đđđđ» áž«ns / khĂ©nĂšs
Se déplacer · Marcher · Cheminer · Parcourir · Voyager · Traverser
Ătude lexicographique et Ă©tymologique comparĂ©e
Ăgyptien pharaonique · Copte · HĂ©breu · Arabe
Sous les auspices de đ đđđ đđđđ (ážáž„wty Ăážłr | Djehouty L’Excellent) ! Ù Ű± ŰĄ
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I. Sens et acceptions
Le verbe Ă©gyptien ancien đđđđ» (lire áž«ns / khĂ©nĂšs) gravite autour de l’idĂ©e fondamentale de mouvement, de dĂ©placement et de traversĂ©e â qu’il s’agisse du voyageur sur terre, du pharaon dans l’au-delĂ , ou des astres parcourant la voĂ»te cĂ©leste.
Comme verbe : venir, se déplacer, marcher, cheminer, parcourir, circuler, atteindre un lieu, voyager, traverser, évoluer.
Comme nom : la racine forge le nom du dieu lunaire đđđđ ±đ (áž«nsw / khĂ©nĂ©sou) â Khonsou, le Voyageur, dieu hiĂ©racocĂ©phale associĂ© Ă la lune qui se dĂ©place dans le ciel nocturne. En hĂ©breu : Ś’ŚŚ ŚĄŚ.
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II. Analyse des hiéroglyphes constitutifs
2.1 đ â Crible ou placenta humain (áž« / kh)
Ce phonogramme unilitĂšre note la fricative vĂ©laire sourde áž« / kh â un souffle rauque produit Ă l’arriĂšre du palais, absent du français mais central dans les langues sĂ©mitiques et chamito-sĂ©mitiques. Ses rĂ©alisations dans les langues dĂ©rivĂ©es sont particuliĂšrement riches :
Copte : ϧ (áž«Äj / x ou áș) · Ï© (hĆri / h) · âČ (kij / kh) · âČ (Kabba / k) · ÏŁ (ĆĄay / sh)
HĂ©breu : Ś (ងÚt / x) · Ś (khaf / x) · Śą (Êżayin)
Arabe : Űź (áž«ÄÊŸ / kh) · Ű (áž„ÄÊŸ) · Ù (kÄf / k) · Űč (Êżayn) · Űș (ÄĄayn)
SĂ©mitiques communs : x, k, áș, ĆĄ, Êż, ÄĄ, ឥ, h, áž„ · Niger-Congo : K, x, g
2.2 đ â La vague (n)
Ce phonogramme correspond à la consonne /n/, une occlusive apico-dentale nasale. Ses réalisations dans les langues dérivées :
Copte : âČ/âČ (nÄ / n) · âČ/âČ (mÄ / m) · âČą/âČŁ (rĆ / r)
HĂ©breu : Ś (nun / n) · Ś (lamed / l) · Arabe : Ù (nĆ«n / n) · Ù (lÄm / l) · SĂ©mitiques : n, l
2.3 đ â Le verrou (z / s)
Ce phonogramme note une sifflante dentale sonore, transcrite z ou s. Il correspond en hĂ©breu Ă Ś (zayin / z) â septiĂšme lettre â et en arabe à ۰ (ážÄl) â neuviĂšme lettre. SĂ©mitiques : z, áž.
Ă partir du moyen Ă©gyptien, ce phonĂšme s’Ă©crit aussi avec le signe đŽ (linge pliĂ©), sifflante dentale sourde transcrite s. Il correspond alors en hĂ©breu Ă Ś© (ĆĄin / ĆĄ, s), ŚĄ (samĂškh / s) ; en arabe Ă Űł (sÄ«n / s), ŰŽ (ĆĄÄ«n), Ű« (áčŻÄÊŸ). SĂ©mitiques : áčŻ, ĆĄ, s.
2.4 đđ ± â BilitĂšre (sw) et poussin de caille (w / u)
Le poussin de caille đ ± note la consonne /w/ ou la voyelle /u/, Ă©quivalente Ă l’hĂ©breu Ś (vav / w, v), Ă l’arabe Ù (wÄw), au syriaque Ü et au copte âČâČ© / âȰ. Le signe đČ est son Ă©quivalent graphique.
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III. Déterminatifs hiéroglyphiques
đ» Jambes marchant â IdĂ©ogramme de la dĂ©marche, de venir et de revenir. DĂ©terminatif universel de tout verbe de mouvement dans l’Ă©criture hiĂ©roglyphique â il signale d’emblĂ©e au lecteur que le mot appartient au champ sĂ©mantique du dĂ©placement.
đ Faucon sur le support đŸ â IdĂ©ogramme d’Horus. DĂ©terminatif de divinitĂ© et de roi â sa prĂ©sence dans l’Ă©criture de áž«nsw confĂšre au dieu Khonsou sa dimension sacrĂ©e et royale.
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IV. Vocables de l’Ă©gyptien pharaonique
đđđđ» (lire áž«ns / khĂ©nĂšs) â verbe : se dĂ©placer, marcher, cheminer, parcourir, circuler, atteindre un lieu, voyager, traverser.
đđđđ ±đ (lire áž«nsw / khĂ©nĂ©sou) â nom : le dieu lunaire Khonsou, dont le nom signifie littĂ©ralement le Voyageur. Dieu hiĂ©racocĂ©phale de l’Ăgypte ancienne, associĂ© Ă la lune qui se dĂ©place dans le ciel nocturne, adorĂ© notamment Ă Memphis, premier nome de Basse-Ăgypte.
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V. Attestations dans les corpus pharaoniques
La racine đđđđ» (áž«ns / khĂ©nĂšs) est abondamment attestĂ©e dans les Textes des Pyramides d’Ounas et de TĂ©ti â les plus anciens textes religieux de l’humanitĂ© â oĂč elle exprime le dĂ©placement cĂ©leste du pharaon dĂ©funt, assimilĂ© aux astres parcourant la voĂ»te du ciel.
La double porte â traverser
« Qu’Ounas ouvre la double porte ! Qu’Ounas atteigne les limites de l’horizon ! »
Textes des Pyramides d’Ounas, antichambre, col. 32-33, Spruch {275}, §416 a, pp. 150-151. Trad. Claude Carrier, Ă©d. CybĂšle, 2009.
La forme áž«nswy dĂ©signe ici une double porte s’ouvrant des deux cĂŽtĂ©s â áž«ns pouvant signifier aller dans deux directions diffĂ©rentes, une double motion opposĂ©e.
Traverser le ciel comme Thot
áž«ns W p.t mj ážáž„wty
« (Car) Ounas parcourt le ciel comme RĂȘ / (et) traverse le ciel comme Thot »
Textes des Pyramides d’Ounas, chambre funĂ©raire, col. 29-30, Spruch {210}, §130 d, pp. 48-49. Trad. Claude Carrier, Ă©d. CybĂšle, 2009.
Ounas est ici assimilĂ© aux deux grands astres divins : RĂȘ, le soleil, et Thot, associĂ© Ă la lune â comme Khonsou lui-mĂȘme. Le lien avec l’usage coranique de khunnas pour dĂ©signer les planĂštes qui se dĂ©placent s’impose naturellement.
Ăvoluer
« Puisses-tu voyager vers tes champs (et) puisses-tu évoluer entre tes arbres-késébet ! »
Textes des Pyramides d’Ounas, antichambre, col. 33, Spruch {301}, §456 b, pp. 164-165. Trad. Claude Carrier, Ă©d. CybĂšle, 2009.
Khonsou, le couteau des Seigneurs
« C’est Khonsou, le couteau des Seigneurs, qui les dĂ©pĂšcera pour Ounas »
Textes des Pyramides d’Ounas, antichambre, col. 15, Spruch {273}, §402 a, pp. 146-147. Trad. Claude Carrier, Ă©d. CybĂšle, 2009.
Traverser le ciel â TĂ©ti
áž«ns T p.t mj ážáž„wty
« (Car) TĂ©ti parcourt le ciel comme RĂȘ / (et) TĂ©ti traverse le ciel comme Thot »
Textes des Pyramides de Téti, chambre funéraire, col. 21, Spruch {210}, §130 d, pp. 216-217. Trad. Claude Carrier, éd. CybÚle, 2009.
Voyager en compagnie des Bienheureux
áž«ns(w)=k m Êżb Èáž«.w
« Ăcarte la terre ! EnlĂšve ta poussiĂšre ! Dresse-toi / (Afin) que tu puisses voyager en compagnie des Bienheureux »
Textes des Pyramides de Téti, antichambre, T/A-S/S, col. 20, Spruch {419}, §§747 b-748 a, pp. 368-369. Trad. Claude Carrier, éd. CybÚle, 2009.
Le Papyrus mĂ©dical Ebers â le dĂ©placement pathologique
La racine dĂ©crit Ă©galement le dĂ©placement pathologique Ă l’intĂ©rieur du corps humain :
« Tu devras dire Ă ce propos : C’est une chose qui est entrĂ©e dans la bouche, c’est un mort qui se dĂ©place en lui ! »
Papyrus médical Ebers, planche 37, 12, p. 79. Trad. Bernard Lalanne & Gérard Métra, éd. Safran, 2017.
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VI. Correspondances hébraïques
ŚÖžŚ Ö”ŚĄ (Chanec / khaw-nace’) â traduit traditionnellement par « la grĂące a coulĂ© » â dĂ©signe une ville de l’Ăgypte ancienne, peut-ĂȘtre Memphis, premier nome de Basse-Ăgypte, oĂč un culte Ă©tait rendu au dieu lunaire đđđđ ±đ (áž«nsw / Khonsou). Le lien entre ce toponyme hĂ©breu et la racine Ă©gyptienne áž«ns invite Ă une relecture Ă©tymologique : Chanec pourrait ĂȘtre la transcription hĂ©braĂŻque du nom Ă©gyptien du lieu oĂč le dieu Voyageur Ă©tait honorĂ©.
ĂsaĂŻe 30 : 4
kĂź-hÄ-yĆ« ážÉ-áčŁĆ-Êżan ĆÄ-rÄw; Ć«-mal-ÊŸÄ-áž”Äw áž„Ä-nĂȘs yag-gĂź-ÊżĆ«
« Déjà ses princes sont à Tsoan, et ses envoyés ont atteint Chanec. »
ĂsaĂŻe 30 : 4, Bible.
Ś’ŚŚ ŚĄŚ (Khoncu) â nom du dieu lunaire đđđđ ±đ (áž«nsw / Khonsou) en hĂ©breu.
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VII. Vocables de l’arabe â la racine Űź-Ù-Űł
La racine Űź-Ù-Űł (kh-n-s) de l’arabe classique prolonge et enrichit le champ sĂ©mantique du vocable pharaonique đđđđ» (áž«ns / khĂ©nĂšs) en y ajoutant une dimension de furtivitĂ©, de retrait et d’errance â comme si le mouvement originel avait acquis en arabe la connotation d’un dĂ©placement discret, oblique, insaisissable :
ŰźÙÙÙŰłÙ / ÙÙŰźÙÙÙŰłÙ (khanasa / yakhnusu) â verbe, forme I : revenir en arriĂšre, rester en arriĂšre, reculer, se retirer, se cacher, cacher quelqu’un en un lieu secret, envelopper, se rĂ©trĂ©cir, dĂ©gringoler, s’effondrer.
ŰźÙÙÙÙŰł (khunnas) â nom pluriel : planĂštes â astres errants qui se dĂ©placent et gravitent. Synonyme de ۧÙÙÙÙÙÙÙۧÙÙŰš ۧÙŰłÙÙÙÙÙۧ۱ÙŰ© (al-kawÄkib as-sayyÄra). DĂ©signe les cinq planĂštes visibles Ă l’Ćil nu : Saturne, Jupiter, Mars, VĂ©nus et Mercure.
ŰźÙÙÙÙۧ۳ (khannÄs) â adjectif/nom : furtif, qui s’esquive sans bruit, qui se soustrait Ă petit pas â terme qualifiant Satan, appelĂ© al-khannÄs : celui qui se dĂ©robe, qui recule Ă la mention de Dieu.
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VIII. Deux occurrences coraniques
La racine Űź-Ù-Űł (kh-n-s) ne se rencontre que deux fois dans le corpus coranique â et ces deux occurrences couvrent les deux pĂŽles sĂ©mantiques exacts de la racine pharaonique : le mouvement cĂ©leste des astres errants, et la furtivitĂ© du retrait.
Dans l’ancienne langue des pharaons, la racine s’Ă©crit đ (áž«/kh) â đ (n) â đ (z/s), munie du dĂ©terminatif đ» (jambes marchant â idĂ©ogramme de tout mouvement et dĂ©placement). Ce mĂȘme mouvement, cette mĂȘme errance, cette mĂȘme traversĂ©e se retrouvent intacts dans les deux vocables coraniques.
Les planĂštes qui se dĂ©placent â Sourate 81, At-TakwÄ«r, versets 15-16
FalÄ ÊŸUqsimu Bil-Khunnasi â Al-JawÄri Al-Kunnasi
« Non ! Je jure par les planÚtes qui gravitent / Qui courent et disparaissent »
Sourate 81, ۧÙŰȘÙÙÙ۱ / At-TakwÄ«r / L’Enroulement, versets 15-16, Coran.
La correspondance avec le vocable Ă©gyptien est saisissante : Ounas et TĂ©ti traversent le ciel comme Thot â et le Coran jure par ces mĂȘmes astres errants, ces khunnas qui parcourent la voĂ»te cĂ©leste comme le pharaon dĂ©funt dans les Textes des Pyramides.
Le furtif â Satan â Sourate 114, An-NÄs, verset 4
Min Sharri Al-WaswÄsi Al-KhannÄsi
« contre le mal du mauvais conseiller, furtif »
Sourate 114, ۧÙÙۧ۳ / An-NÄs / Les Hommes, verset 4, Coran.
Satan est nommĂ© al-khannÄs â celui qui se dĂ©robe, qui recule, qui s’esquive furtivement â Ă la maniĂšre d’un astre qui se cache Ă l’aube, d’un voyageur qui disparaĂźt dans l’obscuritĂ©. La racine pharaonique du mouvement et de la traversĂ©e a engendrĂ© en arabe l’image du retrait calculĂ©, du dĂ©placement insaisissable.
đ đđđ đđđđ ážáž„wty Ăážłr â Djehouty L’Excellent