : envelopper le corps du dĂ©funt, c’est le clore, le circonscrire, le protĂ©ger pour l’Ă©ternitĂ©.
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VIII. Ăvolution copte
Valeurs phonétiques mobilisées dans la transmission de cette racine :
âȰ/âȱ /Ć/ [oË] · âČ/âČ /e/ [e] · âČ/âČ /o/ [o] · âČą/âČŁ /r/ [r] · âČ/âČ /b/ [b, v, w] · Ï€/Ï„ /f/ [f]
Vocables coptes hĂ©ritiers directs de đđđđ€ :
âȱâČŁâČ (dialecte sahidique) · âȱâČŁÏ„ (dialecte bohaĂŻrique) · âČâČŁÏ„ (dialecte bohaĂŻrique)
Ces trois formes dialectales, hĂ©ritiĂšres directes de đđđđ€ (Êżrf / Äref), partagent les sens d’entourer, restreindre, circonscrire. Elles tĂ©moignent de la vitalitĂ© de la racine pharaonique au sein du copte, derniĂšre forme vivante de la langue Ă©gyptienne antique, dont la liturgie de l’Ăglise copte orthodoxe a prĂ©servĂ© la prononciation jusqu’Ă nos jours.
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IX. Correspondances hébraïques
L’Ă©quivalent hĂ©breu de la racine đđđđ€ est la triconsonantique Śą (Ê) â Ś (l) â ŚŁ / Ś€ (f ou p).
ŚąÖžŚÖ·ŚŁ (ÊżÄlaph) partage avec l’Ă©gyptien ancien les acceptions fondamentales de couvrir, se couvrir, s’envelopper. La racine a Ă©largi son champ sĂ©mantique en hĂ©breu biblique pour dĂ©signer le fait de tomber, d’ĂȘtre en dĂ©faillance, voire de mourir. Ce glissement est peut-ĂȘtre le reflet d’une mĂ©taphore culturelle archaĂŻque, liant l’image de l’ĂȘtre alitĂ© et recouvert Ă celle du dĂ©funt enveloppĂ© dans son linceul â ce tissu ultime qui clĂŽt le corps comme le sac nouĂ© clĂŽt son contenu.
S’envelopper â GenĂšse 38 : 14
wat·tÄ·sar biឥ·ážĂȘ ÊŸal·mÉ·nƫ·áčŻÄh mĂȘÂ·ÊżÄ·le·hÄ wat·tÉ·បas baáčŁÂ·áčŁÄÂ·ÊŸĂźpÌ wat·tiáčŻÂ·Êżal·lÄpÌ wat·tĂȘ·ƥeáž bÉ·pÌe·áčŻaáž„ ÊżĂȘ·na·yim ÊŸÄ·ƥer Êżal-de·reáž” tim·nÄ·áčŻÄh
« Alors elle ĂŽta ses habits de veuve, elle se couvrit d’un voile et s’enveloppa, et elle s’assit Ă l’entrĂ©e d’ĂnaĂŻm, sur le chemin de Thimna… »
GenĂšse 38 : 14, Bible.
Couvert â Cantique des Cantiques 5 : 14
yÄ·ážÄw gÉ·lß·lĂȘ zÄ·hÄáž mÉ·mul·lÄÂ·ÊŸĂźm bat·tar·ƥßƥ mĂȘÂ·ÊżÄw Êże·ƥeáčŻ ĆĄĂȘn mÉÂ·Êżul·le·pÌeáčŻ sap·pß·rĂźm
« Ses mains sont des anneaux d’or, garnis de chrysolithes ; son corps est de l’ivoire poli, couvert de saphirs. »
Cantique des Cantiques 5 : 14, Bible.
DĂ©faillance â ĂsaĂŻe 51 : 20
bÄ·na·yiáž” Êżul·lÉ·pÌĆ« ĆĄÄ·បÉ·ážĆ« bÉ·rĆĆĄ kÄl-ងƫ·áčŁĆ·wáčŻ kÉ·áčŻĆ·w miប·mÄr ham·lĂȘÂ·ÊŸĂźm ងķmaáčŻ Yahweh gaÂ·ÊżÄ·raáčŻ ÊŸÄ·lĆ·ha·yiáž”
« Tes fils en dĂ©faillance gisaient Ă tous les coins de rues, comme le cerf dans un filet, chargĂ©s de la colĂšre de l’Ăternel, des menaces de ton Dieu. »
ĂsaĂŻe 51 : 20, Bible.
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X. Vocables de l’arabe
La racine Űș-Ù-Ù (ÄĄ-l-f) ne compte que deux occurrences dans le corpus coranique, ce qui en fait une racine rare mais sĂ©mantiquement chargĂ©e. Elle qualifie nĂ©gativement le cĆur de l’incroyant : dĂ©crit comme hermĂ©tiquement enveloppĂ©, impĂ©nĂ©trable Ă la rĂ©vĂ©lation divine, Ă l’image d’un sac fermĂ© que rien ne peut ouvrir.
| Forme | Translittération | Sens |
|---|---|---|
| ŰșÙÙÙÙÙÙ / ÙÙŰșÙÙÙÙÙÙ | ÄĄallafa / yuÄĄallifu | envelopper, recouvrir, emballer, cacher, fermer |
| ŰȘÙŰșÙÙÙÙÙ | taÄĄlÄ«f | action d’envelopper ; emballage, reliure (arabe moderne) |
| ŰșÙÙۧÙÙ | ÄĄilÄf | emballage, couverture, fourreau, Ă©tui, prĂ©puce |
| ŰșÙÙÙÙÙŰ© | ÄĄulfa | prĂ©puce (terme juridique islamique) |
Le cĆur enveloppĂ© â Sourate 2, Al-Baqara, verset 88
wa-qÄlĆ« qulĆ«bunÄ ghulfun bal laÊżanahumu llÄhu bi-kufrihim fa-qalÄ«lan mÄ yuÊŸminĆ«na
« Et ils dirent : Nos cĆurs sont enveloppĂ©s et impĂ©nĂ©trables. â Non, mais Allah les a maudits Ă cause de leur mĂ©crĂ©ance, et leur foi est donc bien mince. »
Sourate 2, Al-Baqara / La Vache, verset 88, Coran.
Sourate 4, An-NisÄÊŸ, verset 155
fa-bi-mÄ naqážihim mÄ«thÄqahum wa-kufrihim bi-ÊŸÄyÄti llÄhi wa-qatlihimu l-ÊŸanbiyÄÊŸa bi-ghayri áž„aqqin wa-qawlihim qulĆ«bunÄ ghulfun bal áčabaÊża llÄhu ÊżalayhÄ bi-kufrihim fa-lÄ yuÊŸminĆ«na ÊŸillÄ qalÄ«lan
« (Nous les avons maudits) Ă cause de leur rupture de l’engagement, leur mĂ©crĂ©ance aux rĂ©vĂ©lations d’Allah, leur meurtre injustifiĂ© des prophĂštes, et leur parole : Nos cĆurs sont enveloppĂ©s et impermĂ©ables. â En rĂ©alitĂ©, c’est Allah qui a scellĂ© leurs cĆurs Ă cause de leur mĂ©crĂ©ance, car ils ne croyaient que trĂšs peu. »
Sourate 4, An-NisÄÊŸ / Les Femmes, verset 155, Coran.
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XI. Attestations dans les papyrus médicaux
Les acceptions d’envelopper et de circonscrire se retrouvent dans deux grands traitĂ©s mĂ©dicaux de l’AntiquitĂ© Ă©gyptienne, oĂč la racine dĂ©crit des rĂ©alitĂ©s anatomiques et des gestes chirurgicaux prĂ©cis.
Le Papyrus Edwin Smith
« Ă l’intĂ©rieur du crĂąne, (il faut comprendre que) le grand fracas a ouvert Ă l’intĂ©rieur du crĂąne la membrane qui enveloppe le cerveau qu’il aura rompue et aura créé un Ă©coulement »
Le Papyrus mĂ©dical Edwin Smith, chirurgie et magie en Ăgypte antique, François Resche, p. 101, Ă©d. L’Harmattan, 2017. â Ici Êżrft dĂ©signe la membrane cĂ©rĂ©brale, le contenant anatomique par excellence.
Le Papyrus Ebers (~1550 av. J.-C.) â 107-20
« Il est mis en garde vis-Ă -vis des (canaux-) met. Il en sort quelque chose, semblable Ă de l’eau de gomme, qui a circonscrit. »
Nouvelle Transcription du Papyrus Médical Ebers, translittération, traduction, glossaire et index de Bernard Lalane et Gérard Métra, 107-20, p. 219, éd. Safran, 2017.
đ đ€ ážáž„wty Ăážłr â Djehouty L’Excellent